IPHIS ET IANTE

COMÉDIE

M. DC. XXXVII.

AVEC PRIVILÈGE DU ROI.

Isaac de Bensérade

À PARIS, Chez ANTOINE DE SOMMAVILLE, au Palais, dans la petite Salle, à l'Écu de France.

Représenté pour la première fois en 1635.


Texte établie par Paul FIEVRE mai 2025

Publié par Paul FIEVRE juillet 2025

© Théâtre classique - Version du texte du 29/05/2025 à 23:50:03.


À MONSIEUR, MONSIEUR DE BAUTRU INTRODUCTEVR des Ambassadeurs, etc.

MONSIEUR,

Ce n'est point ici une, reconnaissance des obligations que je vous ai, c'est un pur hommage que je rends au plus parfait esprit qui Soit à la Cour, et Si généralement estimé, que la gloire de son approbation doit être la fin dernière des meilleurs ouvrages, non qu'en cette qualité je vous présente ce coup d'essai, puisque ce serait vous faire honte que de vous offrir moins que des chef d'oeuvres. Certes, après avoir jeté les yeux sur toute la France, je n'ai point remarqué de vertu·plus entière que la vôtre, ni qui brille mieux d'elle-même, et je crois que l'Antiquité eut fait conscience de ne vous pas, adorer, et de ne pas faire un de ses Dieux d'un homme comme vous, dont les incomparables bontés s'étendent indifféremment sur toutes sortes de personnes, si bien que nous pouvons dire avec raison que la Fortune a eu soin de tout le monde, quand elle a travaillé seulement pour vous. Aussi, MONSIEUR, sans vous flatter, je tiens qu'il en est peu comme vous qui soient véritablement ce qu'ils paraissent, et surtout en ce temps où l'intérêt se mêle parmi les plus héroïques actions de la vie, et où la dissimulation accorte et subtile usurpe insensiblement le non1 de cette vieille franchise qui mourut aux premiers siècles, et qu'il y a si longtemps qu'on ne connaît plus. Il est bien vrai qu'en faisant pour les autres, vous faites aussi pour vous, vu qu'il vous est si naturel d'obliger, que vous n'en laissez passer aucune occasion sans vous désobliger vous-même, et sans faire violence à cette noble et généreuse inclination. De moi, j'en ai ressenti, et en ressens tous les jours des effets particuliers qui me rangent au nombre de ceux qui font foy d'une vérité si publique. Si aux personnes qui sont dans l'indigence, la confession d'une dette tient lieu d'un demi paiement, je ne suis pas tout à fait hors d'espérance de m'acquitter, autrement il faut que je meure taché du plus noir de tous les vices, et que je périsse misérablement dans la folle des ingrats. Permettez-moi, s'il vous plaît, MONSIEUR, de publier hautement les justes ressentiments que j'ai de l'honneur que vous me faites, et croyez aussi que je suis parfaitement,

MONSIEUR,

Votre très humble et très obligé serviteur,

DE BENSERADE


AU LECTEUR.

Ce petit mot est pour t'avertir d'une chose que tu sais peut-être aussi bien que moi, c'est que cette Comédie est tirée du neuvième livre des Métamorphoses d'Ovide, et que c'est même une métamorphose que j'ai accommodée au Théâtre : La ficril1té du sujet m'a obligé d'y coudre quelques intrigues dont l'ajustement et la liaison n'a point paru tout à fait désagréable : je n'aspire pas à La gloire d'égaler Ovide, ce me fera beaucoup si je 1e l'ai point fait rougir, tu en seras l'équitable juge. Adieu, excuse les fautes de l'impression, s'i1 y en a, et fais grâce aux miennes.


ACTEURS

IPHIS, fille en garçon.

IANTE, maîtresse d'Iphis.

TELESTE, père d'Iante.

LIGDE, père d'Iphis.

TELETUZE, mère d'Iphis.

SOEUR D'ERGASTE, confidente de Teletuze.

ERGASTE, amoureux d'Iphis.

NISE, ami d'Ergaste.

MERINTE, amoureuse d'Ergaste.

DOMESTIQUE de Teleste.

LA DÉESSE ISIS.

La scène est en Crète.


ACTE I

Vota puer foluit que foemina avouerat Iphis. 9. lib. Met. Ovid.

SCÈNE PREMIÈRE.
Ligde, Teletuze, Iphis.

LIGDE.

D'où te vient cette humeur ? Et quelle répugnance

Te fait tant retarder cette heureuse alliance ?

Pourquoi t'efforces-tu d'en empêcher le cours ?

N'est-elle pas utile de nos jours ?

5   Vois-tu dans ce parti du bien qui te déplaise,
0   N'est-ce pas de quoi mettre un fils bien à son aise ?

TELETUZE.

0   Vous ne songez qu'au bien.

LIGDE.

0   Et sur quoi voudrais tu
0   Que mon âme fit voir un trait de sa vertu ?
0   Voudrais-tu que ce fait dans le choix d'un visage ?
0   On ne peut sans le bien, faire un bon mariage ;
0   C'est à son jeune coeur d'aimer ce qui lui p1aît,
0   Comme c'est à nous deux d'aimer son intérêt.
0   Tes meilleurs sentiments ne font plus à la mode,
0   On fuit la pauvreté, parce qu'elle incommode,
0   De tous les autres maux ce mal est le soutien,
0   Il ne saurait tromper sous l'éclat d'un faux bien,
0   Et principalement dans le siècle où nous sommes,
0   Où l'or a des autels dans les esprits des hommes,
0   Où le désir du gain, de l'aise, et du bonheur
0   Met ce traître métal au dessus de l'honneur ;
0   Pourvu que la richesse accompagne une fille,
0   ·On la croit belle, honnête, et de bonne famille.,
0   Quand la bourse est garnie, et que l'or a son cours,
0   Les belles qualités augmentent tous les jours.
0   D'ailleurs la belle Iante est sage autant que riche,
0   Et son père n'est pas dans l'estime d'un chiche,
0   Il est en bonne odeur, il a du revenu,
0   Et son bien est trop grand pour n'être pas connu.
0   N'tfti1nerom-11ou.r pa-1 la fortun i0 proj}ert,
0   fi2..!!.and no 1·, re propre fils di:uiendra noftre ptre,
0   ~t ne croirom-notU f aJ no/fre fort bien-her,r. ·ux
0   De rece11,oir de l~y ce qu'il tient de nous. deux?
0   0!.f la puy nos v ieux iours deuroient-tlJ· p!UJ AttendreJ)
0   Si mon jifs rifafatt l'honneur d' e11re fan gendre?

TELETUZE.

0   C'eft bien fait dTaffeurer ·ze repos de nos am~'
0   Mai1 il faut procurer celuy de nos enfam,
0   Iphis est jeune encore~ et s'tl cherit Jante~
0   Je croy que ce n"eft pa.s d"vne amour-·violente.

LIGDE.

0   TU parfeJ fam raijon, et.qurry ne 'VOÛ--tU pa:,
0   ·Comme lpf1u la cajolle > (jj meurt pour fo appas?
0   -l omr,1e 1 ante /1,1,y rend le bien qu'tl luy (ouhatte,
0   ét comn1e elle temoigne en effre  fatûfaite?
0   ; Ne t'apperçcry-tu pa1 aux dtjcours qzt'ils fe font3
0   Du mutuel a1nour qui fe ltt far leur front?

TELETUZE.

0   J e 'VOJ bien tou·t cel4, mdu,

LIGDE.

0   ' . fl..!! oy mai,?

TELETUZE.

0   Jl me fem /Jle
0   t)~:>ils ne pourrontjat11ai1 s.'accammoderenfembler>
0   Cu Amans rune foù  fou.r la !~y de Venu.t;  
0   Ne font pa1 pour s'aimer apre:1 s'e1lfre cognm:
0   Je veux qu'ils s'aime.nf.l,ien ~ et qu'ils foie nt d'vn m!F
0   A me age,
0   Ils n'ontp-a1cequ'ilfautpourfd,irevnbon mifn'!t.e·,

LIGDE.

0   ~e leurfaut-il-'?
0   TELETUZE
0   . V n âge en ce coup irriportant
0   Pour fohir fans fe plairidre 'Vn joug qui pejè tartt:
0   Jphu n'eft qu'vn m/11.nt, qu'rvn fou lcger conjo1nme;
0   6t qui ne firoit ftU lu fonéfioru.d9run horn111e.

LIGDE.

0   VoUL moquëz'VOf# de mettre au nonj'/;re des enfam])
0   Vn garçon comme:Jphü à l'âge de vingt ans?

TELETUZE.

0   Jl eft vrtryque c8ejl-ejfre1 la fleur de fan âge,
0   , c::J't(4iJ .pour Jè marier il en faut dauantage:
0   , il faut eftre tout f.ait deuant que s'attacher
0   'I)'q;n lien dont jamai.t on ne peut ;s'arracher·:
0   ,~''Vn ieune. hoïnme s'ajflige,ft) qu'il (ê.deeff pere
0    f2:'and il rvoid fo enfans aufi rvteux que leur pere,
0   Et qu4nd fu heritiers font dfJA deplaifans
0   De le voir rviure encore à l:âge de trente ans!
0   Gardon,s-noUJ ( mon amy) pour éuiter ce blâme
0   ;pc le perdre Ji tqft., luy donnant 'Vne .femme.

LIGDE.

0   En fin tu ne foiurtU jamaù ma 'Volonté!
0   'Qi on ne m~en parle plu.r, c'e[l 'Vn poinff arr,iflé; . .
0   E~t quand ce ne firoit que ton efprit s'oppofo
0   .A touf le., bons moyens que le mien l19 propofl,
0   .Aujourd'huy ces Amans Jê donneront l(f/, fay,
0   Et t'aurd:Y bonne tefte.-au[!i bien comme toy;
0   Le Pere en eft d'accord, la fille en eft contente,
0   'Et fans doute qu' Iphi5 languit Jans cette attente,.
0   'Tout lturdeft~ne tend qu'à ft,'VoirefjouftZ:

TELETUZE.

0   Je ne lu y ~oy pm pourtant. bien diJJofe~
0   L l GD E à Iphis.
0   Eft-1'! vrA-y·? parlez., doJJc, cette affaire 'V~UI touche,
0   Et 'VOU! n'en da igneriez., ce jèmble ouurir la bouche~
0   N'aime~-'Vou.r ptt1 Jante, et n'ejlt:1-'VOUJ pas prejf
0   A fuiure mf)n 'Vouloir de mefme qa''Vn arr.eft?
0   J,P HIS re( pond froideme11t: .J t1tnte a far mon ame '"l'ne entiere puijfànce11
0   ·et ie n'"J pour'VoUf deux que de l'obeijfànce.

LIGDE.

0   Je n'~ttend?u ft:U moins d''Vn na.turel Jl doux,
0   ~!, de/ire fan bien, et qui crai':)t mon courroux:
0   C:...11-Con fils, 'VOa.t meritez., cette ieune mcrueille,
0   Dont la rare beauté n~cut iamaiJ de pareille; ;
0   ·1: oyez.,-là, mettez.,-'Vou.t r un p,u for le caAq~e~,
0   Et faite., tout d''Vn temps preparcr le banquet:
0   Je ~ou.r ir~y trouuer fur le fair ch."~ [on Pere,
0   0 u notu acheuerons le reff e de l'a;fatre:,
0   ~fin qu~'î.1n chajfe '?Jmen 'VOW donne cette nuiEf
0   Le moyen tÎe goufter le:, douceurs de fon fruic1.

SCÈNE II.
Teletuze, Iphis.

TELETUZE.

0   A.uure Jphu, Void-on rien qui te fait comparable ?·
0   0!f ie plains le mal-heur de ton fart déplorable;
0   ? La fartt-tne jè iouë, et tt reduit au point
0   De craindre cette nopce, et ne la fuir point j
0   'Ton "motir'Voudroit bitn que l'heure en-Jujl'Vcnuë, ,
0   .1lf ait 'Vn ftcret caché t'en fatt crAtndre l'tjfuë,
0   J·ay fait ce que i'ay pû pour, rompr·e cét accord~
0   l'ay rvoulu t'obliger~ ft) Ji ie t'ay fait tort;
0   fi2.!!,and t,auroi.r dépouïUé le, fentimens de mere:)
0   le part·iciperoù à / ta douleur amere:
0   Quelle eff ton esperance, et que deuiendras--tu~Helm
0   ! de qitcl cofte' tourner11 ta 'Vtrtu .?· - ......... -
0   Ce grÏlnd iour efl ruenu, fange à toy ie te prie,
0   Voy que malgré me1 foins en fin l'on te marie,
0   Et que tonPere'Vfant d'rvn ab.folu pouuoir,
0   T'afflige en te donnant ce que tu 'Veux auoir;
0   ru cherû la. beaute de celle qit'on te donne,
0   Ton coeur brule pour elle~f!J c'eft ce qui tn;ejlonne;
0   Penfe à ce que tu fair~ regle tvt pafion,
0   Cherche 'Vn objet plUJ proprè à ton affeélion, ?
0   Fuy la beauté d'Jante, ft) tafche à t'en dijfraire,
0   Pour· t'ejlre trop femblable, elle t'en eft contraire,
0   Cejfa de rendre hornmt1ge à fo diuim appa1,
0   La nature fj) le:r Di.eux ne le permettent pt:U.
0   Maù au recit du fou dont tu dù que tu brulu,
0   le croiroû que tu ments,ou que tu d!lfimulu.
0   En effet l'aime-tu?

IPHIS.

0   Si ie n"ay de l'amour,
0   le ne merite pat de refjirer le io1tr:
0   Ouy,ma mere,ie l'aime, et quoy qu'on puijfe dire,
0   le re.Jlèns comme evn autre evn amoureux J?')artyre,
0   eAinfi que fa beauté, meJ faux (ont infinû,
0   l:..t ie f P1W mille rvoeux pour rvoir nos coeurs 'Vl'!,Ù.

TELETUZE.

0   c:.J"IC au cognoil-tu l'objet de ton amour extréme,
0   0 u pour mieux m~expliquer,te tognoù-tu toy--mefm c !
0   Tu Jçai.r q,,,U, eft Jante, et qu,run bien fi parfait,
0   Tout rauilfant q·u'il eft:, ne peut effre ton fait;
0   'Tu fçai.t bien qu'à la fin tu feux feront fei glacet,,
0   Lors qu'eUe cognoiftra tei defauts (ij fe1 gracu,
0   S ouffee,..tu-que ton coeitrfoit toujours e4f,dmé
0   :IJ·'Vn feu qv:,'Vn iujfe amour n·~ iam~ü a!lumél\

IPHIS.

0   Ce font d'eftrAnge.1-coups, et q11i fiait ce n1y/ière2 ,
0   '.Doit bien dans fan efjrit l'admirer-~ Je taJrt.

TELETUZE.

0   Jphu;que ie te plains> fiJ qu'on 'Verra ddm peu:,,,
0   ~e merueiUeux effiti de ton aueugle- feu!
0   'Tu pourroiJ dijferer -ct·trifte mAriage, ?
0   ~i ne fora. i11,maû qu,à ton defauantag~~ .
0   ~ujlj bien cette ftame eft ·'Vne-iUujion,
0   Et iay ffUr qu'elle tourne à ta confujion,,, .,

IPHIS.

0   Le,1 ,D?ieux m'afofteront:, (t) !11 bonne Vèeffe ' .
0   . Fera 'Voir 'Vn t.JfJet de fa 'VttiUe·promef/è;
0   No!f-! deuons qJertr que le Ciel ado:ucy,  
0   Me donneYa facours en cette a1faire cyo .
0   Cependant- ÎB- vay 'Voir q~elle nopte 011 appre/fe;·
0   Et quel prepar-atif on fart pour ·no/fre (e.;Je,
0   Pui/que c·(·ff auiou1"d'h1~y qu'on dott fair t·accord~
0   ~e ic de(irc tant, et que ie. cra1ns Ji fort~ ,
0   Js· rvou1 làtfje, aufo bien rvoftre belle voijl11c· ·: '
0   .J.9 ;;1,:.r f'()OUJU entretenir deuers 'VOU! ~>achemine.·

SCÈNE III.
Soeur d'Ergaste, Teletuze.

SOEUR D'ERGASTE.

0   - !,m'en al/ou chez..,'Vou.t, afin de m'ajfèurer
0   Si noUJ' auons fajet de cratndrc ou d'eijerera

TELETUZE.

0   Hela1 ! tout eH perdu, ma chcre confidente,
0   Il rveut abjolument qu'lphù efp.1ufl Jante:
0   Pour moy ie n'oftrou dèjormaiJ en p~rler,
0   Me:1 p!m forte:, raifo,u ne peuuent l'ebranler,,

SOEUR D'ERGASTE.

0   Lajf'1ire. va donc mal?

TELETUZE.

0   l'en fùü toute t14ou6lée;;
0   Et ie rvoudroù iamaû ne ,:n'enJejfre meflie:
0   Cet hymen (e rva f11,ire, et i'ay receu l'affro nt.,
0   Pen(ant le retarder, de Le rendre plu, promt;
0   le deuoi.f, cognoij]ant· f humeur du perfonnage,
0   Feindre que mon ef}rit rvou!oit ce mariage:
0   Si ie i'eujfe prejfé de le faire accorder,
0   C'ejloit le rvray moyen de l'en dijfuader,, ?
0   If elai qae forons-noUsr ! far que!leJ apparencu
0   Pouuons-nom deformau fond,rno:s efJeranceJ!
0   Que ie fuis mal-heureujè ! et que i'auray·d~ennuy ~
0   S'il faut que mon fecret fe découure vtuiourd'huy.

SOEUR D'ERGASTE.

0   cA.uiourd'huy?

TELETUZE.

0   Je me trouue à la fin de me:, rufo~
0   l!t ie ne puis forger de nouuellM excufo.?
0   Depuis quatre ou cinq m~is ie recule toujours
0   L'effet prodigieux de c.e1 trifteJ amours.;
0   c5r(11is quqy! le fart enweut eonclurc l'alliance,
0   Mon mary la recherche auec impatience,
0   La fille en eff contente J et le plu.r r.au ijfa11t:1
0   C'eff qu'fphis  

SOEUR D'ERGASTE.

0   La retarde?

TELETUZE.

0   À u· CQntraire J Conftnto

SOEUR D'ERGASTE.

0   0 Dieux,qui 'Vid iamais vn prodige [emblable!
0   Mais quoy que l'on prJcede J ce coup tt,dmirable~
0   ~'en peut-il arriuer? ne fiau(Jns-noUJ p~ bien
0   ~lu  e tom ce:, beaux projets ne (eruiront de rien?
0   Tom deux pour i'~ccorder ont trop de fjmpatie,
0   Il manque; leur h1men ld, meilleure partie ;
0   L11vne aura· de la honte, et l'autre du defjit,
0   L~ chafteté fora fan thrône de leur lit:
0   Si de femblablu noeuds rvnijfoient tout le monde~
0   (e fa,"oit· bien pour rvoir la narnre faconde;
0   L'encens aux immortels ne.ferait plm offert,
0   Et ce grand V niuers ferait rvn grand deflrt,
0   P erdeJ:.J auec raifon la peur qui ruom tran/p8r"'te,
0   On n'Acheuera point 'Vn hymen de la forte;
0   Nos icune.r amoureux n'y trouuent point d'appas,
0   Et ie iuge par moy qu ils ne le rvoudront pa.1.
0   JeleJ cognoy trop bten,quoyque laieune Jante
0   Brule pour voftre lphù a·"'Vne ardeur rviolente,
0   .E·xaminant dè prés "[)n Amant ft parfait,
0   éilt dira bien tofl, ce n'efi pa.1 là mon fait:
0   êt puis quand le.r 'VÎeiNards voi,dront noüer l'affaire,
0   eA.uec tout leur pottuoir ils ne fiauroient tAnt faire,
0   ~'/phis accepte !Ante en qualité d"tfjoux.

TELETUZE.

0   M l'ÎS ils ne (çauent pa., le ft cret comme nom 8
0   Jphit le 'Voulant bien, qui luy pourr~ defandre
0   D·tjpouftrrvne fiUe,et de p~1Jer pour gend,e?
0   Nos (ecrets font cache1,.J, ils n11empejcheront point
0   ~e ce coup te ttmoureux n'en vitnne 11u dernier point:·
0   Et puiJ quelle pitié} .

SOEUR D'ERGASTE.

0   C'efl là toute la cr4inte,
0   Dont pourrvom et po11,r eux ie fans mon ame atteinte:
0   fl!te eu pauure.1 4 m~ns font mal appariez.,!
0   O.   u , ·,o n lu nommera bien lu nouueaux-marieZ> !
0   Mai! cherchons 'Vnmoyen dont le fecours nolH 11idc.0
0   Jlfautàcegrandmal trouuerrvn grandremede;
0   è 'fphis parroos confeils n'engage ptt1 fa foy,
0   Notu nom oppoflrons toujours Ergajfe et moy ."
0   Je croy que le rvoicy, cette trijfe nouuel!e
0   e,-1.ujli bien comme not4d le,rva mettre en ceruel!e,.
0   TELE TV Z E.
0   Puifque de nos fecrets il eft le confident,
0   N eJU:f Juy pouuons conter ce fafcheux accident,'
0   Afin qu'il y mette ordre,et qu'il trouble la fcfte,
0   P /uftoH que q,e fat1/f~ir qu, rvr.J 4Utre ait-fa conquefte~
0   Pcut-eflre f e1 bons foins luy pourront conftruer
0   L11, maijf reffe et l'tJT,my dont on /.e f'()tMt priuer,,

SCÈNE IV.
Soeur d'Ergaste, Ergaste, Teletuze.

SOEUR D'ERGASTE.

0   -- Rgajl-e mon amy, fi iamais ton courage
0   S'efl fait paroiffre forme au milieu d·vn orage;
0   Si ianzais tort e1J1·it s'eff montré genereux,
0   êt fi tu fus ittmais e!} fage et m11l-heureux,
0   Dans /e., atfti(tionJ· que le Ciel te prepare ,
0   'Tu nous peux témoigner vne conff ance rare.

ERGASTE.

0   Vous me cognoifaez., /Jien, ft) vous n?ignorez.., pa,
0   Comment ie me comporte en de pareils co,nba,;
0   Vous (çauez.,de quel fontie reçoyla fortune~
0   Quelle mine ie f1y qu11nd le fort m'importune~
0   êt Ji l'on me rvotd plus /Aire dtfliné-fion
0   Du bien, du mal, de l'aifè, fij de l'alfliél-ion;
0   Vous fiaue'{que mon 4-me a perdu !t1 coullume
0   De difcerner le doux d'Auecque /·amertume,
0   8t que depuis le temps que ie fois amoureux,
0   f ay fait tout mon bon-heur de me voir mal-heureux;
0   C'efl pourquoy ditu tout,fans rien celer~ ft,ndre,
0   l'aprens bien tous le1 iours à foulfrir fans me plaindre;

SOEUR D'ERGASTE.

0   Il n'eff 4'Ucun Amant fous l'11moureufl loy,
0   [( ui /oit moins criminel et plus puny que toy,,

ERGASTE.

0   Vous me faitu languirdansvne impatience
0   f!!!i /Jle.ffe rvn peu mon ame (;t voffre confèience,
0   êt ce coup de fortune aura hien de, rigueurs,
0   s·;t me fait de la peint autant que 'Vos longueurs.

SOEUR D'ERGASTE.

0   ]phis.

ERGASTE.

0   Et bien lphis?

SOEUR D'ERGASTE.

0   on t'ttpprenne lè relle.0
0   Jene te·veux pointfairevnrapport Jifuneffe,,
0   · Ny te voir écouter pour combte de mal-heur,
0   'Ta .fentence de mort,de la 'Voix de ta Soeur.,,

ERGASTE.

0   0 Dieux! diteJ-rnoy tout,Ji ruous ntauez.,enui,·
0   @ e rvoftre F re1·e expire et rende icy la rvie:
0   Mon foupçon me fait'Voirl'objet de madouleurJ>,
0   Et ie ly f urruos fronts l'image d''Vn mal-heur;
0   (e coup regarde !phis, quel traiftre,quel infame~.
0   Q, u,el bourreau deteslablC ·a·rt1uy fa belle ame.?
0   Si le. C it.l mefme a fait ce 'Violent effort;
0   Dita-le ruit·ement ,ie'Vengeray (a mort;
0   0 u bien Ji ma puijfance ;fl tropfoible ~ cette heure;
0   '2!!~ i·e fçachc. fa mort ,afin que ie la pleure;
0   f23e. ie Luy faffe rvn don.duder·nier de me, rvoeux,.
0   E't qu'vn mef me tombeau· nous enferme tous deux~
0   tA. f on occafion ie. conforuois la ruie ,-
0   ]phis. n!en ayant plus, qu'elle me /oit rauie.

TELETUZE.

0   V {)ut donnez.., trop·de peine à cc pauure garçon;i
0   Il ne faut point #1:ufi fairt tant de façon,.
0   ]phis ejpoNfa 1 an.te. ..

ERGASTE.

0   6/f-ce là clt orAge
0   0! / deuoit m,accahler? ha le beau mariage!
0   Q u~ 'Vou.r ignorez., l'art de me defab!ig:er,
0   c·,n là me faire rire, a~ lieu de m'ajftiger.
0   TELETUZE. -
0   JI n?effplus temps d'enrire,Ergajle,et ievous iure,
0   f2!!J l'on farce auiourd' huy lu loix de/-, nature;
0   Si 'Vous aimez., !phis, ainft que ie le croy, .
0   Détournez., ce m11l-heur.

ERGASTE.

0   Vous 'Vous moquez., de moy~
0   l phts e(poufa:J ante, et q11eUe extrauagance !
0   ed-t'oniamais'Veu fa:rervneteUealliAnte? ·
0   L11t rttuijfonte nopce, et  le plaifant e!Jous !

TELETUZE.

0   ;-Cela Je fait pourt~nt. ~

ERGASTE.

0   Je n'en fois point ja!ous"
0   E·ncorequ''Vn ~ymen auiourd'huy le., ajfomble,
0   Et qu'il leur fait permis de repoftrènflmb!e,
0   Je na.:timer111y pm moins pout· ce/11 deform4i.f,
0   Et i'auray p lu.r d'ejpoir que ie n·en cm iamaû;
0   V n jimblable mal-heur totitche fart peu mon ame~
0   l:, t tt'a f tU le pouuoir de ralentir ma jlame;
0   ") trop d~affe/Jion pour deux fi be'!ux .Amam3
0   Et ie prem du plaiflr à leurs contentcmem.
0   flJ!,,i!s gouf!ent librtment l'amoureufe ambrojle:;
0   le n11en auray iamai! aucune ialoujle,
0   Je leur joul1aiteray toujours le fort ég~l,
0   êt te fois mal-heureux Ji te leurenrveux mal;
0   Ils fant brulez..itoet deux d,vn frit trop legittme,
0   .ptjorJt triJp innocem pour (çauoirfair~'Vn crime ..

SOEUR D'ERGASTE.

0   En difant tout cela, ce couple ejf fur le point
0   'De (e 'Voir auiourd'huy l''Vn à l'autre conjoint~
0   Les deux Peru en ont la parole donnée,
0   Et rien ne leurdefendd'accomplir l'hymenée.

ERGASTE.

0   H â quevom parle~ bien contre'VOS fentimens!
0   ~oy ,.rien ne leur deft'.'d d'rvnir ceJ deux A mam?
0   Le Jecret n,en eft ptU dam voftre cognoijf ance t

SOEUR D'ERGASTE.

0   Oüy, maù ils peuuentfairçvn peché d'i[;norttncç.,
0   ~tftnd lepcrcd~lp?hi1 aur1-t fait ce qu'ilrveut,
0   Il ne Jèra plu.r temps de dire, il ne le peuto

ERGASTE.

0   fl!! ~ cette affaire-là fait Ji for·t auancéep
0   C~eft ce qui ne fi"uroit tomber dam ma pen[ét,..

TELETUZE.

0   êrgaffe, iln'en fatt:t pas di1!Jttter co·ntre nouJ,
0   lhar ·.v oftre S oeur et m~J leJ çau-·o m m---~ ie?u -x que rvou.rE; li~
0   Elle 'VOU! 4 conté deJ chofêJ 'Veritab!eJ;
0   Et ie ne fou pa1 fomme à .fouftenir deJ fab!e:1. .
0   M aù fam no1u amuftr à tant de 'Vaim difcours,
0   êjle1-'"'vOUJ dam l'humeur où 'VOu.t eftie1:.., toujor,rs·?

ERGASTE.

0   ~oy, de ftruir lphù?

TELETUZE.

0   D'aimer nojlre aUiance;
0   Et de /t$Z ,rechercher auecque impatience.

ERGASTE.

0   Si le Ct'el efl jaloux de ce noble dejfein;
0   Il m'ojera la 'Vie ,en me l'offant du (ein:
0   li2..!! e !,enfer me prepare 'Vne peine nouue!le,
0   St ie m'acquiers 1amaû 'e tttre d'1nfidelle,
0   Si ie trahi1 iamai.f l'innocente beauté,
0   ~i tient fam le fçauoir ma douce libertd; '
0   St ie pr-etc1u chercher du grace.t plw parfaiteJ,
0   Et Ji te fou ingrat du bienquecvous me faitt-1.

TELETUZE.

0   St rvom aue~ dejfain de 'VOUJ recompenfer
0   De cvos foim anloureu.:r, il eft temps dy penjèr;
0   La refofurion de ce prompt mariage,
0   E ft à vos b,,,ns futurs vn pertUeux nauf age.
0   JI faut ro;ntre ce coup.

ERGASTE.

0   Si ie di-1 le flcret,
0   1 e n'en feray donc pas tenu pour indijèret.

TELETUZE.

0   ên cette extremit~ie 'Veux bien qu'on le Jiache;
0   8t ruous ne deuez., pa1 craindre que ie m'en fa fche ~
0   Dite, que'VOUS foulfrez:1namoureux tourm-ent~ .
0   Découure~-en l'objet, mai! le tout dextrement,,

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

ERGASTE, seule.

0   VI ne s~e/fonneroitd'vne amour de la sorte:? ?
0   ? ê..t.qui' n,'admireroit q;ne ]lame fi ferte,?
0   Je ne (iay plu-s qu'en-croire, et ie nepuu iuger
0   Si i'ay fu;-et d·en rire, ou de· m·en alftiger,
0   0!. and·ie 'Voy qu· vneftUe tn aime rune comme e /Je,;
0   6t fait naiflre en (on coeurrunc flame nouueUe,
0   et que d~nô ce.hetiu couple vn habit .feulement
0   .. Fait /11 dijf inétion de ma;ftrejfa et d'amant o· 
0   êncore qu?à me:1 yeux ma Deej]è .foapire ,
0   Pour. quelqu' autre que moy, ie fui.r contraint d'en rire:
0   M aù ie m'afflige aufi dervoirque tout de bon,
0   V n fainc1 hymen faccede à cét amour boufon:
0   L'effet prodigieux d'e-vne telle AUllnture,
0   Me met au defeJ}oir, fJ) trouble la nature,
0   le nc fçauroi:J foujfrirqu\vn fi fonefte iour
0   Me priue indignemtnt de1 ft4its de mon amot,r.
0   lphù aimable amant,.m';'Ù cruelle maiffreffe .
0   Q uj ne Jia~roi.r iuger par où ton oeil me blejfè, .
0   .E,tqui ne mcrvoyant foupirerqu'àdemy,
0   N'écoute meJ diftours qu'en qualité d'amy,
0   Tu ne me cogno.û pas, c·qt, là ce q':'i me tuë,
0   Et mon mal ne me vient q-ue de t'au·oir c0gnuë.
0   Mait à qui t'en pres--tu, pauure Erg ajte, fi) pourquoj
0   Te fafcbil-tuqu'aill~urs,e/leengage fa foy?
0   Puù qu'en la·nouueauté du fou qui la confamme,
0   'Tu 'VOÙ qu'elle aime mieux 1.1ne fille qu' rvn homme,
0   Encore te dois--tu co.nfo!er dam ton mal,,
0   D,auoir rvne Riu-ale, el} non pasrvn Riual;
0   'Tu fçaisque marier ]phis 11u-ecque l11nte,
0   C'cft mettre en feureté les fuié!s de ton attente~
0   f2... u·on ne peut conftruer plus"' honorablement
0   Le precieux fajet de ton cantenternent'-
0   Mai, farla peurqt!e i#aydecettenopc~flinte, ?
0   ~e-rne forge,nl'ej}ri~ miUe fajetsd~ ~~ainte, ..
0   CJ. .... out me nJet dam l'ombrage:, et ïetJtre en vnfaupçon
0   f?2!!;.e l'run de., de11,x A 1nam ne fe trouue garçon,
0   Et qu'airJjt~le mal-l:1curqtti fans ce!Jè m'outrage,
0   Parrun(econd prodige acheue mon naufrage.
0   Encore 'Vaut-il mieux ,·eueler rr.;n (ecret:,
0   §)..!!.e de me repentir d'auoir e,ffé diftret:
0   Pour la faire c0gnoiftre, il fo/jit que ie l'airne,
0   Mau qu'en ce beaudejjéin ma folie ejl extrême,
0   S ça chant que, mon P1tmour la pourroit diffamer,
0   Helas ! ie l'aime tant que ie ne l'ofe aimer, ,
0   .Au moins ie difimule, et tout le rnonde ignore
0   Le1 coup.s que ie reçoy du bel oeilque i'adore.

SCÈNE II.
Nise.
Ergaste.

NISE.

0   -- 0 ujours flul à re foer das rvn pro fond Jouey(
0   Vrayment lu bom ejprits s' entretiertnent
0   ~ . ~ ainji: ?
0   La conuer(ation de., ame.1 mieux.fenjèu
0   Ne vaut pas-l'entretien de leurs beUe:r penflu.
0   M,1,û n,e1-tu pasdenopce,aujourd'huyque lu Dieux
0   Donnent dU ieune lphiJ 'Vn bien Ji precieux (

ERGASTE.

0   Je l'allou vijiter. ?

NISE.

0   fl!!,~fan ame efl contente;  
0   Et qe11'il eft re)ouy de pojfèder Jante. ,. ,

ERGASTE.

0   Il a raifon de l'eftre., en rv,i pareil fuccés
0   Tu le ftroi.! po(fible a1,1,ecque pltY d·exce's:
0   V n .Amant ejleué par f eJ1propre1 meriteJ
0   .Au de!Jta d,rvnhonneurqui n'a pointt/e limite.r,
0   Lors qu'à tom fo Riu aux il fe void preftrer,
0   ~S' ont~ce là:, cher amy:, des fa jets de pleurer?
0   Pojjèjfèurd'vn grand bien,et d,vne belle femme,
0   Peut-il mieux affeurer le repos de fan ttme?
0   Pourueud'vn tel party, qu'il flroit degoujlé
0   S'il eftoit meflontent de fa felicite?

NISE.

0   En effet, quand on peut trouuer fan '1-uantage,
0   Il n'eft rien de charmant comme le mariage;
0   Le blafme qui voudra, ie trouue qu'il n'eft rien
0   f2!!,e l'on doiue prife;" à l'égal de ce bien.
0   Viurt aue~vne fem,ne p/,ufo [age que belle,
0   Alors qu,vn noeud facré nour 7?ntt auec eJ/e, ,
0   louïrde eu trefors qui ne (ont dem qu'à nou.r, -
0   L'atmer,encftre aime?:.J, eft~it 'f'.ÏerJtieplu.t dom?
0   SinoUJ la carejfons ,e/1.e aufinomcareJfe;
0   Sinotll fomme1 fan maiftre,elleeftnoftremaiftrejfe,
0   E't tout noffre bon-heur confifte en ce beau point,
0   Q!!..Je nos corps et) nos coe.urs 1ie (è diuifènt point.
0   t:2..!! eUe douceur. de 'fJiJir fanJ· commettre de1 'Vice,~,?
0   Le1 effet,; naturels de nos chafte1, de!icu !
0   Lors qu' Amour qui pr.efide à nos- embrajjemens.,.
0   F a.it naiffre le fajet de nos contentemens;
0   Et lors que nou.r voyo,isfortir de noftre couche
0   De ieuneJ 1~ejettons. dont notu fommu la /ouche,
0   Q ue noffl' lurvoyons croiftre,.et que for.nosvieux:ans. ,
0   NoUJ fimblons rajeunir auecque nos enf.1,ns.
0   La dou·ceur de ce joug change dans la ieunejfa ..
0   La fureur en rAifon, la folie tn fagejfè,
0   Et ie trouu.e qu' lphu agit tr~--prudemment,
0   Ve pouruoi'Jt"de bonnt heure a /on contentement.:
0   ~e s'il m' eftoit pe,r.mi! d~ luy pqrter enuie ,,
0   le me fouhaiteroi! le bon-heur tie fvi ri1ie,
0   Seulement la penfae en tient me., (ens raui!.
0   et toy qu,en penfe ,-tu?

ERGASTE.

0   Je Juil de ton 11:uiJ';

NISE.

0   À la bonne heure( 8rKaffe ) f# puû que ta rvoix m.efm e:
0   (onfcffe -que ce·joug  eft 'Vn bon-heur extréme,
0   Er qu~il ejf ki,ef! ;' ~~l! ~~u~ qui sy. ~~l~ "~refl~-
0   . le 'Veûi eftre l'autheur de ta falicitl,   ,
0   J'ay peuuoir fur l'efprit d''Vne certaine ji!le,
0   C!A. qui l'on p.eutdonner le titre de gentille;
0   Que Jl ta volonté (econdc m.et de.ffeins
0   Elle flra pour toy.

ERGASTE.

0   Je t'en baifa lei mains,,

NISE.

0   Et quoy ne 'îleux-t1J ptiJ entendre au m(triage?

ERGASTE.

0   Pour un fi haut deJJein, i1111y trop peu de courate.

NISE.

0   Tu l'approuue, pourtant.

ERGASTE.

0   Hors de mon intere ft,
0   :Je·rveux ce.que tu 'VCUX, i11aime ce qui te plaift;
0   Tels que fant teJ confèils, on me le1 'Verra foiure .
0   S'ils n'ont rien de contraire àma façon deviure;
0   MllûparcetteamitiddorJt lebeaunoeudnom ioint,
0   Neme faû pmdubien, puis que ie n'en veux point;
0   Ta bonne rvolonté me paffe en tyr4nnie,
0   De me rvouloircontraindre, et forcer mon genic;
0   Moncapriceellfafcheux,monhumeurtedéplai[} ,
0   C:5'teaû faulf re d' vn amy tout imparfait qu'il eff,
0   Puir que c'efl dam l'a"1ou,;, que le bon-heurconjifte~
0   Et qu'aux loix de ce Dieu mon natur~t rejijf e:
0   !B rif, puu qu'il faut aimer Ji l'on rveut eftre htureux;
0   Permets qu'auecle temps ie deui,nne "mottreux.

NISE.

0   ~and te eveux-tu re foudre à bruler de eu flamu
0   fj)-  -u-e L'amour toff ou ta.rd Allurne daru lei amu? ?
0   Qf!and fe rueux-t.u rejoudfc à fouffrir que ton coeur
0   S'crue d'rvnnouueaùthrône à ce.ieune rvainqueur?
0   Q utf,nd rveux- tt1 que che :G toy ce.doux 'Tyran demeure;
0   h t quand.aimerM-'tU ,Ji ce n'eJ7-à cette heure?
0   ·. Si ton coeur ne fait rvoeu de bruler deformais,
0   Et s'il n:,:iime à prefent, il n'aimera i.dmais. ?
0   Veux-tuqu''îJn long chagrin te rcprocheenrvieiUejfo
0   D 'auoir fi mal rusé deJ droiéf s de la, ieuntjfè?
0   Pe~{e-tu peruertir ainfi·l?ordre de1 am,
0   ét ctteillir en hJ1uer la fleur de ton printems?
0   c0.ttens-tu pour feruir à l'amour de conquefte,
0   Et pottreffre mot11s foidqu'il ne·ige fur ta tcjfe? ?
0   t..,t qJte teJ mouuemens languij]àns et per,·lu.r,.
0   ,...Ç e ivueil/ent exciter quand ils ne pourrortt p!UJ !
0   Cr·oy-tu~1ue cét enfant que la vieil/.e1Je chajfe,
0   .,.Mette run coeitr tout de feu dans 'Vn corps tout d~ glace,
0   Et que ce feufùbtil faffe agir'Vn 'Vi,,,14:x corps
0   'Dont le tempset· L'rvfge ont gafte lu r·ejfors? -
0   C'1 H rvnabm ( etrgafte) ilfautquetut~ajfturet,
0   9-.!!~ Amour ne loge point dans de 'Vieille., ma:fure1:
0   ('on1n1e en 'Vn ieurie coeur c'efi·'Vn cield~plai(irs 1 .
0   C'e.Jt  
0   C'e 11 da11s vn vieil ejprit 'Vn e1Jfer de dejîr1.
0   Tandis que tu peux aime donc.

ERGASTE.

0   Tu'Vois,Nift,
0   ~e i'àime ton e!Jrit,.ton humeur, f II f 11nchift,
0   'I urveis que i'aime lphi.r aut11nt qu~on peut aimer
0   Le pla.t diuin objet qui noa.r puijfè charmer:,
0   Et què pour le., 'Vtrtl-'14 dont fa beUe ame a/Jonde~
0   Je!~ tiens prefer?4b/e aux plm be/le., du monde ..

NISE.

0   ';ru padad'dmitié, mais ie parlcd/Jam(}Ur~

ERGASTE.

0   Pour te dire le rvray, mon coeur iufqu' à ce iour
0   Ne s'ell point abaij!e'dans ce metier infttme
0   ~i fait perdre le flns pour gagner'Vn~ femme:
0   Je prife le1-beautez..,,mais parmyleurs appas
0   E Ue.1 ont· du humeurs qui.ne me plaifent f tU;
0   I ay de L·~uerfton pour run fexe 'Vo!Age,:
0   Dont la recherche moUe effemine run courage.

NISE.

0   Eneft on moins'Vaill11nt?tu Jçaisbienqu?autrefois
0   C e,J [uperbe., vainqueurs en ont receu de1 loix,
0   Q1:;''Vn bel oeilfe feruant du moindre de ( eJ charmeJ,
0   'JJ'rvn regard flulement a fait rendre lu armu
0   cUJux plu~ rvaill-ans H eros d0nt la fable ait parlé:
0   edçhJ!Jt f~ftmme, Hercu/ç a bien fil~
0   Luy qui po.~tr obeïr au vouloir d,vn Monarque~
0   Donnat c:tnt d'exercice aux ciftaux de /4 Pa, que,
0   Luy qui (eu! combatit tom le1 monftreJ diuers,
0   Dorit fa forceinuincible a purge l'Vniuers.
0   'Tu fais profefoon d'imiter fur la terre '
0   L~ beUu aétions de ce foudre de guerre;
0   J l atmott en fan temps, aime donc auiourd' huy,
0   Et deuiens tout à fait Hercule l~omme luy:
0   ~Aime qui te cherit, Ergafte, et te difpofl
0   D,accepter le party qu''Vn amy te propofc.

ERGASTE.

0   Eft-ce 'Vne heUe fille?

NISE.

0   Elie ,a dequoy charmer.

ERGASTE.

0   E ff-eUe ieune?

NISE.

0   ên l'âge où l'on fa fait aimer,

ERGASTE.

0   Est-elle riche?

NISE.

0   Assez.., pour te mettre à ton aift,
0   êlle eff toute parfaite, et n·a rien qui ne plaift .

ERGASTE.

0   êlle 'T)'!Ut donc beaucoup. ? ·- ?

NISE.

0   C'ejf 'Vn trejôr,E

ERGASTE.

0   Croy moy;
0   Puû que c,ell'Vn trefor,garde-le hien pourt~y,
0   N'eftime pa1 pourtant que ie t'offre mon rcfte.

NISE.

0   Me confetUcroû-tude commettre'Vnincejle ~
0   Celle dont tu deuroù adfJrer lu attraits,
0   Pour S''Vnir auec moy me touche de trop pre!~
0   J''!l)ouflroû ma S oeur.

ERGASTE.

0   'Ta Soeur?

NISE.

0   C'eft e!le-mejine
0   0!j cherit ta 'Vertu, qui t'honore~ et qui t'aime
0   Ve />amour le plm chajf e, et le p!Uf 'Vehement
0   JJont iamai.r rvne jiUr ait Aimé fan A 1nant:
0   Elle m·a découuert le ftuqui la conjômme:,
0   Et i'en cognoù la caufe .1lors qu'elle te nomme:
0   Je,rvoudroù que me1 faim 1111 peujfèn:tprocurer
0   Ce que d'rvn ftul Ergafte elle doit r/fcre1·.

ERGASTE.

0   Parle-tu tout de bon?

NISE.

0   S ~ tu fittuqÏ!  lu peine,,
0   01., Amour ltt:J fait foujfrir dans teJ 11imahleJ chaif
0   nu,
0   'Tu croiroi.r ,ft ton coeur n~eff tout à fttit brut Al, J
0   !2 ien te'Voulantdu bien,clle flrueutdumal:
0   L'11,mourqu·elle t·eporteeff dignede [alaire~
0   Elle achete :trop cher le foucyde·te plaire -
0   Pour ne pa, éueilter ton eJJrit enâormy~
0   Et fan .oeil amoureux ne te voit qu'à demy.
0   Si lu voeux de ton,ame aux miem n'eftoiêt contrairet~
0   De formai! noUJ pourriom d'amil deuenir f creJ;
0   'Toute noftrc mai/on .receuroit du bon-heur
0   D''Vnc.-tcl!e alliance.

ERGASTE.

0   Et moy be11ucoup d~honncur ~
0   VoUI me faite, tom deux, rune faueur tnfigne~
0   6t ie n'ignore pas comme i~en fuû. indigne.,
0   Ne ruoyant rien,en moy qui ne fait rvn difaut;
0   Pretendre à'Vojlrc S oeitr~c~ellvole.r"Un peu·hautJ
0   Outre que mon rvouloir en 'Une telle.Affaire
0   Dépend abfolume-nt de celu ,y d~rv.ne .M ere:
0   r:.:Jt(au ie rJl,~ejfime-ray parfaitement heureux~
0   Q  ue (i;n confèntement aut/Jorife nie, rvoeux:
0   ~ on.~me languira toujours dam cC;tte attentt
0   Comme. celle J· Iphis~

NISE.

0   JJ fo-rt de.cbe~ lante.r
0   s oujfre qüe ie luy p Arle.

NISE.

0   61/e l~ foit tiu/i .

ERGASTE.

0   L11iffom-le., dortc vn eus~ entretenir icy~
0   6t ne leur off om:pm lep aiftr d'rvn quart d'heuitJ
0   le te vay cependttnt conduire tn tA demeure;. ?
0   ·':De là ie reuiendr"'Y chotjlt plu.r J propos
0   L 'occdjlon commode 4 /uy dire deux mof 10·

SCÈNE III.
Iante.
Iphis.

IANTE.

0   Aire ain/J le flcrct,lebftinerJ me t11in
0   Le fa fat qui te re,,d.moimgay qu~ à l'ordi...  . natre,
0   ~ ? f , ? Mt Nemepa-ireue!ercequitetient4uçoeur,
0   'Traiter'Vne rnaiftr~J!è ~uec tAnf de rigueur;
0   Elle à qui tu iu·roisquc.tvute., tu fortune,
0   . Cornrne II toy luy ,far.oient egaiu et communu 
0   /:..n me do1111aNt t·on çoeur, tum'111 donn, du ruent~
0   idppclle-r1;oy ta ~ine ainji qu'ttuparauant,
0   c~eff rune qualité désormais superftuë,
0   cJrCa rvolonté fur toy n'eftant fa! abfoluë,
0   le n'ay rvoulu iamai.s en douter iuf qu'icy.

IPHIS.

0   Hélas ! rvolt! me tuez..,de me parle-,· ainjl,
0   Si ?U:f con.tinuez..,d'en ftt1ire L'trJctrtt1ine,
0   Par c"ê fafcheux difcours~ rvoftre votx inhumaine
0   ~ e donnant le trejpa,, fera cruellement
0   l"e qu'rvn 'tr11it de vos yeux me fait Ji doucement.
0   Vou.r nedouterez..,pat,toujours ( ma cherervie)
0   Dei tranfPorts amoureux dont mon ame e ff rauie;
0   é't rvoi« rverrez.., peut-eftre auant la ji,t du jour,
0   Comme !phis ellpourrvoUJ 'Vn miracle d'amour~
0   Vous rverre'{ ,dans l'excés du malquim'ajfajine;  
0   Q ue l'on peut trop aimerrvne chofa diuine,
0   Etrvomm',iccufarez..,,ayant receum11 foy,
0   De cherir rvos beaute~ plm que.ie ne le doyo

IANTE.

0   Ce n'e ff point m'é leuer par de f auffe. 1 loüange$;
0   Ny ftater mon merite en ces termes eHranges
0   Dont l'rtJfage cff communaux autres amoureux.

IPHIS.

0   VoUJ apprendrez;.;auji., qu~ !phis n'ellpas comme eux~
0   Si ie n"imite paJ leurs ftames in(enfces,
0   Mon c'oeuringenun1~n~~(co1'! f! re [es penfees~
0   Si ie nê donne ajftZJ d'encens à 'V~s apptt1 ~
0   c:JtC on ame pour le moins ne fe déguift pa1.

IANTE.

0   Ta f anchife me plaift,ie ne tiem point à blâme
0   D'auoir r de beauté que ton coeur n'a de fla me; Je fçay ?

IPHIS.

0   . ~'il ne faut pa1 en-venir là dejfu.r, --
0   V ojlre merite eft grand,

IANTE.

0   M11ûtonamourl'ell plm?

IPHIS.

0   Vou.r n·en iutez..i pa1 mal. ·

IANTE.

0   f2... u' elle flroit pttitt -
0   Si tu la mefuroû J mon peu de merite; .
0   Jl (ufjit que l'amour nour oh lige tou.r deux
0   En merite inégaux d'auoirde mefme:, faux.
0   Tu (oupire1, ~'V moy le fecret qui tef efcht,
0   Cl!!: oy, peux-tu rien fiauoir que ton coeur ne le fçache?
0   P ar~iftr~ auiourâ huy  tri(fe,eft-ce eftre hien content
0   De /,1, felicité que tu dejlroi:r tant?
0   ~s-ta'Vcudepui.t peu quelque nouueau 'Vijage?
0   ,Es-tu mal Jatûfatt de nojlre rnariage?
0   Et de ruoir que rien plu.r ne le peut dtfferer,
0   Bft ... ce l'occajlon qui te fait faupirer ~
0   Par le focré pouuoir Je ce Dieu qui no~ li~
0   ~pprem .. moy le fo1et de ta melancoliea

IPHIS.

0   1l eft ruray,ie foupin.

IANTE.

0   Et quoy ?

IPHIS.

0   De mtf"Joir .
0   lnà!gne·Je /,honneur que ic'VaJ rcceuoir~ .. .,
0   Mtfle amans que l'ejclA-t de 'VOS graces tranfjorte;I!
0   ên diijutoient le prix, et le moindre l'emporte,
0   L~amour rn'ajùjciti tant de parfaits r-iuaux,}).
0   8t ie les ay 'Vaincm auec tom mes defauts(t

IANTE.

0   !Jn eftes-vom m11rry?

IPHIS.

0   Vom le lf~uez ( mon Ïlme )'
0   'Et pour en hien iugcr'VOH4 cognoijfoz,ma jiame, .
0   'Vous jç1etue.~ que mon coeur en doit rjfre marry
0   Commervn qui ft mouroit, et q!-'i fo ,u,oidguary~
0   J:Jay regret flulement que ['aimablè hymenie
0   {lui me 8VA rendre heureux 1rvou1. r-ende infortunées
0   Et que nousajfemblant fous'IJnemefme loy .
0   Ce noeud qu' Qn tient fi doux, ne le fait q?e pour moy ~
0   le cegrtoy ma faiblejfe, (t} ie me fans coupable
0   D ·!JAC"pter~n thrcfordon t iefok ~~11,pablè:1.  
0   Et eour· - · (' ~
0   Et pourn!ten point mentir, ie ne merite ptU,'
0   lm parfait q.uc icfuû, de Ji parfaits appt:t1.

IANTE.

0   r U 'VCUX par C(S détdurs chcrcber"{,1ne défaite,~
0   Mail tun>uimparf11itq u>enm~ iug-eant-parfaite;
0   Et pui.r que ie t~ay fait l'objet de r,1es amours~
0   F ujfe-tu moins que moy, ie t>aimeroit toujours~
0   Si le Ctel t'efloufant 'VCUt que ie faû dupée,
0   N'importe ,.ta m'auras.? l1eur.euflment trompée:
0   Et quand,ie deuiendray mal-be11reuft en èe point,
0   Si ie t'a foû pour toy~ ie ne m'en plaindray point:
0   Noscoeurs furent atteintsd'vne mefine blejfare,
0   Et ne nous ftU aimer, c'~ft forcer la nature;
0   Cf" perfonne me cb~rme, et ie n'try pa1 de peur
0   f2.!!ic che'{tqy le dedans trompe l'cxterieur. ?
0   Mai.r i'endürun peu trop,et ie neprensp~garde
0   !2.!!. ,en ers libres difcours,mon honneur ft haZf!:rde,
0   êt puil le temps fl pajfe, et dam cét entretien
0   Ton P ere ne fait ft:U l'accord auec le mien.

IPHIS.

0   Je m,en rvtry leqNerir, ie meurs d'impatience, .
0   Maii deuant qu'run haifer,

IANTE.

0   Prens-cn deux par au.tnce,
0   SCENE I Vo
0   ERGASTE. !ANTE. IPHIS.
0   ' ERG ASTE les voyant s'entrebaifer.
0   Ls'eff bien adre[fepourmarier faSoeur,
0   Comme Ji,, e,e 'Vou/oil eftre le po!Jef!eur.
0   c::))C ay ruoicy noftre .Amant qui baift (4
0   maiftrejfe, -
0   Elle riçoit ,de luy la derniere careJ!è."
0   Cette nuiEf luy promet de bien meiNeurs lbati
0   Mail tout ce qu'elle ejpere, elle ne le tientpM.

IANTE.

0   Ramene~ 'Voftr~ P ere ~u plm t arà d"m vne, heure;

IPHIS.

0   Mon feu ne permet P'" r;;ne longue dcmeYno
0   SCENE V. ERGASTE. IPHIS.
0   ERGASTE l'abord:anr.
0   l!l I /;~etJ, mon cher Iphû) qtt"'rvn fauOrable
0   tour,
0   eApre, f ant de faupirs, couro11ne rvojlre amour?
0   On rvou.r donne auiourd,huy la merueiUe de, ~elle.,?
0   F rt11,yment ic fut~ rauy Je ce., bonne:, nouuefleJ,
0   Je fçauoü comme l,rvr1 de rvos cbers con/idem,
0   ~e c'eftoit là tohjet devosdeftrs ardem,
0   ~c rvoftre malatf,te e/foit trop rvio!ente
0   Pour en guarirà mo1m que d'e.fjoujèr /ante;
0   le Jiauoi! que rvos rvoeux ne 6utotent qu'à cela,
0   Mau ic ne pe,Jfau t'a, qu:,on en rv1n1 Ji tofl là,
0   Et ie n'en pui.r auatr qu'rvne (016/e cr oyance3
0   Si rvow ne ni1en donnez., rvou.t-mefme l'ajjeurance. ?
0   En ftn l'ejf~ufe~--voll.f?

IPHIS.

0   ~e for~ le  'Veut Air; fi:,

ERGASTE.

0   11' HI S.
0   C'eff mon deflr.

ERGASTE.

0   le m'en doutoü ttu/io

IPHIS.

0   Sa beduté 1n1.rauito

ERGASTE.

0   Vrayment eft.in.t ft belle,
0   E Ue meritc bien qù11 Iphil brule pour eUr.
0   I ·p· H I S.
0   N'en faû point le railleur, et ây-moy fi ittmail
0   'Tu rvu rien d'1tp p rochant au moindre de fo traitso
0   E R G A S T E en f oupirant~
0   Je vom-rvoy to.u1.leJ io-urs.
0   . I P HI ·s.
0   Mai! dy-moy fi ton ame
0   Sen toit comme la mienne 'Vne Amoureufè /lame;
0   Ou plu1'loft fi'L'o6jetdontmoncoeureftcharmé,
0   'I''aim(!itaut.1,nt o-u plUJ,que ie n'en (ui.t 11imé;
0   St l'aifequ'eUe auroit de ft voir ta maiftrejfa
0   T émoignoit à te.J yeux le dejir qui la pre1Je-:
0   Dy-moy fans auoirpeurde me rendre 1alou.r,
0   Combien l'aimeroû-tu ?

ERGASTE.

0   le meure, moimqui'Vôii~

IPHIS.

0   §l ù oy, tu n~aimeroù pas celle que ie rtuere
0   D''Vn amour inftny? ton coeur dit le contr11ire;
0   Ce foupir te trahit ,autrement ie te croy '
0   P lu.r fA-rouche qu''Vn tygre, et moim homme que moy:

ERGASTE.

0   Je dû q1,e mon amour flroit plm 'Ve he,nente
0   P-ourie gen·tillphis, que pourla hellel4nte.

IPHIS.

0   Oüy·:bien ton amitié.

ERGASTE.

0   le me brou'iUe touj'our1
0   ''"I)a,u ceJ diftintfiom d'amitiez., et d'11mours.
0   fJ!!,oyqu'il en fait, mon coeur'Voudroit pour toute chofl
0   fJ!!,e le Ciel fit envom 'Vne metamorphofe,
0   .Afin que ie'VOI# pûjfe aimer d'autre façon,
0   .A ufi bien cftt1--'VOUJ trop beau pour vn garçon;
0   Nature qui (e plût à 'VOu.t rendre adorable,
0   , .Deuoitrvou.t faire naiftr-eoujitle,ou moins Aimable, 
0   Et 'VOIH a"?lrJt donné dequay faire mourir, . ~
0   Elie rvou., deuoit bien donner dequoy guarir,
0   l'eujfa brulé pourevou.r d'vn feu plus legitime,
0   Et mon coeur n'euftefté pou.rrvous qu''Vne virfime;
0   edu peril J'irrtter le ce!e.fte couroux,
0   Je n'eujfo recognu de Deejfe que 'VOHSo
0   c:ltC ais rn'eufieZ-J-'VOUJ aime1?

IPHIS.

0   ? 1 ~e eu faim font ft·iuolu~
0   Et que c'~(f perdre en 'Vain le temps~ du paroltJ !
0   Difcourons fainement, trouuay-ie'Vn bon party?

ERGASTE.

0   0n n'en 'Verra iamd,is qui fait mieux ajforty:
0   N'eft-ce pas la raifon, puis qu'lante e(l Ji belle,
0   ~·'Vn Amant accomply comme !phis foit pour elle?·
0   f2..!! e'Vous ftre'{ heureux enflmb!e,et que les iours,
0   Lufcmaine1,.!e, mois, lu ans, 'VOUS ftront courts!
0   Je ne fay point de 'Voeux afin que l'hymenée
0   Sufciteà'Vos ckjirs,vne heureufl lignée; .
0   Le Ciel accordera de., tre.fors fi parfaits
0   .A rvos embrajfomens, pluft0Hqu'àme4fauhaits;
0   Bt comme en diflourantrvous rendez.,.du orac/e,-31
0   En faifa pt du enfans, vous fereZ.J du miracle,. .
0   Mais adieu, ie rvous laiffe à la mercy d'amour;,;
0   Et dormez. hardim cnt cependant qu'il etJf iour,
0   Cette nui8: fauorable au fou qui 'VOUS confomme~
0   S erA-pour l1 tr:auail pluftoll que pour le for'!m~"

SCÈNE VI.

IPHIS.

0   ES traits de ce Railleur me tiennent en fujpens
0   Ce n'eft ptt1 fans fojet qu'il rit à mu dépens,
0   Mon e!Jrit [oupçôneux e{f dans la défonce,
0   :! tfi S oeur auec ma Mere a de la confidence,
0   Elle fçait nos flcrets, ainfl par (on moyen
0   ay peu,, que ce rusé ne me cognoijfo hien;
0   Je l11:y parle en 111my, mau cét Amy me prejfè
0   .Autantqu'rvnflruiteurpeut preJ!èr fa maiJ!rtjfè/
0   1:!Â. meJ yeux il foupire :> et demeure interdit
0   'De mejme qu'vn A rnant que ~ honte ejf ourdit:
0   L'Amitié /;i plu.r forte, auec tant d,infalence
0   Ne porte pointvn homme J cette rviolence,
0   .et Ji i'en puù iuger, mon e/J;rit far le fien
0   . .A le mejme pouuotrqu'lantea far le mien.
0   :E.jfrange eff ét d'11tmour ! ie meurs pQur cette /JeUe,
0   Et cependant, heltU ! ie foi! fille comme clic:
0   J'adore (il 6.eAutez., qu11on ne peut trop prifer,
0   le (uû fille ,e!leeft fille, (t} ie doy l'eJJouftr.
0   Ha dcplorable Iphû ! l~n[r infortunee !
0   0!, i pourra de noUJ deux confommerl'hymenle ?'
0   fl!4--oy, ce trefor charmant [croit entre mu brtU,
0   Je lr pojfederoi! ,et n'en iou'irois faJ?:
0   Q  u~y, ie tiendrois l'objet dont mon ame eft éprijê,,
0   .Et i'q;ferois ft mal d'rvne faue.ur ·acquije?
0   0!Jy, le Ciel me rendroit fam efteindre m èl feux,
0   De bien-heureux Amant, poJJejfèur mal-heureux r·
0   0!,oy,ie m'endormirois aupre:1 de cette bell.e,
0   Et ie nè ferois f tU t?impofible pour elle?
0   le:Jêrois inutile en rvn Ji digne employ ?'
0   Non, la bonne Deejfe dUra pitie de moy.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.
Merinte, Nise.

MERINTE.

0   ~~16' N rv.n m1t ,que iefçache oum1t mori;~-
0   ? m~ rvte,
0   Ne me. f11is. plm languir, cor,tenre men ~ enute ,·
0   empejche '!! an ntJufrage ).!~ mi (11iffo pç~[r;
0   S oû-moy Joux,ou cruel, faû-moy rviure ou mourir# 
0   Dy-moy fi ttt priPre a·touché fan courage,
0   S'il s"eft lai(fé flechir.

NISE.

0   ~e 'Veux-tu dauantage,
0   Ne t·ay-ie ptt.1 tout dit?

MERINTE.

0   ru m'ta voulu jlater
0   Par ce que tu me f"()tem maintenant de conter,
0   Dire que mon amour e ;I/: caufa de fa ioye,
0   C'eflendire'Vnpeutrop pourvoufoirqu·on te croye;
0   N'ayant fceu /'émouu orr, tu veux dt{timuler,
0   Lt fucrer le poifon quïl me faut aualer.

NISE.

0   Je meure fi ie mens, fi) Jl ie dijfimule,
0   !A /,i fin c'eft te rendre vn peu trop incredule.

MERINTE.

0   Traite-moy,ie te prie, auec moim de rigueur,
0   E't de ce que tu ftais décharge tcy ton coeur;
0   Quand t'aura;1fceu de f~) que ce cruel méprife
0   L e preflnt que mon coeur luy fait de fa franchijè,
0   !2!!: ,e me1 foupirs flnt'Vaim~ qu"i/s n"ot aucun pouuoir.,
0   i t q i1e c'e/f 'Vn roc!Jtr qu" on ne peut émouuoir,
0   V, n cceur à la p1til· comme à l'amour rebelle,
0   Tu ne m'auras conte' qu'7Jne 'Vieille nouue!le;
0   é: quand tu m'al! r'!! dit qu>tJrifufe r,;a fa) ',
0   E-1 ela1 ! mon defe!Joir me l'a dit deuant toy ~
0   Et ie n'attendois p~:1 de met!lture fortune. -

NISE.

0   'eduecque te1i amour, tu deuiem importune.

MERINTE.

0   Je deuiens importune? il s,,en plaint le cri1,el?
0   S e1 Jt':f'X me font fouJfrir 'Vn mal continuel,
0   le trou.uedu plaijirà me voir mal-heureuft ,
0   P 011,r l'auoir fart /·objet de ma Jl4me amoureufe, ?
0   Je /?aime, ie l'adore, et /?inhumain qu"jJ eff
0   Se moqu, de mu 'Voeux, mon amour luy déplaiJC°f.
0   lu/qu'icy ma douleur·a gardé le jilence~
0   l'ay rvou!u t ét()uft.r mAl-grl fa violence,
0   Et la premiere fois qu'on luy par·/e de moy,
0   Il me nomme importune, et rejette ma foy:
0   Cc beautyrannot1J blejfo,(l)'Veut mefme contrttindre
0   (eux qui ftntent fe., coups, à ne s'en ofer plaindre;
0   Hé bien! il faut mou.rir pour n'importuner plu.t
0   Ce farouche qt:ti rend mu dejirs foperjm 0°
0   il fera bien criul,mevoyant rendre l,ame,
0   S'il ne me permet pas de parler de md jlamc;
0   Et le mépris qu' tl a pour moy fera bten grand~
0   Si mondernier foupirl'importune en mouranto

NISE.

0   1 e penft qu'à la fin l'amour te rendra foie, , :
0   A lors que tu dois rire, il faut qu' 011 te. confale 1
0   C'ell moy feu! qui me plt1tins de l1importunit~
0   Et de rvoirrvne S oeur toujours à mon co/f e;
0   le te l'ay dit cent fois, et te le dts encore,
0   Qfiil te che~it autant que ton ame l'adorto

MERINTE.

0   HeltU ! s'il eftoit rvray., que 1'aurois de ton heur.

NISE.

0   Ton tttmour le rauit, et le comble d~honneur.·
0   Si ton coeur iuy fernbLoit 'Vne rvile conquc/fe,
0   Pouuott-il pa:r trouuerquelque pretex1e honno/lel
0   Et rejettant te1 rvoeux par vn beau co,nplirnent,
0   ~ e reduire à chercher ailleurs vn autre Amant?
0   Il pouuoit m'aUeguerqu'il n'~uoii ftU -enuie
0   0!:! iamai.tvnbeloetl tini fon ame ~jferitie.

MERINTE.

0   Il pratiq11,e trop bien l'art de plai14e à la Cour
0   Pour faire ouuertement r ef@ dçynon a'moitr,
0   Jl efl tropcourttf~n pourdireauecfan:hift
0   Q..u·tl nt'Vtut point du tout de celle qu'il meprifl,
0   t·nc?re qu~à f e:, yeux ie n,eujfè auciim appas~
0   Et qu'il ne pût m;,aimer, il ne le diroit pa:r,
0   Vn dedain fur (â langue aurait m,111,uuatfegrace;
0   Il faut crJer au fou, quand on e/f tout de g!l'tce~
0   l 'Arejferqui nou., atJrit, et fl C~!Jtraindrcrun peu
0   Pour faire bonrie mine au 11,otm a mat,uA-Û 1eu:
0   !1 n~ cou11-e non plm de fiind1'"Nfue l~on ~1me:,
0   QJ ,te de faire p.trtJiftr·e vne rigueurextréme,
0   Et c,ttc complai(ance en ces facilit Z,
0   0 blige 'Vn honnifte homme à ce1 ciutlttez..,.q
0   Ce n'eftqu,eun compliment que toute., (eJ prome/Jet,
0   JI n"e/f pa.r pliu captif pour ~uoircent maiftrejf e1,
0   ,5 on fou ne dure pas plu.r que (on entretien;
0   êr ce diuin ob;et qui me ch-;,rme Ji bien,
0   E/f de ceJ gens in/fruits dans lu noire., eco!eJ
0   f2.!!:j ne veule1Jt guartr qu'auecquc de, paro!e1.

NISE.

0   (! t'entendre parler Ji confiderément,
0   'Tu ne dvü ton mal-heur qu'à ton rai(onnement;
0   'Ton efprit en foupçon , et dans la d(fiance,
0   e.1uroit plm de repos ,a11ant moins de prudence.
0   Pour q.. u( Ue occàfion ne t'aim c-roit-i! pa:1? .
0   'Ton 'Vi(.1-ge n'eff point Ji depourueu d'appa.t,
0   f2.!1and tu l'efpou(eroi!, encor ce mari4ge
0   Ne (,.,rottpotnt Ji fort à /on defauantage;
0   Surquoy peux~tu fonderce1 Joupçons de méprü?
0   l roy-tu qu' q;n autre objet que le tien l'ait furpris ~

MERINTE.

0   MonFrere,q;om touch{'z.,le fajetdema crainte.

NISE.

0   E ft-ce là tout le mal dont ton ame eff atteinte?
0   Son coeur ne cognoift po sn't /? amour ny fan jl4.mbe11u;

MERINTE.

0   Mai!,monFrere,ileff homme,ileftieune,ileftbeatt;
0   Il e{f bien malaise qu'auecque tant d'ad,-ejfè
0   il n'ait dija gagné le coeur d'q;ne maiftre ;Je,
0   Et qu''7)n heureux objetn''!'it triomphé du jien.

NISE.

0   S'il a chdngé (on coeur, c'eff auecque le tien,
0   E~ c,eff toy feulement qr-e?it veut pour fan ejfoufe.

MERINTE.

0   Je n11ay point de Riualc, et Ji ie fou ialoufè,
0   le fans cette fureur qut me donne la loy. ,

NISE.

0   Soû (eulemèntialoufl,ou d,lphis,oudemoy,
0   Encore que ta jlame ait pû fondre (e1 glace,,
0   N ou., fômme, bien auant dedans fu bonne., graceJ,
0   et tu peux t'ajfeurer, s'il n'eft potnt Amoureux,
0   êt s'il ne t:,aime f tU) q.u' il n'airne que nou.t deux,
0   Cette a,nitiévautbten l'amour le plu, extréme.
0   e::JrCais leruoicyquiruient,

MERINTE.

0   Mon Frere, c'eft luy-mefme.

NISE.

0   Retiens ta pafion, et difimule '7)n peu.

MERINTE.

0   Dieux que i,11urd) de peine à bien couurir mon feu.

SCÈNE II.
Ergaste.
NISE, Merinte.

ERGASTE penf.lnt efire feul.

0   Eft tenir trop lo,ig-temps mon e(prit e?J balance,
0   Lu fecret1 eto~fèZ-.Jont tropderviolence.
0   NISE le surprenant.
0   Tu dû vray, c,ëff pourquoy fai.t-noa.r part d'rvn focrd
0   ~e ton coeur aufi bien ne cache qu'à regreto

ERGASTE.

0   ..,te me la.ffe  à la jin de-rvrJir la tromperie:r
0   Et ledegui/ement regnerdam ma patrie~;
0   et ie rveux par pitie detromper lu efjrits
0   f2!!J la r1ifé et l'erreurontroainemcnt farpri1,~
0   MERINTE, tout bas.
0   Cruel! fin-ion amour t:,auoit l·ameoccupéesi,
0   Hela,J que tu m'aurais doucement d,trompee J·

NISE.

0   'Tu difêours emhroui'/1 z ; ,ne rentlent curieuxp
0   6t ie.nj comprem rien~s'~ls ne s'expliquent mieux. ?

ERGASTE.

0   ? eAmy,tu [çaur tU tout, maiJ allonJ cheZJ Telefte,
0   ?Ceff où t'ay refolu de t'apprendre le refte;
0   ? ,Sa fille ef)ou(e !phis, là tu rverraJ l'effet
0   D''Vn difcours dont tu n·eJ qu'à demy fatiifait.

NISE.

0   !A.Dons-y: ie'Voy bien que ma S oeur fe ha~rde
0   Ve nom accompagner, IC te la baille en garde .

ERGASTE.

0   C,effmefaire~nhonneuroùien?aJJiroisptt1.

NISE.

0   C!A.Uez.,toujoursdeuant,Îe'Vom fay pasJpa.
0   Le, complimem d'amour'Vont eftre en exercice, -
0   f2.!! é c'eft mal commencer'Vne offre de feruice;,
0   1 t ne luy parle point, à la fin ie croiroir
0   f2.!! ''Vn f.ran/port amoureux luy fulfoque la 'VOÎXo
0   Il jé'Va rnettre en train; mai.! Jante eft [ortie,
0   Ce froid Amant peut bien rime ttre la partie.
0   SCENE III. IANTE. ERGASTE. NISE, MERINTE.
0   IANTE les allant rècevoir.
0     OUJ rvenez.,à propos,on n'attend plu.rque
0   I ,t.;,n ,-' ri) 0 f# '
0   " ~ Pour,rendre falemnel ce qui fi fait che~
0   now.

ERGASTE.

0   fil!!,andnotU ne'Verriom pa.rcette nopcenouueUe;
0   L'aétion de foy-me(me eft affez., falemnelle,
0   -E Ile efl trop peu commune, et ce nouueau traité, .
0   P 011,r fc tenir fecret, a trop de rareté.
0   Mau qz-tel contentement doit occupervo/lre ame!
0   ~e d:,rvn pa~fait mary 'VOU! allez.ieftre femme!
0   ~e l~amottreu .1. : Iphu eft 'Vn homme charmant,
0   f2.!!:,e c'e(lrvn braue iffoux, quec?effrvn bel amant, .
0   f!.!!oy que fa bonne niine à 'Vos beaux yeux propofè ~
0   Vom rverrez. à l'effet que éellbien autrechofè,
0   Et mal-gré le1 mi.eux faits, 'VOUJ direz.., auiourd'huy
0   !Z 'l!e le plU! accompfy n'eftpa:1 fai~ ~~m~e luy. SE

NISE.

0   NotH nel,lgAlom pasàu fitantquenou., fomme,3
0   Madame ejpoufl en luy la meruciUede., homme.,.

MERINTE.

0   Jl tjf digne tout ftul de poffetier fan coeur,
0   61/e doit 6ien l'aimer.

IANTE.

0   le,~ ~tme aujli, ma S oeur.
0   ERGASTE en riant.
0   Je l'flimt d,Ut 4n,t que rvom.

IANTE.

0   , eA.ucune jaloNjic
0   Ne peut de ce cofté trouhler ma fantaifiç.

ERGASTE.

0   ' E~ncor ,7uel fentiment auriez-rvom de mon mal,
0   , Si J4rut~amourd,Jphüi,efloûrvoftre riual?
0   Je ne ruotU tiendray point plm long-temps encerueUe6?
0   SfachcZoJqu' lphûeftfiUe,(i/qut ie meurspoureUe,

IANTE.

0   0 le plaifant difloet:rs I

ERGASTE.

0   Vou.r pen(ez., que ie ri,;
0   Et que ma rvoix,vom trompe,fd non l~hahit d'lpbû~

IANTE.

0   Vrayment l'bumeurd' Ergafle, (J} fa heUe 1!)A11Î~
0   f"~nt /,i~n fair ~ l~f!!ofl rire la compagnie: G

SCÈNE IV.
Teleste.
Ligde.
Iante.
ERG.
Nise.
MER .
.

TELESTE à Ligde.

0   E rvou.r ay dd;~ dit que c' eftoit mon de/foin,
0   0!. 'tl rv11,loit rtJieux le f4ire auiourd·huy que 
0   dcrnain;
0   C' e1 t pourquoy ,s· il rvoUI plai/f, la fin de la iournée
0   .Acheuera L'accord d'rvn Ji bel hymenée.

LIGDE.

0   Jeruou., foûrvenurvoirtoutexprés pource/11.

TELESTE.

0   ~? Jphû efpoufe donc ma fille que voila,
0   Voftre confentement s·accorde:t'ilaunoftre?
0   LIGDE
0   je
0   rvous ay de'ja dit qu·i/ n'en aura point d'autre.

TELESTE.

0   ,~e ne !·ameniez-vous, et 'Vojfre femme 11ufi.

LIGDE.

0   F t la, mere et le fils feront ,bien toft icy.
0   Qf!and nos enfaru /éront fous la loy d'hymenée ~
0   Le G icl r~'!~! ~ i,{!'!! "~ !eur'!! aifon fa~~unf e~
0   ~e l'aftre le plm doux, et le moim rigourcu:t:
0   E fèlaire incejfàmment far ce couple.Amoureux,
0   ~e iamais le hon ... heurde che~eux ne s,abflntt:1
0   êt qu?il.fortc 'Vn bon fuit de leur couche innoctnte.

ERGASTE.

0   , ~e 'VOU! aurez., d'Af Puy far la fin de vos am,
0   Et que ie fou trompés, ils n'ont de beaux en/am!

TELESTE.

0   ~ le Ciel fauorable aux fouhaits de 'Teleftt:,
0   E /oigne de lcrirs iourJ· tout accident funefte,
0   Et que fû.r leur. famille il 'Verfl à pldine, maim,
0   Lt:1 faueurs dont fat gr ace enrichit les humai1uo

NISE.

0   ~'ils pa1fent loin de:, maux tow le.1 degrczde l'âge,
0   ~/'vn defardre iamau ne trouble leur mcfnage,
0   ~ la paix Joit chez.,eux,qu'tls foientlo1nde.1ennuü,
0   Et que le, iours leur (oient aufo doux que le:1 nuits.

MERINTE.

0   f2.!!Jls 'Voeux nouueaux ft1ut-il que ce heaa couple
0   efpere,
0   Vom en aut~ tant fait, que ie n, en puû plm faire,
0   Et ie ne leur (çt1uroi.f donner d'autreJ JôubP1its
0   Q. ue pour'Voirarriuer ceux que'VOtll ~ue~faits.

ERGASTE.

0   Q ue le Ciel qui 6ognoift leJ chof e:1 plu.r flcrttu
0   V ~u.r defilie leJ yeux pour'l.loir ce que rvou.r.faitu :i
0   C'ejl là tout le dejir dont mo·n coeur cft touch~
0   V n peché d'ignorance eft toujour.s 'Vn pechl,
0   Dans ce projet funeftc où l'enfer 'VOUJ! engage,
0   Vo;p allez., foire 'Vn cri1ne, au lieu d''Vn mariage;
0   La nature et /amour choquent tom 'VOS efforts,,.

TELESTE.

0   {? J ii nouf empefcheroit d'acheuer nfJs 11cccords l

ERGASTE.

0   Il fafjit qu'on ne peut les marier enftmble.

TELESTE.

0   le penfl qu'il cff fat!, Lig;de, que 'VOMr en famhle ?'

IANTE.

0   VoUJ deueK.J me cercher ailleurs quelque party,
0   f!.!!i fait au gre d' é'rgajle run peu mieux ajforty,~

TELESTE.

0   E1i a1!le, q11'auez.,-'Vou.t à rvoir dan/ ma famiUe?
0   Effes-vou., abfolu fur l'ef}rit de ma fille?
0   .A uez..,-rvous entrepris de r·egir m -, s Vieux ans?
0   Lf'Cielvous a t'tl fait pere demesen fans?
0   Ma fille m'appartient, qu'y pouuez..,-'VOH.f pretendre ~
0   Vous auoi.r-;e promi.r que rvous (êrie~ mon gendre~
0   La rvoulez..,-'Vous r"uir et m'ofter le pouuoir ?
0   Q ue mon tiltre me donne afin de la p.ouruoir ~

ERGASTE.

0   C~ n 'eff pa, m~n dejfoin.

TELESTE.

0   Vous nt le fiaurie%.J faire.

IANTE.

0   J7 ous n>aue,:., f tU fo jet de vous mettre en colere
0   ~ttnd vous fiaurez., le mal dont E rgaff e tll touchl
0   Vous-vous repentirez.,de vous e rtre fa/ ché;;
0   Je '!e fui! point l'objet qui luy chatoüille l,ame,
0   Mais c, eft plut off cel14:y dont ie doû effre ftmme:, ·
0   Il brujle pour IphiJ d'vn feudefordonné. ? ?

LIGDE.

0   Le traiEf n?cff pa1 mauuaü.

TELESTE.

0   ]'elloi:t hien eflonné.

MERINTE.

0   Mon frere, enfin ce jeu me donne de la cr11inte.

NISE.

0   Jl dure vn peu long-temps pour n,eftre qu,vnèftinte:
0   LIDGE.
0   'Tellement Jonc qu'6rga/fe' eft amoureux d'Ipbü,
0   Il veut effre mon gendre)et ft ie n,ay qu'rvn fils?

ERGASTE.

0   Q~e Nature tff aueugle ! rvn pere mtcognoiftre
0   Ce qui luy doit le iour, c'eft bien cejfêr de l~eftre.
0   eA.giffe~ me11,rement en cette affaire cy,
0   Songe~qu'/ante eft ftUe, et qu·Jphil L'eff aufi,
0   Par le ref}ec1 facré qu'on 4oit au rnariage,
0   pont l''"()nc et l'autre 11buft J fol!: defauantage~
0   Par les beaux yeux d· lphil qui m" ont rauy le coeur ~
0   Ne pajfez.; ptt.1 plu., outre.

LIGDE.

0   il eft de bcUe humeur.

TELESTE.

0   Certes quand il aur~ confolté les bouteilles,
0   ~'oat forn,nes '!Jfturez., qu'il dzra des ·mcrue1Ues.0,

IANTE.

0   Son difc()urs efl Ji fart dans la na'iueté;
0   Q14:.?à t,ent·endre sn croirait qu'il dit la verité.

MERINTE.

0   C,èll en~ain que i'e ;~çre au mt:1l qui me tr11nf}orte,,,

NISE.

0   Ergafle, il 1ilteH pl'ta temps de railler de la farte,,
0   Il faut voir q·uel proJ;et vow aue~dans le fein,
0   Le faitts-'IJOUJ pou,· rire. ou Ji c"cft à dejfèin,
0   Et pot1,r rompre l'accord d'vn certain mariage,
0   'JJontvous m'aue~ laijté vo.ftre parole en gage ?
0   ] l faut r11ttijier deuant tous nos amû  
0   Cc qu·en fecret totssdeux nous-nousfomme1promi.t;
0   Et declarer tout- haut fur le choix d"vne ftmme
0   La refalu.tion que ruous a uetdans l"ame .

ERGASTE.

0   Apprenez.., en deux mots que ie n'aime qu·Jphis,
0   ~' pour elle ie meurs, que pour cUe ie vis,
0   ~ ti 4. '!!  011 ~ et  lt:4  de[f in~ m: ont fait naiftre pour· eUe~
0   6t ·que mal-gré la mort ie luy (eray fidele.

MERINTE.

0   Traiftre,c"eft donc ainft que fair;int le gauf/èur
0   Tu te moquu du fere (!)te ri.r de la· (oeur?
0   Il faut que mu ardertrs sjfteignen,t dans me., larmu,
0   ~e ton di(cours mt blejfe au.fi bien que teJ charmu.
0   '1 u 'Veux que poùr accroiftre etma hoteetme., maux,
0   J aifant'Voir mon amour,ie monftre metJ defauts.
0   0 uy, ,: ~imois cet ingrt:it, ie ne fujs pot nt h1Jntt''uft
0   Ve le nommer L'objet dont i'e/foi1 amoure~fe,
0   Il fut le premier temple où ie 'VOÜay me., feux~
0   8t le dermer autel qui receura mu 'Voeu-x.

ERGASTE.

0   'Depuis long-teps, Madame,'Vnc heAuté m'eng1tge:
0   Verriez..,-rvous de bon oei! rvn perfide, 'Vn 'Volage?
0   Vo,a nepourriez..,m'aimerapre1'Vn tel affront ...
0   Mais Ji i1auois deux coeursruous aurieZ-.>le flcontl.

MERINTE.

0   Il faudrait pour te croire eflre hien in(ên?e1? ...
0   Puis qu?'Vne autre que rnoy regne dans ta penfte,
0   Va trompeur, rv11 parjure, ado rer fes appa1.

IANTE.

0   e.. uoy ,-'VOUS t'aif!JÎC~, M erinte, et rvous n'en earliei
0   pat ..

NISE.

0   lfl pare~lle,~Erg:ef! ~~t'? dtgnequ~on  ~~ ~~~ln!:

ERGASTE.

0   Si tu te fins piqué, tu cognois '7ien ton homme.·

NISE.

0   Vrayement tu ne pouuois parler pluJ à propos~
0   Dans 'Vne heure âicy nous? nous dirons deux mots.

TELESTE.

0   Ne 'VOUS quereUe'{point, mais pajfons la iournée
0   Dans les c,,ntentemens deubs J cét hymenle:
0   Et puis t·honne/f eté ne vous peut difjenfer
0   De Jigner au contrafl que nou; allons pajfar. -

ERGASTE.

0   0!Jy,que mon ftin approuHe vne teUe injufl-icel
0   Me p.reftrue le Ciel d'en parotflre complice;
0   Je 'Vay plujloll m'ouurir les 'Veines dt ce pa,,
0   Pou; Jigner de mon (ang· l' arreft de mon trel)tt1.
0   JncredulcsrvieiUards,lerefpeét dervoft re âge
0   Fait que te rvous pardonne rvn Ji fenjible outratè,
0   Sans cel,i ie pour;·ois accourcir'Vos rvicux ans.

LIGDE.

0   !J.'cnt~ons, ,'eft tout de bon qu,il II perdu le ftns.

SCÈNE V.

ERGASTE, resté seul.

0   VT, i'11:y perJu le fins en perdànt ma m~iftriffo,
0   Tout mon e/Jrit fuccomhe au fardeau qHi loppreffe,
0   Et dans l'extremité de mon cruel tourment
0   le flrois infensé d'11uoirduiugement,
0   Puisque ie perds lphis,(J/qu·euem?effrAuit,
0   Il ne me rtjle plus-à perdre que !11 'Vit. ·

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.
1PHIS.
IANTE, dans une chambre.

IPHIS.

0   E me crJntraignez.., poin.t dc'VOUJ le reueler,
0   ~ .-. Mon coeur, permettetmoy de mourir fans parler,
0    :~'. le ne rvoUJ pttû cacher,et ne rvou.r oft dire
0   Le fo-Jet important qui fait que ie faupire,
0   Jervou,5 aime, foujfrez..,que te nerviue plu.t,
0   .A jn qu'apre.1 ma mort rvom fçachie~ le /urplm ~
0   Receuez.., de ma jlanie rvne Ji beUe preuue, ?
0   V OUJ eftu mon ejpou(è ,et 'VOU! ftreZ,ma rueuue.
0   Hela1 ! c'cft à ce coup que nou.r fommu rvn~,
0   Me., dejirs et rvos maux deuiendront infinù.

IANTE.

0   Maintenant'Voffr·e plainte ejf 'Vai;-ze et fuper.ftuë,
0   Pui! que vou.r 'Voyez.., bien que l'affaire eft concluë,
0   P ui.f que le mtflriage e.ft rvn noeud gordien# .
0   !2.!!e l'! mort ftl! t~~"!..~'!t peut c~up~r:  c~ l~~n,
0   tt puû que iufqu'icy 'VOtn auez.., 'Voulu feindre1 ?
0   il eft temps de (oujfrir, pluffoft que de fe plaindre.
0   Si 'Vou.t n'auiez.., dejfein de·medonner l1t foy,
0   Si c'tftoit feulement pourcvous rire de moy,
0   Si vojlre f1me s'e[l-oit faujfèment embrasée,
0   eA dejfèin feulement de me voir abusée,
0   ..Afin de mieux piquerlobjetde'VOJ mépris,.
0   Il faUoit'Vous garderd'eftre 'V,Ou.t-mc(me prû;
0   Si nous (àmme., vnû d'vne e/lroite alliance,
0   C'rH parvoffre mal-Eeur,ou parvoftre imprudence; / -
0   Vous feigniez...,de rn ai,ner, (3·jùr cc beau (embl11nt
0   le rejfantois pour'Vous vn a;rJour-violent;
0   flu4nd vos difcours fardez me ch~tou'illoit.nt l'oreiUe ~
0   . le âeuoù foulementvous rendre la pareille;
0   Mais i:.ay 'Voulu payer iu [quu au dernier point
0   D'vn veritable amour, vn qui ne l'effoit point.~
0   v!lujfi t'euffe iuré que bien loin de la feinte,
0   Vous rejfantie\ le mal dont iiauoi.t l'ame atteinte»'
0   Et que da1u le .deJir de vous voir mon ejfoux,.
0   Vouslanguijie~pourmoy,comme iefay pourvous;.
0   Mai.fvous donnant à rnoy:>ce chagrin-m'effvnfigne·
0   Q.1:1e d·vn Ji beau prefent vous me iugez...,indigne,
0   Dam la condition où nous fomme:, tous deux,
0   le n'ay que ce mal-heur de ruous 'Voir mal-htureux,
0   êt ie voudrai.! quaji que vous peuj!ie~ reprendre
0   Vn coeur que fàm le mien ie ne '!)OUs fçauroû rendre~

IPHIS.

0   tl..!!Jy, doutez.,-'Vous qu'lphu n'adore'Vos appa1?
0   Ha! fi 'VOUS m'aimiez. bien,'VoUs n,en douteriez.,pa-1.
0   J'ouffrez., que pour bannir'Voffre importun fcrupule~
0   Je~'ous montre mon coeur,'VoUs'Verre'{~ommeilbrule,
0   Permette'{ que me1 mains l,arrachent a L·inftAn~,
0   Vous 'Verrez.,qui'Vous aime,et ie'!'ourraycontent,
0   Vous fç(f/,ure'{'Vn flcret dilftcile à comprendre,
0   Vos yeuxrverront'Vn coeurquïlsontreduiten cendre;
0   Vn coeùrqu.e'Vos regttrds ontdé jaconfommé,
0   0!j ruoUI eut· aimé plU!, s'il 'VOm eut moim aimtl,
0   V n coeur que la n11ture a fait contraire aux autre:1,
0   ~t qui feu! eft t,autheur de me:1 maux et du ruoftru.

IANTE.

0   Je croy que 710.UJ pleurez.,.

IPHIS.

0   . Mon (oucy, par eu pleurs
0   ~pprenez., le fujet de 1ne1 iu(feJ douleurs;
0   §2!!, e mu yeux fajfent'Votrqu/audefaut de ma bouche,
0   ils peuuent decouurir le fou~y qui me touche.
0   Dire que ie "'Jotu ainie en l'eftat où ie foû,
0   Et b.atflr ce beau fain, c'e/f tout ce que ie puu;
0   0 Dieux! permettrez-'Vot-«,pouraccroiftre ;na peine,
0   §2!!,e ie ;neure de faif aupru d'vne fontaine? .
0   V er·ray-i' deuant moy du mets Ji delicats,
0   Et s'il~ 11;e font ft~l! i! ~ 11/ ~n goujf eray~ie p~ ~
0   Tiendraj-ie dam mu hrm la pltn belle du monde~
0   Et fera7-it aupre! d'elle vn Tantale dam l'onde?
0   Hela:r ! chere moitié ( car mon titre d'ef)oux
0   Vou., donne celui-cy )'que ie Jouffre pourvou.ro

IANTE.

0   Je (oujfre encore plw par~y l'incertitude ?
0   Du {u;et qui 'VOUJ met de dam l'inquietude, ,
0   ~ t le dejir que t'ay de Jiauoir voftre mal,
0   Fait flntir:à mon coeurvn tourment fam égal.
0   Dit e.1-moy ce facret de mefme que /e., autrei,
0   Ce font muinterefts, puifque ce .font le., voftre.1;
0   Si t·a,faire vot« touche, eUe· me touche aujsi,
0   z·, mon ame doit prendre vnt part au .foucy.
0   Encore ui 'VO:UJ rend Ji trifte et falitairc?
0   lphû, e -ce aue.c moy qttte'Vous de.uet!..,'Vous taire?
0   E/f11ntrvoflre moitié ,"Vojfre coeuren ce CtU
0   Ne (çaitrienqu¾àdemy,quanâienele fiaypm.
0   'fl...t.. uelez., rvn jecret à ctUe qui vous aime, ( mefme:
0   -c::5'rCe L'apprendre au(tj bien, c'eft l'apprendre à'VousE
0   t ie vous aime trop, pour ne point p111rtager
0   !Au trijf e euenement qui rvous vient Ajfttger.

IPHIS.

0   HeltU t ne ff auriez..,-rvous lire dam ma pensée
0   L1e/trange mouucment de majlame infensie l
0   Mon coeurpar du faupirs peut-il s'expliquer mieux~·
0   Nous fommeJ m~riez..,1 et la nuiil fauorab!e;
0   eA.bandonne à me.1 ruoeux run trefor ador11ble;
0   Nos parem réjouïs, nous li1-ijfent en ce lieu
0   ? Pour n'interrompre pas lei 1nyllere1 d'run Diett, .
0   L'hymen qui canuertit le crime en innocence
0   ..A meJ ieunu dejirs donne toute licence,
0   l'aime et Ji ie poj]ède, en cc retardement
0   Nevousdqutez.,~vous pa1de mon (ècret tourment??'
0   J'en di! trop, et ie veux que le moment funefle
0   fi2..!!,i me fera mourir, rvou1 apprenne le reffe:
0   Noire four dtt fommeil, termine mu ennui!, .
0   Ou bien f ay qut ie foi.r ce qu'on croit que ie faû.
0   SCENE II. ERGASTE.

ERGASTE.

0   . Voy, tout ell-il conclu?
0   C?eff bien cequi·me femhl,;
0   .A l'heure·qu, ie parle, ils font couche1:.;enftmble.

ERGASTE.

0   ~lja,c,eff  4~f?on 11 ~ ~1ur~, rvnfl'Violentftu, 
0   Ne leurpermettoit pa.r d'attendre encore rvn peu;
0   Comment s'cff achtué c~ plaifant m4riagç,
0   8n eft-on hien i0yeux?

DOMESTIQUE.

0   0 n ne peut· dau411t age:
0   Je croy que /()Ut le. mande en rend gr ace au de/fin,
0   f2.. ui ne rid pour la nopce, il rid pour 1§ follin.

ERGASTE.

0   Vy-moy comment l'111ffo1re en ftn s'eff terminée,
0   6t commtl!I. le.,, parem ont conclu l'hymenée.

DOMESTIQUE.

0   llsfe font affemh!ez.,chez., Telefte,et âahord
0   C()mme ils le de/Jroient, on a p4fé l'accord,
0   'Toute la compagnie a donné timoign4ge
0   Qf!~elle approuuoit aujfi ce nouueau mariage.,
0   êt IC:J P erCJ en ont rajeuny de 'Vingt am.

ERGASTE.

0   LCI nouueaux m4riez efloient-ils hjen·conrem?

DOMESTIQUE.

0   0 üy, mAi.t à mon aui:t le mary dans (on ame
0   N'effoit ft:U fi content que fa nouueUe ftmme~
0   Son ef)rit paroijfott chargé de quelques foim#
0   Jl deuoit l'e/l1·e plu.r, et}(em/,/oit i'eftre moil'h';
0   Et quand il tfl fallu, comme 'Veut lt11 cou/fume,
0   ~tl ait pour conftntir rnù la main à la fume,
0   ~n faupir efchapé  1!! 'a fai!? qi~ ~~u~ d~ -~~
0   Que c,eftoit à regref qu'il écriuoit [on nom:
0   le n·en veux pm pourtant faire 'Vn mauuati prefage;'
0   Jls font gens, cc me fe.mble, à faire bon mefnage,
0   Son coeur impatient dt 'Voir la ftn du iour,
0   :A. peut-e.ftre enuoyé ce faupir à l'amour ?.

ERGASTE.

0   Maû la r,1ere d' I p hû s'eff-eUe auf i trouule:
0   Sur le poinél que l'a1faire alloiteftre acheuée?.

DOMESTIQUE.

0   On ne pen:fa iamaiJ la faire confontir,
0   Elle /e, menaçoit d'1Jn faudai11 repentir,
0   tA.2eguant que lu Dieux n' auoient pa1:agreablc.
0   (/!!el' on fit cit hymen qui n?cjloit pa1 Jort able,/
0   J:::t que ce mariage eftoit accompagni
0   l)u  'Jfl)al-heurs les plu.r-grand.ro

ERGASTE.

0   ~11u A?t'eUe Jlgnf ?;

DOMESTIQUE.

0   Ligde-la menaçttnt, elle a fatt par contrainte
0   Ce qui doit eftre libre e» rune 11é-f ion fainte ~ , 
0   Et r1,·a pû s· empefcher qu'elle n'11it proteff é ~
0   !2.3011 la f'11ifoit Jigner contre fa ruolontl .  
0   SCÈNE III.

ERGASTE.

0   ,:~ rJiV A, ie ~'en fçay que trop: Ha Ciel, efl-il
0   . ~ ; poffible. . . .
0   11-e; ? . ,~: !i2, 1!,e ,e ne meure point, et que 1efouftn--
0   ic.11ll: '-~ ,.~""'...?l 171, I f  ,
0   ~ î: ,.\~ 1tv1,e .
0   Je fou1fre vne doulet,r hien digne du tYe1Ja1,
0   êt ie fuù tm?;nortel, puu que te n'en meurs ptU.
0   0 mort inexorable) ay-ie long-temps à rviure
0   eV.lu fanglant de(cjJOJr ,,ue 1,e d ft1n me liure?
0   edmour, t~y qut te plaù à mt traiter Ji mal,.
0   ·Ourends-may m~.maiffreffè,oumedonnevn Riu~!;
0   '.J...)e grace, ne Jau prJint le fourd à ma parole,
0   L'?vn de1 deux me rauit, ou du moim me confole,
0   Si tu ·veHx me guartr d' rvn Ji fa fcheux f ()urment ~
0   f! :1;'eUe fait en e;f[et, cc qu'elle efl faujfement,
0   é't qi1t le changement de Jon Je .Y. .e tnjideUe
0   Me faJ!è aufa changer l'amourqt,e t ay pour elle:
0   ~au puu-te fopplier 'Vn ennemy Ji jtt,ux?
0   Dots-ie attendredubiende l,11-utheurde11,u maux?
0   Le., Dieux (o ,,,t contrr, moy, tout tafcheà medetruire,
0   .Amour farce fu loix à dej]ein de 1nc nuiYe, ?
0   Et ce cruel dcuient Ji contraire à me.r voeux,
0   !l2.!!:,'tlje ren~ Ç,~iminel pou,: 1!! ? '. VOi~ mal:heu7ux.

SCÈNE IV.
Nise, Ergaste.

NISE.

0   , On dejjèin a ruaincu toute leur défiance,
0   1 e me fais efchapé mal-gre la ruigilance
0   D-u A rgu.t dont le1 yeux tpt?iêt mon depart."
0   Mais ie craim feulcmentd·ejlre'Venu trop tard~
0   Ou bien que ce parjure ait pris vne autre route o~
0   Je croy que le 'Voicy, ie fuis encore en doute
0   S'il paQe (on chemtn3 ou s,il m,,.ittend expréso
0   6rgaftc!

ERGASTE.

0   11 é, cher amy, qui tepcnfoit Ji pré,·?

NISE.

0   Ne m'attendie'{;'VoUf ftU folon l'heure ordonnée

ERGASTE.

0   Del' afogn ation q14e 'VOU! m' 11ue~ don nie?

NISE.

0   Lu difcours icy ne (ont quefupeif/111,~

ERGASTE.

0   Je te jure la fay que ie ny penfois plUJ " .

NISE.

0   c~en ainfiquece coeurouuert, (l}rveriti:1b/e$
0   Ce naturel Ji franc, cét homn1e fi traitable,
0   Perdant le (ôuuenir de ce qu'il a pro?J)is,
0   Fait ruanité de rompre fJUecque Ji.! amis ..
0   Depejèhons.

ERGASTE.

0   Si tu crois que ie t;ay fait offenfl~
0   Îe n'aurais pat raifon de me mettre en defonfl,
0   Q uoy que it doute encor Ji ie fuis crtmtnel,
0   P unis .. moy, "'veng,-- toy, ie m' eftimer1,1j t tl.

NISE.

0   Q uoy, vom ne fiauez., pas encore !11 n11ture 3 Ny comme on doit nommer l'aéfion d'vn p11rjure?
0   0!J 'VOU/ merite'{bienrun double chaftiment;
0   ,,Car qui jlate (a fA.ute, il peche doublement.
0   Se moquer d:,q;n amy, luy manquer de paro/ç,
0   Eft- cc quelque allion inutile et fiuole?

ERGASTE.

0   Mais!~ beauté d'Jphis triomphe de mil foyo·

NISE.

0   ":}:réue de raillerie, ou meurs, ()U deftns-toy:

ERGASTE.

0   Eftant 12uic1 comme il ell, (t) prés de cette porte,'  
0   Au bruit que nous ftrons,iecrain1 que quelqu'rvn forte,
0   $[ qu'l!.!nfi ty '!  ~rq~!!.  ~: .~i!~ qu~J 4emy .
0   La fatûfaftion que tu 'Veux d'11n amy.
0   e4ttendo,u à demain.

NISE.

0   Votre coeur est de glace;
0   Jl f'1tut que l,'Vn du deux demeure far la plact . :
0   Le S oletl ne veut pa, en eclairant (ur noa.t Honorer Je trefPas d'vn trompeur commevour.
0   Ils fe battent ..

SCÈNE V.
Merinte, Ligde, Teleste, Ergaste, Nise.

MERINTE.

0   , 011rom,i'entemdubruit.

LIGDE.

0   !i!!.e!le trifte nouueDe !
0   Il faUoit bi.'ê {,nger,  qu'ils aurNêt eu querelle.

TELESTE.

0   ~i fi fujl dufié d'rvrt Ji .foudain dcpart.

LIGDE.

0   Jls font bien anime~, de fl battre fi'tardo ' ,

ERGASTE.

0   eA.u moin:r ie me dcft,u. \
0   MERINTE, au milieu d'eux.
0   ~u Jec:ours ! on fo tuë!
0   ':Ah,mon F rere ! ha tr"mpeur! en rvain ie m'euertuë,.

ERGASTE.

0   Madame, rvoMt penfaz.,que ie faü l·agrejfaur ..

MERINTE.

0   T raiftrç, ef}argne le f ere, et fai! mourir la foâr.

TELESTE.

0   Approchoru-noUivn peu, i'eQtens crier Mer:inte~
0   l'ay peurqu·en ce tumulte,vn coup ne t?ait attesnte,.
0   ~eUe r,exevo114 meut,enfans, et qu·eft-ce cyf
0   Ftiut-il que deux amû s"cntr·egorgent ainfi? .
0   Vow ruoi!a fatufttits ,-remettez VOJ ejpée.,,
0   ~?à de pla., beaux exploits e!lu foient occupée.,,
0   Ce n·eH là qu'imiter ce., efprits infenftZ
0   Qui fa hd,tfent pourricn,n'efteJ-vom point blej]êz..,?
0   C'est tout ce que i'en crAins.

ERGASTE.

0   Vojfre ptureflbien ?vraye,
0   He/a.,, ie faû atteint d'vne jncura6le pl~e !

LIGDE.

0   0 Dieux,eft-il pofo/Jle! hamal-heureuxdef!èin!
0   f2.!!,on aille viftement querir le Mcdecin.

MERINTE.

0   Ce traijlre cft-il blefé,foyons-luy flcourah/e.,,
0   !l faut auK enncmù fe ~ontrer char1table.1.

ERGASTE.

0   M e,~u eillc du be autez.,, employez., mieux le foin ..
0   :Dont ruoftre charite 'Vf.1Ut m'atder au bf(otn:
0   J: t ruou?.1, 1t;Jge1 vieillards, dont /.,1 prudence antique
0   Jl;-J'oJjre'Vne atde inutile au tourment qui me piqttepNe
0   ruot-u efforcez., point de me rvouloir guarir,
0   Pui.t que ie ne peux 'Viure,et que ieveux mourir:îf
0   7.;o(freflcourseftvainau·malquime po1Jede,
0   Mablejfureeff au cceur, Iphi.t efl mon.remede.

MERINTE.

0   L'on peut focilemen·t iuger à fon difcours; ,
0   t2.f:iiln?efiiamail content, s'tl nt trompe toujour10

LIGDE.

0   Le coup·n'eff pat mortel.

TELESTE.

0   0 elle ej!range m,nie ~
0   Son pauurc efprit en (ottjfrc rune peine infinie,
0   JI faut le contenter par quelque inucntiop;) .
0   Erg afte, ttgre cz..,-ruoUJ cette- condition Î

ERGASTE.

0   ************
0   À u Ca! que l'objet du feu qui fTJOUI confommè

TELESTE.

0   N,ait/e., perfeél-ionJ qui compofent'Vn homme,   , .
0   Et tout ce qu' 'Vne femme exige d't'{)n efpou:,,,
0   N ~1!!  r;;Of!:!  ~1! ,rO'!! la foy qu!, ~e fi~~ P~'!.[~Oftll J:
0   ~'1 fille n,en Ïtura ny de'plAijlr, ny hllme;
0   Puü qu' lphü e/f ant jille>eUe n'eff point fa flmme:
0   Mais Ji ce/11 n'eff pdJ) promettez..,-noUJ auj!i
0   fZuc 'VOU/ ef}ouflrez.., e:JKr erinre quervoicy.

ERGASTE.

0   0 üy, ie ,vous en rveux faire rune fainte promef!è,
0   Trop heureux en cc ca, de l'auoir pour maiflrcfje.

NISE.

0   Et ft cela fe fait, ie rveux dorefo1tu4nt
0   ~e nom fayons enftmble ami, comrne deuttnt,'
0   C'cff l'rvnique 1no1en d'éto~lfer nos querelle,.

LIGDE.

0   JJés demain lae(Aousée en dira du nouue!le1~
0   Et Ji fa voix né ditqu~Iphis eff rvn g11rfon1
0   N oa.r le pourrom fçauoir par 'Vne autre fttçone'

ERGASTE.

0   Je n'attendoû ptt! mieux, qut mon ttme éfl r4,Utt!
0   V n di(cours Ji charmant me redonne la vieit ?
0   Et l~excez..,,iu plaijirtientmeJ /emoccupez..,,
0   ~ 'on en 'Verra demain qui flront détrgmpe~.
0   ên fin le fort me rit, et l·amourme careffa,
0   Je con/erue rvn amy, (am perdra vne matjfrejf .
0   .A dieu, i'ay rencont1·é le but de ffJOn dejlr.

TELESTE.

0   L,eftrange complime1tt ! nou.t aurom le plai/ir
0   Z>e rvoir d~m le1 ruapeurs dont fan llffJe elf remplie
0   .71,1,fque où fe p(}rtera l'exctl:.J de fa  folies  
0   l:,t ftdernair1 Iphû ne luy rend fan bon ftm,.
0   1 l ft doit aJ!eurcr qu'il en tient poitr long-temps:

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

IANTE.

0   l1"1,.,ll'12'.X I EV J{, quis' en fu.ff JJ:rl Jqut cette trom~
0   .r . ..
0   ~~ perte, , . ~  
0   ~ ? . ? ~ ·Pour s'abufer foy-me(me 1 ell pleine â1n:
0   ? ' dujl-rie , 
0   fZ. ui·v 1d iamaü a!JI mondè rvn prodige pareil?.'..
0   P. our mo7 ie l'at tribuë aux effets du fommei/9
0   Et dan.r'L'incertttucfé.où man efp1·it(e plonge~,
0   Y n (emblable incident me pajfe pour 'Vn-/ onge.·
0   T rifte,nuiét~dant la courfl a duré Jilong·-temps.;.
0   fl!se tu 111~at reuelë deJflcrets importAtu ! ,
0   0!:JUe ~ondition es1 jèmblahle à la noftr'e; ,
0   V nefjiJe,grands· Dt~ux !en efkoufarrune autre;
0   C?:J\t bien eou.~ ~tirer ,~ ~~lej,t! C~f!r~~~~ ?
0   Et pour faire parler le1 theatreJ de nou.r,
0   Vne teUe rencontre eft digne qu'on la iouë,
0   Cette crainte m'ajftig;e, il f11ut que ie l'auouë;
0   Ce mariage efl doux, i'y trouue ajfê'{,d'appa1,
0   Et Ji /·on n'en rioit,ie ne m'en platndroil pa,:
0   Je n'auroù faJ regret qu·on nou.r ioignit enfemble,
0   Si l'on ne pr~fanoit le noeud qui nom ajfemb!e,
0   Et Ji nos bom p11reru n·abufoient à leur gré
0   ':De cet hymen qu'on tient fi fainét et Ji fa cri;
0   Si la j!le ef}oufait vne jiUe comme eUe,
0   Sans ojfinfer le Ciel et la loy naturelle,
0   Mon coeur ajfeurément n·en fèroit point fajêhé,
0   Je me co-ntenterot't de n'ttuoir pas peché;
0   Mati puu que la  n~ture et le ciel mef me ordonne
0   0!:f la foy d'vne fiHe à de1 homme., (e donn~,
0   6t que c'eft flulement vn homme qui l1106tient:1 .
0   lphû ne lejlantptt.1, c'efloùlemaf me tiento
0   M ai.r que ie vay fou/frirvne guerre importune
0   De ceux qui (ont c()ntens de ma trifte fortune,
0   êt qui ne tugeans rien que par l'exterieur,
0   Cognoijfènt ajfe~ mal ce que i'ay dan1 le coeur~

SCÈNE II.
Ligde, Teleste, Iante.

LIGDE.

0   Otu leuer {l matin en ce nouueau minage~
0   C'eff l'heure du beautez., qui font dans le. vifuage,
0   Vom deuie~ prolonger:rvne Ji douce nuit
0   Pour iouïr plu.r long-temps du bien qu,eUe produit:
0   Il eft'Vrayqu'en tout temps l,on goufte eu âelicu,
0   Et l'hymen en tout temps reçoit de1 facrifice.,,
0   L,amour ioint à ce n ?ieu fe rend tout folemnel~
0   Et ne (e cache plm n,eftant pli# criminel,
0   Il éteint,et fait'Voirvne jiame allumée,
0   Dont il n'o(oit deuant faire voir la fumée ,,
0   il aime la clarté, le iour lu.y (er,;,ble beau, .
0   Et n'ayantp/1,u de honte,iln'a plm de bandeau:
0   Ce n'e/f plu.t vn peché:,ce n'eft pla.r'Vne offence,
0   Vn m11r1age faint donne toute liccnceo ?

TELESTE.

0   lvlai.r 'VOftJ ne dite:, pa1 que !eJ larcins d'am.our 
0   Voul.ins effre facrets ;font.ennemi! du iour .

LIGDE.

0   Voftre fi/lé en rougit, ft) fan ef}rit modeft,
0   :B..ecognoiH fa pensée au difèourJ· de Telejle.

TELESTE.

0   Ma fiUe,il faut foujfrirtous ce., petits hroct1rds1
0   Et n'en point abaijfèrde honte vos regArdJ,
0   N c 'Vuus e11 fafcheZJ point, c'efl le conte ordinaire,
0   Il vous f~it le di(èours qu'onjit 4 'Voftre mcre,
0   êndure'Z: lé comme elle en pareille faijôn,
0   Puifque1JoHs.n,ejfeJ pm de meiUeurc mai.fan.
0   et fi ctn'efl pastout>au bon-heurqui'Vous .ftate
0   1 I faut ,Ji vous pouuez: ,,, n'en eftre pas ingrate;
0   V offre banne fortune tff fans t1ucun difaut',
0   Voftre contenteme,n,t.a tout cequ:,il luy faut, .
0   Yosvoeuxfant·accomplit,vous~ftu bien contente3 ,
0   Vous auez.., 'Vn m.ary conforme à rvofire attentt~.
0   Jeune, riche, bien fait. 

LIGDE.

0   , Vous.ru()us moqueZ.Jde·luy;·

TELESTE.

0   Il eFfvo(tre (uppo~t~'7oflre 11idê 'Voflre-appuy,
0   Vous l'atmez.,,il'VOUJ aime,et pour'VOUJ il Jouptre>
0   En rvn mot, 'Vo/fre coeura tout ce1qu'tl defire,
0   Etrvom t/feJ heu·reu(èen 'V.n point fi parfait, ·
0   ~ 'il ne ri·ou.t rf' /f e pa1 dequoy faire 7. ·n fouhaitt
0   ? Le ~~el 'VOUet' fait qe1 biem qn'i! ne fait à pcrfonne~ .
0   e.Au n1oim recognoijJêz.., la main qui'VoUJ !e.1 donne,
0   ~Atme'{wftre fortune,et marchez..,(ur fe., pas,
0   Mau que l'aueugle au(fi '!e vous aueugLe f tU; ,
0   Vo /f re bon-heur ejf grand, il ne fè peut comprendr·e,
0   Mais qui vou.r l'a donné~vouî le peut faire rèndre,
0   Voff re e/j;oux eft 'Vn bien qui vota peut ejfre ojlé
0   ~uec autant de pleurs qu'il vou.r en a coufté: ?
0   Le, Dieux enontraity d't1tujt beaux que !erooj!re,
0   Ils donnent d'vne main, et reprennent de l'autre,
0   êt iamaù leurs foueurs, quo y qu'on puijfe tenir,
0   N'obligent rvn ingrA-t que pour le mieux punir.
0   Donnez..,à leurs bienfaits q14elque recognoijfance,
0   Et Jaitu du profit de cette remonftrance.

IANTE.

0   fi.!!,e le Cie/me fait doux,ttu'tl me fait rigoureux,
0   c5}[ on ame a bien r,iifonde luy faire de:, rvoeux,
0   C'efl aujt le fajet qui me conduit au temple.

LIGDE.

0   Vojlre deuotion nou.r rva feruir d'exemple,
0   Et nou.r rvou.t aUom .foiure, où nou, auiom deffein~
0   Etrvoftre p ere, fj) moy,devous prejlerl11 .main.
0   SCENE IIl.
0   IPHIS seule.
0   La fin il te faut conflntir â ta perte,
0   , Ton fexe e/f recognu,ta honte eft découuerte,
0   ~ ? Deplorab!e ioüet du Ciel et de:, mortels,
0   Jt n?eff, tl n'eft plus temps d' embrajfèr le., autels.
0   f2!!! n'ay-ie merite? t>tfty rendu mal-heureufe ?
0   La beauté qui iamai.r ne me fut rigoureufe,
0   J'ay trahy cette belle,.et fait cc lafche tour
0   eA celle qui tafchoit de payer mon amour,
0   Je la rends miferd-ble, et mon·vtme traiffre.ffe
0   .A. bufe in(olemmcnt de fa heUe ieuncffe;
0   En ft1 i'en 11,y plus fait que ie n,en puü conter, l
0   Sousl'eJJoird'rvnplaijirqueien·t1;yfceugoufl-er:· . , ,
0   H d, jouu: ntr ! maü quoy, ferait-il raifannable ?
0   QJ!e i'eujfa ron tel bon-heur,quand ;·en feroû capable, -?
0   e:Jn try qui ne rois iamai.t chariger le trijfe cours ,
0   Du fune'jf-e afcendant qui preftde à n1u iours?
0   M'oyquideuoù mouriraur1-ntqued'eftre née,
0   Pui.! que c'ejfoit le fort où ie(f ou deftinée,
0   Puù que le1 Dieux roouloient qr~e ce fuftron moment
0   Q!!i dtjf inguaff ma fin de mon comrncncement, ?
0   Et que mefme, l'~utheur de r,14 funejle 'Vie-- ·
0   Ordonnoit qu/en naijfant eUe me fut rAuie;
0   c5tea mere me donna deet habits (uperftus,
0   Et s'il m'eu.f! pû.cognoiHre:, lphu ne /croit plus3 , ?
0   e::Jteon fèxe eu.fi etoulfé l'a.mitie paternelle, ·
0   (U'{( on ftxe qfl,i dé ;a me. rendait criminelle,
0   He1,1,reujè Ji la Parque euft·termini mu iours
0   ~u poin{f infortuné qu'ils commençaient leur cours!
0   le n'auroi.! pa,s-l'honne,urde bruler pour Jante,
0   eM aiJ. Jl  ie fujfè morte, elle (eroit cfmtente,
0   le nedeuiendrou pa, la caufade fol pte·urs,
0   6lle flroit heureufa, et mr;y loin de., mAl-heurs. ..
0   Jt f4ut trouuer li$ -mort, pourroi1-ic.-rviure encore·
0   rv1pre.,. .ar.,oir trompé le bel oeil que i'11,dore?
0   Auf!i qui me fauua d.~ri;.n chttjiimetJ~ji cher
0   ~e.ie deuoi.r foulfrirdeuant que-de pecber?.
0   !2 ui iu.fqu'icy retardt-'Vne peine ordonnée#
0   Où deu.ant que de naifi-re oo m~ ~uoit condamrzée ~-û
0   ~n'e fi ftfU ?le deftin., la fortune et le fart .
0   Sont.trop me., ennemis, pour l' eftrc.de ma morti
0   Ny ,1zon pere, il pr~~ celle qui me fit naifire
0   Que ie ne ·fujfa plus,mcfmi deuantque d1eftreo;. "
0   À quit' en prc~ndra1-tu? qui c aufl que tu rvis ~
0   f2!!J t'a fait cette iniure ( rJ mtjërable lphis!)

SCÈNE IV.
Iphis.
Teletuze.

IPHIS voyant sa mère.

0   A, c'eft rvous ! ) ?

TELETUZE.

0   ~ay-ie fait?

IPHIS.

0   Dont la pitil cruelle~ /
0   Au lieu de me tuer, m'a rendtJJë immorteUe.·
0   Me laifferviure ainjl, c'eftoit bien me trahir.
0   À farce de m'aimer, vous me deuiez., haïr,
0   Le fortnem'euftpttJveuluy ftruir de trophfe,
0   Si me fme en 1n' embraffantrvous m'cufieZJ étoufée,
0   Vous m'aue'{ biçn faitrvoirauecq;ojire pitié
0   .Q ue ?vous ne m'aimieZpa1 d'vnt extréme amitié,
0   .Vous deuieZJ pour complaire à l'aùtheur de mon efire
0   M'empcfèherd'e(ire ftlle, ou m'empefcher de nafflre,
0   Vou.r n'eufoe1:.; poin t fazUy ,la deplorable lphù
0   N'ejfoit point 'Vojfre en fant,n:,e;1-ant paJ 'Vof!re fils,
0   Ligde attendott de 'VOU! ce:, efforts legitimu,
0   pt ne l,ay4nt pa1 fait 1 'VOUJ 11ue~ fait deux crime,,
0   L'vn de defabe'ir à fan commandement,
0   Et l'autre de m'at-toir !at ftf vture vn moment.
0   He! a-1, quf rnon berceau.n'a t'il (eruy de barque
0   Pou,~ r/Je faire pafjer le Jleuue de la Parque!

TELETUZE.

0   . Je 1:auou bien preueu,i-evou1 l'ay dit toujours,
0   Et vou.r aue?:.; fermé l2orcilie à'meo difcours,
0   M etJ auertijfemem ne 'VtJW ont point émeuë,
0   l ''e jq-com111c il voUJ en prend de ne m,auoir pa-1 crcuë:·
0   Si voUJ eujfiez.., voulu parler ainftque moy~
0   Vom n'eufie7:.; pa1 Ji toff en-e;agé ruoflre foy,.
0   V ~/fre ame euff ejf ouff é (e.1 j!a1ne?.1 imparfaite,,
0   êt vom ne flriez.., p.Jt.f en la peine où rvow ejle1,
0   Si ma prudence eufl (ceu vom gouuerntr'Vn peu~
0   -!Vf. air vom n·au?ez..,voulis croire que 'Voftre fou,
0   .A1,1,iourd'hiiy le., enfam penjènt eflre fi fagu,
0   ~·,.,Jn flllutaire auis offenfl leurs courttgu,.
0   C't fl vn étrange cas) que de's-lcurs ieune4 am
0   Ils veulent fecoüer k toug de leurs p11refhr:,
0   De mort·temps la nature eflott hien mieux reg/le;
0   On fçauoit rt'J,ieux conduire'Vne enfance aueuglle>
0   .At,ifli n'ejlioru-nou?.r pas en ce jiecle maudit:J
0    Où touteJ lu 'Vertu., ne font plu.r en cred1t,-
0   LeJ e1ifaru cffoient horu>et 'Viuam dans la cr;,iintè
0   Se me notent par douceur pluftoll que p11rcontrainte:
0   Si "(JO-Uf f outfreZ, du mal:, rvo'!!. ~ll'!l 'e{le [qrt~
0   Et ne merite~ pas qu,on plaigne rvoftre Jôrt~Vom
0   aue~ tout gaffé, que faut-il que.i) fajft?
0   Cette belle efjou.sée a fceurvoflre difirace,
0   1/n>en faut pas douter, tJ7c'eH cequtrvou.f perd!

IPHIS.

0   0 que le iour cachoit> l~ nuià l'a découuert,
0   Nous eu/ions bien voulu con tenter noftre enuie,
0   êt te ne  fus iamat'-5 Ji trifle et} Ji rauie,
0   Son me(cor1tentement me donnoit du foucy,
0   M az'-5 la pojfèfton me rauijjoit au fy,
0   Et quoy que mon ardeur nous fut fort inutile,
0   l'ouhliots quelque temps que ;·~fi-ois rune fille,
0   Je ne receus iamais tant de conttnteméns,
0   Je me lai1Jois aller à mu rauijjcmens,
0   D 'rvn bai.fer i'apAifois me.t amoureufu jiluré.f,
0   êt mon amervenoit ittfqu'au bord de me.1 leure.r,
0   Dans le doux (entiment de ce1 biens (uperjlus
0   l'oublioi.r celuy me/me où t'a/Jirois -le pltts, .
0   ]'embrajfois cc be;1u corps, dont la blancheur extrême
0   M'excttoit à luy faire'Vnè placeenmqJ1-mcfme,
0   Je touchois, ie baijois1 i'auois le coeur content,,

TELETUZE.

0   Vous n'avez..,qu'à 'VOUS rvoir:J "{)OUS enrverrezautant,
0   L 'on n'aiamais parléd'rvne arnourde la forte,
0   ~'elle fait furrvos fons rune imprefoon forte?
0   l;-,ncor qu·a-~'clle ~!-f, lors qu'elle'.' recognu
0   fl.!J'vngarçoncomme'Vous efi jiUe ifiant tout nul

IPHIS.

0   He!tU ,qu'euji--clle dit! eUe ejioit ·occupé~ . .
0   A ft plaindre tout bcu d'auoir ifié trompée~
0   .8t fon coeur me di(oit p1tr de focrets Joupirs
0   f2!,'il ne rencontroit pas le but de fo dejirs.
0   1~ !uy baife le fein, ie pafme fur fa bouche,
0   ~ ai.r eUe s'en émeut au.fi peu qu'vne foucl,e,
0   Et reçoit de ma part comme d'vn importun
0   ~iUede meJ baifers,fans m'en rendre pasvn.
0   Le iour vient, ie la voy qui fa /eue et s'habille,
0   1-1 onteufe de fe voir la femme d·vne fi/le,
0   I.e fais aufi comme elle, et prends mes'V~ftemens,
0   S.e1 larme1 far le1 flens tombent~ tous momens.

TELETUZE.

0   L' e(tat de cette fille eftvrAyment pitoyah!e,
0   êt ie faujfre pour elle "[)ne peine incroyable~·
0   . M ais .ta.ndis qu'elle au~it le temps de s'h1.1bi!Jer,
0   R!! ~l eftoit l:e~treti,e,:i 1? ? ,,, .

IPHIS.

0   'Ve m r,ous poin.t parle19

TELETUZE.

0   C'eft ce que mon ejprit trouue !, pJuJ e.ftrange.

IPHIS.

0   6/le ne me dit mot, et .ie luy rends (on ch~nge,.
0   Nousgard~~~ le Jilçl! :.~~-~ 1!.~~ ye~~.qu!lqNefo {~ ?
0   lJ~'Vn regard mutuel font ce que fait la rvoix;
0   Nom ne dijêourom point:, mai! n'ayant pa! /on conte,
0   elle fa{t de depit ce que ie fait dt honte.
0   Ha, qu,eUe a bien raifln ! et que i'dy de regret
0   ~·ellefôit mal-heureuft aux defpem d'rvn fêcret!
0   Je rvay la contenter en m"arrach11nt la 'Vie,
0   Si VOJtre bon conftil ne m'en ofte l'1nuie:,-
0   eAufft bien n?ay-ie plm.d'ejpoir nyde plaijlr,
0   le jouhaite la mort, et c'eff mon feul dejir.

TELETUZE.

0   F olle,'Vou.r moquez:..,-'Vom? eft-ce là le remede
0   ~e l'on doit 11ppliquer-au mal qui 'V0/1'1 pojjêde?
0   Eft-ce là conftruer le foppoPt que lattem?
0   Vom me feriez., mourir dy fonger plu.r long-temps.
0   Q  ~e pourray-ie auancer, quelque foin que i" emplo;1e 1
0   Mon Dieu.! que lu enfam nou.t donnent peu de ioye.
0   S uiue~-moy 'Vtjf eau Temple au lieu de difcourtr,
0   lln~cn plus ~emps de feindre, il faut t·out découurir.

SCÈNE V.
Teleste, Iante, Ligde, Ergate, Nise, Merinte.

Au temple.

TELESTE.

0   , Eff icyque le Cielquinousell Ji propice
0   Veut auoir de nos coeurs de:1 'Voeux en fa... ,
0   w, '-,.,.~ = crifice.

IANTE, tout bas.

0   ~oy que iefaffe t1ller le:J miem fart lafchemint 1
0   Son 6ienjait'Vaudra moins que mon remerciment.

LIGDE.

0   ~e nous (ommeJ tenus à fa bonté fupréme,
0   De nous auoircomblez il,''7)ne faueurextréme,
0   Le:, plus heureux mortels ne l'a meritoient ftU,
0   Plus il nous fait de biens, plus il (e fait d' in gr At s.
0   :::Jt(aù ie fair bien trompé,fl ie ne "{)OJ ma femme:,
0   Et ce nouueau mary qui pour "{)OUS n> eff que .ftame ?

NISE.

0   Ce font eux.

MERINTE.

0   le penfoü qu>i/s"{)inffent iufqu'à nous,
0   Mail le~r ~euotion lu fait m~ttre à geno1!- X~

ERGASTE.

0   Ce n'eft ptti fam fujet, et leurs trijli.Ï'Vifagu
0   De ce qpe i'ay tant dtt, (ont de clairs témoignagu,
0   Vous allez., recogn()iftre, à ce que ie preuoy,
0   Q..  uc ceux q14i m'ont creu fou, le font bien plus que moy.

SCÈNE DERNIÈRE.
Teletuze, Ligde, Teleste, Iphis, Iante, Ergaste, Nise, Merinte, Isis.

TELETUZE.

0   JOignez.,(m~ fille Iphù,)

LIGDE.

0   Sa fille?

TELETUZE, poursuit.

0   c0. ma priere;
0   V n Zf le ,toltt 11rdent, ·rvne ftrueur entiere.
0   Efpoirdu a!ftigez.,,noftre commun recours, ? ~t
0   Deejfe à qui nosrvoeux s'adrejfent tous lu iours; \.
0   Si iamAiJ la pitié ftefchit ruoflre cour11ge, .
0   Soyez., propice aux coeurs qui rvous rendent hommage,
0   Et qui d~rvne farueur que n'ont point le1 mo rtels
0   ~~u~implorer'Veflreaide,~mhr1tjfentrvos·11utels.
0   ~dez p~r quelque effet la douleur (oulagfe
0   ':D·vne jiUe en garçon, d'rvne mer, a[fiigée1
0   p ar'VOUS t~us mu deftrs tint efté fati.tfllits» .
0   JphiJ deu~nt qued'eftre- en receutdu effet,~.
0   Vos faim ont protegé fan innocente vie
0   Lors qu,'Vn pere ordonnoit qrieUe luy fut r11uie,.
0   Vous mervif!e:r en fange, et ne rvouluff u P'"
0   Qu; la maind·'Vne mere aJh:tnçaff fan treJPM~-

ERGASTE.

0   Efcoute'{

TELESTE.

0   Ce difcours mt met en difiance;~.
0   h't·ïe ne fiaurou plus tenir ma patience;.·
0   Qu qy Jonc ,.mon gendre efl fiUe?

ERGASTE.

0   Hé bitn,(uû-ie infensé r:·

MERINTE.

0   ~e iefois ma!-heureufe! hé Di~ux qui l,euft pensé?·
0   ERGASTE à Merinte.
0   Je ne fou point à riJ()NS. ? ~ · ;,..

MERINTE.

0   l'auroil tort dy pretendre,
0   Mait moy ie fois àrvous,~ien ne m"en peut deftndr-e;

NISE.

0   pieux~ '1 ~~u~ ~~nft~~cc {'

LIGDE.

0   0 'VieillArd mal-heureux!
0   f!....u?J /4 fin de tu iours le fart t 11eff rigoHreux ! ,
0   Hel,u ! ii m'en fouuunt,et i'ay peine à.me croire
0   Le deteft11ble autheurd''Vne aflion Ji noir·e,
0   Je priay Teletu'{e au poinéf de mettre 4u iour
0   Le precieux effet de nollre fainél- amour, - ·. , ... ,
0   De ne point endurer ,fi c'eftoit 'Vne .ftUe:,
0   01 ,rvnfordeau si pesant chargeaft notre famille~
0   Et ie luy comm11nday d'rune hor, .. ible façon .
0   :[),étouffer nofire enfant,s'il n'ifioit'Vn garçon ,
0   Son difèourJ a remis dan; ma trifie pensie
0   L'image d''Vn forfait que i'auois effacée,
0   ·O Ciel! Ô iufie.r Dieux! Ô fang! ô pieté!
0   Eftu-rvoUI Lei témoim de ma brutAfité!

TELETUZE, à Ligde.

0   Voftre commandement fofaittt dans mon ame
0   P n grand combat de:, noms,et de mere,ft)de femme~··
0   :l'aimoi.r trop le premier pour le ruouloir tr11hir,
0   Et éeftoit au fècond qu,il /111,Uoit obiir.
0   En fin -mal-gré mon coeur, /,amour que ie rvom port~
0   Prefque infenfihlement deuenof t la plm forte,
0   ~and la bonne Deejfè en fange mervint'Voir,
0   Et remit mJn courage aux termt:1 du deuoir,
0   'Je ,/~ 'VÙ dAns !,éclat dont fa gr4ce eff pourueuë,
0   § t fo gr~~~~ c[a~~~~ ~~t~'!ijfo!.~'!~ m4  v~uë,
0   Elle me.dit eu mots (il m'en fouuienttoujours)
0   êf}argne ton enf1tnt, ie luy promets ftcours. ?
0   Depuis i' eus plus d, horreur de prrdre vne innoclnte 1>
0   Je deuiens plus pieufe, et motns obeijfonte,
0   Bt de là vous pouue~ iugtr ce que ie fis.

LIGDE.

0   Vous ft17e1 vn g11rçon de nojlre fille Iphi41

TELETUZE.

0   'TeletuZe en effet rvou.s rvoyant cruel ptre,'
0   Yous fut rnau,uai(e femme, ft) Luy fut bonne merr~
0   Mon cou roux deuoit eftrc 'Vn peu plus animé .
0   Pour éteindre rvn flambeau que i,auoti allumé.
0   ên Jirt pour ·ofer viure, e~e fut déguisée,.
0   Vo/fre iniufte colerc en fut toute appaiséé:1
0   6t rvoftre ejprit ftmbla montrer éuidèmment
0   0i.il n'eftoit enntmy que de fon vejlement"

LIGDE.

0   Oüy, mair d,oùvient qtl Ergaffe a fceu tout ce.tnyflire·
0   ~e depui1ji Long-t.cmps ri·ous m'aue~ rvoulvt taire?

TELETUZE.

0   Sa (oeurde ma·voix mefme e·napp>~itle fecret~
0   Et ittgeaHt que le ,lrere effoit ajfez.., difcret,
0   le ltty·J'is auf! part de cette confidence,
0   eAjirt qu?il pût m'aider à rompre l·allianctt
0   Dont fans cognoift;Ac !phis 'Voi,s dejirieZl'accord,
0   êt pour rendre en cela.  noffre party plus fort.
0   Depuis il sy porta ~e toute fan adrejjè,   
0   Et n'aima plu.r Iphu que comme (a maiftrejje,
0   À u lieu qu'il ne !'aimoit qu'en qualité d'amy:i
0   Jl.1aù il neluy parladefon feuqu'àder11y,
0   Le /ecret n'a.forty de fa bouche muette
0   -~'au iour qu'il a rveu faire 'V;Je nopce imparfdite.,
0   Et qu'il s'ell,veu rauirla c'!ufe de fon  fau,
0   Et puis il ne /·a fait que dejjotu mon aueu.

TELESTE.

0   Voila bien raifanner pour dtre au bout du conte
0   Que nom ayant trompt?::.J,'VOUJ' n'en aue~potnt honte,
0   Vos auis deuoient e/fre 'Vn peu plu., diligens,
0   Ce n'est pat co~meon traiteauecd'bonn~ffe1 gens,
0   Et c'eff faire à ma jille'Vn trop fen(tble outr,ige,
0   1 e rvay tout de ce ptU rompre le mariage,
0   1~ ne me plaindr4:1 pm quttnd i'auray fait ?vn chois,
0   S-i. l'on dupe m~jille evnt faconde fais.

IPHIS.

0   Non.,non, que mon treff a:1 rompe cét h J,menée,
0   Mourons dtuant l'autel où ie fois amené,,
0   Le de/fin ne m'a point efté Ji rigoureux
0   f!.!!51il m';1itruoulu rauir l'ef}oirdu mal-heureux:
0   Meurs (!phis) quoy que tard deuiens obriffante,
0   S tttisfaits à ton P ere, et ru ange ton A mA-nte.
0   Beauté dont rune fille adore le, appm,
0   D''Vn fauliervqs regar!s honor~7:..,m on tre(fd!,
0   l 2ay trompé eu hea-uxyeux dont ie faif la viElime;'
0   r.v1ufo qui iugeroit ma mort i//,gttime,
0   .Je vay de cette main receuoir iu/f ernent
0   , La peine du peché qu1à fait mon veftement,
0   · le ne me punir pas de vou-1 auoir aimée.,
0   Ca.rie n'ay point peché,jl'Vou.r m'tfluez.., charmée,
0   Mail d· auoir abusé de l'amour et de 'VOU/
0   S oUJ le titre mentet,t.rd''Vn 'Veritable tfpoux.
0   ~e d''Vndernierbd:iflr ma douleur iadoucijft,
0   RetJdez., à mu dejirs ce pitoydb!e office,
0   Q.!!:e te goujfe.en mourant vn bien fi precieux;
0   ~fin que le tref)aJ m-e f0it moim o,iieux .
0   Viu.e'{he1,,1reufe,adieu,ji ce moment funefte ,
0   Vom 011e'Vne moitié~ confruez.,hienle refte,
0   ]Jour en recompenftr la ,onftanceet.la foJ  
0   n·'Va Amantplu.r aima/Jle et plu.r parfattque moy.
0   -Puû qu·il faut 11,u(fi bien qu'à d'autre:, ievout cede,
0   C/e poignard, le (eul bien qu~à prefent ie f':Jffede,
0   Vou.,rva faire cognoiftre, e11,mepriuant du iour,
0   ~, I phù a du courage autant que de[' amour.

TELETUZE, la voulant empêcher.

0   Au fecours !

ERGASTE, luy retenant le bras.

0   Ah,moncoeur!ne fay pat cette f11ute~
0   C onferue ~~ere'!!~'!.~ ~e que ~~'!. ~'~ '! Î~ '!?.'off ~~ .

IPHIS.

0   fl!!  ,e firt de m'empefcher, tom 'VOS efforts font vaitJ-.i',
0   Et monarne peutbiens·échaperdevos mains . ..

TELESTE.

Il se fait un grand bruit.

0   D'où prouient ce grand bruit? ie penft que/;,, foudre,
0   Pour punir nos pecheZJ,VA tout reduire en poudre,
0   La terre fl rua fandre>  et dam f e.1 tremblemem
0   LeTemplen'eflpa, faurdej[U1 fa, fondemem,
0   7' out l'autel en gemit, l'idole mef,ne juë.

LIGDE.

0   Dieux /,ie craim. mcim ce bru it que ie n'en crains
0   l'ijfoë.

LA DEESSE ISIS.

0   Elle paroift en l'air.
0   Jphû,rvosvoeux fècretsne(ontpasimpuijfam,
0   et te n'ay ptU·perdu l'odetir de vos encem,
0   Je rvom veux ob-ligerdam l'ardeur qui vom pref/è, 
0   et le faû par pitié plujlofl que par promeffa.
0   Et toy pere inhumain, au lieu de te punir~-.
0   E(coute le bon-heur qui te doit auenir.,
0   Je veux filon ton gré compojèr f 11, famiUe,,
0   Et tu ne flras plm le pere d'vne fille, ..
0   Son changement foudain rva t' ofter de foupçon,
0   ]phi.t fut vnefiUe·s lphû ell rvn g~rçon, 
0   fj)...!!,i ne retraéf..Ant point la foy q-u'il t!I donnée,
0   Pourra  ~orefnauant confomm er  l'bymenée. ',

IPHlS, métamorphosée.

0   Jvf iracle ! ie (uü homme, rune majle rvigueur
0   Bend ,ne11 membreJ plm farts aufi bien que mon coeur,
0   M'on corp.>' deuient robuftc en rvn Je.'JCe contraire,
0   Et ie r11arche d'rvn pm pLiu grand qu'à l'ordinaire,
0   Venm qui toute feule occupo1t mu regards,
0   Se r·ejfèrreen me., yeux pour faire place à Mars;
0   Ny 1na peau,~y ma rvotx r1,'efl pltt1 Ji delicate,
0   E'tc'ell d'rvn ton pltU fort que ma parole eclate;
0   -c:YtC on feinque ie cachou eff deuenu tout plat:,
0   Et ic croy que mon teint r1,'a plut Jon 'Vif eclat.
0   C'en eff fait, r·endoru gral~u à l~ bonne Deejfa
0   ~ rtJe fait rejfantir L' effèt de fa promejfe.

ERGASTE.

0   Pour moy ie n~en croy rien.

TELETUZE.

0   E ft-il vray, chere Iph1j,'
0   Q  ue ie foi! la premiere à te nom nier mon fils?
0   Bons Dteux,s'tl eft ainJi)que mon amç eft rauie!
0   ~ ta metamorphofa allongera ma rvie !
0   1 Ra ! ie rne doutoi.t bien que nor,u ferions heureux,
0   Et que la fainEf e 1 fis -éco?ut eroit nos voeux, .
0   :Ce bruit.ne m:,eftoit pointvn prefage fimefte.

TELESTE.

0   Ligdc qu> en croye'{-rvoU! f

LIGDE.

0   {! u·en penfeZ::,voUJ', Telejle? .
0   I P H I S à lance.
0   Confolons-nom( mon coeut·)nos pleurs (ont fupeiflU,J')
0   J?ejloù ftlle naguere, et ie ne l'a fou plm,
0   N ou., allons con1mencer 'Vnervie amoureu(e,
0   .Enfin ie fui! garçon,  et 'VOUf ejfe., heureuft,
0   C'eH auiourd'hf"Y qu· Amour appaife fu rigueur,,
0   êt ce n'e'(f qu'auiourd'h14:y qu'hy1nen rvnit nos coeurs,
0   Nou.t deuons fouhaiter!ajin de la lumiere,
0   Et la (cconde nutlf doit eftre la premiere,

IANTE.

0   Si le, Dieux en ton faxe .ont fait ce changement,
0   Je dois participer à ton contentement.

LIGDE.

0   Lu Vieux en [oient loüe~, s~ils m'ont fait tant de grace,
0   Quelque [oupçonlegerdt9ns monamerepajfè,
0   ~ aû quoy qu~ mon ef}rit doute de ce1 difcours,
0   le n'ay q1,s'11 croire encor ce que i·ay cru toujours.

MERINTE à Ergaste.

0   ~oy donc, ie receurtty cette honteu fe iniure?
0   PDur la (econde fouie te rverray pariure?
0   E nne1n y de rneJ rvoeux, qui iuroû deu1tnt toiq
0   nu'Jph;, .e,Jant gq, rçon, tu Jeroû mon eJJoux.

TELESTE.

0   Ergafte, ejpoufe{-la félon 'Vojfre promejfèJr
0   Satis qu·eJle a,t le !oijir d'eftre evojfre maiftreffe~

ERGASTE.

0   P i4is qu' Amour a changé l~objet de mon foucyl) '
0   Si A,J :rinte me 'Vt"Ut , ie L'a 'Veux hien auf.1.

MERINTE.

0   Si Merintervour'Veut( dquxobjetde ma'Vie)
0   I-1 elas.,ne doutez..,  paiJ qu,e!le n·enfoit rauie !

NISE.

0   N OU! deupns auoüer que le1 Dieui font bien forts;-"
0   ~u double changement d''Vn. e·fjrit et d, rvn corps~.

TELESTE.

0   rv:J.inli lu immo1"t els changent l'ordre dé, chofot
0   ·Ils ont bien faitjadis d'autru mct~morphofo,
0   JI n'ell riena~impofobleà lcurdiuin 'Vouloir,
0   :Dans 'Vn Ji grand miracle adorons· leur pouuoirp·
0   eA..dmirons. en ce.~y la fagej]è profonde,
0   êt le.t·rejfarts qu'ils ont à gouuerner le monde,
0   ? Et penfans.qu'e.neflet, et noUJet ceJ Am11,ns~. r enons d'eux le fùjet de nos,contentemens,
0   Et que fi le deftin roulait à l'auanture,.
0   Ils n~entreprendroient pas de fa.rcer la nature~.

IPHIS.

0   Vous le deuezbien croire, apre:1 tant de hienfaifi-
0   Dont fe.u r f !! '!: ~~ J~~~~a.f~ ~ ~q'!! bl{ f!OS fa."!!!~its 81 .?. ' . - · - ~
0   À uoüer qu> on tient d'eux ce qu,i!J· peuuent reprendre,
0   C'e ff le .>noindre dtuoir que L'on leur puijfè rendre.
0   f!Au refte, Ji l'exceZ, de ma fi licité
0   Lai(je dans vos e/Jrits de l'incredulité,
0   Si 'VOUJ ne iugez.., ftU me, difcours 'Verit111,b/u,
0   lervou., en ferayvoirde., effets bien palpable!~
0   Et m11 cbere moitié d'vne bonne façon ?
0   Pro1Juera d11ns neuf mois qu,IphÎs eftrvn garçon.'

 


Extrait du privilège du Roi

Par grâce et privilège du Roi donné à Roye, en date du dernier Septembre, 1636. Et signé, Par le Roi en son Conseil. De Monseaux, il est permis à Antoine de Sommaville, Marchand Libraire à Paris, d'imprimer ou faire imprimer, vendre et distribuer une pièce de théâtre, intitulée, Iphis et Iante, durant le temps et espace de sept ans, à compter du jour qu'elle sera achevée d'imprimer. Et défenses sont faites à tous Imprimeurs, Libraires, et autres, de contrefaire la dite pièce, ni en vendre ou exposer en vente de contrefaite, à peine de trois mille livres d'amende, de tous ses dépens, dommages et intérêts ; ainsi qu'il est plus amplement porté par lesdites Lettres qui sont en vertu du présent Extrait tenues pour bien et dûment signifiées, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.

Achevé d'imprimer le dernier novembre 1636.


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