MONOLOGUE
1886. Droits de traduction et de reproduction réservés.
Pierre TRIMOUILLAT
PARIS. TRESSE et STOCK, éditeurs Galerie du Théâtre-Français, 8 à 11, Palais-Royal.
Imprimerie Générale de Chatillon-sur-Seine. - A. Pichat.
Texte établi par Paul FIEVRE, février 2025
Publié par Paul FIEVRE, mars 2025.
© Théâtre classique - Version du texte du 30/04/2025 à 20:37:28.
PERSONNAGES
UN NARRATEUR.
LE VENGEUR.
À mes amis Romain et Paul Alléon.
Moi, le modèle des maris,
(Quatre enfants depuis trois années !)
Par qui ne sont point pardonnées
Les passions désordonnées,
| 5 | Je fus indigné quand j'appris |
Qu'un de mes voisins - homme austère
Ou du moins cru tel - délaissant
Sa femme, un minois ravissant,
Avait deux maîtresses ! Mon sang
| 10 | Ne fit qu'un tour ! - Deux ! Un notaire ! |
Le devoir de tous ses amis,
Qui blâmaient sa conduite, mornes,
Était de lui faire - les cornes ;
Car il passait vraiment les bornes
| 15 | De ce qui peut être permis. |
Ma conscience criait : Tâche
De venger promptement l'affront
Qui d'un ange ternit le front,
Ou sans toi d'autres le feront...
| 20 | J'entrepris cette noble tâche... |
- Dans sa villa (ces chicaneurs
Ont bientôt leur fortune faite)
Notre homme donnait une fête.
Avec une grâce parfaite,
| 25 | Madame en faisait les honneurs. |
Pour le bal j'avais fait commande
D'un complet chic. J'en sus le coût !
Comme il m'avantageait beaucoup,
Je comptais bien du premier coup
| 30 | Séduire l'adorable Armande. |
Mais je vis en l'essayant, loin
Du tailleur, que l'indispensable,
Bien trop long pour être mettable,
D'une retouche assez notable
| 35 | Avait absolument besoin... |
Vainement je priai ma femme
De me le raccourcir. Je fus
Supplier alors, tout confus,
Ma belle-mère... Autre refus.
| 40 | Maudits parents ! Tailleur infâme ! |
Sachant que mal habillé l'on
Provoque mal le « coup de foudre »,
Moi-même je dus me résoudre
À découdre, couper, recoudre,
| 45 | En cachette , mon pantalon ! |
... Le jour du bal ma belle-mère
Me trouva tout à fait charmant.
Elle me fit maint compliment.
Mais un pareil accord, vraiment,
| 50 | Ne pouvait être qu'éphémère... |
Étant dans son état normal
Pour le bien toujours impuissante,
Qu'une marâtre un jour consente
À se montrer compatissante
| 55 | Pour son gendre, - ça tourne mal ! |
La suite en donnera la preuve.
Après avoir fort bien dîné,
L'heure du bal ayant sonné,
Dans ma chambre je retournai
| 60 | Pour faire entièrement peau neuve. |
Il fallait que je fusse gris ;
Car à l'époque où l'on grelotte,
Je n'eus pas pris une culotte
Pour un pantalon, saprelotte !
| 65 | Oui, vous avez très bien compris, |
Oui, je parus devant le monde
Avec un indispensable où
Je n'entrais que jusqu'au genou...
Plus d'un me crut devenu fou !
| 70 | Me chassant comme un être immonde, |
On me sifflait, on me huait,
Donnant du pied - suprême injure -
Au - contraire de ma figure...
Je serais mort, je vous le jure,
| 75 | Si le ridicule tuait ... |
Cela, parce que sans rien dire
Mon épouse avait raccourci
Mon pantalon, sa mère aussi ;
Laquelle avait donc réussi
| 80 | En voulant me plaire à me nuire. |
- Ne ressort-il point de mon cas
Cette vérité magistrale
Qu'aujourd'hui, règle générale,
A vouloir venger la morale
| 85 | On s'expose à bien des tracas ? |
Le plus triste de l'aventure,
C'est que depuis peu le bruit court
Que, de femmes s'il est à court,
Chez moi le vil notaire accourt
| 90 | Augmenter ma progéniture... |
Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /htdocs/pages/programmes/edition.php on line 606

