DOROTHÉE

PANTOMIME À SPECTACLE

PRÉCÉDÉE DES PREUX CHEVALIERS, PROLOGUE PANTOMIME

Réprésentée sur le Théâtre de l'Ambigu-Comique à la Foire Saint-Germain, en l'an 1782.

M. DCC LXXXII.

À PARIS, De l'Imprimerie de CAILLEAU, rue Saint-Séverin. On trouvera des exemplaires audit Spectacle


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 29/06/2017 à 20:39:13.


Ô VOUS sensibles coeurs, qui ne rougissez pas

D'écouter la Nature, et de verser des larmes :

Venez partager les alarmes,

D'une mère aux abois, qui brave le trépas

Parce qu'elle est sans crime ;

Mais qui, malheureuse victime,

Et de l'amour et du devoir,

Ne peut quitter sans désespoir

Son fils, objet de sa tendresse,

Et fruit infortuné du plus fidèle amour ;

Après avoir maudit l'Auteur de sa détresse,

Bientôt vous le verrez , par un juste retour,

Dans les feux allumés par sa fureur traîtresse ,

Expier ses forfaits et sa scélératesse.

Aux horreurs des bûchers succéderont les jeux ;

L'amour récompensé, la vertu triomphante ,

Dans les bras de l'époux, son épouse innocente,

Et son enfant chéri, le bonheur de tous deux ,

Gage de leur hymen , et de leur foi constante.

Par une vive émotion,

Je vois vos âmes s'attendrir :

Les fleurs de la compassion,

Cèdent aux larmes du plaisir.

Ah ! c'est le cri du coeur, la voix de la Nature !

Quels tendres mouvements vous doivent agiter !

Mères, dignes de l'être, et qui savez aimer,

Et vous, jeunes Beautés, dont l'âme est encor pure,

Et qui méconnaissez le vice et l'imposture ;

Livrez-vous sans réserve à des transports si doux ;

Ce sont plaisirs du coeur, qui ne font que pour vous,

Et daignez recevoir l'hommage,

Que je vous fais de mon Ouvrage.

Ce n'est qu'à la vertu qu'il se peut adresser,

Puisque c'est la vertu qu'on y voit triompher.

Il est par-là sûr de votre suffrage.

Loin de nous ces gens à tapage,

Qui d'un futile bavardage

Étourdissent tous leurs voisins ;

De la langue, des pieds, des mains ,

Agissants toujours, sans rien faire.

Ces gens à la tête légère,

Qui jugent de tout au hasard ,

Sont partout, ne sont nulle part.

Qui munis de vastes lorgnettes,

Pour qu'ils disent des sornettes,

Et qu'ils fassent des pirouettes,

S'imaginent être divins.

Qui ne frappent jamais des mains,

Qu'aux Spectacles où la licence,

La basse charge et l'indécence,

Par des coups rudement frappés.

Réveillent leurs sens émoussés.

Fuyez, trop inutile engeance,

Honorez-nous de votre absence.

Mais vous, dont l'âme est noble, et qui savez penser,

Accourez en ces lieux, venez voir Dorothée.

Je sais que le vrai seul a droit de vous charmer,

Vos plaisirs sont le but où vise ma pensée.

Votre goût est mon guide ; et s'il est satisfait,

Mon triomphe est certain, et mon bonheur parfait.


PERSONNAGES DU PROLOGUE.

LA TRÉMOUILLE, Général d'une Division de l'Armée Française.

ANTOINE, vieux serviteur de la Trémouille.

QUATRE PAGES.

UN OFFICIER, reçu Chevalier.

UN GRENADIER, fait Officier.

PLUSIEURS CHEVALIERS.

DEUX PAYSANS.

UNE PAYSANNE.

TROUPE DE SOLDATS FRANÇAIS.

UN CHEF DE L'ARMÉE ANGLAISE, fait Prisonnier.

PERSONNAGES DE LA PANTOMIME.

DOROTHÉE.

UN JEUNE ENFANT, fils de Dorothée.

UNE GOUVERNANTE.

PLUSIEURS SUIVANTES de DOROTHÉE.

LA TRÉMOUILLE, Amant de Dorothée.

DUNOIS, Preux Chevalier.

GARDES.

UN MAIRE DE VILLE.

SACROGORGON, Chef de la Garde.

PEUPLES ET SOLDATS.

Pour le prologue, la Scène est aux environs de la Ville d'Orléans, lorsqu'elle fut assiégée, du temps de la Pucelle. La scène de la pantomime est à Milan.


PROLOGUE-PANTOMIME.

Le Théâtre représente un Camp.

Antoine, fidèle Serviteur du Général, plein de zèle pour son maître, veille à l'entrée de sa tente, et de temps à autre, entrouvre les rideaux, pour voir s'il repose encore ; mais loin de se livrer au sommeil, le Chef, aussi vigilant qu'intrépide, est occupé à tracer le plan d'une bataille. Antoine se retire doucement, pour ne pas l'interrompre, et s'occupe à nettoyer ses armes. Un Officier de bonne humeur arrive du Camp, il veut parler au Général ; Antoine lui fait signe de ne point faire tant de bruit.

Viennent successivement plusieurs autres Officiers, à qui Antoine recommande également de ne point troubler son Maître.

Le Général sonne, Antoine entre. Le Général lui demande s'il y a quelqu'un a recevoir ; Antoine ayant fait signe que des Officiers l'attendent, ouvre par son ordre les rideaux de la tente, et introduit les Officiers.

Le Général leur fait part des dispositions qu'il a pris, en cas que les ennemis approchent, et leur indique la marche qu'ils doivent suivre , d'après le plan qu'il a conçu.

Les Officiers, reçoivent ses ordres, et lui font observer qu'on entend de loin le canon de l'ennemi ; le Général ayant achevé de prescrire á chacun d'eux ce qu'il a à faire, ils se retirent.

On bat la Générale.

Différents corps de troupes traversent le Camp, et vont se rendre à la place destinée au ralliement.

Le Général ordonne à Antoine d'agrafer sa cuirasse, de lui passer son écharpe, de préparer ses armes et d'appeler un de ses pages. Il se livre pour un moment à toute la tendresse qu'il a pour sa chère Dorothée. L'image de sa bien-aimée qu'il contemple avec admiration, lui rappelle sans cesse le souvenir de cette beauté chère ; ensuite il se met en devoir de lui écrire.

Le Page arrive, il reçoit de son maître la lettre qu'il vient d'écrire, et un étui dans lequel est renfermé son portrait, qu'il doit porter en diligence à Dorothée.

Un Aide-de-Camp vient annoncer au Général que les Troupes rassemblées n'attendent plus que de le voir à leur tête pour marcher au combat ; le Général prend son casque, son épée et vole à la victoire.

Antoine, ce vieux Serviteur plein de zèle et d'affection pour son maître, reste seul dans la tente ; il déplace tout en voulant le mettre en ordre, il écoute de temps en temps les différents [qui] indiquent la situation des deux armées.

Un Paysan arrive tout essoufflé ; il fait à Antoine le récit de ce qui se passe à la bataille. Comme on entend redoubler le bruit du canon et celui des armes, il se sauve de frayeur.

Un autre Paysan paraît avec un bâton d'une main et sa femme de l'autre, qu'il veut défendre contre un soldat qui la poursuit.

Antoine, toujours dans les mêmes inquiétudes sur le sort de son maître, ne cesse de s'agiter en allant, venant d'un côté et d'un autre. Des fanfares et des cris victorieux frappent son oreille et raniment tout-à-coup son espoir ; enfin, il se livre à toute sa joie.

Les Officiers ramènent le Général a sa tente et s'empressent tous à le féliciter. Le Général les remercie, leur témoigne qu'ils ont part, aussi bien que lui, à la gloire de cette journée. Il pose son casque et ses gantelets, et embrassent ses meilleurs amis et ceux qui se sont le plus distingués.

Un jeune Officier, accompagné d'un Grenadier en qui il a mis toute sa confiance, arrive chargé des dépouilles de l'ennemi ; il fait apporter sur un brancard un Chef de l'Armée Anglaise dangereusement blessé, qui ne veut remettre ses armes qu'au Général. Ce dernier les reçoit des mains de son prisonnier, après lui avoir fait connaître la part qu'il prend à sa situation ; il le recommande aux gens qui doivent en prendre soin, et le fait conduire au camp.

Le Général se retourne ensuite vers le jeune officier et lui prodigue les éloges qu'il a mérité. Celui-ci les reçoit avec autant de modestie que de noblesse, et ne désire, pour récompense de ses services, que d'être reçu Chevalier. Le Général accueille favorablement sa proposition. Après avoir décoré du grade d'Officier le grenadier, il donne ordre sur le champ de préparer tout ce qui est nécessaire pour la réception du nouveau candidat. On dresse un trône sous la tente du Général où il doit monter, et chacun se met en place pour la cérémonie.

La femme du paysan qui avait été poursuivie par un soldat, vient tout-a-coup en d[écou]dre, se précipiter aux genoux du Générai pour implorer sa justice. Il la relève en lui demandant le sujet de son affliction. Elle lui montre à quelque distance des Soldats qui maltraitent son mari, et qui veulent l'engager. Le général ordonne qu'on les arrête, et qu'on les lui amène.

Les Soldats arrivent avec le paysan qu'ils ont déjà affublé d'un casque et d'une écharpe. Le Général fait à ses Soldats des reproches amers sur leur conduite. Ceux-ci s'excusent du mieux qu'il leur est possible, en montrant un engagement qu'ils disent être signé du Paysan. Après vérification faite de la part du Général et des Officiers présents, cet engagement se trouve faux. Alors le Général les fait sortir de sa présence, et conduire aux arrêts. Il réunit les deux époux qui sortent en le bénissant d'avoir daigné leur rendre justice.

Cérémonies qui s'observaient à la Réception des Chevaliers.

Le Général assis sur son trône, deux hérauts d'armes s'approchent et le saluent. L'un d'eux présente avec respect un écrit contenant les motifs qui font désirer au Candidat l'honneur d'être admis dans l'ordre de la Chevalerie. Le Général agrée sa demande, pourvu que les Parrains en répondent. Ceux-ci tirent à moitié leur épée pour preuve de leur consentement. Les Hérauts se retirent dans le même ordre où ils sont entrés pour aller chercher le nouvel Initié.

Le jeune guerrier arrive couvert d'une longue robe blanche, sous laquelle il est armé de cuirasse, etc. Il est précédé du Roi d'Armes, des deux Hérauts d'Armes, et au milieu des deux parrains. Il est suivi des deux écuyers portant son pennon, sa bannière, son étendard et son gonfalon. Après avoir salué le Général, il se place et se tient debout dans le fond. Le Général demande aux chevaliers s'ils acceptent la réception du candidat. Ceux-ci répondent d'abord en élevant la main droite les deux index étendus, ensuite ils tirent l'épée, l'agitent trois fois en l'air, la remettent au fourreau, portent la main droite sur leur coeur, et enfin frappent trois fois des mains en ligne de consentement unanime. Les parrains précédés des hérauts d'armes amènent le candidat au pied du trône où il se met à genoux sur un carreau de velours. Il prononce le serment sur un grand livre que le Général tient sur ses genoux, et celui-ci suspend la pointe de son épée sur la tête du récipiendaire, ensuite avec les deux index il lui donne un petit soufflet sur la joue gauche, le frappe du plat de son épée à trois différentes fois sur l'épaule gauche, relève le nouveau Chevalier, lui donne l'accolade et l'embrasse sur la parole. Après cette cérémonie on le ramené au milieu du théâtre, on le dépouille de sa robe blanche ; le Général descend du trône et prenant une épée de la main d'un des plus braves Chevaliers, il la lui ceint au côté, puis retourne sur son trône. Le nouveau chevalier reçoit de l'un des gantelets, de l'autre un bouclier, de celui-ci une lance, de celui-ci un casque, un cinquième lui chausse un éperon d'or au pied droit, tout le monde le félicite et l'embrasse l'un après l'autre.

Les Dames entrent sur deux lignes, passent devant le Trône en saluant le Général, et forment un demi cercle autour du nouveau chevalier. Deux demoiselles prennent de la main d'un page, l'une une écharpe, l'autre un manteau doublé d'hermine. La première lui passe l'écharpe sur l'épaule de droite à gauche, la seconde lui attache le Manteau sur les épaules, le baise sur la joue droite et toutes se retirent en se saluant.

Le Roi d'Armes et les deux hérauts d'Armes élèvent le chevalier sur un bouclier et toute l'assemblée tirent l'épée en signe de réjouissance. Le Général, les Chevaliers et toute la Cour le saluent au son des instruments militaires et d'une musique triomphante. On le descend : deux dames lui présentent la main, deux autres portent devant lui son casque et son bouclier, deux autres sa lance et ses gantelets et tout le monde sort en ordre.

Le Général ayant forcé les ennemis de se retirer, et ne craignant plus aucunes incursions de leur part, ordonne à son écuyer de prendre son armure et de le suivre. L'écuyer lui représente que la gloire l'environne de toutes parts dans sa patrie, sans aller la chercher plus loin ; à quoi le héros lui répond confidemment qu'il vole revoir sa chère Dorothée et qu'il ne tardera pas à revenir sur ses pas.

Ils sortent.

ACTE I

Le Théâtre représente un Salon.

Dorothée assise est occupée avec deux de ses femmes à broder une écharpe. Elle laisse de temps en temps échapper quelques soupirs. Ses femmes cherchent à la distraire du mieux qu'il leur est possible, tandis que, d'un autre côté, une Gouvernante fait sauter un enfant sur ses genoux. Dorothée lui fait signe d'approcher, et de lui apporter l'enfant. La Gouvernante le lui remet entre les bras ; Dorothée le regarde avec satisfaction, lui sourit et l'embrasse tendrement.

Un Page arrive de l'armée, apporte à Dorothée une lettre qu'il a de la peine à retrouver. Enfin, il la donne à Dorothée qui l'ouvre avec précipitation, et la lit avec une action qui désigne ce qu'elle renferme. Le Page lui remet ensuite un étui dans lequel est renfermé le portrait de son maître. Elle le reçoit avec transport, le couvre de baisers et le montre à ses femmes, qui en admirent la ressemblance.

Un Domestique vient annoncer à Dorothée que le Maire de la Ville veut lui parler. On fait disparaître l'enfant, la gouvernante et le page.

Le Maire témoigne son mécontentement de ce qu'on l'a fait attendre pour entrer. Ensuite, il fait connaître à Dorothée qu'il désire être seul avec elle. Les Dames se retirent.

Dorothée tremblante écoute avec patience pendant quelque temps les déclarations amoureuses du Maire de Ville. Excédée de ses importunités, et justement indignée contre son persécuteur, elle l'accable de reproches, et cherche en vain à lui faire pressentir les remords qui suivent toujours de près une indigne pa[ssi]on ; mais le Maire n'écoutant que ses violents désirs, n'en devient que plus pressant. Dorothée résiste à la proposition.... Il oublie le respect que l'on doit à la vertu. Dorothée appelle à son secours, et laisse tomber, sans s'en apercevoir, la lettre que venait de lui remettre le page. Le Maire s'en saisit, parcourt d'un oeil avide ce qu'elle contient, et ne pouvant plus tenir aux violons excès de sa jalousie, il accuse Dorothée devant ses gens d'être coupable envers l'État ; et sort, en la menaçant de la livrer à toute les rigueurs des lois.

Dorothée frappée de ce coup de foudre, ne songe plus qu'aux malheurs qui vont l'accabler. Ses dames cherchent inutilement à la consoler. Elle se livre à toute se douleur. On entend du bruit : ce sont des archers qui viennent pour l'enlever, et qui se disputent avec les domestiques qui ne veulent pas les laisser entier.

Les Archers paraissent ; ils présentent leur ordre à Dovothée, qui, n'ayant presque pas la force de les regarder, exprime ion désespoir par des soupirs, des plaintes et des sanglots, auxquels ils ne répondent que par des gestes durs et menaçants. Dorothée se dépouille, en faveur de ses femmes des ajustements qu'elle a sur elle, et demande en grâce qu'on lui laisse voir et embrasser son enfant : ce que les barbares lui refusent impitoyablement. Enfin, on l'entraîne plus morte que vive.

ACTE II

Le Théâtre représente une prison.

Le Geôlier arrange un siège, nettoyé son escot du mieux qu'il peut pour recevoir sa nouvelle prisonnière.

Les Archers apportent dans leurs bras Dorothée évanouie, la posent sur un siège de pierre, placé au bas d'un pilier, et l'y enchaînent. Ils s'essuient le visage, et sortent, en murmurant, de ce qu'ils n'ont rien reçu pour boire.

Le Geôlier regarde attentivement Dorothée, la plaint de tout son coeur ; il lui prend envie de temps en temps de la faire revenir de son évanouissement en lui portant à la bouche quelque boisson. Alors il fait réflexion qu'il vaut mieux la laisser revenir d'elle-même. On frappe ; il se retire.

Dorothée reste seule ; elle soupire ; elle sanglote, et enfin ouvre les yeux. Quel spectacle affreux pour elle ! Au milieu d'un cachot, enchaînée à un énorme pilier, abandonnée à elle-même ; c'est ici que sa douleur s'exhale dans toute la force de son amertume pour augmenter l'horreur de sa situation.

Elle voit entrer son persécuteur, qui ne l'aborde que pour lui faire envisager une mort affreuse, ou la sauver aux dépens de son innocence. Accablée des persécutions du Maire, elle ne feint de l'écouter un moment, que pour demander a voir son enfant. Il ordonne au Geôlier de le faire venir. Celui-ci témoigne que l'enfant et la Gouvernante sont à la porte, et qu'il va les faire entrer.

Il fait entrer l'enfant, et on repousse la Gouvernante. Le Maire prend l'enfant par la main, et le présente à sa mère qui le prend entre ses bras et le serre tendrement contre son coeur. Le Maire lui demande que, pour prix de se complaisance, elle lui promette d'être à lui, et qu'elle se verra au comble du bonheur. Dorothée préfère ses supplices les plus honteux à la bassesse de trahir ses serments. Le Maire voyant tous ses efforts inutiles, sort rugissant de colère, et pour consommer ses forfaits, il la condamne dès ce moment à la plus affreuse mort.

L'enfant de Dorothée , après avoir fait de vains efforts pour apaiser la cruauté du Maire de Ville cherche à consoler sa mère, en essuyant les larmes qui coulent de ses yeux, et fléchissant les genoux, il demande au Ciel sa protection contre un ennemi si puissant.

Dorothée seule, tenant son [***] oublie pour ainsi dire où elle est, et le sort qui la menace pour ne voir et ne s'occuper que de lui.

Des archers viennent la chercher pour la mener au supplice ; il faut lui arracher son enfant, et c'est lui donner deux fois la mort. Après tant de résistance, elle s'affaiblit : on lui ravit le précieux gage de son amour, à mesure que les forces lui manquent, et ses yeux fixés sur lui n'en perdent sa vue qu'en s'éteignant dans les larmes.

ACTE III

Le Théâtre représente une place publique ; dans le milieu est un bucher prêt à être enflammé. Sur le devant on lit cette inscription :

LA BELLE DOROTHÉE AU FEU SERA JETTÉE SI LA VALEUR D'UN CHEVALIER LOYAL NE LA RECOURT DE CE BRASIER FATAL.

Dunois arrive sur la place, suivi de son écuyer, il regarde avec indignation le bûcher et les soldats qui l'environnent. Il parcourt la place et ordonne à son écuyer de s'informer quel est la victime pour qui l'on a fait tous ces apprêts. L'écuyer le demande à un des gardes qui entourent le bûcher. Ce soldat ne lui répond qu'en lui montrant du doigt l'inscription. L'Ecuyer après avoir lu, va pour en instruire Dunois, qui en ayant pris lecture à son tour commande à son écuyer de mettre son nom au bas, ce qu'ayant fait, ils sortent l'un et l'autre.

Le bruit d'une marche lugubre annonce l'arrivée de la victime. Elle arrive escortée des Officiers de Justice, de la Garde et suivi de tout le Peuple. Après que chacun a pris sa place, le Chef de la Garde fait le serment accoutumé sur un Drapeau qu'on déploie et où on lit :

JE JURE QUE DE DOROTHÉE

LA PERTE EST MÉRITÉE

SI QUELQUE AUDACIEUX

VEUT PRENDRE SA QUERELLE

ET COMBATTRE POUR ELLE,

QU'IL S'OFFRE À L'INSTANT À MES YEUX.

Aussitôt Dunois se présente, lui lance un regard furieux, et jure à son tour de prendre la défense de Dorothée envers lui et contre tous. Puis courant à Dorothée, lui demande la permission de combattre pour elle, il met un genoux en terre et ne se relève qu'en obtenant d'elle cette grâce. Dunois se retourne alors vers le Chef de la Garde, et lui commande d'aller prendre son armure pour se mesurer avec lui. II sort pour y aller ; mais avec autant de peur que Dunois montre de bravoure.

Dunois retourne à l'innocente Dorothée et la supplie de lui dire le sujet d'un si horrible traitement. Elle lui montre l'objet de tous ses malheurs. C'est pour lui seul, c'est pour lui rester fidèle qu'elle est prête à monter sur le bûcher. Danois reconnaît son ami dans le portrait que Dorothée lui présente, et ne respire que la brûlante impatience de venger l'innocence outragée et le plus digne ami : enfin, ne pouvant plus modérer sa colère, il se fait jour à travers le Peuple et les Gardes.

Il ramène le Chef de la Garde par le défaut de sa cuirasse et le force de combattre à outrance. Ce Chef ne tarde pas à éprouver sa défaite, il tombe sous les coups de la valeur et se roule par terre en expiant ses forfaits.

Les Soldats voyant ainsi expirer leur Chef, cherchent à le venger, en fonçant de tous côtés sur le généreux Dunois, mais secondé de son écuyer, il se défend avec tant de courage et d'adresse, qu'il les repousse sans en être atteint.

Fendant ce temps on entraîne Dorothée sur le bûcher, et on l'attache au poteau. On entend de toutes parts des cris tumultueux.

L'Epoux de Dorothée arrive, court à elle, la sauve des flammes qui l'environnent déjà, et remet ea femme évanouie entre les bras de son écuyer. Dans cet instant, le Maire qui vient pour jouir de fa vengeance ; furieux et désespéré de voir qu'on lui arrache sa victime, se jette, le poignard à la main, sur La Trémouille mais celui-ci le terrasse, ainsi que ses Satellites, et le précipite au milieu des flammes, que cet homme odieux avait fait allumer.

Enfin la Trémouille et Dunois vainqueurs tous les deux, marquent par les témoignages de leur amitié, combien ils sont flattés qu'un si heureux hasard les réunisse.

Dorothée revenue de son évanouissement n'ouvre les yeux que pour contempler un époux qu'elle adore, elle vole dans ses bras et remercie son libérateur.

Fête générale.

 


Lu et approuvé, le 26 Janvier 1782. SUARD.

Vu l'Approbation, permis de représenter et d'imprimer. À Paris, ce 26 Janvier 1782. LE NOIR.

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