LE PORTIER DU PARNASSE

OU LES POETES RFORMS

COMDIE EN UN ACTE ET EN PROSE.

M. DCC. LXX.

LA HAYE, Chez PIERRE GOSSE et SINEL. Et se trouve A PARIS, Chez LAURENT PRAULT, au coin de la rue Gist-le-Coeur.

Version du texte du 28/09/2013 09:35:57.

ERRATA.

PAGE 7, lig. 3, et recouvr tous les sens, lisez et recouvr l'usage de ses sens.

Page 9, lig. 7, "mais celui sur lequel je me suis le plus distingu, c'est l'Opra-bouffon", lisez "je me suis le plus distingu sur celui de l'Opra-bouffon".

Page 10, lig. 6. La folie nous servait de gouvernail, lisez La folie tenait notre boussole, et la vanit nous servait de pilote.

Page 17, lig. 12, on l'eut reconnue, lisez on l'aurait reconnue.

Page 19, lig. 5: on tient que sa femme, lisez on tient qu'elle.

Page 47, lig. 9, une basse qui danse en l'air, des sacs qui s'envolent, la chandelle qui monte au grenier, lisez une basse danse en l'air, des sacs s'envolent, la chandelle monte au grenier.

Nota : la fin de la huitieme scne, il y en avait une entre Apollon et un crivain de feuilles assez connu dans Paris, que l'Auteur a t oblig de soustraire.

ACTEURS.

MELPOMNE[muse de la tragdie].

TERPSICORE[muse de la danse].

THALIE [muse de la comdie].

APOLLON.

TOMVERD, pote comique.

BARBAROcastItem>, acteur de l'Opra-Bouffon.

Un ABB DES FLEURETTES

DES ACCENTS, Petit-Matre.

TRANCHET, Auteur de Farces.

POLICHINELLE, Directeur de Comdies.

Mademoiselle GIROFLE, marchande de bouquets.

La Scne se passe dans un Palais d'Apollon, situ prs le Parnasse.

Cette Pice tait faite pour l'Ambigu-Comique.

SCNE PREMIRE.
Apollon, Melpomne.

APOLLON.

D'o venez-vous ma chre Melpomne, vous tes toute essoufle ?

MELPOMNE.

Ah ! Seigneur Apollon, je vous trouve propos, c'est vous que je cherchais.

APOLLON.

Qu'y a-t-il de nouveau ?

MELPOMNE.

Le trouble rgne sur le Parnasse. Il arrive tout moment des foules d'auteurs aussi inconnus mes soeurs qu' moi. Ils se prcipitent les uns sur les autres, et s'efforcent de grimper au plus haut de la montagne: les uns s'accrochent Moliere ; les autres voulant s'lever au-dessus de Corneille, tombent, et vont rouler au pied de l'Hlicon. C'est un flux et reflux perptuel; on y est press comme aux Italiens, les jours qu'on donne le Dserteur.     [1]

APOLLON.

Voici un malheur auquel il faut remdier... Et vous dites que vous ne connaissez aucun de ces potes ?

MELPOMNE.

Non, aucun ne me sont connus. Tout ce que je sais, c'est que ce sont des rimailleurs, dont les vers plus durs que ceux du Dcius Franais, se dbitent tous les jours sur les marches du Pont-Neuf.     [3]

APOLLON.

Quel parti prendre dans une pareille circonstance ?

MELPOMNE.

Je n'en vois qu'un ; c'est de purger l'Hlicon de tous ces visages inconnus mes soeurs et moi, et d'tablir un portier intgre et fidle, qui ne laissera entrer que ceux qui seront avous de l'une de nous.     [4]

APOLLON.

C'est fort bien l'gard du portier ; mais au sujet de la rforme, je vois une petite difficult.

MELPOMNE.

Quelle est-elle ?

APOLLON.

C'est qu'il n'est pas plus facile de faire sortir des potes qui ont eu l'audace d'entrer au Parnasse, que de les empcher de lire leurs vers, lorsqu'ils en ont une fois commenc la lecture.

MELPOMNE.

Il faut les faire sortir de force, s'ils ne le veulent faire de bon gr... J'aperois Thalie.

SCNE II.
Apollon, Melpomne, Thalie.

THALIE, Apollon.

Vous savez le dsordre qui rgne dans votre Empire ?

APOLLON.

Melpomene vient de m'en instruire.

THALIE.

On n'a jamais tant vu d'crivains. Le Permesse est couvert de barques remplies de potes. Ils font retentir le rivage de leurs cris: l'un dit laisses passer, c'est moi qui suis l'auteur des "Ambulantes la brune", du "Rverbere cass", et du "Testament de la petite toile" ; un autre, J'ai fais des Opras-comiques ; d'autres enfin, crient haute voix, Place, place, je suis auteur de N . Ils dbarquent tous la fois ; c'est qui entrera le premier. Les auteurs des Boulevards veulent l'emporter sur ceux de l'Opra bouffon ; ceux-ci prtendent avoir le pas : on s'chauffe ; on en vient aux injures, des injures, on en vient aux mains, (c'est la coutume parmi les potes) alors vous les verriez se prcipiter dans le Permesse, et s'efforcer de se sauver la nage ; les uns prissent au milieu du fleuve, tenant entre leurs mains des manuscrits remplis de mauvais vers, qu'ils regrettent plus que leur vie ; d'autres, ples, dfigurs, regagnent le bord aprs avoir longtemps lutt contre les flots. Enfin, pour achever ce rcit, c'est une rumeur et une confusion, dont on n'a jamais vu d'exemple.     [6]

APOLLON.

Songeons remdier promptement un si grand malheur ; le temps presse. Melpomne, et vous, Thalie, transportez-vous sur le Parnasse, et chassez tous ceux que vous ne connatrez pas. Commencez votre rforme par ces petits auteurs qui font des Opras-comiques.

THALIE.

Ils seront fort surpris, car ils ont la prsomption de croire que le Pinde n'est fait que pour eux.     [7]

APOLLON.

Ils se trompent pourtant bien.... Voici Terpsicore ; laissez- nous.

SCNE III.
Apollon, Terpsicore.

APOLLON.

Que venez-vous m'annoncer ?

TERPSICORE.

Je viens vous instruire d'une dcouverte que j'ai faite.

APOLLON.

Voyons ce que c'est.

TERPSICORE.

J'tais sur les bords du Permesse contempler l'arrive de tous ces auteurs qui dans votre Empire, lorsque tout--coup les flots ont jetts mes pieds un malheureux pote. Je me suis approche de lui ; et comme il respirait encore, j'en ai eu piti. Je me suis avise de lui chanter quelques ariettes du Sorcier, aussitt il a ouvert les yeux, et recouvr tous les sens. Je l'ai interrog, et comme il m'a paru avoir de l'esprit, je vous l'ai amen. Sa conversation pourra vous faire plaisir.

APOLLON.

Faites-le venir ; je ne serai pas fch de le voir.

TERPSICORE.

Je vais le chercher...

Elle sort.

SCNE IV.

APOLLON, seul.

C'est sans doute un de ces potes dont Thalie vient de me parler, qui aura fait naufrage... Le voici. Il m'intresse.

SCNE V.
Apollon, Terpsicore, Tomverd.

APOLLON.

Je vais l'interroger. Laissez-nous, Terpsicore : allez rejoindre vos soeurs sur le Parnasse ; elles pourront avoir besoin de votre secours...

Elle sort.

SCENE VI.
Apollon, Tomverd.

APOLLON, s'assied.

Toi, approche... Qui est-tu ?

TOMVERD.

Je suis un pote assez connu dans Paris par mes ouvrages ; j'ai toujours fait l'amusement des cercles o je me suis trouv.

APOLLON.

Comment te nommes-tu?

TOMVERD.

Je m'appelle Tomverd.

APOLLON.

Par quel sort te voit-on ici ?

TOMVERD.

Voici mon histoire. J'ai travaill longtemps Paris pour les diffrents thtres qu'il renferme. Je les ai servis tour--tour: mais celui sur lequel je me suis le plus distingu, c'est l'Opra-bouffon; j'y ai donn plusieurs pices ariettes.

APOLLON.

Tu donnais dans les pices ariettes ? Tu dois tre riche ; il n'y a plus que ce moyen-l pour faire fortune.

TOMVERD.

Le Boulevard nous fait grand tort. La Bourbonnoise nous a enlev bien des pratiques... Pour revenir mon histoire : enfl d'orgeuil d'avoir fait des pices lyriques, j'ai cru que je pouvais entreprendre le voyage du Parnasse, et venir me placer impunment entre Destouches et Regnard. Je me suis embarqu en consquence avec plusieurs de mes confrres, aussi prsomptueux que moi. La tmrit tait le nom de la barque sur laquelle nous voguions. La folie nous servait de gouvernail, et la vanit de pilote. Arrivs, nous avons voulu dbarquer, mais plusieurs auteurs des Boulevards nous ont disput le passage. Ils prtendaient avoir le pas et entrer avant nous. Nous leur avons rsist, et nous en sommes venus aux mains; j'ai tomb sous celles d'un pote, savetier, ferme et robuste, qui m'a assomm de coups de tire-pieds, et m'a prcipit dans le fleuve : les flots m'ont jett presque sans vie sur le sable o Terpsicore m'a trouv.     [9]

APOLLON.

Je te plains. Mais, dis-moi, les pices que tu as donnes sur le thtre de l'Opra bouffon, ont-elles fait du bruit.

TOMVERD.

Beaucoup : la musique tait bruyante.

APOLLON.

Et les paroles taient-elles bonnes ?

TOMVERD.

On ne regarde point si peu chose : la musique seule dcide de ces sortes d'ouvrages. Sans cela, combien de pices seroient mortes ds leur enfance ! Le Dserteur, par exemple, n'aurait jamais eu sa grace. Quoique la bont de notre Prince soit extrme, les larmes de la petite Louise n'auraient point eu d'effet, si elle n'eut pleur en cadence.

APOLLON.

Donne-t-on souvent des pices nouvelles sur ce thtre ?

TOMVERD.

L'une n'attend pas l'autre. On nous a fait venir un sauvage pour nous apprendre qu'en son pays chacun parle son tour. On nous a montr un amant qui sous son dguisement se fait assez connatre pour ce qu'il est. On nous a fait voir aussi une petite Lucille... Celle-ci est fort intressante.

APOLLON.

Je crois en avoir ou parler.

TOMVERD.

Je n'en serais point surpris. Elle runit en elle toutes sortes de bonnes qualits ; elle a des sentiments, de l'esprit ; elle est tendre, sensible...

APOLLON.

Cela n'empche pas qu'elle chante des ariettes, et elle doit peut-tre sa voix la plus grande partie de ses conqutes.

TOMVERD.

Lucile est pare d'ariettes, il est vrai, mais elle ressemble ces belles femmes, qui se dpouillant de leurs diamants pour se mettre en nglig, n'en sont que plus touchantes.

APOLLON.

Tu dfends ta propre cause en prenant l'intrt des pices lyriques.

TOMVERD.

Je suis vrai. Je ne parlerai pas ainsi d'une fille sage et vertueuse qu'on a couronn de roses...

APOLLON.

Une fille sage, sur un thtre Paris ! Cela ue s'est jamais vu.

TOMVERD.

Cela n'est pas moins vritable.

APOLLON.

O l'aurait-on prise?

TOMVERD.

On l'a fait venir de Salenci.     [10]

APOLLON.

la bonne heure.

TOMVERD.

Les roses dont on l'a couronne taient un peu fltries, et elles avaient t cueillies en hiver. Voil le mal.

APOLLON.

Si elles l'avaient t dans le printemps, elles auraient t plus fraches et plus vermeilles ; on ne couronne pas la vertu tous les jours ; on devait prendre des prcautions pour bien faire les choses.

TOMVERD.

Il serait impossible de tout prvoir.

APOLLON.

Qu'est-ce que Thalie m'a rapport au sujet de son Ecole des Femmes ? Elle dit qu'on y donne des leons de musique.     [11]

TOMVERD.

Il est vrai. La musique est un sel que l'on met dans tous les ragots : c'est une maladie pidmique qui se rpand partout ; il est mme craindre qu'elle n'aille jusqu'au sjour qu'habite Melpomne, et que dans les Horaces, Camille ne fasse son imprcation en vaudeville.     [12]

APOLLON.

Allais-tu souvent aux Franais?     [13]

TOMVERD.

Pas trop. Quoique pote, je n'aime pas la solitude ; je ressemble ces petits sots de Paris, qui ne vont aux spectacles que pour le monde.

APOLLON.

Melpomne est donc bien abandonne?

TOMVERD.

Thalie est plus plaindre qu'elle, elle ne se fait pas rechercher.

APOLLON.

Ceci m'tonne, vive, enjoue, elle amuse et intresse : sur son visage rgne toujours un souris enchanteur qui la devrait faire aimer.

TOMVERD.

Oui, mais elle veut donner des conseils.

APOLLON.

Il est vrai qu'elle dit son sentiment, et qu'elle reprend de leurs dfauts le grand comme le petit.

TOMVERD.

C'est ce qu'on n'aime pas : chacun croit avoir la sagesse en partage. On ne veut plus recevoir d'avis depuis qu'on se croit capable d'en donner. Le sot veut vendre de l'esprit, le fou de la sagesse, l'Abb de la modestie, et les femmes de la pudeur.

APOLLON.

ce que je vois, le bon got est exil de Paris.

TOMVERD.

Il n'y a pas mis les pieds depuis l'invention des Opras-bouffons.

APOLLON.

Les Comdiens Franais devraient donner quelques pices nouvelles pour leur attirer du monde.

TOMVERD.

Ils ne russissent pas dans la nouveaut : ils ont donn le Bon pre , qui on devrait ter l'pithte, afin que le titre convint mieux la pice : ils ont jou Laurette , tire d'un conte qu'on a mis en pice : ils ont fait paratre deux amis qui se sont fait des ennemis. Amlise et Les deux Soeurs ont si bien t reues leur arrive dans Paris qu'elles n'ont os y remettre les pieds davantage. Hylas et les Etrennes ont eu un sort diffrent, mais il y a des ariettes et des danses ; pour le pauvre Hamlet, il ferait bien de s'en retourner en Angleterre ; il court risque ici de se faire mettre aux Petites Maisons.     [15]

APOLLON.

J'ai pourtant oui parler d'un joueur anglais.

TOMVERD.

Il a fait beaucoup de bruit, et il mrite sa renomme : il faut convenir que Madame son pouse est une brave femme, un peu trop bonne la vrit, mais ce n'est point un dfaut. On a aussi tenu sur ce thtre une foire, o il s'est dbit d'assez mauvaise marchandise.

APOLLON.

Qu'y vendait-on?

TOMVERD.

Des femmes et des Abbs.

APOLLON.

Il y avait-l de quoi ruiner le marchand.

TOMVERD.

Il aurait fait banqueroute : elles sont la mode.

APOLLON.

Je croyais que Thalie s'tait trouve cette foire.

TOMVERD.

Elle tait donc masque ? Quand bien mme on l'eut reconnue, la vente n'eut pas t plus considrable, l'Opra-bouffon eut enlev tous les chalands.

APOLLON.

Thalie peut battre la retraire, il n'y a plus rien faire pour elle.

TOMVERD.

dire le vrai, elle est bien plaindre, et elle l'est encore davantage depuis que cet homme grossier et ridicule a pous une seconde femme.

APOLLON.

Il aurait deux femmes !

TOMVERD.

Vous l'avez dit.

APOLLON.

Quelle est cette seconde qu'il a pous ?

TOMVERD.

C'est une vieille radoteuse qui a toujours fait rire les sots sans sujet : elle ne se sert que de mots bas et trivials, connu sur les quais et dans les cabarets ; elle fait sa principale rsidence sur les boulevards.

APOLLON.

Comment se nomme-t-elle?

TOMVERD.

La Parade.

APOLLON.

Que pense Mademoiselle Ariette de ce mariage?

TOMVERD.

Elle n'en est point jalouse ; elles s'accordent assez bien ensemble : ce sont deux soeeurs plutt que deux rivales.

APOLLON.

A-t-il eu des enfants de cette seconde femme ?

TOMVERD.

Il en a eu un, mais on doute s'il est lgitime : on tient que sa femme l'a apport de chez son premier mari, et que c'est la seule dot qu'elle a donn au second.

APOLLON.

Elle lui a sans doute fait un mauvais prsent.

TOMVERD.

Point si mauvais. Par les peines que s'est donne Mademoiselle Ariette, elle est parvenue le dnaturaliser ; c'est un petit drOle fort veill, qui ne laisse pas d'avoir des amis.

APOLLON.

J'aime ta conversation. A t'entendre, on ne te prendrait jamais pour un auteur de l'Opra comique, car tu raisonnes avec esprit... Il me vient une ide... J'ai besoin d'un portier pour garder le Parnasse, tu feras mon affaire.

TOMVERD.

Trop d'honneur.

APOLLON.

Je te fais Portier du Parnasse, mais aIes grand soin de ne laisser entrer que ceux qui te prsenteront des ouvrages signs des Muses.

TOMVERD.

Vous pouvez compter sur mon intgrit... Laisserai-je entrer mes chers confreres... ?

APOLLON.

C'est par eux qu'a commenc la rforme. Tu voudrais qu'on unit les sabots au cothurne ? Que la Cendrillon allt s'asseoir auprs de Zare ? Que le Marchal but avec Cinna ? Et que les Fous sortissent de leur le pour combattre les amricains ?... Tu n'y pense pas... Melpomne revient.     [17]

SCENE VII.
APOLLON, MELPOMENE, TOMVERD.

MELPOMNE.

Tout est calme, Seigneur, sur le Parnasse: nous avons russi le purger de ces insectes qui le deshonoraient ; mais ce n'est qu'aprs avoir employ la violence, que nous en sommes venus bout. Il ne reste plus qu' faire choix du portier...

APOLLON.

Il est tout fait.

MELPOMNE.

Quel est l'heureux mortel sur qui il a tomb ?

APOLLON.

Vous le voyez devant vos yeux.

MELPOMNE.

Je ne le connais pas.

APOLLON.

Vous aurez tout le temps, de faire connaissance : il a de l'esprit, raisonne juste, et me parat trs propre l'emploi auquel il est destin... Allez le conduire promptement son poste.

SCNE VIII.

APOLLON seul.

Enfin, grce mes soins, mon Empire va reprendre une face nouvelle; le trouble ne rgnera plus sur l'Hlicon ; les Muses viennent d'en chasser ces auteurs la mode : il tait temps de faire cette rforme. On voit bien que tout dgnere ; les comdies ariettes ont fait tourner la tte aux Franais ; ils aiment toujours rire, mais ils n'aiment plus s'instruire en riant ; j'ai bien fait d'y mettre ordre. Quelqu'un s'avance ; c'est Melpomne et Thalie: elles sont bientt de retour.

SCNE IX.
Apollon, Melpomne, Thalie.

MELPOMNE.

Ah Seigneur Apollon ! Nous ne sommes pas plutt sortis d'un embarras, que nous retombons dans un autre. peine le Portier tait plac, tous ces crivains que nous avons fait sortir se sont rvolt, ils se sont joints ceux qui dbarquent chaque instant ; ils se sont avancs en bon ordre: leur attaque a t vive; deux fois ils ont enfonc la Garde qui accompagne le portier ; deux fois la Garde les a repousss. Pour les calmer, on leur nomme Apollon ; on leur nomme les Muses ; ils sont sourds ces noms ; ils veulent entrer en dpit d'Apollon et des Muses.

APOLLON.

Il faut redoubler la Garde...

THALIE.

Avez-vous remarqu, ma soeur, celui qui nous vantait les choux de son jardin ?...

MELPOMNE.

Il nous a montr des choux bien verts.

THALIE.

Et cet autre qui a fait boire aux Parisiens de l'eau d'un fleuve si bourbeux...

MELPOMNE.

Et celui qui tenait ses sabots la main.

THALIE.

Il agissait de prcaution.

MELPOMNE.

C'est celui qui nous a donn le plus de peine : il voulait absolument rentrer ; il nous montrait un manuscrit qui faisait (disait-il) preuve de ses talents.

APOLLON.

Quel est ce manuscrit ?

MELPOMNE.

Ma soeur le connat.

THALIE.

Si je l'avais connu, je n'aurois pas refus l'entre l'auteur.

MELPOMNE.

Cependant la pice fait rire.

THALIE.

Elle fait pleurer, vous ne devez pas la mconnatre.

MELPOMNE.

Si elle fait pleurer, je n'en suis point la cause... Mais pourquoi voulez-vous m'attribuer cet ouvrage ? M'avez-vous jamais vue, ivre de vin, dbiter des fariboles dans une prison ?     [18]

THALIE.

Et moi m'avez-vous jamais vue monter l'escalier pour aller la mort ?

APOLLON.

Je sais ce que vous voulez dire : il ne sera pas difficile de vous mettre d'accord. Vous avez raison de la refuser toutes deux, elle n'est

Melpomne.

ni vous,

Thalie.

ni vous. Votre soeur Terpsicore aurait plus de droit d'y prtendre... Mais toutes vos disputes ne remdient point au danger prsent. Vous savez que le temps presse: les potes peuvent d'un moment l'autre se rendre matres du Pinde : s'ils y remettaient les pieds, il ne serait plus si facile de les faire sortir. Que veut notre Portier ?

SCNE X.
Apollon, Melpomne, Thalie, Tomverd.

TOMVERD.

Il vient d'arriver plusieurs auteurs qui demandent entrer au Parnasse : ils se distinguent de la foule, et se disent de la connaissance de Melpomne.

APOLLON.

T'ont-ils montr leurs ouvrages ?

TOMVERD, montrant des brochures.

Voici ce qu'ils m'ont prsent.

APOLLON.

Lis.

TOMVERD.

Ces deux pices sont du mme auteur, Warvick et Mlanie.     [19]

APOLLON.

Elles ont l'approbation de Melpomne.

MELPOMNE.

J'en fais beaucoup de cas.

APOLLON.

Laisse entrer.

TOMVERD.

En voici deux autres, Bayard, et Gabrielle de Vergy.     [20]

APOLLON.

Elles sont d'un auteur bien estim des Franais.

THALIE.

Et qui mrite de l'tre.

MELPOMNE.

Je les connais ; elles n'ont point encore paru dans mon temple, mais j'espre qu'elles en feront quelques jours le principal ornement... Il est dommage que la versification en soit un peu force.

APOLLON.

Tu laisseras entrer.

TOMVERD.

En voici encore. Aristomne, Denis le Tyran.     [21]

APOLLON.

Celles-ci sont d'un auteur que je connais. Fais entrer.

TOMVERD.

Le Chasseur, comdie mle d'ariettes.     [22]

APOLLON.

Je t'ai dit que je ne voulais pas d'auteurs de pices ariettes.

TOMVERD.

Ces enfants sont du mme pre.

APOLLON.

La Pice chantante et Denis seraient frres ? Ne te trompes-tu point?     [23]

TOMVERD.

Le nom de l'auteur est la tte.     [24]

APOLLON.

Je ne lui pardonnerai jamais d'avoir fait des Opra-comiques.

THALIE.

Le Chasseur dont on vous parle, est bien diffrent des autres pices qui se jouent sur le thtre Italien. Il intresse ; bon pre, meilleur fils ; poux digne de sa vertueuse femme, il gagne le coeur des spectateurs : c'est un honnte homme qui n'a jamais suivi d'autre lois que celles de la nature ; sa plus grande faute fut de connatre l'amour. Jugez si le public qui est Franais, s'intresse son sort.

APOLLON.

Pourquoi faut-il qu'il y ait des ariettes ?

THALIE.

Quoi ! Parce que cet auteur, aura mis son nom la tte d'une comdie lyrique, vous voudriez priver votre Empire d'un sujet qui en fera le plus noble soutient ?

APOLLON.

Je l'estime trop pour lui faire une telle injustice. Si, comme vous dites, il a mis son nom la tte d'une comdie lyrique, il n'en a pas moins fait des ouvrages qui seront jamais inscrits au temple de mmoire. Ces ouvrages sauveront assez sa gloire, fit-il encore quatre Opra comiques... Allez, faites entrer.

Aux Muses.

Vous, retournez au Parnasse ; prenez autant de monde qu'il vous en faudra pour rsister l'attaque de ces crivains qui se sont rvolts. Ne perdez point de temps, et m'envoyez les plus mutins ; je saurai les mettre la raison.

SCNE XI.

APOLLON seul.

C'est une chose bien extraordinaire !... Un homme fait-il quelques mauvais vers, il se croit capable de dompter Pgase, et d'atteindre au sommet du Pinde. Fait-il des Opra-bouffons, il brle de s'asseoir au rang des Molire et des Regnard... Que les hommes sont peu senss !... Voici quelqu'un. Sa figure n'est pas fort prvenante.     [25]

SCNE XII.
APOLLON, BARBARO.

BARBARO.

Je viens me plaindre vous, Seigneur Apollon, de l'injustice la plus criante... Thalie a eu l'audace de faire sortir du Pinde tous nos Auteurs.

APOLLON.

Qui es-tu, pour faire tant de bruit ?

BARBARO.

Je m'appelle Barbaro. J'tais autrefois membre de l'Opra-comique : je puis me vanter d'avoir t un grand bouffon, et maintenant, mes confrres m'ont choisi pour tre Censeur des diffrentes pices qui se jouent sur les boulevards.

APOLLON.

T'acquites-tu bien de ton emploi.

BARBARO.

merveille. Je garde toutes les pices qui peuvent nous convenir ; et je n'approuve que celles dont nous ne pourrions rien faire.

APOLLON.

Mais ce n'est pas trop bien agir.

BARBARO.

Il faut bien que chacun se tire d'affaire : ces petits barbouilleurs de papier seraient trop heureux si on ne leur donnait pas sur les doigts de temps en temps. Mon plus grand plaisir est de les dsesperer : je leur fais rcrire plusieurs fois leurs pices, sous prtexte qu'elles ne sont pas lisibles ; et quand ils ont bien pris de la peine, je refuse net mon approbation.

APOLLON.

Tu joues gros jeu : je m'tonne que tu n'aies pas dja essuy quelque orage fcheux.

BARBARO.

Ils ont intrt de me mnager... Mais daignez accorder l'entre de l'Hlicon aux Auteurs qui travaillent pour notre thtre.

APOLLON.

Consultes le bon got, et tu verras si je dois faire ce que tu me demandes. Je traiterai tes potes comme tu fais ceux des boulevards ; avec cette diffrence que tu rejettes leurs pices sans sujet, et que je refuse tes auteurs avec raison.

BARBARO, part.

Puisque je ne puis rien gagner pour les autres : parlons pour moi.

Haut.

Vous voulez, m'a-t'on dit, faire choix d'un portier pour garder le Parnasse ?

APOLLON.

Mon choix est tout fait.

BARBARO.

Tant pis. J'aurais t votre affaire.     [26]

APOLLON.

Toi. D'un malheur nous serions tombs dans un pire : le Parnasse serait devenu dsert : ta figure rbarbarative en aurait loign tous les potes qui auraient eu droit d'y prtendre. Retournes lire tes farces.

BARBARO.

Mais, Seigneur Apollon.

APOLLON.

Ne rpliques pas.

BARBARO.

Partons.

SCNE XIII.

APOLLON seul.

Voici un homme bien brusque. Je n'ai jamais vu de figure pareille... Que veut cet autre ? Il a la mine d'une poupe, celui-ci.

SCNE XIV.
APOLLON, L'ABB DES FLEURETTES.

L'ABB part en minaudant.

H ! Mais le tour est fort bon, il est unique en vrit.

APOLLON.

qui en as-tu ?

L'ABB toujours part.

Me faire sortir du Parnasse !... Si je n'tais dou d'une modestie sans exemple, je pourrais me plaindre... On se sera mpris, et avant qu'il soit peu, on s'apercevra d'une injustice si marque.

APOLLON.

qui donc en as-tu ? Parle.

L'ABB.

En deux mots, voici le fait. On a purg l'Hlicon de tous ces mauvais auteurs qui avaient eu l'audace d'y tablir leur demeure ; en cela on ne peut que louer l'exactitude du Seigneur Apollon maintenir le bon ordre dans son Empire... Mais qu'on m'ait mis du nombre, et que sans gard mon rang, mes talents, mon mrite, on m'ait exclu d'un lieu que je suis en droit d'habiter tant d'gards ; ce sont de ces choses qu'on ne croira jamais dans les sicles futurs.

APOLLON, part.

Voici un impudent personnage.

L'ABB.

Oui. Quoiqu'en disent les jaloux, je suis le bel esprit du sicle, l'me de toutes les Compagnies, le pote sans dfaut, et le caprice des jolies femmes.

APOLLON.

C'est ce que je n'aurois pas cru.

L'ABB.

Si vous connaissiez tout mon mrite, vous en seriez plus que persuad ; aussi que de femmes brlent de me possder, Comtesse, Baronne, Marquise, Duchesse, Nymphe d'Opra, toutes m'adorent, et meurent o je ne suis pas.

APOLLON.

Sans taler ici le prix de ta personne, pourrais-tu dire ce que tu demandes ?

L'ABB.

Qu'on me fasse rparation d'honneur, et qu'on me conduise en triomphe dans un lieu d'o l'on m'a fait sortir si injustement.

APOLLON.

Quels Ouvrages as-tu composs ?

L'ABB, tirant plusieurs manuscrits.

Voici les enfants les plus chris que ma plume ait mis au jour.

Il lit.

Abb coquet, ou le papillon de toilette, comdie mle d'ariettes.

APOLLON.

C'est un mauvais passeport pour entrer au Parnasse.

L'ABB.

La Duchesse est sa toilette ; l'Abb entre : son premier compliment, est de lui baiser la main... Ah ! C'est vous petit fripon.... Mais que faites-vous donc-l ? C'est l'Abb qui prend le pinceau, et qui barbouille le visage de la Duchesse ; il lui met une mouche, et demande un baiser pour sa peine ; on le lui refuse ; il le prend...

APOLLON.

Achevons.

L'ABB, lisant.

Trait curieux de la pte d'amande, essences, parfums, eau virginale, etc. 4 vol. in-4.

APOLLON.

Ce livre se vendra dans le sicle o nous sommes.

L'ABB.

La Toilette des Dames, ou l'art de placer les mouches, le rouge, les toupets et les chignons, 6 vol. in-12.

APOLLON.

Celui-ci se vendra encore.

L'ABB.

Toutes les Dames en ont dja fait emplette, et surtout les belles d'Opra. Ce livre leur est d'un grand secours.

Il lit.

Les leons d'une Marchande de Mode au bois de Boulogne, farce pour les boulevards.

APOLLON.

Tu composes pour ces thtres.

L'ABB.

C'est l o, principalement, j'ai fait briller mon esprit.

APOLLON.

Il faut qu'il ne t'en soit pas rest beaucoup, pour aspirer au rang de mes sujets.

L'ABB.

Plus j'en sme et plus il m'en demeure : c'est une fontaine qui ne tarit jamais.... Je crois que vous avez vu d'assez grands tmoins de mon mrite, pour ne me pas refuser une entre qui m'est due plus qu' personne.

APOLLON.

Profites plutt d'un petit avis que je vais te donner : retournes Paris avec tes Duchesses et tes Marquises, nous n'aimons pas au Parnasse les petits-collets ; et nos potes ne sont pas accoutums l'ambre.     [27]

L'ABB.

S'ils avaient frquent les foyers et les coulisses, ils ne seraient pas si difficiles... Mais puisque vous voulez que je me retire, il faut vous obir... Vous en serez plus puni que moi ; vous aurez un bel esprit de moins dans votre Empire. Adieu, Seigneur Apollon..;

Il chante.

Ah ! Que l'amour est chose jolie...

Il rencontre Des Accents.

SCNE XV.
Apollon, L'Abb, Des Accents.

L'ABB.

Ah ! Te voil, mon cher des Accents ?

DES ACCENTS.

H ! C'est toi, mon cher Abb ? Comment mnes-tu les femmes, mon ami ? Leur fais-tu toujours tourner la tte?

L'ABB.

J'en suis toujours ador, mon cher. Lundi je soupai avec la Baronne. Mardi la petite Marquise me fit dire de me rendre sa toilette : ce matin encore, j'ai pris le chocolat avec la charmante Duchesse ; tu la connais, vive, enjoue, elle m'adore ; je ne la hais pas... Son poux tait absent, juge du djeuner que nous avons fait. Je viens de recevoir l'instant un billet de la Vicomtesse, pour la mener ce soir la Comdie Franaise... Je suis excd... On n'a pas un instant soi... C'est comme je le dis, exactement.

DES ACCENTS.

Les Abbs ne manquent pas de conqutes ; ils se font toujours dsirer des femmes.

L'ABB.

Cela n'est point gnral ; il faut tre fait comme moi ; il faut avoir mon mrite. Je voudrais bien me dispenser de faire mon loge ; mais pourquoi ne pas se rendre justice ; j'ai tout ce qu'il faut pour plaire ; je chante ; je danse ; je suis bien fait ; j'ai de l'esprit, des talents ; avec toutes ces qualites, o trouver des cruelles ?

DES ACCENTS.

Gille-Blas tait la huitime merveille du monde, et sans contredit, tu peux passer pour la neuvime.

L'ABB.

Tu penses rire, mais tout en riant, tu dis la vrit. Je suis l'enfant gt de la nature... Et cependant croirais-tu qu'on m'a refus l'entre du Parnasse?

DES ACCENTS.

Cela ne se peut pas. Toi qui es le bel esprit du sicle, et l'Adonis des belles femmes, on t'aurais fait un si sanglant affront ?     [28]

L'ABB.

C'est ce que je ne puis concevoir... Mais par quel hasard te voit-on ici?

DES ACCENTS.

Mon aventure est la tienne, mon ami. Thalie a fait sortir du Parnasse tous les mauvais auteurs, et elle m'a mis du nombre ; ne trouves-tu pas cela impayable ?

L'ABB.

Rien de plus plaisant en vrit... Dis moi, as-tu fait quelques nouvelles parties, depuis celle de La Rape ?

DES ACCENTS.

J'en ai fait une dans un htel garni avec une femme vraiment vertueuse... Je ne t'en parlerai pas ; j'y ai fait trop mauvaise chre.

L'ABB.

Quand on commence mal l'anne, on l'acheve de mme.

DES ACCENTS.

Tu dis cela d'un ton satyrique.

L'ABB.

Je n'ai pas le dfaut de critique.

DES ACCENTS.

Cela ne te siroit pas. Tu veux toujours faire briller ton esprit, tu sais pourtant qu'on oublie le titre en voyant la pice...

APOLLON, part.

Ils commencent m'ennuyer...

Haut.

Messieurs aurez-vous bientt fini votre conversation ? Prenez-vous ce Palais pour des foyers de thtre ?

DES ACCENTS, l'Abb.

Il n'a pas l'air accommodant.

APOLLON.

Demandez-vous quelque chose ?

DES ACCENTS.

Je viens me plaindre vous de ce que Thalie m'a fait sortir si injustement du Parnasse.

APOLLON.

J'ai peine croire qu'elle ait commis une injustice comme tu le prtends. Voyons les Ouvrages que tu as composs.

DES ACCENTS, tirant des brochures de sa poche.

Voici le petit Matre la mode, ou le Fat sans le savoir, comdie mle d'ariettes.

APOLLON.

Toujours des ariettes ?

DES ACCENTS.

Cette brochure renferme une dissertation sur les frisures la grecque, les chapeaux la Suisse, et les redingottes l'Anglaise.

APOLLON.

Cet Ouvrage s'est-il vendu ?

DES ACCENTS.

Beaucoup. Il y a tant de sots Paris.

L'ABB.

Mais, mon digne confrre, vous ne faites pas votre loge ; on vous a toujours vu suivre les modes que vous critiqus.

APOLLON.

Dpchons.

DES ACCENTS.

Voici les Etrennes des Marmitons, ou l'amusement des sots, farce pour les boulevards.

APOLLON.

Tu composes aussi pour ces baladins ?... Tu tiendras compagnie ton ami Monsieur l'Abb. Vous partirez ensemble.

DES ACCENTS.

Les belles de Paris nous consoleront de ce malheur... Allons, mon ami... Peut-on affliger ce qu'on aime ?

Ils sortent en chantant.

SCNE XVI.

APOLLON, seul.

Qui croirait que ces vils insectes osent aussi prtendre au titre d'auteur ? Je ne m'tonne plus de la presse qu'il y avait sur l'Hlicon.... Que veut ce Savetier ?...

SCNE XVII.
Apollon, Tranchet.

TRANCHET, part, habill en Savetier, avec des culottes troues devant et derrire.

! Postrit de mes anctres.

APOLLON.

Il cherche sans doute de la pratique.

TRANCHET.

Seigneur Apollon, daignez coudre un moment l'empeigne de votre attention la semelle de mon discours ; trop heureux si le tranchet de mon loquence peut affiler l'alne de votre attention .

APOLLON.

Voil un drole de style.

TRANCHET.

Justice, Seigneur ! On m'a chass du Parnasse, moi qui ai us toutes mes culottes pour y monter.

APOLLON.

Qui es-tu ?

TRANCHET.

Je suis cet auteur connu par ses voyages, qui lui ont acquis le titre d'ambulant. J'ai appris Paris que quand on voyait l'arc-en-ciel, on ne voyait pas l'arc-en-terre ; et c'est-l o j'ai fait briller mes talents.

APOLLON.

Quel est le sujet qui t'amene ?

TRANCHET.

Tel que vous me voyez, je suis amateur des spectacles ; j'ai frquent les boulevards, et l'on m'a vu briller aux premires places, l'Opra-comique.

APOLLON.

Quelles sont les pices qui t'ont fait le plus de plaisir ?

TRANCHET.

Celles o il y avait le plus de dcorations. Le Turban, le Prince de Salerne, et surtout l'Arbre enchant.     [30]

APOLLON.

C'est une bonne pice.

TRANCHET.

Oh ! Excellente : il y a des ballets la Suisse, des dcorations la grecque, et des ariettes franaises ; c'est plus que suffisant pour faire un chef-d'oeuvre... J'ai vu aussi une petite meunire que j'ai bien trouv de mon got: dans la pice o elle parat, une basse qui danse en l'air, des sacs qui s'envolent, la chandelle qui monte au grenier... Oh ! Rien n'est plus plaisant... On dirait aussi que j'y verrais un esprit... mais je n'ai vu qu'un revenant.

APOLLON.

Le revenant est l'esprit.

TRANCHET.

Il est bien bte cet esprit-l, de sortir avec son sac pour se faire reconnatre.

APOLLON.

Revenons au sujet qui t'amne.

TRANCHET.

H bien, vous saurez donc que je ne me contente pas d'tre amateur de spectacles, je suis auteur, moi, et je fais des comdies.

APOLLON.

Mles d'ariettes sans doute ?

TRANCHET.

Je porte mon ambition plus haut ; je laisse les ariettes ces petits cri vains qui commencent natre.

APOLLON.

Je ne t'aurais pas pris pour un auteur.

TRANCHET.

L'habit ne fait pas le Docteur, je n'en suis pas moins un pote clbre, et je viens me plaindre vous de ce que Thalie m'a fait l'affront de me mconnatre, et de me chasser coups de pied-au-cul.

APOLLON.

Ton habit ne l'aura pas prvenue en ta faveur... Quelles pices as-tu composes ?

TRANCHET.

Je vais vous chercher mon petit recueil.

Il sort.

SCNE XVIII.

APOLLON seul.

Voyons ce que c'est, il peut avoir raison... Ce n'est pas sur l'apparence que nous devons juger les hommes.

SCNE XIX.
Apollon, Tranchet un sac sur son paule.

APOLLON.

Qu'apportes-tu l ?

TRANCHET.

Ce sont les enfants que ma plume mis au jour.

APOLLON.

Quelle famille !

TRANCHET.

Ne vous rcriez pas, elle n'est pas estropie.

APOLLON.

O as-tu fais paratre tous ces enfants ?

TRANCHET.

Sur les boulevards.

APOLLON.

Encore un auteur de farces ! Le Parnasse n'tait rempli que de ces animaux-l, et d'auteurs de comdies chantantes.

SCNE XX.
Apollon, Tranchet, Mademoiselle Girofle.

MADEMOISELLE GIROFLE, entre en chantant.

Je vends des bouquets, des jolis bouquets...

APOLLON.

En voici bien d'une autre.

MADEMOISELLE GIROFLE

Fleurissez-vous, fleurissez-vous. Voici la petite marchande de bouquets, achetez des bouquets.

APOLLON.

Elle n'est pas si dsagrable.

MADEMOISELLE GIROFLE

Achetez donc queuque chose de la petite marchande, tenez, prenez cette rose, c'est la seule que j'ai apporte de Paris, qui ne soit pas fane... Allons, achetez-l.

APOLLON.

Les fleurs qui viennent de Paris me sont suspectes ; je n'aime pas leur odeur.

MADEMOISELLE GIROFLE

Elle est pourtant bien frache ; voyez, examinez ; vous n'en trouverez point de pareille, je vous en avertis.

APOLLON.

Cette fracheur n'est qu'un faux clat qui ne doit point tenter ; elle n'en cache pas moins l'pine sous cette feuille qui parat vermeille.

MADEMOISELLE GIROFLE

Comme vous nous dbitez a.

APOLLON, part.

Elle est familire...

Haut.

Quel est le sujet qui vous amne ici, ma chre enfant ?

MADEMOISELLE GIROFLE

Voici la raison qui me fais quitter Paris : depuis longtemps je ne fasons plus rien dans cette ville.... Tout le monde commerce ; il n'y a pas jusqu' la plus petite bourgeoise qui ne se mle d'ouvrir boutique. Tredame a n'accommode pas ; elles nous enlvent tous les chalands.... Celles qui nous font le plus de tort, ce sont les femmes de Procureurs : elles font de leurs clercs des courtaux de boutique, et le ngoce va furieusement ; de toutes les fleurs qu'elles dbitent, elles ne gardent que les jonquilles pour leur mari. Enfin, comme je ne pouvons plus rien vendre, je venons vous prier de nous laisser entrer dans votre Parnasse pour y taler ma petite boutique, et dbiter ma marchandise.     [31]

APOLLON.

Vous ne feriez pas fortune, ma chre enfant, nous n'avons pas d'ab bs.

MADEMOISELLE GIROFLE

Vous n'avez qu' m'trener seulement, et vous verrez que tous les au tres suivront votre exemple... Et vous Monsieur le Savetier, achetez donc cet oeillet pour la vtre.... Ciel que vois-je ?

TRANCHET.

qui en veut-elle ?

MADEMOISELLE GIROFLE

Je te retrouve donc enfin, perfide ! Oh ! Tu ne m'chapperas pas .     [32]

TRANCHET.

Que veut-elle donc dire ?

APOLLON.

Qu'est-ce que cela signifie ?

MADEMOISELLE GIROFLE

C'est un malheureux, un sclrat... Qui l'aurait souponn !... Il tait si pressant, il avait l'air si tendre...

APOLLON.

Qu'a-t-il donc fait ?

MADEMOISELLE GIROFLE

Ce qu'il a fait...

Elle pleure.

Un jour que j'allais vendre mes bouquets au march, je rencontrai ce misrable... Il me proposa d'entrer dans un cabaret pour nous rafrachir ; j'eus la faiblesse d'y consentir, il me priait de si bonne grace...

Elle pleure.

Ah, ah, ah.

APOLLON.

Achevez donc.

MADEMOISELLE GIROFLE

H ben, ne voil-t-il pas que le fripon met la main dans mon panier, prend la plus belle de mes roses, et dcampe sans me payer.

APOLLON.

Ah, ah, Monsieur le Savetier.

TRANCHET.

Je puis bien vous jurer sur mon Tranchet, que c'est une impudente, une effronte et que je n'ai jamais connu cette carogne-l .

MADEMOISELLE GIROFLE

Tu ne me connais pas ! Tu ne te ressouviens donc plus de ta petite Girofle, marchande de bouquets la Pointe Saint Eustache ?

TRANCHET.

Je me ressouviens aurant de Girofle comme de Giroflon.

MADEMOISELLE GIROFLE

Ah ! C'en est trop; je perds patience, tu joins l'insulte la raillerie... Tout mon amour se change en fureur... Voil pour t'apprendre parler.

Elle lui donne un souflet.

TRANCHET.

Au secours, la force, on m'assomme... On me violente !

APOLLON, part.

Ils croyent tre encore ici dans leur cabaret... Allons sortez promptement, et allez vous quereller plus loin.

TRANCHET.

Moi, qui suis aussi innocent qu'un petit enfant qui vient de natre ?... C'est elle qui cause tout mon malheur.... Il faut que je l'chigne.     [33]

MADEMOISELLE GIROFLE

Viens-y.

TRANCHET.

Tout m'en veut, tout m'abandonne... Puisque c'est ainsi, je renonce au monde, et ds demain, je cours me faire misanthrophe.

Il sort.

MADEMOISELLE GIROFLE

Je ne te quitte pas que tu ne m'aye pay ma rose.

SCNE XXI.

APOLLON, seul.

M'en voici dlivr, quelles gens... En voici un autre avec sa bosse.

SCNE XXII.
Apollon, Polichinelle.

APOLLON.

Que cherches-tu, mon ami ?

POLICHINELLE.

Je viens vous demander une grce.

APOLLON.

Comment te nommes-tu ?

POLICHINELLE.

Je me nomme Polichinelle, et je suis Directeur d'une troupe de comdiens.

APOLLON.

De quels Comdiens ?

POLICHINELLE.

De Comdiens de bois.

APOLLON.

Ah, ah, c'est toi qui es le Directeur des Comdiens de bois ? Thalie protge tes auteurs ; elle m'a parl de tes pices.

POLICHINELLE.

Il est vrai que n'tant pas mles d'ariettes, elle ne les dsavoue pas.

APOLLON.

Que demande-tu de moi ?

POLICHINELLE.

Le voici. Mes Comdiens de bois ont attir sur eux l'envie des autres Comdiens leurs confrres : ces cruels, jaloux de leur bonheur, nous ont cherch des chicanes de diable ; et pour les mettre couvert de leur haine, je viens vous prier de m'accorder votre protection, et me permettre de btir une salle au pied du Parnasse, afin d'y donner mon spectacle.

APOLLON.

Quelles sortes de pices joues-tu ?

POLICHINELLE.

De petites comdies sans intrigue, des pices tiroir.

APOLLON.

En as-tu quelqu'une ?

POLICHINELLE, lisant un manuscrit.

Voici la premire qui s'est donne sur mon thtre : c'est une petite scne entre Marcel et moi. Il arrive d'un air chagrin ; je lui en demande la raison.

L'acteur doit parler comme Polichinelle.

Pourquoi parais-tu si triste ?...

Il change de voix.

Te le dirai-je, mon ami, je viens d'tre rform... Tu aurais quitt les cordons bleus de notre ordre ? Et par quelle raison ?... Que veux-tu ? Honores mutant mores... Que vas tu devenir prsent ?... Je viens m'enrler dans ta petit troupe, si tu veux me recevoir... Tu voudrais jouer avec des Comdiens de bois ?... Tu sais bien que ce ne serait pas la premire fois, bches pour bches, j'aime autant jouer avec les tiennes qu'avec d'autres.     [34]

APOLLON.

Ne m'en dis pas davantage, je vois ce que c'est ; je ne m'tonne pas si tu t'es fais des ennemis. Tu te mles de critiquer ? Ne sais-tu pas qu'une satire cote bien souvent des larmes l'auteur. Consulte Boileau, il te dira qu'on se fait autant d'ennemis de ceux que l'on fait rire. Je veux bien t'accorder ma protection, mais tche de donner des pices sans critique.     [35]

POLICHINELLE.

Ce serait servir des perdrix sans oranges : mon, spectacle tomberait entirement, si dans les ragots que je sers au public, il n'y avait quelques grains de sel pour en relever le got.

APOLLON.

Comment faire ? Je me sens bien port te rendre service... Mais que je te permettes de donner des pices satyriques, tu abuseras quelques jours de cette permission, et tes satyres blesseront indubitablement.

POLICHINELLE.

Voici ma maxime : ludere non laedere.     [36]

APOLLON.

Elle est bonne ; il faut la suivre, et j'aurai l'oeil sur toi... D'o vient ce bruit ?... Il redouble.... C'est notre portier... Les Muses l'accompagnent.

SCNE DERNIRE.
Apollon, Polichinelle, Tomverd, Les Muses.

TOMVERD.

! Malheur imprvu.

APOLLON.

Qu'est-il donc arriv ?

TOMVERD.

Les rimailleurs sont matres du Parnasse.     [37]

APOLLON.

Qu'entends-je ?

TOMVERD.

Furieux d'avoir t rpousss, ils se sont rallis de nouveau, et ont tombs sur nous avec imptuosit. Nous avons soutenue leur premier effort avec assez de vigueur ; nous les aurions mme repousss, s'il n'tait venu tout coup un renfort d'auteurs des boulevards, d'crivains de feuilles, qui ne vivent qu'aux dpens de la rputation du public... de potes connus sur les quais, et dont les ouvrages se dbitent chez l'picier. Ces Auteurs se sont aviss de nous lire leurs ouvrages ; alors, vous auriez vu vos gardes immobiles, se frotter les yeux, bailler, dormir, et tomber les uns sur les autres en ronflant comme des juges l'audience. Nos Rimailleurs saisissent ce moment ; ils passent sur le corps nos Gardes, et grimpent au haut du Pinde : vos favoris veulent en vain s'opposer leur passage; ils subissent le mme sort des Gardes : la lecture de trois pages du Dserteur, les plonge dans un sommeil lthargique: les potes crient alors victoire ; ils montent tous la fois ; c'est qui se placera le plus prs du sommet de l'Hlicon. Voil, Seigneur, ce qui se passe dans votre Empire. Je suis vite accouru vous faire part d'un si grand malheur.

MELPOMNE.

Quel parti prendrez-vous dans une pareille circonstance ?

APOLLON, aprs un peu de rflexion.

Il est tout pris. J'abandonne le soin de mon Empire qui voudra s'en charger ; puisque tout le monde veut tre auteur, je ne me mle plus de rien. Je ne mettrai point le pied sur le Parnasse tant que les comdies mles d'ariettes seront la mode.

Aux Muses.

Vous aurez le soin d'en faire autant jusqu' ce que le bon got ait fait tomber ces pices chantantes.

TOMVERD.

Ne me voil pas mal prsent avec ma charge de portier.

APOLLON.

C'est un malheur auquel on ne s'attendait pas... Mais pour te consoler de l'emploi que tu viens perdre, enrle-toi dans la troupe de Polichinelle, tu joueras avec ses Comdiens de bois.

POLICHINELLE.

C'est bien dit, vous ferez les amoureux.

TOMVERD.

De portier du Parnasse, jouer avec des Comdiens de bois ?

POLICHINELLE.

Ne faites pas tant le difficile, j'estime autant la moindre de mes bches, mme celle qui souffle les autres, qu'un petit auteur comme vous.

APOLLON.

Il a raison.

TOMVERD.

Allons, il faut faire une fin. Puisqu'il est ainsi, je m'enrle dans votre petite troupe.

APOLLON.

Tu n'auras pas lieu d'tre mcontent. Allez, et lorsque vous serez de retour Paris, vous publierez partout que depuis qu'on voit tant d'auteurs de comdies mles d'ariettes, Apollon et les Muses n'habitent plus le Parnasse.

 


Fin du texte

 


APPROBATION.

J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancellier, le Portier du Parnasse, comdie en un acte, et en prose. J'ai cr qu'on pouvait en permettre l'im-pression. Paris, ce 6 Mai 1770. CRBILLON.

 


[1] Le Dserteur : opra de Michel-Jean Sedaine en 1769.

[2] Pont-Neuf : pont de Paris, situ l'extrmit aval de l'ile de la Cit.

[3] Dcius : Romain clbre pour son dvouement. En 343 av J.-C., tant tribun militaire, il sauva Cornelius Cossus, enferme par les Samnites dans les gorges de Saticule. Il prit en se jetant dans les rangs ennemis lors de la bataille de Veseris. [B]

[4] Hlicon : montagne de Grce consacre aux Muses.

[5] Permesse : ruisseau qui coule au pied de l'Hlicon.

[6] Ambulantes la brune, Le Rverbre cass, Le Testament de la petite toile ne sont pas identifies.

[7] Pinde : chane de montagnes qui spare la Thessalie de l'Epire. Elle est consacre Apollon et aux Muses.

[8] Nricault Destouches (Philippe) : (1680-1754) auteur plus de vingt comdies succs.

[9] Regnard (Jean-Franois) : (1657-1709) copos plus de vingt comdies dont certaines avec Dufresny.

[10] Salency : village du dpartement de l'Oise prs de Noyon et au Nord-ouest de Compigne.

[11] cole des femmes : comdie en cnq actes de Molire de 1662.

[12] Horace : titre et hros d'une tragdie en vers de Pierre Corneille (1641) donc Camille est la soeur.

[13] Franais : comdie franaise.

[14] Petites maisons : On dit aussi, qu'il faut mettre un homme aux petites maisons, quand il est fou, ou quand il fait une extravagance signale ; cause qu'il y a Paris un Hospital de ce nom o on enferme ces fous. [F]

[15] Amlise, tragdie en cinq acte de Ducis (1768), Hamlet tragdie de William Shakespeare, traduite par Ducis (1769). Laurette (1768), comdie de Dudoyer de Gestels. Le Bon pre, proverbe en prose de Charles Garnier .

[16] Cothurne : C'est une espce de soulier ou de patin lev par des semelles de lige, dont se servaient les anciens acteurs de Tragedies sur la scne, pour paratre de plus belle taille. Il couvrait le gras de la jambe, et tait li sous le genou. [F]

[17] Zare, tragdie de Voltaire (1732). Cinna, tragdie de Pierre Corneille (1742). L'Esprit la Mode ou les Amricains, comdie de Gresset (1751).

[18] Fariboles : contes ; choses vaines qui ne mritent aucne considration. [F]

[19] Le Comte de Warwick, tragdie (1763) et Mlanie, drame (1770) sont de Jean-Franois de La Harpe.

[20] Gaston et Bayard, tragdie (1771) et Gabrielle de Vergy, tragdie (1773) de Belloy.

[21] Aristomne, tragdie (1749) et Denis le tyran, tragdie (1748) sont de Jean-Franois Marmontel.

[22] Il existe un prologue en prose de Cramontelle nomm Le Chasseur et les joueurs (1768)

[23] Les deux pices cites ne sont pas identfies ainsi que leur auteur.

[24] la tte, signifie est sur la page de titre ou deux manuscrit ou de l'imprim.

[25] Regnard (Jean-Franois) [1657-1710] auteur de comdie pour les comdiens italiens.

[26] "Tant pis" est graphi "tampis" dans l'dition originale.

[27] Petit-collet : on apelle petit-collet, un homme qui s'est mis dans la rforme, dans la dvotion, parceuqe les gens d'glise porte par modestie des petits collets alors que les gens du monde en portent de grands.

[28] Adonis : jeune homme d'une beaut remarquable, tait, suivant les Grecs,le fruit du commerce incestueux de Cinyras avec sa fille Myrrha. Il fut chang en anmone. [B]

[29] "Le Turban enchant", canevas d'Antonio Marcoforio dit Pantalon prsent le 1- mai 1769 l'Htel de Bourgogne.

[30] "Le Prince de Salerne", canevas de Marie-Jeanne Riccoboni et Carlo Antonion Vronese prsent le 24 semptebre 1746 l'Htel de Bourgogne.

[31] Courtaux de boutique : Commis marchand. [L]

[32] Parodie de l'"Aprs-Souper de l'Htel de Soissons" (1769) comdie en prose de Alexandre-Louis-Bertrand Robineau.

[33] Echigner : tuer, assomer, massacrer, rompre l'chine. [F]

[34] Bche : gros bois dont on se chauffe. On appelle figurment un homme stupide, une grosse bche.

[35] Bloileau (Nicolas) : clbre pote franais n en 1636 Paris, mort en 1711. Auteur de satires, d'un art potique, ami et soutien de Jean Racine. Il fut surnomm de Legislateur du Parnasse.

[36] ludere non laedere : (latin) s'amuser sans offenser.

[37] Rimailleur : Mchant pote, qui ne sait que rimer, et mettre des rimes au bout des vers. [F]

 

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