DU THÉÂTRE À LA COMÉDIE ITALIENNE
Prononcé de Samedi 15 avril 1764
Le prix est de 12 sols
M. DCC. LCIX. avec Approbation et privilège du Roi.
Par M. ANSSEAUME.
À Paris, Chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques ; au dessous de la fontaine Saint Benoït, au Temple du Goût.
Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Gymnase le 15 avril 1764.
Texte établi par Paul Fièvre novembre 2025
Publié par Paul FIEVRE octobre 2025
© Théâtre classique - Version du texte du 31/10/2025 à 18:42:44.
ACTEURS.
MONSIEUR LE JEUNE.
ARLEQUIN.
MADAME BERARD.
MADAME LA RUETTE.
MONSIEUR CLERVAL.
LE SOUFFLEUR.
MONSIEUR CAILLOT.
CHOEUR.
Au moulin du Cormier.
COMPLIMENT Pour la C...
Monsieur Le Jeune, entré à l'instant que la dernière pièce finit ; et fait la révérence au côté du Roi. Ensuite il s'avance pour saluer le côté de la Reine. Pendant ce temps Arlequin entre et salue le côté du Roi ; Monsieur le Jeune revient peur saluer le Parterre et se heurte contre Arlequin qui veut passer du côté de la Reine. Les cinq acteurs de la dernière pièce se rangent sur lés deux côtés du Théâtre pour éxam1ner ce que cela deviendra.
Lazzi de politesse entre Monsieur Le Jeune et Arlequin, dans l'attitude où ils se sont heurtés.
MONSIEUR LE JEUNE.
Passez donc Monsieur.
ARLEQUIN.
Non, Monsieur, je n'en ferai rien.
MONSIEUR LE JEUNE.
Je vous en prie.
ARLEQUIN.
Passez vous-même.
MONSIEUR LE JEUNE.
Je ne passe pas, moi ; je reste.
ARLEQUIN.
Vous restez ! Et moi aussi.
MONSIEUR LE JEUNE.
Mais, c'est que j'ai affaire ici.
ARLEQUIN.
Et moi aussi.
MONSIEUR LE JEUNE.
Je suis chargé de faire un compliment au Public.
ARLEQUIN.
De faire un compliment !
MONSIEUR LE JEUNE.
Oui, de faire un compliment.
ARLEQUIN.
Rien que cela.
MONSIEUR LE JEUNE.
Pas davantage.
ARLEQUIN.
Réellement, vous n'avez pas autre chose à dire ?
MONSIEUR LE JEUNE.
Non.
ARLEQUIN.
Eh bien ; allez-vous-en.
MONSIEUR LE JEUNE.
Pourquoi donc ?
ARLEQUIN.
Parce qu'il ne faut pas de compliment.
MONSIEUR LE JEUNE.
Comment il n'en faut pas ! Voilà du nouveau.
ARLEQUIN.
Non, non, non ; il n'en faut pas.
MONSIEUR LE JEUNE.
Eh ! Que faut-il donc, à votre compte ?
ARLEQUIN.
Un remerciement, Monsieur, un remerciement. Et si beau que nous le fassions, il ne pourra jamais répondre aux bontés dont le Public nous a honorés pendant le cours de cette année.
TOUS LES ACTEURS, se rapprochant.
Arlequin a raison.
MADAME BERARD, en vieille.
Tu as raison, mon fils, tu as raison.
ARLEQUIN.
Hem ! Voyez-vous que j'ai raison. La mère Bobi l'a dit.
MONSIEUR LE JEUNE.
Eh ! Sans doute ; mais c'est la même chose.
ARLEQUIN.
Comment ?
MONSIEUR LE JEUNE.
N'y a-t-il pas des compliments de toute façon, sur toute sorte de sujets ? Pour demander, pour remercier, pour refuser, pour donner, pour féliciter, pour dédier ?
ARLEQUIN.
Et pour ennuyer.
MONSIEUR LE JEUNE.
Oh ! Bien, le mien ne sera pas de ceux-là ; car je ne dirai mot.
ARLEQUIN.
Il ne dira mot, il ne dira mot ! Il sera donc bien puni ; car je parie qu'il a médité un petit bout de harangue qu'il serait bien fâché de perdre.
MADAME BERARD.
Il a raison ; il a raison.
ARLEQUIN.
Il a raison ! Il a raison ! Tout le Monde a raison avec vous.
MADAME BERARD, à Arlequin.
Oui, mon fils ; oui, son intention est louable et la tienne aussi.
LES AUTRES ACTEURS.
Et nous et nous.
MADAME BERARD.
Paix, paix ; laissez-moi parler.
MADAME LA RUETTE.
Il s'agit d'un compliment, ou d'un remerciement ; c'est égal ; mais nous en sommes.
MADAME LA RUETTE, en paysan.
Oh ! Oui, moi ; j'en suis, d'abord.
ARLEQUIN.
Voilà que tout le Monde s'en mêle à cette heure ; et moi, qu'est-ce que je ferai donc ? Je vous regarderai ?
MADAME BERARD.
AIR : La sagesse est un trésor.
Taisez-vous, mes chers enfants,
Et cédez à votre mère.
bis.
Pour plaire à d'honnêtes gens,
Il est certaine manière;;.
| 5 | Avec un respect sincère |
Comme un enfant à son père,
Il faut parler au Parterre,
Sagement, modestEment.
Car voilà tout le mystère
| 10 | Quand on fait un Compliment. |
Fuyez un vain étalage ;
De mots qui ne disent rien,
Évitez le verbiage
Parlez peu, mais parlez bien.
| 15 | Tenez regardez-moi faire, |
Apprenez de votre mère,
bis.
Et puis vous m'imiterez,
bis.
Et puis vous réussirez.
Au public.
MESSIEURS,
Suite de l'Air.
Les compliments les plus beaux
| 20 | Ne font toujours que des mots, |
Mais les mots et les paroles
Ne valent pas les effets ;
Les paroles sont frivoles,
Les effets sont bien plus vrais.
| 25 | C'est par là que nous voulons |
Du mieux que nous le pourrons
Assurer notre bonheur,
Mériter votre faveur
Et ranimer votre ardeur
| 30 | Je vous en donne, ma foi. |
Moi.
Rappeliez à vos esprits,
Depuis l'an mil sept cent seize,
bis.
Que de moyens on a pris
| 35 | Pour en trouver qui vous plaise ; |
D'abord la troupe italique
Se fait une étude unique
bis.
D'apprendre a parler Français,
Et d'un succès authentique
| 40 | Voit couronner ses essais. |
Cette époque vous amène
Les Boissys, les Marivaux
Qui pour orner notre scène
Vous consacrent leurs travaux,
| 45 | Des ballets, des symphonies, |
De gentilles parodies,
Les deux troupes réunies
Qui nous font tant d'envieux ;
Voilà, pour plaire à vos yeux,
| 50 | Des droits assez précieux. |
ARLEQUIN.
Vous vous souvenez de loin, la mère.
MADAME BERARD.
Ah ! Dame... Vous voyez bien tout ce monde-là. Eh ! Bien ; j'ai vu naître tout cela, moi. J'ai vu la troupe se former, s'accroître... et toujours du zèle... et toujours l'envie de plaire au public ; je ne sais pas ce que feront là-dessus nos héritiers, qu'ils nous égalent ; c'est tout ce qu'ils pourront faire ; mais nous surpasser, je les en défie...
MONSIEUR LE JEUNE s'avance au bord du Théâtre.
Messieurs...
ARLEQUIN.
Ah ! C'est donc votre tour ?
MONSIEUR LE JEUNE.
Oui. Vous parlerez après. Vous le voulez bien ?
ARLEQUIN.
À votre aise. À votre aise,
MONSIEUR LE JEUNE fait sa harangue.
Ces deux vers sont de M. Poinsinet.
De nos faibles talents, vous présenter l'hommage
Messieurs, c'est le devoir le plus cher à nos coeurs.
Notre bonheur naît de votre suffrage
Et, notre sort de vos faveurs.
| 55 | En vain les obstacles renaissent |
Nous n'avons qu'un seul but, c'est pour y parvenir
Que nous étudions vos goûts, votre désir ;
Et les épines disparaissent,
Pour faire place aux fleurs que vous daignez cueillir.
| 60 | Honorez-nous toujours de la même indulgence, |
De nos jeunes auteurs protégez les Essais,
Et que votre heureuse présence
Soit à jamais la récompense
De ceux dont vous avez couronné les succès.
| 65 | Entretenez en eux la flamme du génie |
Et, que chaque jour sous vos yeux,
La musique brillante à l'art des vers unie
Se puisse signaler, par des efforts heureux.
Vous dont les coeurs sont idolâtres,
| 70 | Sexe aimable, daignez partager notre encens. |
Vous êtes l'ornement le plus beau des Théâtres,,
Soyez-y déformais les juges des talenTs.
Si les plaisirs ici se fixent sur vos traces,
Vous fixerez les spectateurs.
| 75 | Belles, nous vous devrons le suffrage des coeurs, |
Vous nous devrez, Messieurs, la présence des Grâces.
En encourageant nos travaux
Vous en recueillerez le plus bel avantage,
Vous jouirez de nos efforts nouveaux,
| 80 | Et vos plaisirs deviendront votre ouvrage. |
ARLEQUIN.
Bravo, bravo.
MONSIEUR LE JEUNE, ironiquement.
Je suis charmé que vous soyez content.
MONSIEUR CLERVAL, repoussant Arlequin.
Voudriez-vous vous ranger de là ?
ARLEQUIN.
Pourquoi donc ?
MONSIEUR CLERVAL.
C'est que j'ai à parler aussi, moi.
ARLEQUIN.
Ah ! Parlez, parlez ; je ne suis pas pressé.
MONSIEUR CLERVAL.
Air : Nous étions dans cet âge encore.
C'est pour vous que dans ces asiles,
Des devoirs faciles
Nous rassemblent tous.
Si nos jours y coulent tranquilles
| 85 | D'où, nous vient un bonheur si doux ? |
C'est de vous.
Chaque jour une ardeur nouvelle
Ici nous rappelle
Et jusqu'aux loisirs
| 90 | Tout, pour vous, sert à notre zèle. |
Qui peut donc combler nos désirs ?
Vos plaisirs.
Quand le goût devient trop sévère,
Le plaisir s'altère,
| 95 | Et trompe l'espoir. |
L'indulgence est donc nécessaire,
Ayez soin de vous en pourvoir
Et, venez chaque soir
Nous voir.
ARLEQUIN.
Oui, Messieurs ; voilà le grand mot. Venez nous voir, et comme il dit fort bien, faites toujours provision d'indulgence. Nous ferons bien notre possible pour n'en pas abuser ; mais à cause... des circonstances... quelquefois... et puis...
MADAME LA RUETTE.
Et puis Arlequin s'embrouille.
ARLEQUIN.
Ah ! C'est vous Pierre le Roux.
MADAME LA RUETTE, le repoussant.
Allons, allons ; tais-toi, et laisse-moi parler.
ARLEQUIN.
Vous avez eu le poignet ferme autrefois ; mais ce n'est pas cela qu'il faut ici.
MADAME LA RUETTE.
Il faut ce qu'il faut ; et j'ai tout ce qu'il faut ; ne t'embarrasse pas.
AU PUBLIC.
Harangue parodiée sur celle du Jardinier et son Seigneur.
MESSIEURS,
| 100 | Le plaisir le plus flatteur, |
Le plus doux pour notre coeur ;
C'est lorsque nous vous voyons
Applaudir à nos Moissons.
LE SOUFFLEUR.
Chansons,
MADAME LA RUETTE.
| 105 | Chan.... mois.... chansons. |
Et lorsque nous vous .....
Mais, mais, mais, soufflez donc.
LE SOUFFLEUR.
Votre goût est....
MADAME LA RUETTE.
Votre goût est le bandeau.
LE SOUFFLEUR.
| 110 | Le flambeau, |
Le ban... le flam... non, le flambeau
Dont le rayon tutélaire
Répand, répand la carrière.
LE SOUFFLEUR.
Lumière.
MADAME LA RUETTE.
| 115 | Répand la lumière, |
Et rend nos pas....
Parbleu, Monsieur, soufflez donc.
LE SOUFFLEUR.
Animés par...
MADAME LA RUETTE.
Animés par vos leçons,
| 120 | On s'empresse... |
Sans cesse...
Sans cesse...
Soufflez donc, soufflez donc.
LE SOUFFLEUR.
Pour mériter vos...
MADAME LA RUETTE.
| 125 | Pour mériter vos suffrages, |
De vous offrir des ouvrages
Dignes de vous...
Parbleu , Monsieur soufflez donc.
LE SOUFFLEUR.
S'ils n'ont pas l'art...
MADAME LA RUETTE.
| 130 | S'ils n'ont pas l'art de vous plaire |
Notre zèle est-il moins toujours sincère
Va-t-il moins,toujours cherchant,
LE SOUFFLEUR.
Croissant.
MADAME LA RUETTE.
Croi... cher croi... cher... croissant.
| 135 | De nos efforts.... |
Parbleu, Monsieur, soufflez donc.
LE SOUFFLEUR.
Rendez-nous donc les fruits.
ENSEMBLE.
Rendez-nous donc les fruits.
Le zèle vaut son prix.
| 140 | Rendez-nous donc les fruits. |
Le zèle vaut son prix.
ARLEQUIN.
Pierre le Roux...
MADAME LA RUETTE.
Eh ! Bien, quoi ?
ARLEQUIN.
En conscience, vous devez une gratification au Souffleur.
MADAME LA RUETTE.
Vous avez bonne grâce, en vérité, Messieurs, de plaisanter dans ces moments-ci. Nous finissons une année brillante ; nous sommes maintenant en butte aux traits de l'Envie.... Que deviendrons-nous si le Public nous retire ses bontés ?
MADAME BERARD.
Allez, allez, ma fille ; le Public n'écoute point les mauvaises langues. Faisons toujours de notre mieux ; et fions-nous à lui du soin de nous rendre justice.
MADAME LA RUETTE, au Public.
Air : Quand on est bonne, bonne ménagère.
Cette espérance calme notre peine,
Souffrirez-vous qu'elle soit vaine ?
Qui peut nous troubler,
| 145 | Devons-nous trembler |
Quand nos destins
Sont dans vos mains ?
Cette espérance, etc.
On voit ardenTs à nous détruire
| 150 | Nos jaloux entre eux s'exciter |
Méditer, tourner, comploter...
Mais l'espérance, etc.
Les traits qu'ils voudraient nous lancer
Désormais ne peuvent nous nuire,
| 155 | Si vous daignez les repousser. |
Cette espérance, etc
Voilà, voilà, voilà notre unique secours,
Voilà, voilà, voilà notre unique recours.
MONSIEUR CAILLOT.
Et c'est le meilleur. Tenez, moi ; je vous ai laissé dire. Mais voici mon sentiment. Prenons congé du Public, puisqu'il le faut, et employons notre vacance à lui préparer de nouveaux amusements.
Air : Laissons la grandeur qui brille.
Après quelques jours d'absence,
| 160 | Puisons-nous en affluence |
Vous voir courir à nos jeux !
C'est ainsi que de ces lieux,
bis.
Nous vous faisons nos adieux.
CHOEUR.
C'est ainsi que de ces lieux, etc.
MONSIEUR CAILLOT.
| 165 | L'hiver glace la Nature |
Elle reprend sa verdure,
Et refleurit au printemps.
Le printemps chez nous revient,
Quand le Public se souvient
| 170 | Du Théâtre Italien. |
CHOEUR.
C'est ainsi que de ces lieux, etc.
MADAME LA RUETTE.
Cet espoir me fait renaître
Et plus vif que le salpêtre
Je compte bien avant peu
| 175 | De plus belle entrer en jeu |
Et toujours plus assidus
Réparer le temps perdu.
CHOEUR.
C'est ainsi que de ces lieux, etc
Tous sortent, à l'exception d'Arlequin qui se voyant seul dit sur le ton du dernier Choeur :
Jusqu'au plaisir de vous voir.
| 180 | Serviteur, adieu, bonsoir. |
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