DU PERROQUET

CONVERSATION

LXXXIX

M DC LXIV.

PAR RENÉ BARY, Conseiller et Historiographe de sa Majesté.

À BRUXELLES, Chez BALTHAZAR VIVIEN, au bon Pasteur.


Texte établi par Paul FIÈVRE, juillet 2025

Publié par Paul FIEVRE, août 2025

© Théâtre classique - Version du texte du 31/07/2025 à 18:54:12.


ACTEUR.

MARCIE.

ANTENOR.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divisées en cent dialogues.", René Bary, Bruxelles : chez Balthazar Vivien, 1662. pp. 318-321


DU PERROQUET

Marcie aime un Perroquet.

ANTENOR.

Si votre perroquet était capable de vanité, il serait insupportable.

MARCIE.

Quel sujet aurait-il d'être si bouffi d'orgueil ?

ANTENOR.

Je ne souhaiterais rien au monde, que de posséder les avantages qu'il possède.

MARCIE.

Je ne m'aperçois point de son bonheur.

ANTENOR.

Quoi ? vous l'instruisez, il vous voit tous les jours, vous l'aimez, et vous ne vous apercevez point de sa bonne fortune ? Hé ! Quelle faveur au monde peut-on désirer après toutes ces faveurs ?

MARCIE.

Il est vrai que je lui parle, que je le vois tous les jours, que je l'aime : Mais qui se défendrait de lui faire des demandes, puis qu'il fait des réponses ? De le voir à toute heure, puis qu'il est toujours divertissant ? D'avoir de l'inclination pour lui, puis qu'il est admirable.

ANTENOR.

Si les qualités que vous donnez à votre perroquet, sont les causes de son bonheur, pourquoi ne jouis-je pas du même bonheur, puisque je fournis à l'entretient, que mon humeur divertit, et que ma passion renferme quelque chose d'extraordinaire ?

MARCIE.

Quelque mine que vous fassiez, vous vous lasseriez bientôt d'être mon perroquet.

ANTENOR.

Les moments s'écoulent agréablement avec vous, l'on découvre tous les jours en votre personne quelque charme nouveau ; et si j'étais Antenor, et votre Perroquet, je disputerais du souverain bien avecque tous les souverains du monde.

MARCIE.

Où sont les qualités qui me rendent si ravissantes ? Elles ne sont pas en ma personne, elles sont en votre bouche.

ANTENOR.

Une fille a mauvaise grâce de douter de son mérite,quand elle a cent amants ; c'est déshonorer le choix de ces adorateurs, c'est démentir l'opinion de ses panégyristes.

MARCIE.

Tous ceux qui aiment ne sont pas clairvoyants, et tous ceux qui louent ne sont pas véritables.

ANTENOR.

L'amour est capable d'erreur, je l'avoue ; mais l'on ne peut errer en vous aimant.

Marcie.

Ce n'est pas une raison, c'est une louange ; ce n'est pas une preuve, c'est une flatterie.

ANTENOR.

Je ferais présentement votre portrait, je le pouvais faire, sans faire rougir votre modestie : mais par quel secret pourrais-je représenter vos yeux, votre poil, votre taille, et cent autres belles qualités, et épargner votre confusion.

MARCIE.

Demeurez-en là, je vous prie ; mon intérêt, et le vôtre, le veulent.

ANTENOR.

Mon intérêt ! Dites seulement le vôtre.

MARCIE.

J'ai dit mon intérêt et le vôtre, et je ne m'en dédis point. Si vous aviez entrepris de faire mon portrait, vous ne peindriez pas ce que vous verriez vous peindriez ce que vous penseriez voir ; et comme par l'opposition des qualités que votre imagination me donnerait, je me verrais effroyable, je rougirais de mes défauts, je rougirais de votre aveuglement ; enfin je serais confuse et de ma personne, et de la vôtre.

ANTENOR.

Jusques à quand ferez-vous ennemie de la vérité ?

MARCIE.

Et jusques à quand serez vous partisan du mensonge ?

ANTENOR.

Ô Ciel, que vos bien aimées sont ingrates ! Ô nature, que vos favorites sont méconnaissantes !!

 



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