PROPRIÉTAIRE ET LOCATAIRE

- GUIGNOL LOCATAIRE -

THÉÂTRE DE GUIGNOL.

1894.

Fernand BESSIER

PARIS, LIBRAIRIE THÉÂTRALE, 14 rue Grammont, 14.


Texte établi par Paul FIEVRE, septembre 2021.

Publié par Paul FIEVRE, octobre 2021.

© Théâtre classique - Version du texte du 30/11/2021 à 23:52:53.


PERSONNAGES.

GUIGNOL.

LE CONCIERGE.

MAÎTRE FURET.

LE PROPRIÉTAIRE.

LE GENDARME.

LE COMMISSAIRE.

Un salon chez le docteur Cornibus.

Fernand BESSIER, "Théâtre de Guignol", Paris, Librairie théâtrale, 1894, pp. 31-55.


ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

GUIGNOL, entrant.

Plus moyen de trouver un sou ! C'est fini. Mon pauvre Guignol, tu y es. Mais là, en plein, dans la panade. J'ai visité tous mes amis ; ceux qui avaient ne voulaient pas ; ceux qui voulaient, n'avaient pas. Comment faire ? Ce qui me gêne le plus, c'est mon propriétaire. Voilà trois fois qu'il envoie le concierge ; et voilà trois fois que je prie cet estimable fonctionnaire de revenir. Et il revient toujours ! Il y a des gens qui ont vraiment de la constance. Et puis payer, c'est bien facile à dire. Il faut pouvoir. Quelle invention bête que les créanciers, et que ces gens-là sont vraiment mal appris de venir nous réclamera tout instant ce qu'on a eu la faiblesse de leur emprunter ! En attendant je vais me coucher. Je rêverai peut-être que je suis millionnaire, et que c'est moi qui suis à mon tour le créancier de ma propriétaire. Il passerait un joli quart d'heure, je ne vous dis que ça. Allons !

Au moment où il va pour sortir, on entend frappera la porte.

On frappe ! Qui peut bien venir à cette heure ? Si c'était la fortune ! Elle ne s'annoncerait pas autrement.

On frappe encore.

On y va ! On y va !

Il va ouvrir.

Le concierge ! Encore. Ah ! Il m'ennuie à la fin !

SCÈNE II.
Le Concierge, Guignol, puis Maître Furet.

GUIGNOL.

Encore vous !

LE CONCIERGE.

Encore moi ! Tout à votre service.

GUIGNOL.

Et quel heureux hasard me procure l'honneur de votre visite ?

LE CONCIERGE.

Oh ! Mon Dieu, pas grand'chose.

Lui montrant un papier.

Ceci.

GUIGNOL.

Quoi ?

LE CONCIERGE.

Votre quittance de loyer.

GUIGNOL.

Je ne lis jamais ces choses-là.

LE CONCIERGE.

Il ne s'agit pas de lire, mais de payer.

GUIGNOL.

Payer ? Pourquoi faire ?

LE CONCIERGE.

Comment ! Pourquoi faire ?

GUIGNOL.

Oui, expliquez-moi ! Parce que, au fond, voyez-vous, moi je ne demande pas mieux que de payer.

LE CONCIERGE, furieux.

Vous allez payer !

GUIGNOL.

Je ne dis pas cela.

LE CONCIERGE.

Mais vous devez ?

GUIGNOL.

Je ne l'ai jamais nié.

LE CONCIERGE, en colère.

Ainsi vous ne voulez pas payer !

GUIGNOL.

Oh ! Fi, le vilain homme, qui me parle dans le nez.

LE CONCIERGE.

Une fois, deux fois, trois fois, vous ne voulez pas !

GUIGNOL.

Si...

LE CONCIERGE.

Ah !

GUIGNOL.

Combien dois-je ?

LE CONCIERGE.

Trente-deux francs.

GUIGNOL.

Parfait. Payez pour moi, prêtez m'en dix-huit et ce sera cinquante francs que je vous devrai.

LE CONCIERGE.

Ah ! C'est ainsi ! Vous voulez vous moquer de moi ! Vous allez voir.

Se tournant vers la porte.

Entrez, maître Furet.

Maître Furet entre.

GUIGNOL.

Qu'est-ce que c'est que ça !

LE CONCIERGE.

Ça ! C'est un huissier.

GUIGNOL.

Il en a bien l'air.

MAÎTRE FURET.

Insolent !

GUIGNOL.

Ah ! Tu sais, toi ! Ne m'échauffe pas la bile, ou je cogne.

LE CONCIERGE.

Ne prêtez pas attention à ce que dit cet homme, et faites votre devoir.

MAÎTRE FURET.

Je vais inventorier.

GUIGNOL.

Inven... quoi !

LE CONCIERGE.

Inventorier votre mobilier.

GUIGNOL.

Mon mobilier ?

MAÎTRE FURET.

Aux fins de saisie.

Il écrit.

Item : une table, dito..

GUIGNOL, à part.

Attends, je vais t'en donner de l'item et du dito.

LE CONCIERGE.

Et surtout n'oubliez rien.

MAÎTRE FURET, écrivant toujours.

Soyez tranquille... Rien ne m'échappe !

GUIGNOL.

Tu ne m'échapperas pas, non plus, vieux melon I

MAÎTRE FURET.

Vous dites ?

GUIGNOL.

Je dis : vieux melon !

MAÎTRE FURET.

J'avais bien entendu. Je vous remercie.

LE CONCIERGE.

Avez-vous tout noté, tout écrit ?

MAÎTRE FURET.

J'ai tout noté.

GUIGNOL, qui est allé chercher un balai.

Et ça !

Il lui en donne des coups sur la tête et sur le dos.

Et ça ! Notez ! Écrivez ! N'oubliez rien. Mais écrivez donc ! Et aïe donc ! Et aïe donc !

LE CONCIERGE.

Au secours !

GUIGNOL.

Ah ! Tu en veux aussi ! Distribution générale.

Il lui donne des coups de bâton.

Pas de jaloux ! Il y en a pour tout le monde.

LE CONCIERGE et MAÎTRE FURET.

À l'assassin !

GUIGNOL, les poursuivant et les frappant toujours.

Voulez-vous bien vous taire ! Vous allez ameuter le quartier.

Le concierge et maître Furet, après une poursuite folle, s'enfuient en criant.

GUIGNOL.

Et aïe donc ! Et aïe donc! Ouf ! M'en voilà débarrassé ! C'est dur un concierge et un huissier. J'aurais dû me munir d'un balai neuf.

Regardant son balai.

Il m'en ont faussé le manche. Je vais maintenant pouvoir dormir tranquille.

On frappe.

Encore ? Serait-ce un autre huissier ? Attends.

On frappe.

Quelle baraque que cette maison ! On ne peut pas rester une heure en repos.

SCÈNE III.
Le Propriétaire, Guignol.

Le propriétaire entre, en bonnet grec, robe de chambre.

GUIGNOL.

Tiens ! C'est mon propriétaire, mon aimable propriétaire, mon adorable propriétaire !

LE PROPRIÉTAIRE.

Oui ! Monsieur Guignol, c'est moi. Je...

GUIGNOL.

Vous allez bien ?

LE PROPRIÉTAIRE.

Très bien. Je viens pour....

GUIGNOL.

Et votre femme ?

Chaque fois que le propriétaire veut parler, il l'arrête.

Et vos enfants ? Votre petit dernier ! En voilà un qui est mignon par exemple ! Tout votre portrait. Mange-t-il bien ? Dort-il bien ? Et votre chien est-il guéri ? Et votre chat l'avez-vous retrouvé ?...

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais me laisserez-vous parler à la fin...

GUIGNOL.

Vous ne me répondez pas...

LE PROPRIÉTAIRE.

J'ai bien autre chose à faire. Il parait que vous ne voulez pas sortir d'ici ? Vous ne voulez pas payer, et vous voulez rester ?

GUIGNOL.

Je me trouve si bien.

LE PROPRIÉTAIRE.

Ça m'est égal.

GUIGNOL.

Je préfère votre maison à toutes les autres. Le schah de Perse m'a fait offrir un de ses palais. - J'ai refusé.

LE PROPRIÉTAIRE.

Vous avez roué de coups mon concierge et mon huissier.

GUIGNOL.

Moi ! Oh ! Si on peut dire !

LE PROPRIÉTAIRE.

Oui ! - Ils sont arrivés chez moi, criant au secours, disant que vous aviez voulu les tuer.

GUIGNOL.

Il y a des gens qui exagèrent tout.

LE PROPRIÉTAIRE.

Vous ne les avez pas roués de coups ?

GUIGNOL.

Non. J'ai tout bonnement pris mon balai comme ceci, puis je me suis approché comme cela, et vlan, vlan, tout doucement, je leur ai secoué un peu leurs vêtements ?

Tout en disant cela, il a pris le balai et frappe sur le propriétaire.

LE PROPRIÉTAIRE.

Merci, je comprends.

GUIGNOL.

Vous voyez bien. Et maintenant bonsoir, je vais me coucher.

LE PROPRIÉTAIRE.

Vous coucher ? Vous allez sortir d'ici, et tout de suite ! Vous ne me payez pas, je vous mets dehors.

GUIGNOL.

Dehors ! Répète un peu ça peur voir, vieille morue !

LE PROPRIÉTAIRE.

Morue !

GUIGNOL.

Espèce de chauffe la couche !

LE PROPRIÉTAIRE.

Chauffe la couche !

GUIGNOL.

Melon, si tu aimes mieux ! Mais voyez-moi donc ce pot à tabac, à qui je fais des politesses depuis une heure, et qui parle de me chasser ! Essaye un peu pour voir !

LE PROPRIÉTAIRE.

Ah ! C'est trop fort ! - Je ne serai pas maître chez moi ?

GUIGNOL.

Chez toi ? On n'est jamais sûr d'être chez soi !

LE PROPRIÉTAIRE.

Je suis propriétaire.

GUIGNOL.

Quand tu serais le Grand Turc ! Allons, houste ! File ou je cogne.

LE PROPRIÉTAIRE.

Il oserait.

GUIGNOL.

Tu vas voir.

Il cogne.

LE PROPRIÉTAIRE.

À l'assassin ! À la garde ! Au secours ! À moi !

GUIGNOL, même jeu.

Mais ne crie donc pas comme ça ! On croirait que je te fais du mal !

Ils se battent.

LE PROPRIÉTAIRE.

À la garde !

Le propriétaire cherche à prendre le bâton ; - il s'empare d'un bout, Guignol de l'autre.

SCÈNE IV.
Guignol, Le Propriétaire, Le Gendarme.

LE GENDARME.

Il passe d'abord doucement la tète et regarde.

Qui appelle au secours ?

LE PROPRIÉTAIRE.

Moi ! Monsieur le gendarme. - Entrez [!] - Je tiens l'assassin.

LE GENDARME.

Il n'y a pas de danger, je peux donc entrer.

Il entre.

LE PROPRIÉTAIRE.

Venez ! Venez m'aider à punir cet homme, qui a osé lever la main sur moi...

GUIGNOL.

Oh ! La main, le balai tout au plus.

LE GENDARME.

La main ? - Le balai ? Voyons, expliquez-vous sur ce point.

GUIGNOL et LE PROPRIÉTAIRE, ensemble.

Voilà, c'est monsieur qui, malgré moi, n'a pas voulu sortir d'ici...

LE GENDARME.

Sapristi ! Si vous parlez tous les deux à la fois, nous ne pourrons jamais nous entendre ! ...

GUIGNOL.

La voix est plus forte pourtant, en parlant à deux.

LE GENDARME.

Possible ! Mais un gendarme n'écoute pas comme les autres.

LE PROPRIÉTAIRE.

Voici le fait...

GUIGNOL, l'interrompant.

Non, voici...

LE PROPRIÉTAIRE, même jeu.

Monsieur...

GUIGNOL, id.

Est venu !

LE PROPRIÉTAIRE, id.

Je suis venu.

LE GENDARME.

Qui ?...

GUIGNOL.

Moi !

LE GENDARME.

Lui...

GUIGNOL.

Non...

LE PROPRIÉTAIRE.

Oui...

LE GENDARME.

Comprends plus.

GUIGNOL.

C'est pourtant bien simple !

LE PROPRIÉTAIRE.

Très simple. Monsieur ne veut pas s'en aller.

GUIGNOL.

Non, c'est lui qui veut rester.

LE GENDARME.

Eh bien alors ?

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais puisque je vous dis...

LE GENDARME.

Silence ! Je comprends bien, mais je ne saisis pas encore.

GUIGNOL.

Si nous remettions cela à demain ?

LE PROPRIÉTAIRE.

Comment, gendarme, vous n'allez pas le conduire en prison ?

LE GENDARME.

Si ça peut vous être agréable ! D'ailleurs vous avez raison. Vous vous expliquerez bien mieux devant le commissaire. Allons, en route !

LE PROPRIÉTAIRE.

Moi aussi ?

LE GENDARME.

Parbleu ! Tous les deux.

GUIGNOL.

C'est bien fait !

LE PROPRIÉTAIRE.

Ah ! Bandit ! Tu me le paieras.

GUIGNOL.

C'est ce que nous verrons.

LE GENDARME.

Allons, en route ! Ah ! Sapristi, j'ai oublié mon sabre.

GUIGNOL.

Ça ne fait rien, je cognerai s'il ne marche pas.

LE PROPRIÉTAIRE, furieux.

Moi, un propriétaire, chez le commissaire I

LE GENDARME, criant.

Tout le monde chez le commissaire. Allons, en route !

GUIGNOL, frappant sur le propriétaire.

Allons, en route !

LE PROPRIÉTAIRE, appelant.

Gendarme !

GUIGNOL.

Marchez donc !

LE GENDARME.

C'est juste. Marchons !

ACTE II

Chez le commissaire.

SCÈNE PREMIÈRE.
Le Commissaire et Le Gendarme entrent.

LE COMMISSAIRE.

Ainsi, Gendarme, les prisonniers sont là ?

LE GENDARME.

Ils sont là !

LE COMMISSAIRE.

Tous ?

LE GENDARME.

Deux !

LE COMMISSAIRE.

Deux seulement ?

LE GENDARME.

Ils n'étaient que deux, je ne pouvais pas en arrêter trois !

LE COMMISSAIRE.

Qui sait ! Enfin deux, c'est quelque chose, j'ai là votre rapport. Vous êtes entré, pendant qu'on criait au secours, vous avez vu deux hommes qui se battaient ?

LE GENDARME.

Je les ai arrêtés.

LE COMMISSAIRE.

Vous avez eu raison. Il faut toujours arrêter ! Sans cela nous n'aurions rien à faire ; je vais les interroger. Faites-les venir.

LE GENDARME.

Tous les deux ?

LE COMMISSAIRE.

Tous les deux.

Le gendarme sort.

SCÈNE II.
Le Commissaire, Le Gendarme, Guignol, Le Propriétaire.

LE COMMISSAIRE.

Ah ! C'est vous les prisonniers ! Approchez.

GUIGNOL.

Voilà.

LE PROPRIÉTAIRE.

Monsieur, je...

LE COMMISSAIRE.

Silence !

LE GENDARME, glapissant.

Silence !

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais au moins...

LE COMMISSAIRE.

Silence !

LE GENDARME, id.

Silence !

LE COMMISSAIRE.

Maintenant, parlez.

LE PROPRIÉTAIRE.

Je suis propriétaire ! J'ai loué une chambre à monsieur ; cette chambre...

LE COMMISSAIRE.

Arrivez à l'affaire.

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais j'y arrive, que diable ! Donnez-moi le temps !

LE COMMISSAIRE.

Silence !

LE GENDARME, glapissant.

Silence !

LE PROPRIÉTAIRE.

Il...

LE COMMISSAIRE.

Suffit ! J'ai compris !

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais je ne vous ai pas expliqué...

LE COMMISSAIRE.

Silence !

LE GENDARME, id.

Silence !

LE COMMISSAIRE.

À l'autre. Approchez-vous.

Guignol, s'approche.

Votre nom ?

GUIGNOL, bégayant.

Je... je... ne... ne

Criant.

Aïe !

LE COMMISSAIRE.

Comment il ne... ne...

GUIGNOL.

C'est le pro... pro...

Criant.

Aïe !

LE COMMISSAIRE.

Eh bien ! Qu'est-ce qu'il a fait le pro... pro...

GUIGNOL.

Coup... coup... coup...

Criant.

Aïe !

LE COMMISSAIRE.

Il a fait le coucou.

GUIGNOL, fait signe que non.

Non.

LE COMMISSAIRE.

Non !... Ce garçon-là est idiot...

GUIGNOL, bégayant.

Oui... oui... oui...

LE COMMISSAIRE.

Il avoue au moins, celui-là. Voyons à vous, gendarme, rajoutez-moi ce qui s'est passé.

LE GENDARME.

Voilà ! J'entre, je trouve ces deux particuliers, criant, et tenant chacun un bout d'un grand balai.

LE COMMISSAIRE.

Qui tapait ?

LE PROPRIÉTAIRE, désignant Guignol.

Lui...

GUIGNOL, désignant le propriétaire.

Lui...

Criant.

Aïe !

LE COMMISSAIRE, au propriétaire.

C'est donc vous ?

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais pas du tout.

LE COMMISSAIRE.

Puisqu'il crie aïe ! C'est qu'il a du mal.

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais c'est moi qui devrais crier.

LE COMMISSAIRE.

Silence !

LE GENDARME, glapissant.

Silence !

GUIGNOL.

C'est le coup... coup... coup... qui m'a... m'a... m'a... le... le...

LE COMMISSAIRE.

J'y suis.

Appelant.

Gendarme !

LE GENDARME.

Présent !

LE COMMISSAIRE.

Ce garçon était-il aussi idiot quand vous l'avez arrêté ?

LE GENDARME.

Je ne crois pas.

LE COMMISSAIRE.

Alors c'est clair ! Ce sont les coups qui lui ont paralysé la langue. D'ailleurs il se plaint.

À Guignol.

Ça vous fait donc bien mal ?

GUIGNOL, bégayant.

Oui... oui... oui...

Criant.

Aïe !...

LE COMMISSAIRE.

J'en étais sûr.

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais ce n'est pas vrai ; c'est un menteur, Monsieur le Commissaire. Il n'est pas bègue... Vous vous trompez.

LE COMMISSAIRE.

La justice ne se trompe jamais.

LE GENDARME.

Jamais !

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais c'est moi qui ai reçu les coups.

LE COMMISSAIRE.

Prouvez-le. Où sont les marques ?

LE PROPRIÉTAIRE.

Je n'en ai pas, heureusement.

LE COMMISSAIRE.

Et bien alors ! Lui, il en a au moins ! Vous voyez que j'ai raison ; donc c'est vous que je condamne.

LE PROPRIÉTAIRE.

Condamné, moi ! Pour avoir voulu me faire payer ce qu'on me devait. Elle est trop forte !

LE COMMISSAIRE.

C'est jugé. Il n'y a plus à revenir.

LE PROPRIÉTAIRE.

Mais...

LE COMMISSAIRE.

Silence !

LE GENDARME.

Silence !

GUIGNOL.

Silence !

LE COMMISSAIRE.

Vous resterez eu prison, jusqu'à sa guérison.

LE PROPRIÉTAIRE.

Jusqu'à sa guérison ! Mais c'est affreux !

LE COMMISSAIRE.

Gendarme ! Emmenez monsieur, en prison, et ce pauvre garçon à l'hôpital.

LE PROPRIÉTAIRE.

Ah ! Le gueux ! Le pendard ! J'étouffe !

LE COMMISSAIRE.

N'insultez pas votre victime !

GUIGNOL, criant.

Aïe !

Il s'approche du propriétaire. - Bas.

Dites donc, mon bon propriétaire, mon aimable propriétaire, si vous voulez, me donner quittance de mon terme, je vais essayer de guérir tout de suite.

LE PROPRIÉTAIRE.

Ah ! Le brigand ! Monsieur le Commissaire, venez donc voir comme il mentait.

LE COMMISSAIRE.

Quoi ?

GUIGNOL, criant très fort.

Aïe !... Là, là, là ! Aïe !

LE COMMISSAIRE, au propriétaire.

Vous, si vous recommencez, je double la dose. En prison, et jusqu'à la guérison de ce pauvre malheureux.

GUIGNOL, au propriétaire.

Eh bien !

LE PROPRIÉTAIRE.

Tiens ! Voilà la quittance ! Voilà tout ! Mais dis vite que tu es guéri.

GUIGNOL, bas.

Merci.

Haut.

M'sieur le commissaire, je suis guéri.

LE COMMISSAIRE.

Ah ! Bah !

LE PROPRIÉTAIRE.

Quand je vous le disais !

LE COMMISSAIRE.

Je ne me trompe jamais, n'est-ce pas, Gendarme ?

LE GENDARME.

Jamais !

LE COMMISSAIRE.

Vous n'irez pas en prison, mais vous paierez l'amende tout de même.

GUIGNOL, au propriétaire.

Moralité : il ne faut jamais tracasser son locataire.

LE GENDARME.

Lirelonlaire !

GUIGNOL, lui donnant un coup de baton sur la tête.

Salue donc mieux que ça.

Lireloula !

Au public.

Ainsi finit la comédie.

 


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