******************************************************** DC.Title = LA POMME, COMÉDIE. DC.Author = BANVILLE, Théodore DC.Creator = FIEVRE, Paul DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Subject = Comédie DC.Subject.Classification = 842 DC.Description = Edition du texte cité en titre DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Contributor = DC.Date.Issued content = DC.Date.Created = DC.Date.Modified = Version du texte du 01/12/2024 à 06:23:54. DC.Coverage = Grèce DC.Type = text DC.Format = text/txt DC.Identifier = http://www.theatre-classique.fr/pages/documents/BANVILLE_POMME.xml DC.Source = https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1642269 DC.Source.cote = BnF LLA YTH-14430 DC.Language scheme = UTF-8 content=fr DC.Rights = Théâtre Classique, (creative commons CC BY-NC-ND) *************************************************************** LA POMME COMÉDIE EN UN ACTE ET EN VERS MDCCCXV. Tous droits réservés PAR M. THÉODORE DE BANVILLE Paris.- Typ. G. Charmerot, 19 rue des Saint-Pères.- 7710. REprésenté pour la première vfois à Paris, sur le Théâtre-Français, le 10 juin 30 juin 1865. LES ACTEURS MERCURE, Monsieur Coquelin. CLÉOPATRE, Mademoiselle Ponsin. Le scène est dans l'île de Cythère. LA POMME Chez la Déesse Vénus, aux portes de la ville de Cythère. Un palais d'été dont les colonne cannelées, les salles bâties à ciel ouvert et les construction prolongées au loin se mêlent à des jardins et des feuillages. Sur les murailles, des flûtes et des lyres. Une statue de l'Amour enfant, nu et appuyé sur son arc ; une fontaine jaillissante, dont l'eau retombe dans un bassin d'or. Jardinières de marbre sculpté d'où s'élancent de grandes fleurs éclatantes ; lits couverts de riches étoffes d'Asie ; meubles d'ivoire. Sur une table de mosaïque sont posés un coffret d'où les riches joyaux débordent, et un miroir à main en or poli. On est au milieu d'une jour d'été brûlant, où tout languit et frissonne dans la lumière blanche. SCÈNE PREMIÈRE. MERCURE. J'y suis enfin ! - Voilà Cythère, et la maison.Où demeure Cypris dans la belle saison.Oh ! Je suis las ! Mes pieds devancent les gazelles,Et quand je ne cours pas, il faut voler. Mes ailesN'en peuvent plus. Mon sort me devient odieux. Quel état que celui de messager des dieux ! Paresseux et gourmand, ce serait mon affaireDe bien manger, de bien dormir, de ne rien faireEt d'économiser mon travail et mes pas.Chansons ! Je ne dors pas et je ne mange pas ! Si je veux sommeiller sous la nuée obscure,Mille voix aussitôt m'appellent : Imitant diverses voix de femmes auxquelles il répond à mesure qu'elles lui parlent.- Ho Mercure !Hein ? Mercure par ci ! Quoi ? Mercure par-là !En haut ! En bas ! Partout ! Las ou non, me voilà. Au public.Oui, quoi que dieu pasteur, prince et conducteur d'âmes, C'est moi qui fais encor les courses de ces dames.Celle-ci veut sa flûte et l'autre son tambour !Et ce n'est rien auprès des messages d'amour !À travers les grands cieux je vais de porte en porte,Et je les porte. Après une pause.J'en rougis. Mais je les porte Imitant le ton qu'il prend pour s'acquitter d'un message.« Cher seigneur, ce jasmin vient de qui tu sais bien.Bon espoir. Et surtout pas un mot. N'en dis rien. D'une voix plus douce, et comme s'acquittant d'un autre message.Ma Nymphe, Jupiter de là-haut te fait signe.Sois heureuse. Il viendra dans son habit de cygne.» Tirant la pomme du filet où elle est contenue.En ce moment encor je vais porter ceci : Une pomme. Tout près. Rien qu'à Sparte ! Merci,À Sparte ! Oui, Jupiter l'envoie. « À la plus belle ! »C'est-à-dire à la Reine, hier encor rebelle,Qui, ce matin. Léda trouva ce damoiseauPlus tendre, j'imagine, en figure d'oiseau ! Donc, j'arrivais à peine, il faut que je reparte.Il faut porter la pomme à la Reine de Sparte! Avec indignation.Ô misère ! Je vis dans un monde enchantéOù toute forêt cache une divinité,Où la naïade rit dans chaque source pure, Où la dryade jette au vent sa chevelure,Où les Nymphes en choeur sur le mont escarpéMènent leur danse agile, et toujours occupéÀ conter de la part des Dieux le même conte,Je n'ai pas le temps d'être amoureux pour mon compte ! Avec résolution.Eh bien ! Si ! Le coureur se révolte. Je suisAmoureux fou. D'Hébé. Mais plus je la poursuis,Plus elle fuit, ou bien elle m'envoie à droite,À gauche, sans repos. Oui, cette Nymphe adroiteMe fait trotter, courir, Dieux ! ? Pourquoi suis-je ici, À Cythère ? Le fait doit vous être éclairci.Mais, quand je l'aurai dit, comme l'on va se rireDe ma crédulité ! Je viens, c'est du délire !Dans le frivole espoir... d'un rien, d'un rendez-vousAvec Hébé, je viens. mais quoi ! Nous sommes tous Plus ou moins fous, je viens... dérober la ceintureDe Vénus ! Ô l'étrange et l'absurde aventure !On peut voler un astre au ciel, on peut vouloirFaire taire une femme ou rendre un cygne noir ;Emprisonner la mer d'azur dans la corbeille D'une nymphe, ou bien suivre en courant une abeille,On le peut ; mais voler cette ceinture, non !Or, voici l'incident qui se produit : JunonCherche à reconquérir son époux infidèle,Qui depuis trop longtemps fait le cygne loin d'elle ! Mais pour mener à bien cet honnête roman,Il lui faut, (dit Hébé,) le divin talismanAuquel rien ne résiste, en un mot, la ceintureDont Cypris elle-même enchante la nature !Sans doute, on lui dirait en vain : « Prête-nous la ! » Cypris ne prête plus cette ceinture-là.Mais si je puis l'avoir par force ou par adresse,Hébé, si dévouée à sa bonne maîtresse,Me promet que mes voeux, jusqu'à présent déçus,Se pourront voir. Avec fatuité.Je dois me taire là-dessus ! Même, tout est prévu ! Si Junon d'aventureRéussit sans avoir besoin de la ceinture,La promesse d'Hébé tient encore, et je suisAverti, car Junon, dont on sait les ennuis,A pour premier souci, lorsque Jupiter l'aime, De l'annoncer au monde, en faisant elle-mêmeParler la foudre avec un accent souverain.La foudre gronde alors au front du ciel serein,Rajeunissant la terre et la vague profonde,Et le bonheur d'un Dieu fait le bonheur du monde. Traduire ainsi : « Junon fait bon ménage au ciel, »C'est un bizarre emploi du style officiel !Enfin, quoi qu'il en soit, je courtise et j'adoreHébé, si gracieuse à porter son amphore.Ce qu'elle veut de moi, je l'aurai ! Fort bien. Mais Par quel moyen ? Par quel artifice ? Jamais,Fût-ce pour un instant, Cypris aux bras de neigeNe quitte la ceinture. À moins... À moins... Que sais-je ?Je séduirai Cypris ! Pourquoi pas ? J'ai la dentBlanche, la chevelure épaisse et l'oeil ardent ; Et Cypris, une fois conquise, me procureLe bonheur d'attendrir ma belle. Heureux Mercure !Vénus! J'entends son pas rapide et triomphant.Serrons ma pomme. Chut ! il va cacher le tUet qui contient la pomme derrière un grand vase placé sur un piédestal, qui pour quelques instants Je dérobera lui-même aux yeux de Vénus. Elle entre, atanguie par l'ennui imptatablé d'un jour d'été et de l'heure de midi; SCÈNE II. Vénus, Mercure. VÉNUS. Que l'air est étouffant !Toujours le même ciel et ses saphirs moroses ! Toujours le même azur ! Toujours les mêmes roses!Oh ! que ne suis-je, ainsi que Diane, parmiLes chasseresses, dans le grand bois endormiQu'éveillent tout à coup, par les rouges aurores,Les aboiements des chiens et les grands cris sonores ! Je sens devant mes yeux flotter une vapeurDe feu. Prenant son miroir. Avec une moue enfantine.Viens, toi, miroir. Après s'être regardée.Je suis à faire peur. Au miroir.Va-t-en. Elle va pour jeter son miroir mais elle n'achève pas le geste et se regarde de nouveau.Cette coiffure est laide. Avec accablement.Oh ! Je m'ennuie.Ne tombera-t-il pas quelques gouttes de pluie ! MERCURE, à part. Elle s'ennuie. Elle est maussade. Elle veut voir La nuée en courroux sur la terre pleuvoir.Elle a ses nerfs ! J'arrive à l'instant favorable.Produisons-nous. Allons. Regardant Vénus avec convoitise.C'est qu'elle est adorable ! Haut.Salut, belle Cypris. VÉNUS, très nonchalamment. Bonjour. De quelle partViens-tu? MERCURE, piqué. De quelle part ! De la mienne. VÉNUS, d'un ton glacé. Il est tard. Adieu, Seigneur Mercure. Il faut que je me parePour le festin des Dieux. MERCURE. Ne sois pas si barbare.Demeure. VÉNUS. Que veux-tu me dire ? MERCURE, regardant Vénus avec amour. Les beaux yeuxTel est l'éblouissant rayonnement des cieux,Lorsque le dieu Soleil y guide son quadrige À travers des chemins de perles ! Mais, que dis-je !L'azur délicieux, dont l'astre d'or s'éprend,Ne vaut pas tes regards ! VÉNUS, très surprise. Tiens ! Qu'est-ce qui te prend ?Je ne t'ai jamais vu comme cela. MERCURE. Tes vaguesPrunelles ont gardé la profondeur des vagues Que sur l'immensité des mers tu contemplais,Le jour où tu naquis ! VÉNUS. Parle encor. Tu me plais. MERCURE, à part, avec fatuité. J'en étais sûr! Haut.Tu viens, et la terre est en fête ! VÉNUS. Comment donc ! On dirait que te voilà poète ! MERCURE. Oui, je le suis. Pour toi ! Le rhythme, oiseau charmant, Entre dans mon esprit avec l'enchantementQue ta présence donne à l'univers physique,Et tout en moi devient harmonie et musique ! VÉNUS. Oui vraiment, c'est parler comme un faiseur de vers ! MERCURE. C'est que j'aime ! VÉNUS. Crois-moi, les lauriers sont trop verts. Abandonne l'emploi de poète lyrique ;L'honneur en est douteux et le gain chimérique.Le génie est un gueux pensif qui meurt de faim. MERCURE. Quoi ! Tant d'amour... VÉNUS. Soyons sérieux, à la fin.La plus courte folie est, dit-on, la meilleure. Je m'ennuyais, tu m'as distraite. À la bonne heure.Tu te diras le reste à toi-même, en marchant.Quel est ton état ? Dieu des marchands ? Sois marchand.À quoi sert un courrier, s'il ne court ? Prends tes ailesÀ ton cou. Fais ménage avec les hirondelles. MERCURE, piteusement. Mais ,je brûle! VÉNUS. Traverse un nuage, et ce feuVa s'éteindre. MERCURE. Inhumaine ! VÉNUS, excédée. Oh ! Je t'en prie. Adieu. Avec ennui.Quand chacun en fadeurs près de moi s'évertue,Hélas ! J'aimerais mieux, je crois, être battue.M'assassiner ainsi, c'est une trahison, Un meurtre, et ce n'est pas vraiment une raison,Si ces faibles attraits m'ont valu quelque gloire,Pour m'en punir toujours d'une façon si noire ! MERCURE. Je pars donc. Silence de Vénus. Insistant.Je m'en vais. VÉNUS. Bon ! MERCURE, à part. Je suis mal tombé.Je n'irai pas ce soir au rendez-vous d'Hébé. Battu partout ! Deux coeurs du même coup rebelles !Je reste sans amour et seul entre deux belles !Partons. Allons porter la pomme aux blanches dentsDe Léda. Mercure, se disposant à partir, va prendre à la place où il l'a caché le filet qui contient la pomme, et s'assure qu'il est solidement fermé. VÉNUS, apercevant le filet. Qu'est ceci ? MERCURE, de mauvaise humeur. Rien. VÉNUS. Qu'as-tu là dedans,Mercure ? MERCURE. Là-dedans ? VÉNUS. Dis-le-moi. MERCURE. Rien, te dis-je. VÉNUS. Si. MERCURE. Que t'importe ? VÉNUS. Enfin, dis-le-moi, je l'exige. MERCURE. Tout de bon ? VÉNUS. Je le veux. MERCURE. Et moi non. À mon tourD'être méchant. VÉNUS. C'est pour la jeune Iris ? MERCURE. Non. VÉNUS. PourPhébus le Blond ? MERCURE. Non. VÉNUS. Pour Mars ? MERCURE. Non. VÉNUS. [Note : Terpsichore : Nom d'une des neuf Muses, celle qui préside à la danse. [L]]Pour Terpsichore ? MERCURE. Non. VÉNUS. Dis-moi ce que c'est ! MERCURE. Rien du tout. VÉNUS. Mais encore ? VÉNUS. Je ne t'écoute plus. Autant je t'admirai,Autant mon juste orgueil se doit... VÉNUS. Je t'aimerai !Dis-le. MERCURE. Belle promesse, et vraie, et sérieuse ! VÉNUS, frappant du pied. Tu le diras, ou bien. MERCURE, à part. Tiens! tiens! tiens! Curieuse! Elle est prise. Haut.L'objet qu'enferme ce réseau Ne vaut pas, à bien dire, une plume d'oiseauQui s'en va dans la brume avec le vent d'orage ;Pourtant,'je ne puis pas te l'offrir, dont j'enrage !Et j'aime mieux m'enfuir au ciel aérienQue d'oser, par malheur, te refuser - ce rien ! VÉNUS. Montre-le moi, - ce rien ! MERCURE. À quoi bon ? VÉNUS. Je t'en prie. MERCURE. Je ne puis. VÉNUS. J'ai regret de ma coquetterie. MERCURE. Cruelle ! VÉNUS, tendrement. On pense oui souvent, lorsqu'on dit non. MERCURE. [Note : Junon : Une des principales divinités du ciel païen, épouse de Jupiter et reine des dieux. [L]]C'est un fruit inconnu que j'apporte à Junon. À part.Bien menti ! VÉNUS, regardant et flairant la pomme, qu'elle a d'abord voulu prendre, mais que Mercure n'a pas lâchée. Le beau fruit ! Quel parfum ! On le nomme ? MERCURE. Il n'importe. VÉNUS. Dis-moi son nom ! MERCURE. C'est une pomme. VÉNUS, avec une grâce enfantine. Le joli fruit ! Le nom charmant ! Donne-la-moi,Ami ! MERCURE, retenant la pomme. Si je veux pour jamais fâcher le roiDe l'Olympe, ce Dieu qui jamais ne diffèreÀ nous punir, je n'ai pas autre chose à faire. Il saurait se venger par quelque affreux tourment ! VÉNUS. Eh bien, prête-la-moi. Mercure fait un geste de dénégation.Pour un petit moment !Permets du moins que seule, à mon aise, j'admireSa couleur de rubis et son parfum de myrrhe. MERCURE. Oh ! Comme devant toi mon amour ébloui Est faible ! VÉNUS. N'est-ce pas que tu veux bien ? Dis : oui ! MERCURE. Je vais y réfléchir. À part, tandis que Vénus suit ses mouvements d'un regard inquiet.En ses mains ? Pourquoi pas ? Toute femme se nommeFragilité ! Vénus peut faiblir, et partant... - C'est dit ! Je la lui laisse ! Et Léda qui m'attend Près de l'Eurotas ! ? Bah ! Dans les grands cieux limpidesOn va vite. Il fait beau, mes ailes sont rapides,J'ai le temps de parer a tout événement ! VÉNUS. Eh bien ! MERCURE. Pour un moment, n'est-ce pas ? JustementJ'aurais certain message à porter, j'imagine, Près d'ici. VÉNUS. Quel bonheur ! MERCURE, tenant haut la pomme. Oui, dans l'île d'Égine.Mais, si je te prêtais ce fruit, a mon retourMe le rendrais-tu ? VÉNUS, se levant sur la pointe des pieds pour atteindre la pomme. Bon Mercure ! Tant d'amour ! MERCURE. Tu me tromperais ! VÉNUS. Non. MERCURE. Je le vois. VÉNUS. Oh ! Mercure ! MERCURE. Tu m'as si mal reçu ! VÉNUS. C'est vrai. Mais je te jure... MERCURE. Par quoi ? VÉNUS. Par !... Quel serment te faut-il ? MERCURE. Le phénix.Des serments. VÉNUS, effrayée. Le Styx ? MERCURE. Oui. - Jure. VÉNUS. Soit. - Par le Styx ! MERCURE. Jure qu'à mon retour... VÉNUS, impatientée. Oui ! MERCURE. Tu rendras la pomme. VÉNUS. Et bien, par l'eau du Styx... je le jure. À part.Il m'assomme. Haut et voulant prendre la pomme.Donne. MERCURE, retirant la pomme. Songe que seul je puis te relever De ton serment ! VÉNUS. Sans doute. Ai-je l'air de rêver ?Je sais ce que je dois à ma noble origine ! MERCURE, abandonnant la pomme à Vénus, qui s'en saisit avec un air de joie et de triomphe. Alors, c'est dit. VÉNUS, toute à la pomme. Va-t'en vite à l'île d'Égine. MERCURE. J'y vais. VÉNUS, admirant la pomme. Qu'elle est jolie ! Elle a le teint vermeil.On voit que le baiser amoureux du soleil L'a caressée. MERCURE. Adieu, belle Vénus. VÉNUS. Mercure,Adieu. MERCURE. Vénus, Hébé, la pomme, la ceinture,Tout marche bien. Je puis gaîment prendre mon vol.Vive Mercure, dieu de l'adresse. et du vol ! SCÈNE III. VÉNUS. Il nous laisse à la fin ! - Viens que je te regarde, Pomme rose ! Qu'elle est gracieuse et mignarde !Les corolles en feu dont le nom m'est si cherÉblouissent moins qu'elle. On dirait que sa chairEst vivante, et sa peau rougissante et doréeFrémit à mon contact, comme une fleur pourprée. Respirant et flairant la pomme.Suave et délicat parfum ! Si pénétrantQu'il me trouble, et je crois sentir, en respirantCette mystérieuse haleine avec délice,Que sa verte fraîcheur dans mes veines se glisse. Rêvant.Une pomme. Quel goût peut-elle avoir ? Approchant la pomme de ses lèvres.Je puis Le savoir tout a fait. Je n'ai qu'à mordre. Retirant vivement la pomme.Et puisAprès ? Ce serait mal, car j'ai juré. Avec un long soupir.Mais commeCela doit être bon de manger une pomme ! Approchant encore la pomme de ses lèvres.Si je veux... La retirant.Non, c'est mal. Éteins-toi, mon désir,Meurs ! Si vous m'épiez, brise, tremblant zéphyr, Vous voyez que je suis sage et que je retireMes lèvres de ce fruit caressant qui m'attire ! Avec dépit.Vraiment, cette Junon est heureuse. Elle n'aQu'à parler ! On irait jusqu'au fond de l'EtnaPour chercher ce que veut son caprice farouche. Douce pomme ! On dirait qu'elle baise ma bouche ! Parlant a ta pomme.Tu me tentes ! Tu viens mêler ton souffle au mien,Charmeresse ! Va-t-en. Je ne veux pas. Comme involontairement, elle donne un coup de dent et mord la pomme. Lui parlant.Eh bien,Folle ! Avec une philosophie résignée.Tant pis. Le mal est fait. Il ne m'en coûtePas plus d'en finir. Non. Je veux la manger toute. Ma foi ! Junon verra son espoir envolé !Je m'en moque. Mordant la pomme à belles dents.Oh ! C'est bon ! Bon comme un fruit volé !C'est bon comme un tour fait à Junon ! Elle mange la pomme. Comme frappée d'une idée subite.Que dirai-jeÀ Mercure ? Se rassurant tout de suite.Après tout, il me tendait un piège !Chacun te loue avec raison d'être éloquent Et beau diseur ; mais il est Dieu, par conséquentHomme, par conséquent... Imbécile ! Bonne âmeSi l'on veut, mais sot. Moi, je suis doublement femme,À tout le moins ! Les gens du sexe fort sont nésPour être des pantins qu'on mené par le nez. S'asseyant sur le lit de repos.Et je m'efforcerais à chercher que lui dire ?Des raisons ? J'ai mes yeux. Des mots ? J'ai mon sourire ! SCÈNE IV. Vénus, Mercure. MERCURE, entrant, à part. Vénus est là ! Regardant Vénus, toujours absorbée dans ses réflexions.Ses yeux semblent irrésolus.A-t-elle encore la pomme, ou ne l'a-t-elle plus ?Voilà la question ! VÉNUS, à part. Je me fais une fête De tromper ce trompeur. C'est une affaire faite. Apercevant Mercure.Ah ! Le voici ! Haut à Mercure d'un ton gracieux.Déjà de retour ? MERCURE. Oui. VÉNUS. Sais-tuÀ quoi je pensais, là, dans ce réduit vêtuD'ombre, où j'entends parler mon coeur que nul n'écoute?À ce que tu m'as dit tantôt. C'était sans doute Par passe-temps ! MERCURE, affriandé. Non pas ! VÉNUS, avec coquetterie. Ce langage discretEt tendre de l'amour est si doux qu'on voudraitY croire ! MERCURE. Ô bonheur ! VÉNUS. Mais le moyen ? Je supposeQue lorsqu'Iris te parle avec sa bouche rose,Tu lui fais comme à moi tous ces contes en l'air ! MERCURE. Que puissent à la fois le tonnerre et l'éclairDescendre sur mon front si j'ai cette pensée ! VÉNUS, rêveuse et avec coquetterie. Sans doute, bien souvent, du tumulte lassée,On aimerait, fuyant le rire de nos soeurs,A s'endormir parmi les sereines douceurs D'une amitié fidèle, ainsi que dans un songe !Mais, à qui se fier ? MERCURE. À moi ! VÉNUS. Tout est mensonge.On ne voit pas les coeurs ! MERCURE. Le mien est plein de toi. VÉNUS. Eh bien, un jour, plus tard, ce n'est pas sans effroiQue chez nous la fierté mourante s'humilie, Tu me reparleras, quoique ce soit folie.... MERCURE. De mon amour ? VÉNUS. Je n'y crois pas. MERCURE, avec reproche. Oh ! VÉNUS. Mais il estTel mensonge parfois dont la grâce nous plaîtPlus que la vérité ! MERCURE. Laisse que je te jure... VÉNUS. Rien. Montrant la fontaine jaillissante.Au bruit de cette onde heureuse qui murmure, J'y veux rêver tout bas, seule sous le ciel bleu,Sans que rien ne se mêle à ma pensée. Tendrement.Adieu. MERCURE, à part. Adieu, tout bonnement, sans plus d'affaire ! En sommeTout ce phébus tondait à m'esquiver la pomme !Nous verrons. Haut.Laisse-moi baiser ces petits doigts De lys ! VÉNUS. Mercure, non! Je ne sais si je dois. MERCURE. Tu le dois. VÉNUS, se levant et s'éloignant tout à fait de Mercure. Non. Plus tard. Ma beauté qu'on renommeRedoute son vainqueur ! MERCURE, très froidement. C'est juste. Alors, Tendant sa main.Ma pomme. VÉNUS. Hein ? Quoi ! VÉNUS. On ne m'aimaJamais plus tendrement, pourtant je tremble. MERCURE. Ma Pomme ! VÉNUS. Tu sais, ami, le jour qu'on nous délaisse,C'est nous, nous qui pleurons un moment de faiblesse !Quitte-moi. J'ai besoin du calme bienfaisant.Un jour, quand je serai plus forte qu'à présent,Nous nous retrouverons tous deux assis là ! MERCURE, s'asseyant sur le lit de repos et attirant Vénus près de lui. Comme Nous y voici. Tendant la main.Rends-moi ma pomme. VÉNUS, feignant l'étonnement. Quelle pomme ? MERCURE. La pomme qu'admiraient tes regards curieux,Ce matin ! Tendant la main.Rends-la moi. VÉNUS, feignant une extrême surprise. Quoi ! C'est donc sérieux !Ce joujou, cette - pomme, oui, je l'ai souhaitée,Ayant cru que, par jeu, tu l'avais apportée Comme un amusement, pour divertir mon filsAux cheveux d'or, qui rit là-bas parmi les lys !Puisque c'est sérieux. MERCURE. Très sérieux. VÉNUS, à part. Que dire ? Haut, d'une voix très caressante.Puisque tes beaux serments, ton amour, ton délire,Tout ce que tu voulais, tout ce que je rêvais Te laisse du loisir pour la pomme... MERCURE, un peu honteux. Oh ! VÉNUS, voulant gagner du temps. Je vaisLa chercher. MERCURE, à part. Tout de bon ! Elle va me la rendre ? Mais ce n'est pas mon compte ! Haut.Attends... VÉNUS. Que sert d'attendre ?Tu reprendras ce qui t'est dû, mais, en retour,Ne me viens plus après parler de ton amour. MERCURE, confus. Si je... VÉNUS. Tout est fini. Tu quitteras Cythère. MERCURE, à part. Vaincu ! Par hasard, il baisse les yeux vers la terre, et aperçoit tout à coup les pépins de la pomme que Vénus y a jetés. Avec la joie du triomphe.Dieu ! Ces pépins qu'elle a jetés à terre !Elle a croqué la pomme ! Haut, d'un ton patelin.Oh ! Cypris, n'y va pas.C'est inutile. VÉNUS. Mais... MERCURE. Épargne-toi des pasSuperflus. VÉNUS. Je veux voir où l'on aura pu mettre Cette pomme ! MERCURE, ramassant par terre les pépins de la pomme et les montrant à Vénus. Voilà qui pourra te permettreDe ne pas la chercher dans l'herbe, - ou sous les pins ! VÉNUS, confondue. Ah ! MERCURE. Vois-tu ? VÉNUS, faisant semblant de ne pas savoir ce dont il s'agit. Qu'est cela ? MERCURE. Les pépins. VÉNUS. Les pépins ? MERCURE. Eux-mêmes. Si la pomme à Junon adjugéeNe se trouve pas, c'est... VÉNUS. C'est ?... MERCURE. Que tu t'as mangée ! VÉNUS. Eh bien ? MERCURE. Comment ? Eh bien ! - Sais-tu que pour avoirDevant tes yeux de flamme oublié mon devoir,Je puis être exilé dès demain, dans des sitesFort tristes, par delà l'univers, chez les Scythes !Il se peut que, malgré mes soupirs éloquents, Je sois, comme Vulcain, jeté sous des volcans,Ou que, m'assimilant à Phébus, on m'admetteÀ garder les moutons comme lui, chez Admète ! VÉNUS. Pauvre Mercure ! MERCURE. Oui, pauvre Mercure ! - MaisAussi, pauvre Vénus Écoute, je t'aimais, C'est vrai; mais ne crois pas que, seul, sous des cieux mornesJe m'exile. Après tout, la clémence a des bornes. VÉNUS. Comment ? MERCURE. C'est assez clair. Tu m'as fait un sermentTerrible, par le Styx, et nécessairementTu prendras la moitié du châtiment. Embrasse Ton fils, il en est temps. VÉNUS. Non, grâce! MERCURE. Pas de grâce.Ah ! Tu manges ainsi nos pommes ! Tu me faisExiler pour payer le prix de tes forfaits,Et tu crois que je vais partir avec ma flûte,Calme et gai, sans vouloir t'entraîner dans ma chute : La Scythie, où les froids sont fort invétérés,Est un pays aimable, et vous en tâterez. VÉNUS. Grâce ! MERCURE. Non pas, Vénus. Ta gloire aussi s'efface !Je veux être berger! Soit. Mais que l'on te fasseBergère ! Ces joyaux, dont le ciel est jaloux, Tu ne les auras plus ! Ni ces parfums si douxQue les Grâces versaient sur tes robes hautaines ! VÉNUS. Ô Dieux ! MERCURE. Tu laveras tes bras dans les fontaines ! VÉNUS. Dans les fontaines ! De l'eau pure ! MERCURE. Et si tu veuxQu'on célèbre ton front de reine ou tes cheveux, Des bouviers mal lèches, que le désert façonne,Te diront ces douceurs ! VÉNUS. Des bouviers ! Je frissonne. MERCURE, à part. Je te tiens dans ma main, Déesse au front charmant !Et, pour te racheter de ton fatal serment,Cypris, tu ne peux me refuser la ceinture. Mais quoi ! Fi de si plats moyens ! Quelle imposturePiteuse ! - Qui sera de sa gloire jalouxSi ce n'est moi, le roi superbe des filous,Qui sus dérober, fier de ma divine essence,Les troupeaux d'Apollon, le jour de ma naissance ! Sois noble, ô mon génie, et laissons en ce lieuLe souvenir d'un vol qui soit digne d'un Dieu ! Regardant Vénus à la dérobée.Elle est charmante avec cette petite moue ! - À présent, c'est ton coeur, Cypris, que je te joue ! Haut, à Vénus.Tu garderas ta place au choeur olympien. Je te rends ton serment. Je ne veux rien. VÉNUS, étonnée. Rien ! MERCURE. Rien. VÉNUS. Tu m'étonnes ! MERCURE. Je vais t'étonner plus encore !Tu m'as trompé, tu m'as exilé ; je t'adoreEt te bénis ! Cypris, croiras-tu désormaisÀ la sincérité de mes paroles ? VÉNUS. Mais L'inflexible courroux de Jupiter ? MERCURE. Qu'importeSi le palais sacré ferme sur moi sa porteEt si je ne vois plus les demeures des Dieux !Je le subirai seul, ce courroux odieux,Et pour moi, pauvre fou qui t'adore et qui t'aime, Si tu ne me hais plus, l'exil c'est le ciel même ! VÉNUS, touchée. On ne te connaît pas ! MERCURE, en tartuffe. Non. Mais toi, maintenant,Tu me connais! VÉNUS. Les Dieux loin du ciel rayonnantVont t'exiler ! Tu pars chargé de leur disgrâce !Mais moi, je ne suis pas de celles qu'on surpasse En générosité. Que ton front abattuSe relève ! Tu dois fuir l'Olympe ! Veux-tuMa Cypre bien-aimée, et ces villes d'où monteVers moi l'encens ? Paphos, Idalie, Amathonte ?Dis, veux-tu Salamine, enchantement des deux ? MERCURE. Je voudrais, je l'avoue, un bien plus précieuxQue Paphos, Amathonte, et même Salamine ! VÉNUS. Ces joyaux, que le feu des rubis illumine,Plus brillants que jamais aux cieux n'étincelaLe matin, les veux-tu ? MERCURE, avec intention. Non. Ce n'est pas cela Que je voudrais. VÉNUS. Veux-tu ces agrafes ? Ces boucles[Note : Escarboucle : Nom que les anciens donnaient aux rubis. [L] ]De saphirs ? Ces colliers où de mille escarbouclesFrémit l'éclair, qui met l'univers sous ma loi ? MERCURE. Non. Je veux plus encor ! VÉNUS. Veux-tu... Que sais-je, moi !Ma ceinture ! MERCURE, laissant échapper un cri de joie et de triomphe. Ah ! VÉNUS. C'est donc cela ? MERCURE, composant immédiatement son visage et affectant une profonde indifférence. Non. Ta ceinture ? Quelle folie ! VÉNUS, à part. Il n'en veut pas! Haut.Prends-la, Mercure.Tiens. Prends-la pour charmer l'ennui de ton exil. MERCURE, hypocritement. À quoi bon ? Qu'en ferais-je ? VÉNUS, à part. Au fait, qu'en ferait-il ? Haut.Si. Prends-La. Je le veux. Lui mettant la ceinture dans la main.Accepte-la, te dis-je. MERCURE, prenant la ceinture des mains de Vénus. Cette ceinture émue et vivante, ô prodige ! Tu me l'offres, à moi, Cypris ! En véritéJ'en rougis ! Dieu connu pour mon austérité,D'un oeil indifférent et sec je la regarde,Mais, puisque tu le veux, chère âme, je la garde ! VÉNUS, stupéfaite. Ma ceinture ! MERCURE, voulant cacher dans sa poitrine la ceinture de Vénus. Les feux dont elle m'enflamma Brûleront à jamais cette poitrine ! VÉNUS. MaCeinture ! MERCURE. Là, jusqu'à l'éternité future,Fidèle ami, je la garderai. VÉNUS. Ma ceinture ! MERCURE. En elle je pourrai revoir ta lèvre en fleurEt tes beaux cheveux d'or ! VÉNUS. Ma ceinture ! Au voleur ! Un coup de tonnerre retentit, Vénus et Mercure se séparent vivement et gardent un moment le silence.Tiens ! Jupiter m'entend. C'est un coup de tonnerre. MERCURE, souriant, à part. Non. Hébé m'avertit. Le maître débonnaireA fait sa paix. Le cygne a réparé ses torts.Donc, je n'ai plus besoin de la ceinture. AlorsSoyons grand. Haut.Ô Vénus, je t'éprouvais. Cette arme Céleste, la ceinture où dort le divin charme,Objet de tes regrets, dont les feux enivrantsEmbrasent la nature... VÉNUS. Eh bien ? MERCURE. Je te la rends ! VÉNUS. Encore ! MERCURE. Encor, Cypris ! VÉNUS. À cause du tonnerre,Traître Tu vois qu'avec sa justice ordinaire Le maître t'y contraint. Ne fais pas l'étonné. MERCURE. Tu te trompes. Là-haut Jupiter a tonnéPour réclamer sa pomme. En cette conjecture,Je pouvais, en offrant à Junon ta ceinture,Désarmer sa colère avec ce riche don, Mais il ne me plaît pas d'obtenir mon pardon ! VÉNUS. Quoi ! MERCURE. Règne. Sois heureuse en ce riant asile.Moi, je cherche la brume et l'oubli. Je m'exile. VÉNUS. Pourquoi donc ? MERCURE. Mon malheur n'est rien, mais tu l'accroisEn ne voulant pas croire à mon amour ! VÉNUS, tendant ses mains Mercure. J'y crois ! MERCURE. Vrai ? VÉNUS. Vrai, Mercure. MERCURE. Hé ! Bien ! Non ! Ce trait me désarme.Je veux te dire tout. Je vivais sous le charmeD'Hébé. Mes voeux, mes pleurs, mes récits, mes tourments,Rien n'était vrai. Depuis ce matin, je te mensComme un soleil d'avril ! Je te volais, parjure, Ta pitié douce, après t'avoir pris ta ceinture.C'est assez de mensonge et de vol en un jour,Cypris, Avec l'accent de l'amour vrai.Je ne veux pas te voler ton amour ! VÉNUS. Allons, tu mens encor! MERCURE. Moi ? VÉNUS. Dans ce moment même.Tu mentais ce matin en me disant « Je t'aime. » Mais l'amour invisible est toujours sur tes pas,Et tu mens en disant que tu ne m'aimes pas ! Elle donne à Mercure un soufflet amical.Innocent ! Mieux que toi j'ai vu sous tes parolesTout ce que tu pensais. Qui te dit que tu volesCe que je donne ? Vois ! MERCURE, tombant agenouillé aux pieds de Vénus. Ta lèvre me sourit ! Tu pardonnes ! VÉNUS. Vénus aime les gens d'esprit. MERCURE. Ma reine ! Ma Déesse ! VÉNUS. Oui, mon coeur te pardonneSans peine. Et puis... MERCURE. Et puis ?... VÉNUS. La pomme était si bonne Mettant un doigt sur les lèvres.Chut ! MERCURE. Chut ! Tirant de sa tunique et montrant à Vénus une pomme tout à faitsemblable à celle qu'on a déjà vue.Et celle-ci, Déesse aux beaux cheveux,La veux-tu ? VÉNUS. Voyez-vous ! Le fourbe en avait deux ! MERCURE. Non. VÉNUS. Comment, non ! MERCURE. J'en suis allé cueillir une autrePar prudence, tandis que tu croquais la nôtre.Elle est plus belle et plus appétissante encor,Elle a l'odeur de l'ambre et la couleur de l'or.Tiens, prends. VÉNUS, prenant d'abord la pomme, puis la rendant dédaigneusement à Mercure. Non. Cette-ci ne me fait plus envie. MERCURE. Et l'autre plaisait tant a ta lèvre ravie. VÉNUS. C'est vrai. Je l'ai croquée avec tant de plaisir !Qui lui donnait ce charme irritant ? MERCURE. Le désir ! Au public.Vous, ne dédaignez pas une chanson frivole !Ce conte, plus léger que la brise qui vole, Est vrai comme la vie et comme nos amours.Car, tant que mûriront les fruits vermeils, toujoursLa femme y voudra mordre, et, tous tant que nous sommes,Nous aimerons toujours les mangeuses de pommes ! ==================================================