******************************************************** DC.Title = ATHAMAS FOUDROYÉ PAR JUPITER, INTERMÈDE DC.Author = [Anonyme] DC.Creator = FIEVRE, Paul DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Subject = Intermède DC.Subject.Classification = 842 DC.Description = Edition du texte cité en titre DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Contributor = DC.Date.Issued content = DC.Date.Created = DC.Date.Modified = Version du texte du 28/02/2025 à 13:19:32. DC.Coverage = Pays mythologique DC.Type = text DC.Format = text/txt DC.Identifier = http://www.theatre-classique.fr/pages/documents/ANONYME_ATHAMASFOUDROYE.xml DC.Source = https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6257840h DC.Source.cote = BnF RLR YF-2077 DC.Language scheme = UTF-8 content=fr DC.Rights = Théâtre Classique, (creative commons CC BY-NC-ND) *************************************************************** ATHAMAS FOUDROYÉ PAR JUPITER INTERMÈDE M. DC. XXIIII. AVEC PRIVILÈGE DU Roi. À PARIS, Chez Paul MANSAN, demeurant rue de la Bucherie, près le petit Châtelet. Et chez Claude Colet, au Palais, en la galerie des prisonniers. ARGUMENT DE CET INTERMÈDE. Athamas fils d'Éole, Roy de Thèbes, épousa en secondes noces Ino, fille de Cadme, et d'Harmonie, tante, et nourrice de Bacchus qui glorieuse de cet honneur, et de la grandeur, tant du Roi Athamas son mari, que de ses enfants ; vantant partout sa puissance, augmenta tellement l'envie, et le courroux de Junon, qui avait juré la ruine de la maison de Cadme son père, que continuant ses vengeances contre ses filles, après avoir puni Àgave en la mort de Penthée, Authonoé en celle d'Actéon et Semele en la faisant consommer par la foudre de Jupiter, pour punir Ino qui était la quatrième, elle arma l'une des furies d'enfer contre elle, de Athamas son mari, qui le fait entrer en telle rage, que voyant Ino l'approcher de lui, il l'a poursuit comme une lionne, prenant ses fils pour des lionceaux, et ayant arraché le petit Learque d'entre ses bras, lui brise la tête contre une pierre, et en voulait faire autant de sa femme Ino ; mais elle transportée de pareille fureur, le précipita avec son autre fils Mélicerte, du haut d'un rocher dans la mer, ou Neptune touché de pitié, à la prière de Vénus son aïeule, les reçut au nombre des Déités marines, Ino sous le nom de Leucothée, et Mélicerte sous celui de Palémon. Athamas continuant ses furies avec mille imprécations contre les Dieux, est foudroyé par Jupiter, pour l'expiation de ses blasphèmes, et de sa présomption. LES ACTEURS. JUNON. TISIPHONE. ATHAMAS. INO. MÉLICERTE. VÉNUS. NEPTUNE. JUPITER. Tiré de "Le Théâtre Français contenant ; le Trébuchement, de Phaéton, La mort de Roger, La mort de Bradamante, Andromède délivré, et Foudroiement d'Athamas, et le Folie de Silène....". Paris, Paul Mansan et Claude Colet, 1624. pp 229-253 ACTE I JUNON ET TISIPHONE. JUNON. Que sans punition j'endure ces bravades ?Qu'une Reine des Dieux soufre ces algarades ? Que j'endure ce tort ? Qu'on lise sur mon front,Les signes évidents d'un remarquable affront ?Que sans m'en ressentir j'endure cet écorne ? Ha ! Plutôt le Soleil sortant du Capricorne,Guidera ses coursiers par un chemin nouveau,Traînant le chariot du nocturne flambeau : Plutôt, soit du mortel ma Déité saisie, Et me priva Jupin du droit de l'ambroisie ; Et plutôt, et plutôt mon frère, et mon époux, Élance sur mon chef le feu de son courroux ;Qui pourrait voir Ino, sans bouffir de colère, S'attaquer a Junon que Jupiter révère ?À la soeur de ce Dieu, père de tous les Dieux, Qui peut d'un seul clin d'oeil faire crouler les Cieux ?Ce blasphème souffrir, d'une femme bravache ?Je n'ai le coeur si bas, je n'ai l'âme si lâche ; Quoi ? Me voir offensée, et ne m'en venger pas.Plutôt ma Déité soit sujette au trépas, et hante à jamais de la voûte éthérée ; Que je sois pour toujours chez Pluton éthérée ; En la ville de Thèbes, on voit la Déité Du nouveau Dieu Bacchus être en autorité ; Et partout de ce Dieu la maternelle tante, Son souverain pouvoir de place, en place vante,Seule entre tant de soeurs, exempte de douleurs,Sinon de celles-là que lui causent ses soeurs ;Elle s'estime heureuse, et entre son courage,D'être avec Athamas jointe par mariage ; D'en avoir des enfants, et d'avoir allaité,En son premier berceau si haute Déité :Non, non, je punirai ta langue babillarde, Que n'en puis-je autant faire à ce fils de paillarde, Qui a par son pouvoir changé des matelots, Tous les Moëoniens jeté dedans les flotsFait qu'une mère a mis son propre fils en pièces ; Entouré d'ailerons nouveaux en leurs espèces, Trois Mineides soeurs ; et moi je ne pourrai Qu'endurer ce blasphème, et ne m'en vengerai ? Il aura tout pouvoir, et moi nulle puissance ?Non, non, ce beau bâtard me donne connaissance, De ce que je dois faire : il est, il est permis, D'apprendre à se venger même des ennemis ;Il me démontre assez par la mort de Penthée, Que peut une fureur ardemment irritée ;Ino, que n'as-tu donc ton esprit offusqué ?Que n'as-tu jà le coeur de furie attaqué ?Non, non, assure toi d'augmenter par ta rage, Le nombre des malheurs de ceux de ton lignage ; Mais voici le chemin, qui bordé d'if mortel, Conduit par un silence en l'infernal hôtel, Je vois déjà le Styx exhalant ses nuées,Les ombres çà, et là, de leurs corps dénuées,Errent confusément sans corps, sans sang, sans os, Tourmentées toujours, sans paix, ni sans repos ;Là j'aperçois Tantale, à qui l'onde est fuyante,Et ta branche le fuit sur la tête pendante ;Sisyphe, sans repos, de ses coupables bras,Monte, et remonte un roc, qui soudain tombe à bas ; Téméraire Ixion, là ta roue te vire, Tu te suis, et te fuis, au cours de ton martyre ;Bref c'est pitié de voir, de droit et de travers,Ces malheureux gênés de cent tourments divers : Mais Sisyphe, pourquoi seul entre tant de frères, Souffres-tu pour jamais ces cruelles misères ?Et ton frère Athamas de ses biens orgueilleux, Possède comme roi des palais sourcilleux ?Encore que lui-même, et sa femme insensée,M'ait toujours sans respect par mépris offensée ; Qu'attends-je ore donc plus d'en tirer ma raison ?Tisiphone, à ma voix sors de cette prison, Viens faire pour Junon tout ce qu'elle désire, Ino par toi je veux, et sa maison détruire,Je veux voir Athamas de fureur tourmenté, Au meurtre, et au carnage être tôt emporté ;Apprête tes cordeaux, et tes chaînes ensemble, Tes poisons, et tes fouets, tes feux, sous qui tout tremble. TISIPHONE. Il ne faut en discours te tenir longuement,Déesse, tiens pour fait ce tien commandement ; Dans ce Royaume infect, plus long temps ne séjourne,Laisse-moi le surplus, et dans le Ciel retourne. JUNON. N'épargne ni mari, ni femme, ni enfants,Fais qu'ils soient tous bientôt aux enfers pâlissants ; Si tu fais à Junon un plaisir tant insigne, [Note : Condigne : Terme de théologie. Satisfaction condigne, satisfaction parfaitement égale à la faute. Mérite condigne, mérite égal à la récompense. [L]]Assure-toi d'avoir récompense condigne. TISIPHONE. Ce n'est pas le loyer qui me porte à ce fait, Le plaisir que je prends au malheur, au forfait, À la rage, aux fureurs, aux meurtres, aux carnages,Cela m'est plus plaisant, qu'aux soldats les pillages ; Je m'en vais de ce pas apprêter mes cordeaux, Mes fouets, mes feux, mes fers, mes chaînes, mes flambeauxMon poison composé d'écume de Cerbère, [Note : Aconit : Terme de botanique. Plante fort vénéneuse, de la famille des renonculacées. [L]]D'aconit, de ciguë, et de l'eau mortifère [Note : Phlegeton : fleuve des Enfers.]Du noir fleuve de Styx, du puant Phlégéton, Bref des plus forts venins qui logent chez Pluton ; Un de mes coulevreaux instrument de la rage, Armera d'Athamas le furieux courage Contre son propre enfant, qui lui tendant les bras,En pièces déchiré nous viendra voir ça bas ; Cette arrogante Ino, avec son Mélicerte, La fureur dans le flanc, d'une roche déserte Se précipitera, ainsi péris en l'eau, La mer, et les poissons ils auront pour tombeau. ACTE II ATHAMAS, INO, MÉLICERTE, et TISIPHONE. ATHAMAS. L'Argolide séjour n'a rien vu de semblable, Ni ces Thébaines tours, n'ont rien tant admirable.Soit en race des Dieux, en biens, ou en honneur, En grandeur, en vertu, comparable à notre heur ; Car ce qui est posé de l'un à l'autre pôle, Où fléchit à ma voix, où tremble a ma parole ; Éloigné des malheurs de mon sanglant germain,Qui fut de ses amis le meurtrier inhumain, Je suis seul qui commande à la Cité de Thèbes, Et malheureux il est tourmenté dans l'Érèbe ;Le sort ne fut jamais contraire à mes désirs, J'ai depuis quarante ans joui de mes plaisirs, Toujours favorisé des Dieux, de la fortune,Qui ne me fut jamais autrement importune ; Ino, vous le savez, mêmes depuis le jour, Qu'un hymen termina le feu de notre amour. Que dis-je terminer ? Au contraire, peu sage, Ce brasier dans nos coeurs s'alluma davantage,Ces beaux enfants, en sont les gages assurés, Tel heur ne se voit pas aux lambris assurés ; Non, je ne voudrais pas échanger cette terre, À l'immortalité du Dieu darde-tonnerre, Car sa foudre n'est rien au prix de mon bonheur ;S'il m'excède en cela, je le passe en honneur, Jupin commande aux Cieux, Neptune commande à l'onde, Et moi a l'étendue de cette masse ronde. INO. Athamas, souviens-toi, que depuis que ce Dieu, Ce grand Dieu qu'à présent on révère en tout lieu,M'eut de sa grâce élu pour sa mère nourrice, Le bonheur s'est rendu prêt à notre service ; Tout nous a prospéré, tout s'est montré pour nous, En dépit de Junon, et malgré son courroux, Bacchus à nos désirs s'est montré favorable,Et contre sa rancoeur propice, et secourable,Il nous a maintenu contre tous ses efforts, Sa puissance est plus grande, et ses exploit plus forts, Les effets s'en font vus aux trois soeurs Mineides, À la mort de Penthée, aux nochers Maconides,Et qui plus est, je crois que sa sainte bonté, Au ton s'accordera de notre volonté :Qu'il nous secondera en nos désirs licites, Punissant nos haineurs selon leurs démérites. ATHAMAS. Le croyez-vous avoir si grande autorité ? INO. Gardez de blasphémer contre sa Déité. ATHAMAS. Pensez-vous qu'aucun Dieu ne l'excède en puissance ? INO. Jupin seul, d'autre Dieu je n'ai la connaissance. ATHAMAS. Junon, Mercure, et Mars ? INO. Ils n'ont tant de pouvoir. ATHAMAS. Tout beau, vous pourriez bien leur courroux émouvoir. INO. Non, non, je ne crains point l'ardeur de leur colère. MÉLICERTE. Hé ! Que vois-je bons Dieux ! Las ! Cachez-moi ma mère. INO. Mélicerte, invoquez Bacchus mon nourrisson. ATHAMAS. Le tremble de frayeur[.] INO. Une peur, un frisson,Me congèle le sang, Dieux ! Le coeur me pantelle, Ha ! Quel monstre infernal, je tombe, je chancelle[.] TISIPHONE. Junon, c'est à ce coup que ton sanglant désir,Sera dans peu de temps conforme à son plaisir, À ce coup tu verras de quel pied je me porte, Pour brave exécuter la fureur qui t'emporte, Pour te rendre contente, et afin de punir, Ceux qui à ton vouloir osent contrevenir. ATHAMAS. Quelle fureur d'enfer environne ma tête ? INO. Bacchus, préserve-nous de cette infâme peste. TISIPHONE. Ne bouge, ces serpents choisis dans mes cheveux, T'empêcheront Ino, le chemin que tu veux, J'apporte quant et moi, de la nuit éternelle, De mortelles poisons une horrible séquelle ; Des baves de Cerbère, aux gosiers infectés, Du sang de l'hydre mort, des venins empestés De l'eau qui rend là-bas tous les esprits stupides, Et des sombres enfers les rages homicides.Or pendant qu'ils ont peur, dans l'estomac des deux, Vite j'élancerai ce poison vénéneux, Pour enflammer d'horreur leurs entrailles profondes ; En rouant mon flambeau par rondes dessur rondes, D'un tour de bras si prompt, que le feu, peu à peu, Un cercle ardent fera, le feu suivant le feu ; C'est fait, tout est à nous, je suis victorieuse, Je m'en vais dévaler en la province creuse Du monarque infernal, mais en m'en retournant, Remportons le serpent que j'ai pris en venant. ATHAMAS. Quelle rage me tient ? Quelle Érinye infernale, Anime contre moi ma valeur inégale ? INO. Bons Dieux ! Quelle fureur possède mon mari. ATHAMAS. Ils se sont donc sauvés, ha ! Que je suis marri ; Allons, courons après, pour leur broyer la tête, Nuançons mes amis, j'ai aperçu la bête, À moi, ça compagnons, qu'on apprête les rets, Tendez-les, au milieu de ces sombres forêts, Ici, j'ai découvert une grande lionne, Qui allaitait deux sans son engeance félonne. INO. Athamas, que fais tu ? ATHAMAS. Je tiens jà le petit, Je veux le déchirant saouler mon appétit. Là, il brise la tête de Léarque son fils. INO. Ô barbare cruel, quelle sanglante rage,Contre ton propre enfant t'anime le courage ?Mélicerte, il te faut de sa rage esquiver. ATHAMAS. En vain de ma fureur tu penses te sauver, Compagnons, mettez vous au milieu de la sente, Moi, je m'en vais l'attendre au bas de la descente ; Ha ! Traîtres, vous tachez en vain de m'échapper, Soldats, où vifs, où morts, il les faut attraper,Ha ! Sans doute j'ai vu passer le Capitaine, Allons, courrons après, mais ma poursuite est vaine, Je m'en vais de ce pas rallier mes amis, Puis rejoins nous pourrons vaincre nos ennemis ;Sus, crevons sous le faix,ou emportons la place,Ha ! Je les vois passer, suivons-les à la trace. ACTE III INO, MÉLICERTE, VÉNUS, et NEPTUNE. SCÈNE I. Ino, Mélicerte. INO. Retirez vous de moi, démons, rages, fureurs,Vous saoulerez vous point de me combler d'horreurs ? Ne me poursuivez plus, retire-toi Mégère,Où bien tu sentiras l'ardeur de ma colère ; Ton immortalité ne t'empêchera pas, Que ma sanglante main ne t'envoie au trépas : Mais qui sont ces meurtriers, qui cherchent ma ruine ?Parricides bourreaux, ô impiteuse Erynne, Me voulez-vous aller sans cesse meurtrissant !Et la fin de ma vie en ma mort pourchassant ? Que voulez-vous de moi, exécrables furies,Altérées de sang, avides de tueries .Retirez-vous de moi, vous filles de la nuit, De qui la vengeance est l'agréable déduit, Qui vous paissez d'horreur, de cruauté, de rage ; Quelle étrange fureur m'enflamme le courage ? Écoute-moi Bacchus, et m'exauce au besoin, Aie ore de ta tante, et de ta race soin, Conserve-nous Denis, si jamais ta nourrice, T'allaitant dans ses bras, t'a fait quelque service, Digne de trouver place en la sainte amitié, Pour toute récompense aies de nous pitié :Brigands, me voulez-vous ôter mon Mélicerte !Sauvons-nous au sommet de la roche déferre ;Quoi ? Vous nous poursuivez jusqu'au faîte plus haut, Je ne puis reculer, il faut faire le saut, Peut-être que la mer en ses flots inconstante, Humaine, finira notre peine innocente. MÉLICERTE. Ma mère, voulez-vous vous perdre dans la mer ? INO. Ha ! Que ce nom de mère est tristement amer, En un tel désespoir ton enfantin langage, Loin de me consoler, m'afflige davantage,Mais quoi ? De plus en plus ces brigands inhumains,Veulent m'appréhender de leurs sanglantes mains,Bourreaux, je frauderai par ce saut votre envie, Neptune, à tes autels, j'immole notre vie. Là, Ino se jette dans la mer avec son fils Mélicerte. SCÈNE II. Vénus, et Neptune. VÉNUS. Quel bruit impétueux me cause ce réveil ? Ô spectacle odieux ! Ô funèbre appareil !Ino, las ! D'où te vient ce désespoir infâme,Toi qui dans Thèbes fut naguère si grand Dame ; Hé ! Quoi ? Cet innocent, ce petit enfançon Devait il être donc traité de la façon ?Je te déplore Ino, pauvre Dame outragée, Tu n'avais mérité d'être ainsi submergée, Quelqu'un des Dieux te fait, mais j'entends quelque bruit, C'est mon oncle Neptune, le bonheur le conduit, S'accordant à mes voeux[.] NEPTUNE. Ô Déesse Cyprine, Qui peut avoir troublé l'excellence divine, [Note : S'éjouir : Se livrer à la joie. [L]]Qui soûlait en ta face éjouir les humains ?Qui t'a causé ce deuil ? Qui sont ces inhumains ? VÉNUS. Si tu le veux savoir, octroie ma requête. NEPTUNE. S'il est en mon pouvoir la chose est toute prête. VÉNUS. Frère du grand Jupin, cher oncle paternel,Des ondes de la mer gouverneur éternel, Qui eus après les Cieux, le plus noble partage, Je demande peut-être un trop grand avantage, Mais hélas ! Qu'il te plaise avoir pitié des miens, Que tu vois engloutis des flots ioniens, Entre les Dieux marins donne leur quelque place,La mer me fera bien encore cette grâce, Si je naquis d'écume autrefois en ton sein, Seconde de tes voeux à présent mon dessein : Ayez pitié d'Ino, qui de rage insensée, S'est avec Mélicerte en la mer élancée. NEPTUNE. Il suffit, je veux or, par mon sacré trident, À tes yeux faire voir un miracle évident ; Je veux pour te complaire orner ta parentelle, En dépit de Junon d'une forme nouvelle : Par mon trident plongé trois fois dedans les eaux, Échanger leur mortel en des corps tout nouveaux, Corps, qui ne seront plus sujets à la fortune, Et qui ne craindront point de junon la rancune, Là Neptune change Ino, et Mélicerte en Dieux Marins. VÉNUS. Déjà je l'aperçois. NEPTUNE. J'ai d'une Majesté Vénérable à chacun, orné leur Déité, L'un dit dit Palemon, et l'autre Leucothée ; Que requiers-tu de plus ? VÉNUS. Ma voix est écoutée, Et tes commandements ont eu leurs pleins effets, C'est pourquoi puissant Dieu mes voeux sont satisfaits : Si je te puis aussi servir en récompense, Use de mon pouvoir, et de mon assistance, Cet insigne plaisir me demeure immortel. NEPTUNE. Je suis pour te servir, et serai toujours tel. VÉNUS. Junon, tu connaîtras, que ma race offensée, A moyen d'éviter ta colère insensée. SCENE III et dernière. Jupiter, et Athamas. JUPITER. Avortons de l'enfer, germe pernicieux, Indigne de la mer, de la terre et des Cieux, Malheureux, crains tu point que ta rage ennemie Ne réveille à ton dam ma colère endormie ?Penses-tu que ma foudre oisive dans ma main,Pour ce forfait commis ne te perde inhumain ? Tel crime ne s'est vu, que quand la main meurtrière, De Phoebus par horreur arrêta la carrière, Où depuis que le fils par son père mangé, Fut cause que tel crime autre crime a vengé, La cause de ce meurtre empêche l'indulgence, Qu'à l'endroit de ceux-ci donna ma patience, Je n'en pardonne plus, mais voici l'insensé, Oyons ce qu'il dira. ATHAMAS. Tu m'as trop offensé,N'en espère pardon, Jupin porte-tonnerre, Ta foudre, ni tes traits, ni ce Dieu de la guerre, Ni Bellone sa soeur, ni Déesses, ni Dieux, Ne m'empêcheront pas de te priver des Cieux ;N'espère d'échapper, comme quand Encelade,Aidé de ses Titans te donna l'escalade, Alors que tous les Dieux de l'Olympe fuyant, Allaient en animaux leurs formes transmuant,Vous n'éviterez pas la fureur de ma dextre, Je veux mer, terre, et Cieux en un chaos remettre, Cela vaut déjà fait, puisqu'il est entrepris ; Je dois bientôt monter au céleste pourpris, Ha ; tout tremble déjà au vent de ma parole. JUPITER. Téméraire Athamas, ton entreprise est folle, Je t'empêcherai bien de passer plus avant. ATHAMAS. Courage compagnons, avancez au devant. JUPITER. C'est par trop entrepris, sus il faut que ma foudre, Finissant ta fureur te convertisse en poudre. Là Jupiter le foudroyé. ATHAMAS, foudroyé. Ha ! Quel feu me surprend, quel tonnerre grondant, Sans craindre mon courroux Jupin me va dardant ?Ô rage, ô désespoir, je forcène, je brûle. JUPITER. Traître, pour tes clameurs ta peine ne recule, Tu mourras, et ton corps en poussière réduit, Par le vague de l'air au vent sera conduit ; Telle punition méritait ton audace, Pour croître par ta mort les malheurs de ta race. ATHAMAS. [Note : Larve : Terme d'antiquité. Génie malfaisant, qu'on croyait errer sous des formes hideuses. [L]]Je fuis réduit en feu, démons, larves, fureurs, Parques, coupez mon fil, misérable je meurs. ==================================================