DE LA DOUCEUR

CONVERSATION

LXX

M DC LXIV.

PAR RENÉ BARY, Conseiller et Historiographe de sa Majesté.

À BRUXELLES, Chez BALTHAZAR VIVIEN, au bon Pasteur.


© Théâtre classique - Version du texte du 01/02/2026 à 15:19:55.


ACTEURS.

FERNAND.

MELINTE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divisées en cent dialogues.", René Bary, Bruxelles : chez Balthazar Vivien, 1662. pp. 215-217


DE LA DOUCEUR

Fernand loue une savante, qui est naturellement colérique,de ce qu'elle est maîtresse de sa passion.

MELINTE.

Il me semble avoir ouï dire, qu'Hippocrate disait qu'il n'y avait point de maladie plus dangereuse que celle qui changeait la face.

FERNAND.

Cette autorité, Mademoiselle, vous apprend que la colère est un étrange passion, puis qu'elle allume les yeux, qu'elle distend les veines, et qu'elle gonfle la langue.

MELINTE.

Elle n'altère pas moins l'esprit que le visage, j'en sais quelque chose ; mais je lui aie livré de si rudes combats, qu'il semble qu'elle n'ose plus m'attaquer.

FERNAND.

Si celui qui peut le plus peut le moins, l'on peut dire raisonnablement, que vous gouvernez toutes vos passions, puisque vous tenez en bride celle qui a porté l'insolence et l'impiété dans les lieux les plus saints, celle qui a porté le fer et le feu dans les asiles les plus respectables.

MELINTE.

La modération de la colère, ne renferme pas toujours la modération de tous les autres mouvements ; tel n'est pas surmonté de la passion du vin, qui est quelquefois esclave de la passion des femmes.

FERNAND.

On sait bien que les passions font reçues selon la disposition des sujets, et que de la diversité des sujets naissent de notables différences, mais on sait bien aussi que la modération de la colère en un tempérament de feu, est un prodige de la raison, et que où la raison est très forte, l'appétit est très obéissant.

MELINTE.

Vous parlez présentement de la colère en particulier, et il me semble que d'abord vous avez parlé de la même passion en général.

FERNAND.

Je ne conviens pas, Mademoiselle, de la méprise dont vous m'accusez. Quand j'ai dit que vous gouverniez toutes vos passions, j'ai fondé ma proposition sur la qualité de votre tempérament, qui est tout de feu, et par conséquent sur une colère, qui est comme affectée à ces sortes de tempéraments ; et il me semble que je ne l'ai pas mal fondée, puis qu'il est évident qu'une personne qui triomphe d'une colère qui naît dans son fort, je veux dire dans le feu, et qui est capable des maux que j'ai représenté, peut justement se vanter d'avoir l'esprit merveilleusement fort, et qu'une personne qui peut justement se vanter d'avoir l'esprit merveilleusement fort, est maître de tous ses mouvements.

MELINTE.

Quoi qu'il me soit facile de vous faire voir que mon humeur n'est pas si bouillante que vous dites, et par conséquent que mes altérations ne font pas si violentes que vous pensez, j'aime mieux vous donner les mains que de vous entreprendre, j'aime mieux vous céder la victoire que de vous embarrasser.

FERNAND.

Vous avez combattu d'abord mon sentiment, parce que la modestie le voulait, et vous cessez de soutenir le vôtre, parce que la justice le veut : ce n'est pas, Mademoiselle, que vous ne soyez capable de donner de la peine aux plus grands hommes, c'est une vérité qui n'a point de contredisants ; mais vous aimez trop la vérité pour lui rendre de mauvais offices ; et si vous l'attaquez quelquefois, c'est sans doute pour avoir le plaisir de l'ouïr bien défendre.

 



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