******************************************************** DC.Title = LE BEAU LÉANDRE, COMÉDIE. DC.Author = BANVILLE, Théodore DC.Creator = FIEVRE, Paul DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Subject = Comédie DC.Subject.Classification = 842 DC.Description = Edition du texte cité en titre DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Contributor = DC.Date.Issued content = DC.Date.Created = DC.Date.Modified = Version du texte du 31/07/2024 à 19:00:23. DC.Coverage = France DC.Type = text DC.Format = text/txt DC.Identifier = http://www.theatre-classique.fr/pages/documents/BANVILLE_BEAULEANDRE.xml DC.Source = https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760219z DC.Source.cote = BnF LLA 8-YTH-1845 DC.Language scheme = UTF-8 content=fr DC.Rights = Théâtre Classique, (creative commons CC BY-NC-ND) *************************************************************** LE BEAU LÉANDRE COMÉDIE Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville de 27 septembre 1856 NOUVELLE ÉDITION 1868. Tous droits réservés PAR M. THÉODORE DE BANVILLE et SIRAUDIN LAGNY. - Imprimerie de A. VARIGAULT. LES ACTEURS ORGON, vieux bourgeois vieux. Monsieur CHAUMONT COLOMBINE, si fille, jeune demoiselle coquette. Mademoiselle Amédine LUTHER LÉANDRE, chevalier d'industrie, amant de Colombine. La scène est à Paris, vers 1720. LE BEAU LÉANDRE Le théâtre représente une place publique très déserte, dans le voisinage du Luxembourg. Au fond, une portion de la grille laisse entrevoir, à demi cachés par les massifs d'arbres, les bâtiments et les parterres du palais. Les deux cotés de la scène sont occupés par des maisons vieilles et basses, et par des murs de jardins en ruine, sur lesquels retombent extérieurement des lierres, des branches fleuries et des plantes grimpantes. A droite au premier plan, la maison d'Orgon, construction du temps de Louis XllI, en briques rouges et roses, aux encadrements de pierres taillées à facettes, avec un balcon avancé au premier étage. Au second plan, le mur du jardin, tout couvert de feuillages, et protégé par une borne. Au premier plan, à gauche, un banc de marbre à demi brisé. Le haut des toits s'éclaire peu à peu le soleil vient de se lever. Léandre parait au fond, fait en sautillant le tour du théâtre, puis s'arrête devant la maison d'Orgon en lançant des regards passionnés, et, arrivé sur le devant de la scène, déclame avec enthousiasme les premiers vers. SCÈNE PREMIÈRE. LÉANDRE. Amour, petit archer, fabricant de merveilles,Oiseleur matinal, oui, c'est toi qui m'éveillesA cette heure où l'Aurore en les coloriantOuvre d'un doigt rosé les huis de l'Orient ! Se tournant vers la maison d'Orgon.Chère maison, salut! c'est ici que respire Cet astre devant qui le soleil devient pire,L'étoile de mes yeux et de mon firmament,Rosier, jardin fleuri, lys, perle et diamant,Fuseau qui de mes jours dévide la bobine,Cette délicieuse et jeune Colombine! Tudieu ! Le beau minois ! Quel grand oeil bien fendu 1Quelle dent blanche à mordre en plein fruit défenduEt ces mains ! Et les pieds d'enfant ! Et le corsage,Luxueux ornement d'une fille encor sage,Ou peut s'en faut! Jamais empereur en gala N'eut morceau plus friand et ne s'en régala.Beau Léandre, charmant Léandre, heureux Léandre,Vous avez, j'en conviens, du bonheur à revendreMais épouser! c'est grave. Aller mettre en un jourSur deux fronts de vingt ans l'éteignoir de l'amour! Et puis elle n'a pas le sou ! Je m'examineJe vis de ma tournure et de ma bonne mine,Seul espoir des fripiers ! Serait-il pas fatalD'aliéner ainsi d'un coup mon capital ?L'amour seul bat monnaie, et l'hymen en détresse Bat tout au plus de l'aile Éveillons ma maîtresse.Mais par quel artifice ? Allons, mio caro,Une idée, un moyen ? Casserai-je un carreau?Non pas. Si je chantais ? Ce vieillard colérique,Orgon, arriverait, tenant en main sa trique, Et chercherait querelle à mes talons ! Parbleu !Je tiens ce qu'il me faut; je vais crier : Au feu !S'il paraît, je m'enfuis, je pars comme une bombeSans prévenir, et si c'est ma douce colombeQui s'éveille, je reste avec ivresse Remontant la scène et criant.Au feu ! Au feu ! Tout brûle ! Au feu tout va rôtir! SCÈNE II. Léandre, Colombine. COLOMBINE, paraissant sur le balcon. Mon Dieu !D'où vient tout ce vacarme ? LÉANDRE, continuant à crier. Au feu ! COLOMBINE, apercevant Léandre. C'est toi, Léandre !Quoi ! Tu n'es pas grillé, brûlé, réduit en cendreMais, s'il te plaît, où donc est le feu? LÉANDRE. Dans mon coeur !Il est bien dans tes yeux! Oui, son foyer vainqueur De tes prunelles d'or a passé dans mes veines.Pour calmer sa fureur mes forces furent vaines ! COLOMBINE. Voyez le bon apôtre ! LÉANDRE. En vain ce faible coeurS'est contre tes regards armé de ta rigueur :Tes refus pour l'éteindre en vain faisaient la chaîne, Il fut incendié comme du coeur de chêne ! COLOMBINE. Tu n'es qu'un enjôleur, et je ne te crois pas.À quand le mariage ? LÉANDRE, feignant le désespoir. Ô froids et durs appas !Coeur de neige fondue ! COLOMBINE. À quand le mariage ? LÉANDRE, à part. Elle y tient ! Haut.Ô des cieux rare et charmant ouvrage, Fassent un jour mes voeux que nous nous unissions !Le ciel n'est pas plus pur que mes intentions. COLOMBINE. Alors, marions-nous. LÉANDRE, montant sur la base pour parler plus commodement. Ma chère Colombine,Les destins que pour nous le sort là-haut combine,Par des astres divers sont tous contrarias, Et l'on a vu des gens, pour s'être mariés,Tomber sur leurs vieux jours dans les plus grands désastres.Songeons-y bien ! COLOMBINE. Pour moi, je me moque des astresEt de tes chansons. Point de noces, plus d'amour. LÉANDRE, redescendant à terre. Cruelle ! Laisse-moi te faire un peu ma cour ! COLOMBINE. Ouais ! Vos cours mènent loin ! LÉANDRE, tirant son épée. Si je me désespère,Je vais... COLOMBINE. Va demander l'agrément de mon père.J'aime les discours brefs et les plus courts chemins. COLOMBINE. Il me refusera ! COLOMBINE. Je m'en lave les mains.Fais-lui pour l'attendrir quelqu'un de ces beaux contes Que tu contes si bien ! Au revoir. Elle ferme sa fenêtre. Léandre reste un moment tout penaud, puis s'avance sur le devant de la scène. SCÈNE III. LÉANDRE. Toi, tu comptesSans ton hôte! Après tout, si je me mariais?C'est un grave parti. Certes, je pariaisQue jamais je n'irais à l'île de CythèreFlanqué de deux témoins assistant un notaire Mais aussi que d'écueils au métier des galantsA piper une dupe et courir les brelansOn a du mal, et tout n'est pas couleur de rose !Parfois d'une eau suspecte un bourgeois vous arrose,Et des sergents, dont l'oeil sur vos pas se collait, Au sortir d'un tripot vous happent au collet,Tandis que Cidalise au milieu du tapageFuit à pied dans la crotte en appelant son page.C'est triste! Colombine a le coeur indulgentElle trouve souvent, très souvent de l'argent, Elle est industrieuse et femme de ressourceJamais de tant de biens je n'ai connu la sourceLà-dessus comme amant si je fermais les yeux,Comme mari, je puis les fermer encor mieux.Mais voici le bonhomme, abordons-le. Orgon sort de chez lui, et se parle à lui-même, sans voir Léandre. SCÈNE IV. Léandre, Orgon. ORGON. [Note : Frusques : nippes. [L]]Mes frusques Souffrent évidemment de tous mouvements brusques,Et je m'attends sans cesse à voir dans mon pourpointMille trous assez grands pour y fourrer le poing.L'étoffé en est malade et me demande grâce.Comment me procurer une somme assez grasse Pour remplacer cela, sans bourse délier,Aux dépens d'un confrère ou de quelque écolier ? Apercevant Léandre.Ah ! Léandre ! Évitons-le, il fut toujours ma plaie. LÉANDRE, abordant Orgon. Salut, Seigneur Orgon ! ORGON, feignant de ne pas le reconnaître. Je n'ai pas de monnaie.Je ne donne jamais aux pauvres. LÉANDRE. Vous riez ? ORGON, même jeu. Dans la semaine rien, ni les jours fériésNon plus. LÉANDRE, insistant. Seigneur Orgon, l'entêtement est rare.Je viens ici... ORGON. Chansons. LÉANDRE. Vous saluer ! ORGON. Tarare. LÉANDRE. Un seul mot ! ORGON. Point d'affaire. LÉANDRE. Il faut cependant... LÉANDRE. J'aurais voulu... ORGON. Nenni. LÉANDRE, criant. Mais écoutez mon nom ! Je suis Léandre ! ORGON, feignant de le reconnaître et avec bonhomie. Ah ! Ah ! C'est toi, mon cher Léandre ?Je t'avais pris d'abord, je ne puis m'en défendre,Pour quelque tire-laine. LÉANDRE. Ah vous êtes trop bon ORGON. Que me veux-tu ? LÉANDRE, à part. Tâchons d'adoucir le barbon. Haut.Vraiment, vous vous portez comme un lys ! ORGON. Je me porte Comme un homme qui prend le frais devant sa porte,Et tu me fais l'effet de te porter aussiÀ ravir. Tu n'as plus besoin de moi ? Merci.Adieu. LÉANDRE, le retenant par le bras, avec emphase. J'aime un objet incomparable et rare !Il éblouit la terre ; et l'empyrée avare Regrettant ce chef-d'oeuvre, aux comètes pareil,Des yeux de ma Déesse écarte le soleil.Il n'ose pas d'ailleurs les regarder en face ! ORGON, voulant toujours s'en aller. Il montrera son dos; que veux-tu que j'y fasse? LÉANDRE, le retenant. Son front semble à le voir la nacre de la mer Née avec Cythérée au fond du gouffre amer ;Ses cheveux sont d'or pur ainsi qu'aux séraphines :Nul paradis ne peut avec des perles fines[Note : Visapour : Ancien royaume d'Inde.]Lutter contre ses dents, si ce n'est Visapour,Et la mer Rouge enfin, n'aurait pas suffi pour Fournir en mille fois les coraux de sa lèvre ! ORGON. Alors, mon cher, il faut la porter chez l'orfèvre;Il peut, en ce cas-la, t'en donner un bon prix. LÉANDRE. Celle que j'idolâtre et dont je suis épris,En qui tant de splendeur et de mérite brille... Parlons à coeur ouvert, vous avez une fille ? ORGON. Non, je n'en eus jamais. LÉANDRE. Mais si, vous en avezUne. ORGON. Mais non. LÉANDRE. Mais si. ORGON. Mais non, vous m'énervez.Je n'en ai pas ; et comme en ce lieu je lambine,Adieu. LÉANDRE. Mais si. ORGON. Mais non. LÉANDRE. Vous avez Colombine. ORGON. Eh bien oui, ce chef-d'oeuvre est sorti de mon flanc.Léandre, mon ami, Colombine est mon sang,Bien qu'elle aime à courir, et qu'elle me taquine.Ma défunte, qui fut jadis une coquine,Dans un jour de franchise, ou plutôt de remords, Me dit : Dieu veuille avoir son âme chez les morts!)Que de tous mes enfants, Colombe était la seuleDont ma mère a coup sûr pût se dire l'aïeule. LÉANDRE. Nous voyons arriver, même aux gens les plus forts,Ces choses-là. ORGON. J'ai mis tous les autres dehors, Et j'ai gardé chez moi cette enfant de ma femmeEt de moi. Son aspect épanouit mon âme.Elle cuisine mieux que tous vos marmitons,Me fabrique d'un rien d'excellents mirotons,Et repasse a ravir les jabots de son père. Or, comme son bonheur est tout ce que j'espère,Qu'elle est bien en couleur, qu'elle a le pied mignon,L'oeil vif, et les cheveux fort épais au chignon,Je te déclare ici, sans parole confuse,Que tu n'es point son fait, et je te la refuse. Va-t'en, tire d'ici tes grègues ! LÉANDRE, s'agenouillant. Cher Orgon,J'embrasse vos genoux ORGON. Laissons-là ce jargon,Tire-les. LÉANDRE. Coeur de roc, père trois fois barbare,Plus dur que le granit et que le fer en barre,Que me reprochez-vous ? ORGON. Tu hantes les croupiers. LÉANDRE. C'est un tic. ORGON. Tu seras pendu. LÉANDRE. Moi ! Par les piedsOu par la tête ? ORGON. On sait tes façons meurtrières ;[Note : Verdurier : Celui qui est chargé de fournir les salades dans les maisons royales. [L]]Le long du Marché-Neuf, tu cours les verdurières. LÉANDRE. Seigneur, accordez-moi l'objet qui m'est si cher.Je veux me ranger ! ORGON. Oui, dans quelque port de mer. Tu n'auras pas ma fille. LÉANDRE, tirant son épée. Tragiquement. Ô formidable épée,Lame de mes aïeux, dans tant de sang trempée,Toi qui luttais de rage avec les aquilons,Appui de l'innocence, effroi des coeurs félons,Ô toi qui par le Turc pourrait se voir soumettre, Plonge-toi sans remords dans le flanc de ton maître,Comme en celui d'une hydre, ou bien d'un noir dragon !Ce n'est pas toi, d'ailleurs, c'est le barbare OrgonQui tranche par ton fer le fuseau de ma vie.Montre par mon trépas sa fureur assouvie, Ou pour cet attentat trop loyale en effet,Si ta candeur hésite auprès d'un tel forfait,Je m'en vais de ce pas chercher ma carabine ! ORGON. Que diantre veux-tu faire aussi de Colombine ? LÉANDRE. Le charme de mes yeux, le pôle de mon coeur, L'astre qui me subjugue à son rayon vainqueur,Le tyran adorable à qui je dis : ordonne,Moi, j'obéis. ORGON. Pour dot, sais-tu ce que je donne ? LÉANDRE. Non. ORGON. Aimes-tu la terre ou bien l'argent comptant ? LÉANDRE. L'un et l'autre a de quoi me rendre fort content. ORGON. La monnaie est meilleure, étant moins apparente. LÉANDRE. Oui, mais la terre aussi n'est pas, comme la rente,Variable. ORGON. [Note : Loth : personnage de la Bible, associé à l'épisode de la destruction de Sodome et Gomorrhe.]Eh bien ! Donc, étant moins vieux que Loth,Je prétends marier Colombine sans dot,Et tu peux rengainer ton épée et tes larmes Pour d'autres amours. LÉANDRE, à part. Diantre ! Haut.Épris de ses seuls charmes,Sachez que je l'adore, et que ma passionNe prétend rien de plus que sa possession. ORGON. Cela va bien. LÉANDRE. Brûlant d'une ardeur sans seconde,Avec elle mon sort est le plus beau du monde. ORGON. As-tu de l'argent ? LÉANDRE. Non, pas sur moi. ORGON. Mais ailleursEn as-tu ? LÉANDRE. Moi ? J'espère en des destins meilleurs,Et j'ai vu des papiers dans mes bibliothèques,Par lesquels tous mes biens sont grevés d'hypothèques. ORGON. Que ne le disais-tu tout d'abord ? Touche )A. Mouvement de joie de Léandre.Colombine n'est pas pour toi. LÉANDRE. Comme voilàUn obstiné vieillard, bourreau de sa famille ! ORGON. Parlons raison. Crois-tu que j'aurai fait ma fille,Que chez une fermière, au fond de l'Angoumois,Du prix de mes sueurs j'aurai payé ses mois De nourrice ; qu'enfin de tout soin affranchie,Je l'aurai bien nourrie, élevée et blanchie,Et rendue à mes frais belle comme un printemps,Pour qu'un fat vienne après me la prendre à vingt ans,Sans restituer rien des sommes déboursées? LÉANDRE. Un bon père. ORGON. J'entends. Point de billevesées.Un bon père est assez payé de son amourPar le bonheur de ceux qui lui durent le jour :De ce que j'ai donné pour elle, cher Léandre,Je ne regrette rien, mais je prétends qu'un gendre, En signant le contrat, m'apporte de l'argent. LÉANDRE. Et combien ? ORGON. Vu qu'au fond je te sais indigent,Que je te vois gaillard et rose comme un moine,Et que cette beauté fut ton seul patrimoine ;Vu l'état misérable où toujours tu vécus, Et pour toi seulement, ce sera cent écus. À part, avec malice.Cent écus, c'est le trait qu'ici je lui décoche. LÉANDRE, épouvanté. Cent écus faut-il donc dévaliser le cocheD'Auxerre ? ORGON. Sans croquer plus longtemps le marmot,Séparons-nous ici, voilà mon dernier mot Cent écus trébuchants, ou bien pas d'hyménée. LÉANDRE. Cent écus ! ORGON. Cent écus. Orgon, feint de partir, il va jusqu'à la porte, puis revient. LÉANDRE. Ô fatale journéeOù trouver sur la terre un pareil galion?Il pourrait aussi bien vouloir un million,Ou bien me demander la gabelle et son coffre. Que faire ? ORGON, revenant. Eh bien ! As-tu pesé ce que je t'offre ? LÉANDRE. Seigneur... ORGON. C'est cent écus seulement qu'il me faut.Cent écus. Cent écus. LÉANDRE, prenant violemment son parti. Vous les aurez tantôt. ORGON. À te revoir. À part.Je fais une excellente affaire. SCÈNE V. LÉANDRE. Sous quel dôme céleste et dans quel hémisphère Décrocher d'un seul coup ce brelan de soleils ?Quel obscur souterrain contient des sacs pareils ?Cent écus ne sauraient se trouver sous la queueD'une cavale ! À qui, dessous la voûte bleue,[Note : Pactole : nom d'une petite rivière de Lydie qui charriait de l'or. Fig. grande masse de richesse.]Demander ce pactole, où pourraient, j'en réponds, Naviguer aisément des vaisseaux à trois ponts ?A ma famille? Si j'en ai, je n'en ai guère.Enfant du régiment, je naquis à la guerreSous les drapeaux épars du colonel Amour.À mes amis ? Autant taper sur un tambour, Ou chercher sur les toits des fleurs épanouies.Les amis sont des gens pareils aux parapluies :On ne les a jamais sous la main quand il pleut.Puisque de mes ennuis Colombine s'émeut?Et que pour moi jamais elle ne fut rebelle, Je pourrais demander la somme à cette belle.Je ne fus point ingrat pour son argent défunt :Si je le lui prouvais par un nouvel emprunt ?Oui, mais, honnêtement, se peut-il que je m'aille[Note : Pince-maille : Personne dont l'avarice se montre jusque dans les plus petites choses. [L]]Mettre à lui dire : « Orgon est un vieux pince-maille Qui troque tout au plus trésor contre trésor ;Prêtez-moi ce gâteau fait de farine d'or,Pour que je le lui jette et que je vous épouse ! »Non. Autre tour heureux ? Faisons à ma jalouseLa surprise, ma foi, je m'en sens démanger, D'avoir l'argent par elle, et puis de le manger.Celui-là ne vaut rien, je n'aurais pas la femme.Mais j'aurais cent écus, et, par ma bonne lameCent écus sont jolis à voir, en les mangeant. SCÈNE VI. Léandre, Colombine. COLOMBINE, entrant gaiement. Bonjour, mon chevalier ! LÉANDRE, à part. Te voilà, mon argent. Il va s'asseoir sur le banc et cache sa tête dans ses mains en donnant les signes du plus violent désespoir. COLOMBINE, voulant faire admirer sa parure à Léandre. Me trouves-tu gentille ? Léandre reste immobile.Allons, qu'on me sourie 1Ce matin, ce n'était que pure espièglerieSi je t'ai rudoyé ! Dites-moi, mes amours,Votre chanson nouvelle ! Aime-t-on bien toujoursSa petite Colombe ? LÉANDRE, tragiquement. Ô sombre destinée ! COLOMBINE. Quoi! tu penses encore il cette matinée ?Je riais, je te dis ! LÉANDRE. Ô malheur imprévuSort affreux ! Coup fatal ! COLOMBINE. Qu'est-ce donc ? As-tu vuMon père ? LÉANDRE, comme un homme qui répète machinalement sans comprendre. Votre père ? COLOMBINE. Eh ! Oui, je suis gourmand[e].De nouvelles ! A-t-il accueilli ta demande ? LÉANDRE. J'ai bien pour le moment d'autres chiens à fouetter,Hélas ! COLOMBINE. Qu'as-tu pour geindre et pour pirouetterDe la sorte ? LÉANDRE, avec une profonde mélancolie. Le sage a bien raison de direQue la vie ici-bas est comme un long martyre,Et nous cache un abîme en ses chemins frayés. Criant d'une façon terrible.Un affreux abîme ! COLOMBINE. Ah mon Dieu ! Vous m'effrayez !Qu'avez-vous? LÉANDRE, d'un air sombre. Je possède un frère dans le monde. COLOMBINE. Je l'ignorais. LÉANDRE. Hélas charmante tête blondeUn frère que j'aimais comme mes yeux... bien plus ! COLOMBINE. Il est mort ? LÉANDRE. Non. Avec exaltation.Ô deuil ! Ô regrets superflus ! Ainsi que sont unis la poignée et le glaive,Les doigts avec la main, nous l'étions COLOMBINE. Ciel ! Achève. LÉANDRE. Je ne sais à quoi tient que dans le fond du puitsJe n'aille me jeter ! COLOMBINE. Mais dis-moi. LÉANDRE. Je ne puis. COLOMBINE. Ce frère... LÉANDRE. Plut aux Dieux qu'il eut pu ne pas l'être ! Un ami sûr m'apprend son sort dans cette lettre Il feint de chercher, en retournant toutes ses poches, une lettre qu'il ne trouve pas.Que mes pleurs ont mouillée ! COLOMBINE. Eh bien ? LÉANDRE. Le malheureuxHabitait dans Antibes. Il était amoureux.Antibes est une ville étrange et surannéeQue baigne en son azur la Méditerranée, Un port de mer. Un jour que, loin de tous les siens,Dans un esquif suivi par des musiciens,Il allait promener sur la mer sa maîtresse,(La fraîcheur de la nuit enchantait leur paresse,)Au loin on voyait fuir dans les cieux étoilés Le rivage, et tous deux, par un rideau voilés,Comme ils en admiraient les contours pittoresques,Des corsaires venus des états barharesques. COLOMBINE. On l'a fait prisonnier ? LÉANDRE. Justement. À part.Le moyenEst adroit, et surtout nouveau, mais est-il rien À quoi d'abord un coeur aveuglé ne consente ? Haut et déclamant.Mon pauvre neveu pleure, et sa patrie absenteL'appelle en vain ! Hélas ! Cher neveu ! COLOMBINE. Quel neveu ?Je croyais que c'était votre frère. LÉANDRE. Parbleu !Non, c'est mon neveu. COLOMBINE. Bon. LÉANDRE. Ah ! Les forbans ! Quel crime ! Le malheur, c'est qu'ils ont emmené leur victimeÀ Tunis, j'imagine, ou dans un port voisinOr, ils ne veulent pas relâcher mon cousin,Qui perdit, par surcroît, un oeil dans la bagarre... COLOMBINE. Vous disiez un neveu. LÉANDRE. Moi ? la douleur m'égare À ce point que j'oublie, en mon trouble apparent,À quel degré le pauvre. Octave est mon parent.Mais comme le récit exact de ses misèresM'a touché ! COLOMBINE. Je le crois ! LÉANDRE. Se voir par des corsairesTraité plus durement que chez les Algonquins ! COLOMBINE. Quoi donc, l'ont-ils battu ? LÉANDRE. Sans pitié. Ces requins... Cherchant dans ses poches.J'ai la lettre ; que diable est-elle devenue ?...Lui font scier du bois sur une roche nue... COLOMBINE. Sur une roche ! LÉANDRE. Eh, oui ! COLOMBINE. La barbare façon ! LÉANDRE. Et ne le veulent pas renvoyer sans rançon. Enfin, si je n'ai pas cent écus dans une heurePour ramener ici le neveu que je pleure ;S'il faut que sans secours il périsse là-basSous le bâton d'un Turc... COLOMBINE. Il ne périra pas !Compte sur ton amie en ce péril extrême. Quand te faut-il les cent écus ? LÉANDRE. À l'heure même. COLOMBINE. Eh bien ! Rassure-toi, tu les auras. LÉANDRE, feignant de ne pas avoir entendu. S'il fautQu'ainsi ma loyauté soit surprise en défaut,Malgré mes feux, cherchant le fier trépas du brave,Aux bords tunisiens j'irai rejoindre Octave, Et tous les deux perdus... COLOMBINE. Non, tous les deux sauvésReviens dans un instant. LÉANDRE. Tu l'exiges ? COLOMBINE, lui tendant la main. Vivez ! LÉANDRE, baisant la main de Colombine. Pour vous seule ! Avec emphase.[Note : Quoi qu'il advienne ou qu'il arrive. ( M. Scribe, Les Huguenots acte III, scène IV.)]Quoi qu'il arrive ou qu'il advienne ! Il sort. SCÈNE VII. Colombine, puis Orgon. COLOMBINE. [Note : Gourmer : Battre à coups de poings. [L]]Ah ! Mon père me gourme et m'appelle vaurienneSi je prends les cadeaux des dénicheurs d'amour Lorsqu'ils m'ont reluquée et qu'ils me font la cour[Note : Bisbille : Petite et futile querelle. Très familier. [L]]Ma foi, nous n'aurons plus ensemble de bisbille :J'espère qu'a présent je suis honnête fille,Car je n'accepte rien cette fois d'un amant,Je lui donne au contraire, et je pense vraiment Que d'une vertueuse et sage demoiselleC'est là le fait. Mais vite, il faut montrer mon zèle.Mon père vient ! Toujours il cède en enrageant :11 faut que je le tâte au sujet de l'argent. À Orgon, qui s'avance et qui se trouve près d'elle.Comme vous vous portez aujourd'hui, petit père ! ORGON. Oui. COLOMBINE. Vous vivrez au moins deux cents ans ! ORGON. Je l'espère. COLOMBINE, s'exaltant. Que diriez-vous, au fond vous êtes obligeant,Si j'essayais. de vous emprunter de l'argent ? ORGON. Lorsqu'aux joueurs fameux voulant faire une niche,En poursuivant sa belle un amoureux caniche Se jette au beau milieu d'un jeu de cochonnet,Comment le reçoit-on ? COLOMBINE, arrangeant les cheveux d'Orgon. Si l'on vous bichonnait ?Fi ! Les vilains cheveux ! ORGON. Aucun bal ne s'apprête.Je me trouve charmant et jamais je ne prête. COLOMBINE. Alors donnez-moi ? Cent écus ? ORGON. Le beau fuseau Que vous filez ! J'irais engraisser le museau[Note : Bravache : Fanfaron de sa bravoure. [L]]D'un bravache ! Rayez cet espoir de vos livres.Je ne donnerai pas un écu de six livres. COLOMBINE, gaiement. Oh ! Que si ! ORGON. Pas cinq sous. Retenez bien cela.Dans le jardin je sais de l'argent qu'on cela., J'irai le déterrer. ORGON. Épargne-t'en la peine.Je l'ai mis prudemment sous serrure, et le pêneEst fort solide. COLOMBINE. Bon vous n'êtes pas donneur.Mais si je vous disais qu'il s'agit là d'honneur,Et que, pour cent écus, celui de votre fille Est en danger ? ORGON. Je suis bon père de famille.En toi je vois revivre et mon sang et ma chair,Je fais de ton honneur mon souci le plus cher,J'y tiens mille fois plus qu'à ma vie, et le prouveMais je tiens plus encore à cent écus. COLOMBINE. On trouve Cent écus ! ORGON. [Note : Remploi : Terme de jurisprudence. Remplacement, nouvel emploi. [L]]À coup sûr, pour en faire un remploi.On les trouve, mais on les garde. COLOMBINE. Écoutez-moi !Au lieu d'être mon père, enfin... ORGON. Quelque chimère ! COLOMBINE. Le ciel vous aurait pu faire naître ma mère,Et vous m'auriez porté en votre sein. ORGON. Eh bien ? COLOMBINE. Lorsque je vous dirais : pour si peu, pour un rienJe perds mon avenir ! ORGON. Je répondrais que certes,Ton avenir perdu ce serait une perte,Mais, ma foi, cent écus ! Peste du sentiment 1 COLOMBINE. Chaque fois que je veux vous parler gentiment, Vous cherchez les moyens de me faire une scène Pleurant.Eh bien monsieur, je vais me jeter dans la SeineOui, je veux me noyer ! qui m'en empêchera.?J'y suis bien résolue. ORGON. On te repêchera.Il est des mariniers qui guettent ces aubaines. COLOMBINE. Eh bien vos cheveux blancs verront de mes fredaines.Papa, je les ferai rougir si je m'y mets ! ORGON. Mes cheveux sont d'un blanc qui ne rougit jamais.Jamais ! COLOMBINE. Ah c'est ainsi que vous prenez la choseComme si votre enfant chantait Bouton de Rose ! Votre femme parfois vous donna des souffletsMoi je vous prie, et c'est comme si je soufflaisDans ma flûte ! Sachez que je tiens de ma mère,Monsieur, et que je suis comme elle une commère. ORGON. Je ne le sais que trop. Mais, chut j'entends des pas, Tais-toi. COLOMBINE. Non, sarpejeu ! Je ne me tairai pas.[Note : Collet : Partie d'un vêtement qui entoure le cou. Collet d'habit. [L]][Note : Lucre : Profit qui se tire d'une industrie, d'une opération quelconque. [L]]Qui brode vos collets ? Qui sans espoir de lucreBassine votre lit le soir avec du sucre ? ORGON. Toi, ma fille. COLOMBINE. Ah ! ORGON. Je sais tout ce que je te dois,Mais. COLOMBINE. Qui fait ces ragoûts à s'en lécher les doigts ? ORGON. Toi-même. COLOMBINE. Qui choisit pour vous et la ValléeHier cette oie énorme et si vite avalée ? ORGON. Elle ne valait pas cent écus COLOMBINE. Croyez-vous ?Qui va jusque Montreuil vous chercher du vin doux ? ORGON. Tais-toi, l'on me croirait ivrogne ! COLOMBINE. Je lésine Pour vous plaire, et vous fais moi-même une cuisineD'ambassadeur, avec rien que vous me donnez.Mais que je vous supplie, et vous m'abandonnezSans payer seulement les robes que je traîne ! ORGON. Je veux au jour de l'an te donner quelque étrenne. COLOMBINE. Vous n'avez pas compris tout ce que je valais. ORGON. Si ! COLOMBINE. Je vais dès ce jour vous livrer aux valets ! ORGON. Grâce ! Ma chère enfant COLOMBINE. Cherchez qui vous mijote[Note : Gargote : Petit cabaret où l'on donne à manger à bas prix. ]Ils vous apporteront des plats de la gargote. ORGON. Non ! COLOMBINE. Des plats où les doigts auront fait des circuits Des rôtis calcinés. ORGON, désolé. Et des ragoûts pas cuits ! COLOMBINE. Ils prendront, où l'on fait un commerce qu'empêche[Note : Campêche : Arbre d'Amérique dont le bois fournit une belle teinture rouge. ]La police, des vins faits de bois de campêche ! ORGON. Ma petite mignonne ! COLOMBINE. En vain vous me flattez :Des bouillons sans couleur et des vins frelatés, Voilà votre lot. ORGON, à part, avec attendrissement. Ciel, à qui je rends hommage,Écarte de mes yeux cette funeste image ! Haut.Colombe, mon trésor, vois-tu, j'ai réfléchi :Tes raisons et surtout ta grâce m'ont fléchi.Je m'en vais te donner ton argent. Colombine veut parler, Orgon l'interrompt.Point d'affaire. Je ne demande pas ce que tu veux en faire. COLOMBINE. Et vous faites fort bien. ORGON, à part. Son aplomb m'interdit. COLOMBINE. D'autant mieux que jamais je ne vous l'aurais dit. ORGON, à part. C'est un grave malheur, mais enfin, sans rien prendreChez moi, je donnerai les écus que Léandre Va m'apporter ici tout à l'heure. COLOMBINE, à part. Merci,Amour ! Mon Léandre est sauvé ! Léandre parait au fond.Mais le voici.Quel bonheur ! C'en est fait des périlleux négoces,Je vois s'ouvrir les fleurs de mon bouquet de noces ! SCÈNE VIII. Colombine, Orgon, Léandre ORGON, apercevant Léandre, à part. Il parait justement, cela n'est pas mauvais. COLOMBINE, à Orgon, lui tendant la main. Mon père, donnez-moi les cent écus. ORGON, à Colombine. Je vaisTe les donner. Il fait signe à Léandre, qui vient se placer auprès de lui, et lui dit en lui tendant la main.Mes cent écus ? LÉANDRE. Oui, tout de suite. COLOMBINE, à Orgon, de même. Eh bien ! Donnez-les donc. ORGON, à Colombine. Oui. À Léandre.Ne prends pas la fuite,Donne les cent écus. LÉANDRE, à Orgon. Sans doute, je les ai ORGON, à Léandre. Allons. LÉANDRE, à Orgon. Ne craignez pas au moins d'être lésé. Il change de côté, et va se mettre auprès de Colombine à qui il tend la main.Donne l'argent. COLOMBINE, à Orgon, tendant la main. Donnez. ORGON, qui croit toujours Léandre à côté de lui. Donne donc. LÉANDRE, à Colombine. Allons, donne. ORGON, même jeu. Donne. LÉANDRE, â Colombine. Donne. COLOMBINE, à Orgon. Donnez. ORGON, éclatant haut à Léandre, qu'il aperçoit près de Colombine. Ah ça ! Dieu me pardonne,Où sont mes cent écus ? LÉANDRE, haut à Colombine. Où sont les tiens ? COLOMBINE, à Orgon. Où sontLes vôtres ? ORGON. Je m'y perds vraiment ! Qu'est-ce qu'ils ont ? Haut, à Léandre.Ne m'avais-tu pas dit, aussi vrai que je m'aime, Que tu m'apporterais cent écus ici même ? LÉANDRE, haut, à Orgon. Cet argent que je vous promettais... COLOMBINE, comprenant tout, à Orgon. Est celuiQue vous me promettiez. ORGON, montrant Léandre. Moi, je comptais sur lui ! COLOMBINE, à Léandre. Ainsi ton frère Octave, Antibes, les corsaires... LÉANDRE. C'était pour t'obtenir. ORGON. Vous êtes deux faussaires. Je devrais, et j'en sens quelque tentation,Vous donner à tous deux ma malédiction. COLOMBINE. Mon père !... ORGON, à part. Il n'est que temps de marier ma fille.Je la sens de mes doigts couler comme une anguille. Haut.Épousez-vous, l'argent ne fait pas )e bonheur. LÉANDRE, à part. Ainsi je me serais marié pour l'honneur ! Haut, à Orgon.Tenez, Monsieur Orgon, je sais, père modèle,Ce qu'il vous coûterait de vous séparer d'elle.D'ailleurs, vous n'aimez pas mes procédés errants.Vous ne m'estimez guère, allez ! Jetant Colombine dans les bras d'Orgon.Je vous la rends ! ORGON, à Léandre. Non, amant généreux, tu l'auras, je l'atteste,Et son père avec toi ne veut pas être en reste. Il jette Colombine dans tes bras de Léandre. LÉANDRE. Gardez-la, mes esprits y sont bien résolus.Je ne veux pas vous en priver. Même jeu avec Colombine dans tes bras d'Orgon. ORGON, la lui rejetant. Ni moi non plus. LÉANDRE, même jeu. Entre nous le destin avait mis trop d'espace. Je vous la restitue ! ORGON, même jeu. Et je te la repasse.La voila ! LÉANDRE, même jeu. Vainement vous voulez dépasserMa prudhomie ! ORGON, même jeu. À moi de te la repasser. COLOMBINE, se dégageant violemment. Ah ! Tout beau, s'il vous plaît ! C'est un peu trop de zèle.Vous vous ferez du mal ! Suis-je une demoiselle Qu'on se jette de main en main comme un ballot ?Vous n'y voyez pas clair : prenez votre falot.Tant de beaux sentiments à mettre en étiquettes !Suis-je un volant ? Peut-être, et vous les deux raquettes ? À Léandre, à part, dans un coin.Épouse-moi, Léandre, et quitte le tripot. Mon père est... non pas est, mais a dans un vieux potDes boisseaux de ducats enfouis sous la terreAu fond de son jardin. Tu sauras le mystère.Je tiens les bons endroits. LÉANDRE, la regardant amoureusement. Je les connais aussi,Cher amour ! COLOMBINE, à Orgon. Il consent, et tout est éclairci. ORGON. C'est fort bien, j'applaudis à ce rapatriage.Rien n'est moral au fond comme le mariage À part.Forcé. COLOMBINE. Chacun après des temps plus ou moins longsSe trouve enfin... LÉANDRE, avec un soupir. Heureux ! ORGON, à Léandre, prophétiquement. Tu le seras ! Montrant sa maison.AllonsCélébrer là-dedans cet aimable hyménée. COLOMBINE, au public. Mesdames et Messieurs, la pièce est terminée.Lorsque la Muse agite avec des rires clairsLa Rime, cette épée aux magiques éclairs,Et qu'elle vient à vous le front taché de lie,Ruisselante de pampre et vêtue en Folie, Souffrez-lui sa gaieté, même en de tels excès,Car son rire immortel est le bon sens français. ==================================================