******************************************************** DC.Title = ANDROMÈDE DÉLIVRÉE, INTERMÈDE DC.Author = [Anonyme] DC.Creator = FIEVRE, Paul DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Subject = Intermède DC.Subject.Classification = 842 DC.Description = Edition du texte cité en titre DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Contributor = DC.Date.Issued content = DC.Date.Created = DC.Date.Modified = Version du texte du 28/02/2025 à 13:42:00. DC.Coverage = Pays mythologique DC.Type = text DC.Format = text/txt DC.Identifier = http://www.theatre-classique.fr/pages/documents/ANONYME_ANDROMEDEDELIVREE.xml DC.Source = https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6257840h DC.Source.cote = BnF RLR YF-2077 DC.Language scheme = UTF-8 content=fr DC.Rights = Théâtre Classique, (creative commons CC BY-NC-ND) *************************************************************** ANDROMÈDE DÉLIVRÉE INTERMÈDE M. DC. XXIIII. AVEC PRIVILÈGE DU ROI. À PARIS, Chez Paul MANSAN, demeurant rue de la Bucherie, près le petit Châtelet. Et chez Claude Colet, au Palais, en la galerie des prisonniers. ARGUMENT DE CET INTERMÈDE. Andromède fille de Cephée Roi d'Éthiopie, et de Calliope, fut attachée à un rocher par le commandement de l'Oracle de Jupiter Ammon, exposée à la merci d'un monstre marin, pour apaiser le courroux des Néréïdes qui l'avaient envoyé ravager tout le pays en haine de la vanité et présomption de Cassiope sa mère qui s'était glorifiée de surpasser toutes ces Nymphes en beauté : dont Persée fils de Jupiter et de Danaé, ayant été averti, partant par l'Ethiopie, touché d'amour et de pitié, il entreprit de la délivrer, la voyant en telle extrémité, sur la promesse que Cephée et Cassiope, ses père et mère lui firent de lui donner en mariage, au cas qu'il l'a pût delivrer de la mort : ce qu'étant accordé entre eux, il vint à bout de son entreprise ; combattit le monstre, et le tua. Cela fait les noces se préparèrent. Or Cephée devant que sa fille Andromède eut été exposée à ce monstre marin, par l'ordonnance de l'Oracle, l'avait promise et fiancée à son frère Phinée, oncle paternel de la fille, lequel indigné de voir qu'un étranger lui fût préféré, survint inopinément au banquet, assisté de tous ses amis, et de grand nombre de gens armés pour la ravir. 11 y eut un furieux combat, et plusieurs de part, et d'autre furent laissés sur la place ; Toutefois le grand nombre l'emportant, enfin sur la valeur de Persée, il eut recours à la tête de Méduse qu'il leur mit devant les yeux, et par ce moyen Phinée fut converti en rocher avec tous ceux de sa compagnie. LES ACTEURS. CÉPHÉE. ANDROMÈDE. CASSIOPE. PERSÉE. CHOEUR DE PEUPLE. MESSAGER. PHINÉE. TESSALE. AMPHIX. LEURS SOLDATS. Tiré de "Le Théâtre Français contenant ; le Trébuchement, de Paéton, La mort de Roger, La mort de Bradamante, Andromède délivré, et Foudroiement d'Athamas, et le Folie de Silène....". Paris, Paul Mansan et Claude Colet, 1624. pp 171-227 ACTE I CÉPHÉE, ANDROMÈDE , CASSIOPE, PERSEE, CHOEUR DE PEVPLE, MESSAGER. SCÈNE I. Céphée, Andromède , Cassiope et le Peuple. CÉPHÉE. N'étais-tu pas content d'une si longue plainte, Sans nous toucher au vif d'une mortelle atteinte ?Surchargés de malheurs, qui pour dernier sujet De ta rage, n'avons que la mort pour objet :Grand Dieu, que t'avait fait l'infortuné Céphée Ta passion, devait s'adoucir étouffée Dans la perte des miens, où tu devais cruel,Amortir par ma fin ce feu continuel ; Tu devais t'attaquer à l'auteur de l'offense ; Le droit ne te permet d'opprimer l'innocence, Nous sommes ses sauteurs, partisans du forfait, Ce n'est point sa beauté coupable qui l'a fait,Ce n'est elle, et pendant, (ô sentence bourrelle,)Pour assouvir ta haine, on la rend criminelle, Par force on la ravit de ces bras paternels, Précipitant ses jours aux abois éternels : Non content, tu nous rends instruments de ta rage,C'est nous qui la livrons au plus beau de son âge, C'est nous qui pour saouler ton indignation, Sommes témoins élus de son affliction ; Darde, darde plutôt l'éclat de ton tonnerre, Bannis nous aux climats plus cachés de la terre,Contente à nos dépens ton appétit glouton, Esclaves réduis-nous sous les lois de Pluton,Du prix de notre sang apaise ton envie, Et fais luire sur nous quelque espoir de sa vie,Tu es sourd à nos cris, la fureur qui te point,Pour se calmer, nous veut réduire au dernier point : Nous allons grand Ammon ta sentence parfaire, Ton oracle, et tes voeux nous voulons satisfaire, Contente toi de nous, laisse les innocents, Et ne tache ton nom du sang des impuissants ; Quelle confusion ; la nouvelle courue Entre le peuple, émeut la rumeur par la rue, Ces soupirs redoublés avant coureurs du sort, Me font juger ; bons Dieux ! C'est la troupe qui sort. ANDROMÈDE. Ces regrets ne font rien que rengréger mes peines ; Une mer de soupirs, mille complaintes vaines, N'étrangeront le sort de ma calamité ;Le cours de mon destin, par le sort limite A touché sur le point plus fatal de son heure :En la condition d'une attente meilleure, Ma fortune me plaît, je ne voudrai changer :N'estimez que la peur de ce proche danger Donc coup à mon âme, et qu'elle soit atteinte. Par l'appréhension d'une nouvelle crainte ;Je fais tête au malheur, et mes desseins plus fort Vainqueurs triompheront ce jour de mes efforts, Courage mes amis, armez-vous d'espérance,Voilez vos passions du bandeau de constance, Donnez trêve aux regrets, et d'un meilleur accent,Autorisez les voeux du Monarque puissant ; Ce jour vous est si fatal, les nymphes offensées Ne vous garderont plus de mauvaises pensées, Tout se calme à ma perte, et le pays remis, Ne craindra la fureur des moindres ennemis : Heureuse mille fois, puisqu'un grand Dieu me trie, Pour relever l'espoir perdu de la patrie,Allons, le différer me déplaît, CASSIOPE. Mon espoir, Ta constance me fait mille maux recevoir, Tes desseins résolus me sont autant de gênes, Ton désastre ne fait que rengréger mes peines : Hélas ! Que je te perde, et qu'un sanglant trépas, Violente tes jours, et je ne meure pas, Qu'étant cause du mal, qu'ayant commis offense, Je te survive hélas ! Sachant ton innocence, [Note : Se douloir : Ressentir de la douleur, se plaindre. [L]]Je mourrai paravant, c'est par trop se douloir.Je mourrai. CÉPHÉE. Mes amis, détournez ce vouloir,Prenez, garde, empêchez, la fureur la manie,Réduite à la merci d'une forte manie ; Ôtez là, que l'ennui surchargeant ses douleurs, Ne nous cause un renfort de tristesse et de pleurs. Là Andromède est attachée au rocher. SCÈNE II. Persée, Céphée, Andromède, Choeur de Peuple, Messager. PERSÉE, monté sur le cheval Pégase. Mû de compassion au milieu de ma courseJe viens de tes regrets tarir ici la source, Adoucir ta complainte, et par un prompt secours, Sentir à tes beautés d'asile, et de recours ; Informé du sujet guidé de mon courage, Je m'offre a garantir le pays de naufrage, Te donner la vie ; et aux tiens éperdus,Le bonheur de jouir de leurs plaisirs perdus. Je ne tente indiscret une telle entreprise, Car tout ce que je veux, ma valeur l'autorise, Ma vertu le confirme, et le bruit de mon nom, N'est moindre en ton effet, que grand en son renom, Je ne cherche de vous pour toute récompense, Que l'objet qui m'anime à prendre sa défense. CÉPHÉE. Guerrier, qui que tu fois, si ton affection,Te porte à rechercher cette condition ;Si tu t'offres de coeur, devant tous je proteste, Te chérir comme gendre ; et ta valeur j'atteste, Qu'ingrat de tes bienfaits, notre déloyauté, Ne t'ôtera le prix du guerdon mérité, Déploie ta vertu, que cet espoir enflamme, Et fois certain d'avoir Andromède pour femme. ANDROMÈDE. Ne vous précipitez qu'un repentir trop tard, Ne vous touche de voir votre vie au hasard ; Ne flattez vos desseins de l'espoir d'une gloire, Ne pensez triompher du fruit de la victoire,Un remords vous poursuit, et talonne vos pas ;Constante laissez moi recevoir ce trépas : Si l'Oracle a voulu que seule on m'ait choisie,Que ce souci n'ait place en votre fantaisie, N'enviez ma fortune, ne forcez le sort,De retrancher vos jours par une prompte mort ; Mais le monstre des eaux sort la tête baissée. PERSÉE. Remettez votre espoir sur le bras de Persée. COMBAT. CHOEUR DE PEUPLE. Ô courage invincible, ô chevalier parfait ;À peine que du coup le monstre n'est défait. CÉPHÉE. Je ne crois point qu'un Mars ne se cache en ces armes. CHOEUR DE PEUPLE. Il bronche, il ne peut plus soutenir ses alarmes, Il lui a traversé deux où trois fois le coeur. CÉPHÉE. Courage, c'en est fait, il retourne vainqueur : Invincible guerrier, support de notre race, Espoir de nos vieux ans, que cent fois je t'embrasse ; Que j'honore ce bras, ce bras victorieux, Qui vient d'exécuter un fait si glorieux ; Je suis insuffisant de donner à ta gloire,Les louanges que peut mériter ta victoire ; Mais au défaut, un coeur de bonté revêtu,À l'immortalité gravera ta vertu ; Échangeons en hymen les froideurs d'une tombe, De mille voeux offrons aux Dieux une hécatombe, Marquons ce jour de blanc, le peuple rassuré, Portera votre los au lambris azuré : Allons mon fils, allons donner trêve à nos larmes, Consoler le public, et mettre bas les armes. PERSÉE. Grand Roi, rassérénez ce visage, et ce front, Assuré de jamais ne recevoir d'affront, Votre vertu s'acquiert un héros, qui se vante, De porter vous servant aux plus fiers l'épouvante, Qui secondé de vous, sous ses exploits divers, Fléchira la rondeur de ce large univers ; Mon courage le peut, le lieu de ma naissance, Facilite l'espoir, comme la jouissance ; Jupin qui me conçut entre les bras aimés, De Danaé, soutient mes desseins animés, Commandez seulement. MESSAGER. La Reine impatiente, Sire, ne se veut plus contenter de l'attente, Un chacun vous attend, les divins autels, Ne respirent que vous pour plaire aux immortels, Le peuple qui s'émeut ne croit en l'apparence, Ne le retenez plus en son impatience, Contentez mon désir, curieux de revoir, Celui qui leur a fait tant de bien recevoir. CÉPHÉE. Allons mon fils, l'ardeur tellement les agite, Que le bien de te voir leur désir précipite, Contentons leur vouloir, d'autorité je veux, Que tu prennes ce jour les arrhes de leurs voeux ; Que ma fille, et les miens obligés de la vie, Contentent les projets conclus de ton envie, Ma couronne t'attend, et mon état remis, Se veut désengager de ce que j'ai promis. ACTE SECOND PERSÉE, ANDROMÈDE, MESSAGER, PHINÉE, THESSALE, ET AMPHIX. SCÈNE I. PERSEE, ANDROMEDE, MESSAGER. PERSÉE. Qui ne l'eût entrepris, abattu de courage, N'eut ressenti les traits puissants de ce visage,Dépourvu de valeur, autant que de pitié, Insensible aux regrets, eût manqué d'amitié ;Sitôt que le bonheur guidant mon entreprise,Mût ravi vous voyant ma première franchise,De mille noeuds d'amour eut ma course arrêté, Et pris, en ses liens l'heur de ma liberté ; Dès l'heure je résous au péril de ma tête, De me faciliter l'honneur de la conquête,De vaincre, ou de mourir, estimant mon destin Trop peu, pour s'honorer d'un si riche butin ; La victoire me fut trop facile, en l'idée, De ta beauté, qui seule a ma force guidée, Ton oeillade animait mes désirs, les attraits, De ton portrait aimé, m'étaient autant de traits ;Ses efforts furent vains, sa rage fut séduite ; Bref, je restai vainqueur sous l'heur de ta conduite ; Le Ciel me soit témoin, protecteur de ma foi, Que la crainte jamais ne s'empara de moi ; Qu'au fort de mon espoir j'eusse cessé de vivre, Pourvu qu'après ma fin tu me pusses survivre ; Que content seulement et obliger tes parents, Ma perte t'eut remis l'état que je te rends ;J'ai dégagé ma foi, c'est à toi ma Déesse,Gratifiant mes voeux d'accomplir ta promesse. ANDROMÈDE. Obligée envers toi de la vie mes voeux,Ne peuvent respirer sinon ce que tu veux, Je ne puis révoquer la parole donnée Je ne saurais courir meilleure destinée, T'étant comme je suis redevable j'aurais Un reproche éternel si je me parjurais Mais la persévérance est ici trop requise, Ta vaillance au surplus ne l'a que trop acquise, Contente du bonheur de ma condition, Je me range à l'abri de ta protection. PERSÉE. Phare de mes désirs, miracle des miracles, Tes discours amoureux me sont autant d'oracles, Sur la base élevé de mon contentement, À présent je puis donc comme parfait amant ; Sous l'espoir des douceurs de votre bienveillance, Me promettre les fruits de votre jouissance, Toucher ce dernier point, ha ! Coupable Ixion, Ce serait relever de ta présomption, Je meurs y repensant, et mon âme peu forte, En ce ressouvenir vagabonde s'emporte. ANDROMÈDE. Je ne sache plus rien que ton bras n'ai conquis. PERSÉE. Ha ! Madame, ce bien ne me peut être acquis. ANDROMÈDE. Parler sans passion, PERSÉE. Mon amour violente, Force mon naturel, ANDROMÈDE. Espérez, en l'attente, Patientez un peu, avez vous reconnu, Mon coeur autre que franc, et d'inconstance nu ? PERSÉE. Madame pardonnez l'excès de mon martyre Violentant mes jours, l'impatience attire, Je suis prêt de laver mon offense. ANDROMÈDE. Mon coeur,Je puis à juste droit te nommer mon vainqueur ;Comme tel, tu peux bien triompher de ta prise, Assure-toi de moi, MESSAGER. [Note : Acrise : ou Acrisios, grand-père de Persée qui le tua lors d'un accidentellement lors d'un jet de disque suivant la prophétie. [WIKIPEDIA]]Valeureux fils d'Acrise, On blâme ce séjour, même sa Majesté, T'attend impatiente au banquet apprêté, Les Autels préparés pour la cérémonie,N'attendent plus que toi, on entend l'harmonie,De mille tons divers éclater ton beau nom, Entonner tes hauts faits, ta gloire, et ton renom ; La commune s'émeut du renfort de la joie, Et lui tarde beaucoup que son prince elle voit. PERSÉE. Je te suis mon ami, je n'ai moins de désir.De l'accomplissement de ce nouveau plaisir ; Allons ma belle, allons. ANDROMÈDE. Je le veux mon Persée, À ce coup ton amour sera récompensé. MESSAGER. Un jour lui dure un mois, c'est un siècle de temps,Que le retardement de ce doux passe-temps ; Mon message lui plaît, le fait de près le touche ; Désireux de tenter l'amoureuse escarmouche. SCÈNE II. Phinée, Tessale et Amphix. PHINÉE. Comment ? Sera-t-il dit qu'un perfide étranger, Qui reste des malheurs se vient ici ranger, Dépourvu de valeur autant que de courage, Se vante d'emporter sur nous cet avantage ? Qu'il se présume au bout de ses prétentions ? Qu'il soit récompensé de ses affections ? Et que sous un semblant trompeur de sa vaillance, Il se trouve honoré d'une telle alliance ? Il mourra, je ne veux que ce bras seulement, Pour le priver bientôt de ce contentement ;Qu'un aiguillon d'honneur enfle votre jeunesse, Si la crainte ne fait tort à votre noblesse, Si ne dégénérant de vos premiers parents ; Vous ressentez encore, et votre être, et vos rangs, Qu'on me suive, et tournant la pointe de nos armes, Contrepointons leurs jeux de l'effroi des alarmes ;Empêchons leurs desseins, qu'un hymen et son flambeau, Ressentent les froideurs d'un funèbre tombeau ; Vous obligez les miens, vous délivrez la terre, D'un serpent, d'un flambeau qui lui livre la guerre,Qui rogue se fiant au support paternel, Sous ses passions, et rend criminel ;Donne à ses appétits le sang, et la vengeance, Ennemi capital juré de la clémence : Fondons sur ce brigand, et forçant son destin, Échangeons en douleurs les plaisirs du festin ; Courage mes amis, cette peste assoupie, Remet en son état premier l'Éthiopie. TESSALE. Croirais-tu que les tiens d'un courage abattu, Manquassent au besoin de force et de vertu ?Ne se présume pas, nous te faisons escorte, Suivez-moi, de ce pas te vais foncer la porte,Me baigner dans son sang, et petit à petit, De son coeur arraché souler mon appétit : Perfide tu peux bien rechercher ton remède, Dans les embrassements de la belle Andromède, Elle te garantit aussi bien que ces Dieux,Qui te donnèrent l'être, ô barbare odieux, Tu n'aurais l'infamie ainsi que le reproche. AMPHIX. C'est assez, réservons à la première approche, Ces fortes passions, et le complot parfait,Laissons-là les discours, pour venir à l'effet,Balançons nos desseins dessur la prévoyance. PHINÉE. Mes amis, je remets tout en votre vaillance, Demain tenez-vous prêts, et que sur le matin, L'on remplisse d'effroi la noce, et le festin,Et si quelqu'un de vous à l'âme tant osée, (L'ennemi terrassé) d'enlever l'épousée, Ami de ses vertus, obligé du bienfait, Je le guerdonnerai d'un acte si parfait. TESSALE. Grand Prince, assurez-vous qu'il ira de ma vie,Où je contenterai par effet votre envie. AMPHIX. Mon sang, vous fera foi de mon affection. PHINÉE. Adieu, ne manquez pas à l'affirmation. ACTE TROISIÈME CÉPHÉE, PERSÉE, CASSIOPE, PHINÉE, TESSALE. AMPHIX, LEURS SOLDATS, et ANDROMEDE. SCÈNE I. Céphés, Persée, Cassiope et Andromède. CÉPHÉE. Frère unique de Mars, phoenix de la vaillance, Dont les rares vertus, gagnent la bienveillanceDes haineurs plus cruels, qui forcez de ton nom.Sont contraints de céder au bruit de ton renom : Ravis de tes bienfaits, obligez à ta gloire, Nous t'offrons le loyer promis à ta victoire ; La récompense est peu, au regard du secours, Qui au fort de nos maux nous servis de recours, Avise qu'il te plaît, d'autorité commande,Nous nous sentons heureux d'accorder ta demande. PERSÉE. Que ne puis-je marquer à la postérité, Les otages certains de ma fidélité ?Qu'un signalé trépas, secondant mes services, Ne peut-il s'égaler à tant de bénéfices ?Tu connaîtrais grand Roi, qu'en pareille action, Un Persée est acquis à ta dévotion ; Qu'entier en ses effets, autant qu'en ses promesses,Il se sent obligé au bien de tes caresses. CÉPHÉE. C'est nous vaincre deux fois, on ne saurait douter,Des courtoises vertus d'un coeur qui sait dompter, Invincible en honneur, comme grand en courage, Vous voulez obtenir sur nous cet avantage ; Nous vous cédons vaincu l'honneur de ce débat ; Un autre diffèrent vous appelle au combat, Voici, qui se promet d'épouser ma querelle, Ne la refusez point, l'honneur vous y appelle ;Qu'une rouge pudeur ne colère ce front, N'avez-vous pas de quoi vous venger de l'affront ? CASSIOPE. Elle ne mendiera le secours de personne, Contente du pouvoir que nature lui donne ; Je n'ose bien vanter que sur ce différent, L'ennemi le plus fort la victoire lui rend. PERSÉE. Sire, pardonnez moi, j'ai pour ma défensive, Les armes, et le cour contre son offensive. CÉPHÉE. Chacun à qui mieux mieux y faites votre devoir, Sans rougir n'avez-vous de quoi le recevoir ? PERSÉE. Ce vermillon ne sert que de lustre à sa grâce. CÉPHÉE. Que sur ce différent chacun prenne sa place, Que les jeux, et les ris, honorent ce séjour, En l'accomplissement solennel de ce jour. SCÈNE II. Phinée, Tessale, Amphix, et leurs soldats. PHINÉE. Il est temps, il est temps, que la tête baisée, Nous nous précipitions dans la tourbe insensée, Il est nôtre à ce coup, c'en est fait, il est pris ;Je le vois terrassé aussitôt que surpris ; S'ils s'ingèrent pourtant de souffrir nos alarmes, Tuez, n'épargnez rien, passez tout par les armes, Quiconque manquera, je le tiens pour suspect, Ayez les yeux bandés, à tout autre respect. TESSALE. Nous sommes tous résous, notre brigade est prête, De vous rendre vainqueur, ou d'y laisser la tête. AMPHIX. Nos courages hardis serviront de remparts. PHINÉE. Chacun se tienne prêt, et que de toutes parts Les soldats aguerris gardent les avenues, Que nos prétentions ne soient point prévenues ; Rangez-vous, qu'on ne soit averti de l'apprêt, Et que chacun de vous au moindre bruit soit prêt. SCÈNE III et dernière. Cépéhe, Phinée, Persée, Tessale, Amphix, et leurs soldats, Cassiope, Andromède, et tous les invités au festin. COMBAT. CÉPHÉE. Quelle rumeur s'épand ? Qui s'émeut dans la salle ?Phinée accompagné du généreux Tessale Ne vient point sans sujet, à se réception,Ne bougeons incartades de son intention, PHINÉE. Prince indigne du nom, indigne de l'Empire, Gouverneur d'un public qui sous tes lois soupire, Partisan d'injustice, ennemi des vertus, Dont les Princes bien nés paraissent revêtus :À ta face, je viens purger ma conscience, Te reprocher ingrat. PERSÉE. C'est trop de patience, Sire, permettez-moi. CÉPHÉE. Tout beau, cet insensé, S'accusera tantôt de m'avoir offensé, Achève en peu de mots, je m'en vais te répondre. PHINÉE. [Note : Semondre : Réprimander. [L]]Je te veux reprocher que m'ayant fait semondre D'épouser cette ingrate. PERSÉE. Hé ! Quoi sans ressentir Il nous offensera ? PHINÉE. J'y voulus consentir, Vaincu de ses appas, comme de tes paroles,Et maintenant ta foi parjure tu violes,Dénigrant mon fournir, et ma condition, Tu te laisses dompter par une passion, L'heure de me venger maintenant est venue ; Or d'autant que de tous ta malice est connue, Je parle à toi paillard, les tourments apprêtés, Seront les punisseurs de tes méchancetés ; Busire plus sanglant j'invente des tortures, Pour punir d'un excès vengeur tes impostures, Tu ne peux maintenant retourner sur tes pas, Ne te pense impuni garantir du trépas. PERSÉE. Je ne recule point, ma dextre vengeresse, Te fera remâcher ta parole traîtresse,J'ai doublement conquis, je suis le possesseur Légitime. PHINÉE. Tu mens parjure ravisseur. CÉPHÉE. Où courez-vous Phinée ? Arrêtez, où moi-même, Je serai, le vengeur de l'impudence extrême ; Empêcher mes desseins, et sous fausse couleur, Vouloir contrepointer l'excès de sa valeur, Est-ce là le guerdon qu'il reçoit de sa peine ? PERSÉE. Sire, retirez vous, la remontrance est vaine, Mon courage ne peut supporter ce forfait. CÉPHÉE. Accourez citoyens, votre Prince est défait, Armés, vous promptement, empêchés la surprise. TESSALE. Tête ici compagnons suivons notre entreprise. PERSÉE, opposant la Méduse. Canailles, pensez vous que je manque de coeur ?Tessale, reconnais l'effet de ton vainqueur. Il est changé en pierre. PHINÉE. Où fuirai-je chétif, ma force est défaillie. AMPHIX. De l'appréhension mon âme est assaillie, Le spectre de la mort me poursuit pas à pas. Il se change en pierre. PERSÉE. Tu ne peux par la fuite éviter le trépas. PHINÉE. J'implore la faveur de ta miséricorde, Prince, que ta bonté maintenant me l'accorde. PERSÉE le changeant en pierre. Ressens que vaut l'effort de ta témérité, Et reconnais ta faute en cette extrémité, Ces poltrons effrontés cette vile canaille, Surpris d'étonnement au fort de la bataille, Nous ont quitté la place, et d'un tard repentir, Ont connu ma valeur prompte à se ressentir : Avertissez le Roi, tirez-le de sa crainte,Que cette émotion ne lui donne une atteinte ; Il vient tout à propos. CÉPHÉE. Prince victorieux, Que les Dieux immortels conservent curieux, Protecteur du pays support de ma personne,Invincible, reçois l'offre de ma couronne ; Doublement elle est tienne, elle n'a d'héritier, Qu'on lui puisse assortir d'un vouloir plus entier, Ton généreux courage, ainsi qu'un autre Alcide,A purgé le pays de ce monstre homicide ; Retirons-nous d'ici ; qu'en cette émotion,Ne se puisse brasser quelque sédition, Et que ses partisans renforcés davantage, Ne troublent le repos de ce saint mariage. ==================================================