LE PRIX DES TALENTS

Parodie du troisième acte des "Fêtes de l'Hymen et de l'Amour"

M. DCC. LV.

Par Mrs. S***" et H****

À PARIS, Chez DUSCHESNE, libraire, rue Saint-Jacques, au dessous de la Fontaine Saint-Benoît, au Temple du Goût.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre des Comédiens italiens ordinaires du Roi, le 25 septembre 1754.


Texte établi par Paul FIEVRE, septembre 2025

Publié par Paul FIEVRE, octobre 2025.

© Théâtre classique - Version du texte du 01/02/2026 à 10:17:23.


PERSONNAGES

LE SEIGNEUR DU VILLAGE, M, RGCHARD.

LISON, Bergère. Mde. FAVART.

LE BAILLI, M. CHANVILLE.

LA PEINTURE, Mlle. DESGLANDS.

UN BERGER, M. DESBROSSES.

UN MAÎTRE D'ARMES, M. CARLIN.

UNE DANSEUSE, Mlle. CATINON.

BERGÈRES.

BERGERS.

La scène est dans un village.


LE PRIX DES TALENTS

SCÈNE PREMIÈRE.

LE SEIGNEUR, seul.

AIR. C'est un enfant du Devin de Villages.

Amour Je t'implore en ce jour

Que les plaisirs

Suivent mes désirs,

Tu peux

5   Favoriser nos jeux:

Dans ce séjour

Établis ta cour.

Viens, quitte Cythère ;

Peut-on mieux te plaire,

10   Qu'en faisant briller les talents !

Qu'ils sont charmants,

Qu'ils sont charmants.

AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.

Le talent quand on le méprise

Disparaît, et meurt en naissant ;

15   Mais le talent qu'on autorise

Renais, s'embellit et surprend.

Par une façon peu commune,

Je veux me faire respecter,

Qui sait partager sa fortune,

20   Prouve qu'il sait la mériter.

SCÈNE II.
Le Seigneur, Le Bailli.

LE BAILLI.

AIR. Mon aimable Javotte.

Selon votre ordonnance,

Nos bourgeois sont tretous assemblés ?

Je viens en diligence

Savoir ce que vous voulez ;

25   Tout le monde est poudré,

Paré,

Tiré,

Ambré,

Fardé,

30   Bien cardé.

Chaque berger

Est léger,

Et prétend voltiger.

En galants escarpins,

35   Ces biaux poupins,  [ 1 Poupin : Qui a une toilette affectée. [L]]

Accoutumés à s'exercer

Sont, quand il faut se trémousser,

Toujours prêts à danser.

LE SEIGNEUR.

AIR. Quoi vous partez.

Pour célébrer la fête du village,

40   Je veux donner quatre prix aujourd'hui.

Chaque vainqueur aura pour son partage

Deux cents ducats, et j'y joins mon appui.

LE BAILLI.

C'est trop, Seigneur, honorer le Village,

Et son Bailli vous rend grâce pour lui.

LE SEIGNEUR.

AIR. De tous les Capucins, etc.

45   La Peinture doit la première

Ouvrir cette belle carrière.

De la voix, les charmants attraits»

Feront la seconde conquête :

Les armes paraîtront après

50   La danse finira la fête.

AIR. Non je ne ferai pas, etc.

Mais de gagner deux prix si quelqu'un a la gloire,

Je veux en l'épousant couronner sa victoire.

LE BAILLI.

Qu'un garçon les remporte, il aura donc l'honneur

De se voir aujourd'hui femme de son Seigneur.

LE SEIGNEUR.

AIR. De M. de Catinat.

55   Ah ! Vous avez raison et je n'y pensais pas ;

Pour suivre Arueris, j'allais faire un faux pas.

LE BAILLI.

Cherchons, sans plus tarder, un remède à cela ;

Car souvent on s'égare en suivant l'Opéra.

LE SEIGNEUR.

AIR. Ici sont venus en personne.

Si c'est un garçon, il doit prendre

60   Le cher objet qui le rend rendre ;

Lui donner sa main et son coeur.

Si quelque fille a l'avantage

D'avoir deux prix pour son partage ;

C'est moi qui ferai son bonheur.

LE BAILLI.

65   Mais, mais, y pensez-vous Seigneur[.]

LE SEIGNEUR.

Oui, je l'épouserai d'honneur.

LE BAILLI.

AIR. Quand l'Auteur de la nature.

Vot' personne nous est chère?

Je craignons pour vous, qu'en cette affaire,

Le sort ne vous soit contraire :

70   Vous baillant

Un objet déplaisant.

LE SEIGNEUR.

Telle passe

Pour une Grâce,

Dont la beauté n'a rien qui m'agace ;

75   Elle lasse,

Et s'efface.

Les talents.

Ont seuls tous mon encens.

LE BAILLI.

Mais, palsangué, qu'une fille,

80   Qui par tous ses talents prime et brille,

Soit folle d'un autre drille,  [ 2 Drille : Fantassin, soldat à pied. Il ne se disait guère que par raillerie. Inusité en ce sens. [F]]

À quoi sert

Qu' vous lui soyez offert.

LE SEIGNEUR.

Oh ! Je gage

85   Pour mon suffrage

Mon bien m'est garant de cela :

La volage,

La sauvage.

Nulle enfin ne résistera,

90   Je gagnerais la plus sage.

LE BAILLI.

La plus sage de l'Opéra :

Tatigué, qu'en cette affaire,

Chez les grands la mode est singulière.

Sans choix on prend minagère.

95   Après ça

L'aimera

Qui pourra.

LE SEIGNEUR.

ÁIR. Nous sommes précepteurs d'amour.

Annoncés les prix destinés,

Que votre zèle me seconde.

100   Les talents seront couronnés :

Rassemblez ici tout le monde.

LE BAILLI.

AIR. Des bons Villageois:

Morgué queu brave Seigneur,

Comme il prend soin de nos familles ?

C'est en les piquant d'honneur,

105   Bailler du talent à nos filles :

Aisément on les pourvoira,

Car dès que quelqu'un en aura,

C'est à Paris qu'on l'enverra,

Et son talent rétablira.

bis.

SCÈNE III.

LE SEIGNEUR, seul.

AIR. N°1.

110   Du charmant objet que j'adore ;

Rien ne peut effacer les traits ;

Chaque instant l'embellit encore,

Et rien n'étale ses attraits ;

Mais son mérite qui m'engage,

115   M'offre des charmes plus constants.

Rarement on devient volage,

Quand on ne cède qu'aux talents.

Dans la bouche de sa bergère

Un je vous aime, est bien flatteur ;

120   Ce mot varié sait nous plaire ;

Il est la source du bonheur.

Tantôt dit avec innocence,

Et tantôt dit avec gaieté.

Lison sait fixer la constance,

125   Par l'attrait de la nouveauté.

SCÈNE IV.
Le Seigneur, Lison.

LISON.

AIR. Ô doux espoir, de Raton et de Rosette.

Quel coup affreux !

Quoi, vous brisez nos noeuds ?

Expliquez-moi qui vous rend infidèle.

Quel coup affreux !

130   Quoi, vous brisez nos noeuds ?

Hélas ! Pourquoi

Dégager votre foi ?

LE SEIGNEUR.

Sois sans effroi 7

Rassure-toi :

135   Mon ardeur doit être éternelle.

Ce coeur soumis

Qui t'est promis,

De tes attraits

Ressent toujours les traits.

140   Sans s'abuser,

L'amour, peut tout oser.

De tes talents fais voir une étincelle.

LISON.

Avant la loi

Votre coeur est à moi,

145   Et sans égard,

Vous l'offrez au hasard.

LE SEIGNEUR.

AIR. Menuet d'Isis.

Peux-tu craindre une inconstante ardeur ?

Ta beauté, t'assure de mon coeur,

Permets donc, pour prix de ma tendresse,

150   Que je me livre au charme si flatteur,

De pouvoir couronner ma maîtresse.

LISON.

Je ne dois plus espérer ce bonheur.

LE SEIGNEUR.

AIR. De s'engager il n'est pas trop facile.

Les plus beaux dons sont votre heureux partage.

Est-ce le prix qui ne vous flatte pas ?

LISON.

155   D'un tendre amant est-ce là le langage ?

Vous me vantiez autrefois mes appas.

LE SEIGNEUR.

AIR. À l'ombre de vert bocage.

À la beauté tout rend hommage.

Sous ses lois elle range un coeur ;

Mais souvent il devient volage,

160   Séduit par un talent vainqueur.

Puis-je ne pas être fidèle,

Quand Lison qui sait m'engager,

Pourrait même sans être belle,

Fixer l'Amant le plus léger.

LISON.

AIR. Que j'estime mon cher voisin

165   Les talents vous rendraient heureux

Ah ! Que je les envie !

LE SEIGNEUR.

Non, Bergère, il n'est point sans eux,

De charmes dans la vie.

AIR. L'Amant frivole et volage.

Des talents qui savent plaire,

170   Lison ne manqua jamais :

Ils sont sans nombre, Bergère,

De même que tes attraits.

Par tes pas quand tu nous traces,

Les feux naissants des désirs,

175   Déjà l'on croit voir les Grâces,

Donner la main aux Plaisirs.

Tu prêtes à la peinture

Un lustre, un éclat nouveau.

Toujours on voit la nature

180   Orner ton moindre tableau.

De la Reine de Cythère,

Tu fis le portrait un jour.

L'amour croyant voir sa mère

Vint voltiger à l entour.

LISON.

AIR. Ne v'là-t-il pas que j'aime.

185   On croit trouver tous les talents

Dans un objet qu'on aime :

Hélas ! Les coeurs indifférents

N'en jugent pas dé même.

LE SEIGNEUR.

AIR. L'amour vous-appelle.

Ouvrez la carrière,

190   Embellissez nos jeux,

L'Enfant de Cythère

Va combler vos voeux.

Ce Dieu, sur vos traces,

Prouve que le talent

195   Sait donner aux grâces

Un tendre agrément.

SCÈNE V.

LISON, seule.

AIR. L'anonime.

Mon amant veut en vain s'en défendre ;

Son amour fait place à la froideur.

S'il m'aime... Non, je ne puis comprendre

200   Qu'il m'expose à mourir de douleur ;

Il fallait cacher mon ardeur.

J'aurais plus de pouvoir sur son coeur :

Tendre amour, viens calmer mes alarmes.

Avec toi renaîtront les plaisirs :

205   On sent mieux ce que valent tes charmes,

Quand ils sont précédés des soupirs.

Inspire-moi dans ce moment

Le moyen de fixer mon amant.

Tu m'instruis... oui, je dois l'entreprendre ;

210   On peut tout, animé par tes feux,

Mon bonheur, du succès va dépendre ;

Et l'amour me le promet heureux[.]

SCÈNE VI.
Le Seigneur, et tous les prétendants au prix, Le bailli, à sa suite.

LE BAILLI.

AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.

C'est en ce lieu que l'on couronne

Aujourd'hui le talent vainqueur.

215   Toute place nous paraît bonne

Quand on est près de son Seigneur.

Je n'avons à votre personne

Point marqué de place d'honneur.

Ce gazon même vaut un trône,

220   Lorsque, vous l'occupez, Monsieur.

SCÈNE VII.

LA PEINTRESSE.

AIR. Four fléchir une None austère.

Par les attraits de la Peinture,

On se retrace en tous lieux

Mille objets gracieux

Qui vous enchantent les yeux.

225   Par cette agréable imposture,

On voit des fruits en tout temps,

En hiver, les présents

Du printemps.

     

Là, sur le bord d'une onde claire,

230   Est la bergère Doris ;

Auprès d'elle est assis

Le jeune berger Daphnis.

Leur entretien...

Ah, qu'il se devine bien !

235   Rien,

     

N'en dit tant que leur maintien :

Des yeux le langage sincère,

L'un à l'autre avec douceur,

Exprime de leur coeur

240   Le désir et le bonheur.

Oui, pour une tendre bergère,

C'est où l'on lui fait la cour,

Qu'est le riant séjour

De l'Amour.

     

SCÈNE VIII.
La Peintresse, Lison ; et les précédents.

LISON.

AIR. Bergers sortez de vos retraites.

245   Que le succès m'est nécessaire,

Pour les prix offerts en ce jour ;

Sur mes talents en vain j'espère

Je n'attends rien que de l'amour.

     

Ce charmant vainqueur m'encourage,

250   Il m'enhardit en ce moment.

Il ne peut faire mon partage,

"Qu'à la gloire de mon amant.

     

LA PEINTRESSE.

Même Air.

Venez-vous ici pour m'exclure ;

De la victoire où je prétends ?

255   J'aurai le prix, oui, je l'augure,

Je le désire et je l'attends.

AIR. M. te Prévöt des Marchands.

Le génie a des coups hardis,

Qui balancent le coloris.

Au quel donner la préférence ?

LISON.

260   Pour tous deux je disputerai.

LA PEINTRESSE.

Par les traits frappants je commence,

Voyons si je remporterai.

AIR. De tous les Capucins du monde.

Je peins un homme sans science,

Pourvu d'un poste d'importance,

265   Que lui procura son Iris,

Je le peins ardent à tout faire.

LISON.

Moi ! Je le représente assis,

Appuyé sur son secrétaire.

LA PEINTRESSE.

AIR. Des Charbonniers.

Je peins une veuve en noir,

270   Qui se livre au désespoir.

LISON.

Je peins une veuve en noir,

Pleurant devant un miroir.

LA PEINTRESSE.

Une prude est-elle bien peinte

Avec un livre en méditant ,

LISON.

275   Pour tracer cette vertu feinte,

Ce n'est pas ainsi qu'on s'y prend.

Je la peins un masque en main

En rendez-vous clandestin.

LA PEINTRESSE.

D'un parasite indigent,

280   Je peins l'air bas et rampant.

LISON.

Je le peins au Palais-Royal

De midi guettant le signal.

LA PEINTRESSE.

J'ai coiffé dans le plus galant,

Cette actrice, qui brille tant,

285   Perles, rubis, dentelle,

Tout marque sa fierté.

LISON.

Je coiffe, cette Belle

À la frivolité.

LA PEINTRESSE.

D'un air minaudier, mis comme un petit-Maître.

290   La lorgnette en main, je peins l'Abbé Poupin.

LISON.

Et moi, pour le faire encore mieux reconnaître

Je le peins en femme, un flacon à la main.

LE SEIGNEUR.

AIR. Des folies d'Espagne,

Pour le dessein, ma Lison vous surpasse.

LA PEINTRESSE.

Que les couleurs me vengent à l'instant.

Lui montrant un Portrait.

295   Considérez ce portrait d'une grâce.

LISON.

Examinez celui de mon amant.

LE BAILLI.

AIR. 2° Couplet des folies d'Espagne.

Quel vif éclat ! Rendez, rendez les armes[.]

LE SEIGNEUR.

Tout est frappant, tout flatte en ce tableau.

À ces couleurs, l'amour prête des charmes.

LISON.

300   Oui, l'amour même a conduit mon pinceau.

SCÈNE IX.
Un berger, les précédents.

LE SEIGNEUR.

AIR. Pour soumettre mon äme.

Doit-on dans un village,

Se piquer de bien chanter ?

Un brillant étalage

Ne peut ici nous flatter.

305   Souvent un grand air ennuyé,

Égayés nous mes amis ;

La chanson la plus jolie,

En ce jour aura le prix.

LE BAILLI.

AIR. Vantez-vous en.

Ô s'il s'agit de chansonnettes

310   Morgué, j'en sais des plus drôlettes

Qui pourraient fort bien l'emporter

Sans hésiter,

J'vons disputer !

Il faut que je sachions chanter :

315   Car plus d'une fois les fillettes

Ont pris plaisir à notre chant ;

Vantez-vous en.

LE BERGER, Prélude de Musette.

AIR. Noté, N°2

Pour écouter d'une fauvette

Les sons amoureux et touchants ;

320   Chaque jour la jeune Lisette,

Dès le matin, va dans nos champs».

Chantez, chantez, fauvette,

Pour amuser ma bergerette.  [ 3 Bergerertte : Jeune berg?re. On a dit aussi bergeronnette. [L]]

Vos sons charmants,

325   Inspirent les amants.

     

Heureux oiseau, ton doux ramage,

De Lisette fait les plaisirs.

Que ne puis-je dans mon langage ?

Comme toi peindre mes désirs ?

330   Chantez, chantez, fauvette,

Pour amuser ma Bergerette.

Vos sons charmants,

Inspirent les amants.

     

Si c'est le tendre amour, lui-même,

335   Qui t'instruit dans l'art de charmer,

Dis à Lisette que je l'aime ,

Et Lisette pourra m'aimer.

Chantez, chantez, fauvette,

Pour amuser ma Bergerette.

340   Vos sons charmants,

Inspirent les amants.

     

LE BAILLI.

AIR. Note N°3. Ronde. Prélude de Tambourin.

Notre voisine Marotte,

Ne faisait rian chaque jour ;

Dormait comme une Marmotte,

345   Avant qu'on lui fit la cour.

À présent, un rian l'éveille ;

Au travail qu'alle a d'ardeur !

On a la puce à l'oreille,

Quand on a l'amour au coeur.

     

350   Alle trouvait fort étrange.

Que ses gens fussions soigneux ;

Dans le temps de la vendange.,

Qu'ils étions trop matineux.

Avant l'aurore aile éveille

355   Aujourd'hui le vendangeur.

On a la puce à l'oreille,

Quand on a l'amour au coeur.

     

Lorsque dans la rêverie

Autrefois, je la trouvions

360   Avec sa nièce jolie,

Je nous familiarisions ;

Mais qu' Marotte dorme ou veille ;,

Aile entend tout par malheur.

On a la puce à l'oreille

365   Quand on a l'amour au coeur.

     

LISON.

AIR. Noté. N° 4. Prélude de Mandoline,

On veut se défendre

D'écouter l'amour ;

Mais le malin sait bien nous prendre.

Par quelque détour,

370   Sans cesse il nous guette,

Le rusé matois,

Nous fuit au bois.

Est-on sur l'herbette ?

Il vient s'y cacher,

375   Et nous fait trébucher.

     

L'Amant qui sait plaire

Cause du tourment

A la trop naïve bergère,

Qu'il trompe aisément.

380   Que faire à notre âge ?

On ne peut songer

À ce danger,

Lorsque l'on s'engage,

On voit seulement

385   Les yeux de son amant.

     

Mon berger Silvandre,

Est vif et charmant

S'il cessait pour moi d'être tendre

Hélas ! Quel tourment !

390   D'une ardeur sincère,

Un tendre lien

Est le soutien ;

Loin d'être légère,

Je veux l'aimer tant,

395   Qu'il soit toujours constante

     

LE BAILLI.

AIR. Vous en venez.

Pour le prix, je n'ai plus de zélé

Et je sens, ma voix qui chancelle.

Par vos talents, vous contentez,

Vous enchantez,

400   Vous l'emportez.

Oui, la Belle, vous le méritez,

Et vous l'emportez.

LE SEIGNEUR.

AIR. Quand aux champs.

Lycas, froid et langoureux,

Peint mal les feux de Cythère.

405   Le Bailli, chanteur, joyeux,

Plaît ; mais il ne touche guère.

D'un et d'autre côté,

Tout cède à ma bergère.

Sa naïve gaieté,

410   Sait attacher et plaire.

AIR. Comme un oiseau.

Ma Lison, a double avantage.

Qu'à jamais l'Hymen nous engage.

Ah ! Quel bonheur !

LISON.

Mais, d'un berger de ce village,

415   Je puis devenir le partage,

S'il est vainqueur.

Le Berger sort.

SCÈNE X.
LISON, et les prêcédents.

LISON.

AIR. La Foire de Brie, Contredmfii

Puisque jusqu'ici

J'ai réussi ;

Tout doit m'exciter

420   À remporter,

Victoire entière

Puisque jusqu'ici,

J'ai réussi,

Tout doit m'exciter

425   À finir ainsi.

     

Le plaisir flatteur,

D'avoir le coeur

De mon vainqueur,

Est le seul bonheur

430   Qui me touche, et sait me plaire.

J'espère en ce jour,

Un doux retour

Du rendre Amour.

C'est lui qui m'instruit,

435   Et son flambeau me conduit.

Puisque jusqu'ici

     

Puisque jusqu'ici

J'ai réussi ;

Tout doit m'exciter

440   À remporter,

Victoire entière

Puisque jusqu'ici,

J'ai réussi,

Tout doit m'exciter

445   À finir ainsi.

     

SCÈNE XI.
Arlequin en Maître d'Armes avec Plastron.
Les Précédens.

ARLEQUIN.

AIR. À table je fuis Grégoire;

Allons, d'estoc et de taille

Répondons à qui va là.

C'est notre champ de bataille.

Ça ventrebleu, ti, ta , ta.

450   Largement je viens de boire.

Que je vais faire d'éclat !

À table je suis Grégoire,

Et le diable en un combat.

LISON.

AIR. Courez, vìte éprenez, le Patron.

C'est par trop garder l'incognito,

455   Quand, tu fais là le fat à gogo.

Mais pour contenter ton vertigo,

Je t'attaque ici subito.

ARLEQUIN.

Ho !

LISON.

AIR. Ta, ton, tu, Taine.

Allons, montrez votre savoir.

ARLEQUIN.

460   Oh ! C'est ce que vous allez voir ;

Mais contre vous, c'est vain espoir :

Vous plaisantez, ma reine.

LISON.

Et, tu, tu , tu

Quel garçon es-tu ?

465   Et, ton, ton, ton,

Est-ce là le ton ?

Pour qui me prend-on ?

Pour un hanneton,

Tutaine, tuton ,

470   Tuton, tuton, tutaine.

ARLEQUIN.

AIR. Fous avez, bien de la bonté.

Le prix que je viens disputer

Ne peut être le vôtre.

LISON.

Et moi je prétends remporter,

L'un, aussi bien que l'autre.

475   Je ne veux point d'honnêteté,

ARLEQUIN.

Belle, n'employez que vos charmes,

Pour toutes armes.

LISON.

Monsieur, en vérité,

Vous avez bien de la bonté.

ARLEQUIN.

AIR. Fanfare de Saint Cloud.

480   Que mon pareil fasse rage,

Aussitôt j'aurai mon tour ;

Mais d'une beauté m'engage,

À la combattre en ce jour ;

L'un anime mon courage,

485   L'autre excite mon amour.

LISON.

AIR. Menuet d'exaudet.

Sur ceci,

Point ici

De faiblesse.

Voyons donc votre début :

490   Recevez le salut.

Elle fait le salut.

En garde, avec vitesse.

Le nigaud ?

Quel assaut !

Il hésite.

495   S'il ne fait mieux, sur ma foi,

La victoire est pour moi.

Petite...

Elle tire une quarte, il pare en rompant la mesure.

Une quarte sous les armes,

Déjà le met en alarmes.

500   Soutenez,

Prévenez,

Votre perte....

Ils féraillent.

Mais, il prend mieux son essor.

Voyons s'il est encor

505   Alerte.

ARLEQUIN.

Grâce, hélas 1

Je suis las ;

Faisons trêve.

LISON.

Votre espoir est une erreur.

ARLEQUIN.

510   Ce n'est point par terreur ;

Mais, ventrebleu je crève.

LISON.

Redoublez.

ARLEQUIN.

Vous troublez ma cervelle.

LISON.

Voulez-vous finir, hé bien ?

ARLEQUIN.

515   Oh ! cette femme est bien

Cruelle !

ARLEQUIN.

AIR. Si c'est un honneur de boire.

C'est aussi trop de faiblesse ;

Songeons à lui résister.

LISON.

Mettons toute notre adresse

520   À pouvoir le surmonter :

Il se rit d'une cornette ;

Mais agissons tout de bon.

Elle lui porte me botte.

Bon !

Apprenons à cet athlète,

525   Qu'à tort il fait le pimpant...

Pan.

Elle le désarme.

ARLEQUIN.

AIR. Et non, non , non.

C'est assez, plions bagage ;

Cette femme est un démon.

Je suis vaincu, j'en enrage.

530   Avoir le sort d'un poltron ?

LISON.

Est-ce qu'à votre courage,

Il faut encore une leçon ?

ARLEQUIN.

Et non, non, non,

Je n'en veux pas davantage.

Il sort.

SCÈNE XII.
Le Seigneur, les Précédents.

LE SEIGNEUR.

AIR. II faut l'envoyer à l'école.

535   Ah ! Quel espoir pour mon amour !

Chacun ici vous rend les armes,

À vos charmes ;

Je vois que tout cède en ce jour.

LE BAILLI.

Alle sait bian

540   Jouer son rôle.

Qui lui dispute son talent :

à l'instant,

Alle vous envoie à l'école.

SCÈNE XIII et dernière.
Une Danseuse, Les précédents.

LA DANSEUSE.

AIR. Grandeur -brillante ,oà fai tout vu.

La danseuse enchante?

545   Anime les désirs,

Les transports, les plaisirs.

Quelle est brillante !

Quelle reçoit d'encens !

Par ses charmes puissants

550   Qui séduisent les sens.

Fille novice,

Lorsque le pied vous glisse,

Ne vous troublez pas ;

La plus savante, hélas !

555   Fait bien d'autres pas.

Charme suprême,

Par tes vives ardeurs,

Tu séduis tous les coeurs.

L'amour lui-même,

560   Se plaît dans nos ébats,

Et fait voir dans nos bras,

Ses grâces, ses appas.

LE BAILLI.

AIR. J'ai pris bien du plaisir.

Quelle petite éveillée !

Alle ne manque point d'art.

565   Pour danser sous la feuillée,

Que j'aimons cet air gaillard !

Alle est vive, alle est légère ;

Aile est taillée à ravir :

Danse, gentille bergère,

570   Nous aurons bien du plaisir.

LA DANSEUSE.

AIR. Dieu de la tendresse.

Lise, avec aisance,

Danse,

Toujours en cadence :

J'entreprends,

575   Des pas brillants.

Je pars avec pétulance :

L'activité,

Nous peint la gaieté ;

L'agilité,

580   Dont on est enchanté.

Il faut sans attendre,

Tendre,

Au prix le plus tendre,

Que l'amour,

585   Donne en ce jour,

Par une danse légère,

Toujours on est sûr de plaire.

Le sérieux est ennuyeux :

Je me ris d'un terre-à-terre,

590   Quand je puis m'élever aux cieux.

Elle danse au tambourin.

LISON.

AIR. Sous un ormeau.

Sur un air lent,

Tendre et galant,

Dans ce talent,

On touche, on surprend ;

595   Tout ce que l'on entreprend :

Prend.

Au prix il faut tenter ;

Je veux sans m'emporter,

L'emporter.

600   Je prends des airs, mignards,

J'adoucis mes regards,

Et je pars,

Voyez mes pas,

Mes ports de bras,

605   Sans ce fracas,

De vos entrechats ;

Ceci mettra nos débats

Bas.

Elles forment un pas de deux et sur le même air, l'une danse légèrement, et l'autre majestueusement.

LE BAILLI.

AIR. Ton joli belle Meunière.

Stelle-ci, qu'alle est jolie ;

610   C'est un vrai bijou ;

Mais cette autre dégourdie

Nous rend presque fou :

Aille, nous baille l'envie

De danser itou.

LE SEIGNEUR.

AIR. Ah ! qu'il est gentil mon mari.

615   L'une a des charmes sémillants,

Et pour les grâces, l'autre est faite.

À la danseuse.

L'art vous donne mille talents.

À Lison.

La nature vous rend parfaite :

Vous méritez tous nos égards ;

620   Et voici votre arrêt, Mesdames.

À la danseuse.

Vous, vous étonnez nos regards ;

À Lison.

Mais, vous, vous enlevez nos âmes.

LA DANSEUSE.

AIR. Je m'éloigne vainement.

Un jour viendra que j'aurai

Le prix en partage.

625   En m'exerçant, je pourrai

Faire davantage.

bis.

LE SEIGNEUR, à Lìson.

AIR. Noté N°6.

Tant de talents en ta personne,

Rendent tous mes sens interdits.

L'amour croit te donner un prix,

630   Et c'est à moi seul qu'il le donne.

LISON.

AIR. Charmant Amour:

En ce beau jour, nous allons nous unir :

Pour toi, mon ardeur est extrême.

Que je m'engage avec plaisir !

Je t'aimerai toujours de même.

635   Quand on aime, et qu'on aime bien,

On ne désire plus rien.

VAUDEVILLE.

[TOUS].

N°7.

Dans ses talents, trop d'espérance,

Indispose le Spectateur ;

Mais aussi trop peu d'assurance,

640   Peut être nuisible à l'acteur.

Qu'importe ! Le sort qu'on nous garde ;

Tentons toujours d'aller au bien..

Qui ne hasarde,

N'a jamais rien.

II.

645   Si Lycas ne peint son martyre,

Il est triste, il est languissant ;

Il me regarde, et puis soupire.

Est-ce là le fait d'un amant ?

Quand la vertu n'est plus en garde,

650   L'Amour doit presser l'entretien.

Qui ne hasarde

N'a jamais rien.

III.

Un vieux caissier par son usure,

Trafique en argent confié ;

655   Il sait qu'il met à l'aventure.

Qu'on pourrait lui faire haut le pied ;

Mais toujours à payer il tarde,

De s'enrichir, c'est le moyen.

Qui ne hasarde

660   N'a jamais rien.

IV.

Vous risquez, disait Araminte,

Ma fille, d'aller seule aux bois :

La Belle y retourne sans crainte ;

Elle attrape un nid cette fois,

665   Elle arrive l'humeur gaillarde,

Et dit, voyez ce que je tiens.

Qui ne hasarde

N'a jamais rien.

V.

Eglé, jeune solliciteuse,

670   Chez Damis poursuit un Procès :

Damis d'une jeune plaideuse

Toujours assura le succès.

L'Amour pourrait bien par mégarde,

Se mêler dans leur entretien.

675   Qui ne hasarde

N'a jamais rien.

VI.

Messieurs, daignez à la Jeunesse,

Prouver aujourd'hui vos bontés :

Nos auteurs sentent leur faiblesse ;

680   Mais de vous plaire, ils sont tentés.

Aux défauts ne prenez point garde ;

Quelquefois risquer est un bien,

Qui ne hasarde,

N'a jamais rien.

 



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Notes

[1] Poupin : Qui a une toilette affectée. [L]

[2] Drille : Fantassin, soldat à pied. Il ne se disait guère que par raillerie. Inusité en ce sens. [F]

[3] Bergerertte : Jeune bergère. On a dit aussi bergeronnette. [L]

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