Parodie du troisième acte des "Fêtes de l'Hymen et de l'Amour"
M. DCC. LV.
Par Mrs. S***" et H****
À PARIS, Chez DUSCHESNE, libraire, rue Saint-Jacques, au dessous de la Fontaine Saint-Benoît, au Temple du Goût.
Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre des Comédiens italiens ordinaires du Roi, le 25 septembre 1754.
Texte établi par Paul FIEVRE, septembre 2025
Publié par Paul FIEVRE, octobre 2025.
© Théâtre classique - Version du texte du 01/02/2026 à 10:17:23.
PERSONNAGES
LE SEIGNEUR DU VILLAGE, M, RGCHARD.
LISON, Bergère. Mde. FAVART.
LE BAILLI, M. CHANVILLE.
LA PEINTURE, Mlle. DESGLANDS.
UN BERGER, M. DESBROSSES.
UN MAÎTRE D'ARMES, M. CARLIN.
UNE DANSEUSE, Mlle. CATINON.
BERGÈRES.
BERGERS.
La scène est dans un village.
LE PRIX DES TALENTS
SCÈNE PREMIÈRE.
LE SEIGNEUR, seul.
AIR. C'est un enfant du Devin de Villages.
Amour Je t'implore en ce jour
Que les plaisirs
Suivent mes désirs,
Tu peux
| 5 | Favoriser nos jeux: |
Dans ce séjour
Établis ta cour.
Viens, quitte Cythère ;
Peut-on mieux te plaire,
| 10 | Qu'en faisant briller les talents ! |
Qu'ils sont charmants,
Qu'ils sont charmants.
AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.
Le talent quand on le méprise
Disparaît, et meurt en naissant ;
| 15 | Mais le talent qu'on autorise |
Renais, s'embellit et surprend.
Par une façon peu commune,
Je veux me faire respecter,
Qui sait partager sa fortune,
| 20 | Prouve qu'il sait la mériter. |
SCÈNE II.
Le Seigneur, Le Bailli.
LE BAILLI.
AIR. Mon aimable Javotte.
Selon votre ordonnance,
Nos bourgeois sont tretous assemblés ?
Je viens en diligence
Savoir ce que vous voulez ;
| 25 | Tout le monde est poudré, |
Paré,
Tiré,
Ambré,
Fardé,
| 30 | Bien cardé. |
Chaque berger
Est léger,
Et prétend voltiger.
En galants escarpins,
| 35 | Ces biaux poupins, [ 1 Poupin : Qui a une toilette affectée. [L]] |
Accoutumés à s'exercer
Sont, quand il faut se trémousser,
Toujours prêts à danser.
LE SEIGNEUR.
AIR. Quoi vous partez.
Pour célébrer la fête du village,
| 40 | Je veux donner quatre prix aujourd'hui. |
Chaque vainqueur aura pour son partage
Deux cents ducats, et j'y joins mon appui.
LE BAILLI.
C'est trop, Seigneur, honorer le Village,
Et son Bailli vous rend grâce pour lui.
LE SEIGNEUR.
AIR. De tous les Capucins, etc.
| 45 | La Peinture doit la première |
Ouvrir cette belle carrière.
De la voix, les charmants attraits»
Feront la seconde conquête :
Les armes paraîtront après
| 50 | La danse finira la fête. |
AIR. Non je ne ferai pas, etc.
Mais de gagner deux prix si quelqu'un a la gloire,
Je veux en l'épousant couronner sa victoire.
LE BAILLI.
Qu'un garçon les remporte, il aura donc l'honneur
De se voir aujourd'hui femme de son Seigneur.
LE SEIGNEUR.
AIR. De M. de Catinat.
| 55 | Ah ! Vous avez raison et je n'y pensais pas ; |
Pour suivre Arueris, j'allais faire un faux pas.
LE BAILLI.
Cherchons, sans plus tarder, un remède à cela ;
Car souvent on s'égare en suivant l'Opéra.
LE SEIGNEUR.
AIR. Ici sont venus en personne.
Si c'est un garçon, il doit prendre
| 60 | Le cher objet qui le rend rendre ; |
Lui donner sa main et son coeur.
Si quelque fille a l'avantage
D'avoir deux prix pour son partage ;
C'est moi qui ferai son bonheur.
LE BAILLI.
| 65 | Mais, mais, y pensez-vous Seigneur[.] |
LE SEIGNEUR.
Oui, je l'épouserai d'honneur.
LE BAILLI.
AIR. Quand l'Auteur de la nature.
Vot' personne nous est chère?
Je craignons pour vous, qu'en cette affaire,
Le sort ne vous soit contraire :
| 70 | Vous baillant |
Un objet déplaisant.
LE SEIGNEUR.
Telle passe
Pour une Grâce,
Dont la beauté n'a rien qui m'agace ;
| 75 | Elle lasse, |
Et s'efface.
Les talents.
Ont seuls tous mon encens.
LE BAILLI.
Mais, palsangué, qu'une fille,
| 80 | Qui par tous ses talents prime et brille, |
Soit folle d'un autre drille, [ 2 Drille : Fantassin, soldat à pied. Il ne se disait guère que par raillerie. Inusité en ce sens. [F]]
À quoi sert
Qu' vous lui soyez offert.
LE SEIGNEUR.
Oh ! Je gage
| 85 | Pour mon suffrage |
Mon bien m'est garant de cela :
La volage,
La sauvage.
Nulle enfin ne résistera,
| 90 | Je gagnerais la plus sage. |
LE BAILLI.
La plus sage de l'Opéra :
Tatigué, qu'en cette affaire,
Chez les grands la mode est singulière.
Sans choix on prend minagère.
| 95 | Après ça |
L'aimera
Qui pourra.
LE SEIGNEUR.
ÁIR. Nous sommes précepteurs d'amour.
Annoncés les prix destinés,
Que votre zèle me seconde.
| 100 | Les talents seront couronnés : |
Rassemblez ici tout le monde.
LE BAILLI.
AIR. Des bons Villageois:
Morgué queu brave Seigneur,
Comme il prend soin de nos familles ?
C'est en les piquant d'honneur,
| 105 | Bailler du talent à nos filles : |
Aisément on les pourvoira,
Car dès que quelqu'un en aura,
C'est à Paris qu'on l'enverra,
Et son talent rétablira.
bis.
SCÈNE III.
LE SEIGNEUR, seul.
AIR. N°1.
| 110 | Du charmant objet que j'adore ; |
Rien ne peut effacer les traits ;
Chaque instant l'embellit encore,
Et rien n'étale ses attraits ;
Mais son mérite qui m'engage,
| 115 | M'offre des charmes plus constants. |
Rarement on devient volage,
Quand on ne cède qu'aux talents.
Dans la bouche de sa bergère
Un je vous aime, est bien flatteur ;
| 120 | Ce mot varié sait nous plaire ; |
Il est la source du bonheur.
Tantôt dit avec innocence,
Et tantôt dit avec gaieté.
Lison sait fixer la constance,
| 125 | Par l'attrait de la nouveauté. |
SCÈNE IV.
Le Seigneur, Lison.
LISON.
AIR. Ô doux espoir, de Raton et de Rosette.
Quel coup affreux !
Quoi, vous brisez nos noeuds ?
Expliquez-moi qui vous rend infidèle.
Quel coup affreux !
| 130 | Quoi, vous brisez nos noeuds ? |
Hélas ! Pourquoi
Dégager votre foi ?
LE SEIGNEUR.
Sois sans effroi 7
Rassure-toi :
| 135 | Mon ardeur doit être éternelle. |
Ce coeur soumis
Qui t'est promis,
De tes attraits
Ressent toujours les traits.
| 140 | Sans s'abuser, |
L'amour, peut tout oser.
De tes talents fais voir une étincelle.
LISON.
Avant la loi
Votre coeur est à moi,
| 145 | Et sans égard, |
Vous l'offrez au hasard.
LE SEIGNEUR.
AIR. Menuet d'Isis.
Peux-tu craindre une inconstante ardeur ?
Ta beauté, t'assure de mon coeur,
Permets donc, pour prix de ma tendresse,
| 150 | Que je me livre au charme si flatteur, |
De pouvoir couronner ma maîtresse.
LISON.
Je ne dois plus espérer ce bonheur.
LE SEIGNEUR.
AIR. De s'engager il n'est pas trop facile.
Les plus beaux dons sont votre heureux partage.
Est-ce le prix qui ne vous flatte pas ?
LISON.
| 155 | D'un tendre amant est-ce là le langage ? |
Vous me vantiez autrefois mes appas.
LE SEIGNEUR.
AIR. À l'ombre de vert bocage.
À la beauté tout rend hommage.
Sous ses lois elle range un coeur ;
Mais souvent il devient volage,
| 160 | Séduit par un talent vainqueur. |
Puis-je ne pas être fidèle,
Quand Lison qui sait m'engager,
Pourrait même sans être belle,
Fixer l'Amant le plus léger.
LISON.
AIR. Que j'estime mon cher voisin
| 165 | Les talents vous rendraient heureux |
Ah ! Que je les envie !
LE SEIGNEUR.
Non, Bergère, il n'est point sans eux,
De charmes dans la vie.
AIR. L'Amant frivole et volage.
Des talents qui savent plaire,
| 170 | Lison ne manqua jamais : |
Ils sont sans nombre, Bergère,
De même que tes attraits.
Par tes pas quand tu nous traces,
Les feux naissants des désirs,
| 175 | Déjà l'on croit voir les Grâces, |
Donner la main aux Plaisirs.
Tu prêtes à la peinture
Un lustre, un éclat nouveau.
Toujours on voit la nature
| 180 | Orner ton moindre tableau. |
De la Reine de Cythère,
Tu fis le portrait un jour.
L'amour croyant voir sa mère
Vint voltiger à l entour.
LISON.
AIR. Ne v'là-t-il pas que j'aime.
| 185 | On croit trouver tous les talents |
Dans un objet qu'on aime :
Hélas ! Les coeurs indifférents
N'en jugent pas dé même.
LE SEIGNEUR.
AIR. L'amour vous-appelle.
Ouvrez la carrière,
| 190 | Embellissez nos jeux, |
L'Enfant de Cythère
Va combler vos voeux.
Ce Dieu, sur vos traces,
Prouve que le talent
| 195 | Sait donner aux grâces |
Un tendre agrément.
SCÈNE V.
LISON, seule.
AIR. L'anonime.
Mon amant veut en vain s'en défendre ;
Son amour fait place à la froideur.
S'il m'aime... Non, je ne puis comprendre
| 200 | Qu'il m'expose à mourir de douleur ; |
Il fallait cacher mon ardeur.
J'aurais plus de pouvoir sur son coeur :
Tendre amour, viens calmer mes alarmes.
Avec toi renaîtront les plaisirs :
| 205 | On sent mieux ce que valent tes charmes, |
Quand ils sont précédés des soupirs.
Inspire-moi dans ce moment
Le moyen de fixer mon amant.
Tu m'instruis... oui, je dois l'entreprendre ;
| 210 | On peut tout, animé par tes feux, |
Mon bonheur, du succès va dépendre ;
Et l'amour me le promet heureux[.]
SCÈNE VI.
Le Seigneur, et tous les prétendants au prix, Le bailli, à sa suite.
LE BAILLI.
AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.
C'est en ce lieu que l'on couronne
Aujourd'hui le talent vainqueur.
| 215 | Toute place nous paraît bonne |
Quand on est près de son Seigneur.
Je n'avons à votre personne
Point marqué de place d'honneur.
Ce gazon même vaut un trône,
| 220 | Lorsque, vous l'occupez, Monsieur. |
SCÈNE VII.
LA PEINTRESSE.
AIR. Four fléchir une None austère.
Par les attraits de la Peinture,
On se retrace en tous lieux
Mille objets gracieux
Qui vous enchantent les yeux.
| 225 | Par cette agréable imposture, |
On voit des fruits en tout temps,
En hiver, les présents
Du printemps.
Là, sur le bord d'une onde claire,
| 230 | Est la bergère Doris ; |
Auprès d'elle est assis
Le jeune berger Daphnis.
Leur entretien...
Ah, qu'il se devine bien !
| 235 | Rien, |
N'en dit tant que leur maintien :
Des yeux le langage sincère,
L'un à l'autre avec douceur,
Exprime de leur coeur
| 240 | Le désir et le bonheur. |
Oui, pour une tendre bergère,
C'est où l'on lui fait la cour,
Qu'est le riant séjour
De l'Amour.
SCÈNE VIII.
La Peintresse, Lison ; et les précédents.
LISON.
AIR. Bergers sortez de vos retraites.
| 245 | Que le succès m'est nécessaire, |
Pour les prix offerts en ce jour ;
Sur mes talents en vain j'espère
Je n'attends rien que de l'amour.
Ce charmant vainqueur m'encourage,
| 250 | Il m'enhardit en ce moment. |
Il ne peut faire mon partage,
"Qu'à la gloire de mon amant.
LA PEINTRESSE.
Même Air.
Venez-vous ici pour m'exclure ;
De la victoire où je prétends ?
| 255 | J'aurai le prix, oui, je l'augure, |
Je le désire et je l'attends.
AIR. M. te Prévöt des Marchands.
Le génie a des coups hardis,
Qui balancent le coloris.
Au quel donner la préférence ?
LISON.
| 260 | Pour tous deux je disputerai. |
LA PEINTRESSE.
Par les traits frappants je commence,
Voyons si je remporterai.
AIR. De tous les Capucins du monde.
Je peins un homme sans science,
Pourvu d'un poste d'importance,
| 265 | Que lui procura son Iris, |
Je le peins ardent à tout faire.
LISON.
Moi ! Je le représente assis,
Appuyé sur son secrétaire.
LA PEINTRESSE.
AIR. Des Charbonniers.
Je peins une veuve en noir,
| 270 | Qui se livre au désespoir. |
LISON.
Je peins une veuve en noir,
Pleurant devant un miroir.
LA PEINTRESSE.
Une prude est-elle bien peinte
Avec un livre en méditant ,
LISON.
| 275 | Pour tracer cette vertu feinte, |
Ce n'est pas ainsi qu'on s'y prend.
Je la peins un masque en main
En rendez-vous clandestin.
LA PEINTRESSE.
D'un parasite indigent,
| 280 | Je peins l'air bas et rampant. |
LISON.
Je le peins au Palais-Royal
De midi guettant le signal.
LA PEINTRESSE.
J'ai coiffé dans le plus galant,
Cette actrice, qui brille tant,
| 285 | Perles, rubis, dentelle, |
Tout marque sa fierté.
LISON.
Je coiffe, cette Belle
À la frivolité.
LA PEINTRESSE.
D'un air minaudier, mis comme un petit-Maître.
| 290 | La lorgnette en main, je peins l'Abbé Poupin. |
LISON.
Et moi, pour le faire encore mieux reconnaître
Je le peins en femme, un flacon à la main.
LE SEIGNEUR.
AIR. Des folies d'Espagne,
Pour le dessein, ma Lison vous surpasse.
LA PEINTRESSE.
Que les couleurs me vengent à l'instant.
Lui montrant un Portrait.
| 295 | Considérez ce portrait d'une grâce. |
LISON.
Examinez celui de mon amant.
LE BAILLI.
AIR. 2° Couplet des folies d'Espagne.
Quel vif éclat ! Rendez, rendez les armes[.]
LE SEIGNEUR.
Tout est frappant, tout flatte en ce tableau.
À ces couleurs, l'amour prête des charmes.
LISON.
| 300 | Oui, l'amour même a conduit mon pinceau. |
SCÈNE IX.
Un berger, les précédents.
LE SEIGNEUR.
AIR. Pour soumettre mon äme.
Doit-on dans un village,
Se piquer de bien chanter ?
Un brillant étalage
Ne peut ici nous flatter.
| 305 | Souvent un grand air ennuyé, |
Égayés nous mes amis ;
La chanson la plus jolie,
En ce jour aura le prix.
LE BAILLI.
AIR. Vantez-vous en.
Ô s'il s'agit de chansonnettes
| 310 | Morgué, j'en sais des plus drôlettes |
Qui pourraient fort bien l'emporter
Sans hésiter,
J'vons disputer !
Il faut que je sachions chanter :
| 315 | Car plus d'une fois les fillettes |
Ont pris plaisir à notre chant ;
Vantez-vous en.
LE BERGER, Prélude de Musette.
AIR. Noté, N°2
Pour écouter d'une fauvette
Les sons amoureux et touchants ;
| 320 | Chaque jour la jeune Lisette, |
Dès le matin, va dans nos champs».
Chantez, chantez, fauvette,
Pour amuser ma bergerette. [ 3 Bergerertte : Jeune berg?re. On a dit aussi bergeronnette. [L]]
Vos sons charmants,
| 325 | Inspirent les amants. |
Heureux oiseau, ton doux ramage,
De Lisette fait les plaisirs.
Que ne puis-je dans mon langage ?
Comme toi peindre mes désirs ?
| 330 | Chantez, chantez, fauvette, |
Pour amuser ma Bergerette.
Vos sons charmants,
Inspirent les amants.
Si c'est le tendre amour, lui-même,
| 335 | Qui t'instruit dans l'art de charmer, |
Dis à Lisette que je l'aime ,
Et Lisette pourra m'aimer.
Chantez, chantez, fauvette,
Pour amuser ma Bergerette.
| 340 | Vos sons charmants, |
Inspirent les amants.
LE BAILLI.
AIR. Note N°3. Ronde. Prélude de Tambourin.
Notre voisine Marotte,
Ne faisait rian chaque jour ;
Dormait comme une Marmotte,
| 345 | Avant qu'on lui fit la cour. |
À présent, un rian l'éveille ;
Au travail qu'alle a d'ardeur !
On a la puce à l'oreille,
Quand on a l'amour au coeur.
| 350 | Alle trouvait fort étrange. |
Que ses gens fussions soigneux ;
Dans le temps de la vendange.,
Qu'ils étions trop matineux.
Avant l'aurore aile éveille
| 355 | Aujourd'hui le vendangeur. |
On a la puce à l'oreille,
Quand on a l'amour au coeur.
Lorsque dans la rêverie
Autrefois, je la trouvions
| 360 | Avec sa nièce jolie, |
Je nous familiarisions ;
Mais qu' Marotte dorme ou veille ;,
Aile entend tout par malheur.
On a la puce à l'oreille
| 365 | Quand on a l'amour au coeur. |
LISON.
AIR. Noté. N° 4. Prélude de Mandoline,
On veut se défendre
D'écouter l'amour ;
Mais le malin sait bien nous prendre.
Par quelque détour,
| 370 | Sans cesse il nous guette, |
Le rusé matois,
Nous fuit au bois.
Est-on sur l'herbette ?
Il vient s'y cacher,
| 375 | Et nous fait trébucher. |
L'Amant qui sait plaire
Cause du tourment
A la trop naïve bergère,
Qu'il trompe aisément.
| 380 | Que faire à notre âge ? |
On ne peut songer
À ce danger,
Lorsque l'on s'engage,
On voit seulement
| 385 | Les yeux de son amant. |
Mon berger Silvandre,
Est vif et charmant
S'il cessait pour moi d'être tendre
Hélas ! Quel tourment !
| 390 | D'une ardeur sincère, |
Un tendre lien
Est le soutien ;
Loin d'être légère,
Je veux l'aimer tant,
| 395 | Qu'il soit toujours constante |
LE BAILLI.
AIR. Vous en venez.
Pour le prix, je n'ai plus de zélé
Et je sens, ma voix qui chancelle.
Par vos talents, vous contentez,
Vous enchantez,
| 400 | Vous l'emportez. |
Oui, la Belle, vous le méritez,
Et vous l'emportez.
LE SEIGNEUR.
AIR. Quand aux champs.
Lycas, froid et langoureux,
Peint mal les feux de Cythère.
| 405 | Le Bailli, chanteur, joyeux, |
Plaît ; mais il ne touche guère.
D'un et d'autre côté,
Tout cède à ma bergère.
Sa naïve gaieté,
| 410 | Sait attacher et plaire. |
AIR. Comme un oiseau.
Ma Lison, a double avantage.
Qu'à jamais l'Hymen nous engage.
Ah ! Quel bonheur !
LISON.
Mais, d'un berger de ce village,
| 415 | Je puis devenir le partage, |
S'il est vainqueur.
Le Berger sort.
SCÈNE X.
LISON, et les prêcédents.
LISON.
AIR. La Foire de Brie, Contredmfii
Puisque jusqu'ici
J'ai réussi ;
Tout doit m'exciter
| 420 | À remporter, |
Victoire entière
Puisque jusqu'ici,
J'ai réussi,
Tout doit m'exciter
| 425 | À finir ainsi. |
Le plaisir flatteur,
D'avoir le coeur
De mon vainqueur,
Est le seul bonheur
| 430 | Qui me touche, et sait me plaire. |
J'espère en ce jour,
Un doux retour
Du rendre Amour.
C'est lui qui m'instruit,
| 435 | Et son flambeau me conduit. |
Puisque jusqu'ici
Puisque jusqu'ici
J'ai réussi ;
Tout doit m'exciter
| 440 | À remporter, |
Victoire entière
Puisque jusqu'ici,
J'ai réussi,
Tout doit m'exciter
| 445 | À finir ainsi. |
SCÈNE XI.
Arlequin en Maître d'Armes avec
Plastron.
Les Précédens.
ARLEQUIN.
AIR. À table je fuis Grégoire;
Allons, d'estoc et de taille
Répondons à qui va là.
C'est notre champ de bataille.
Ça ventrebleu, ti, ta , ta.
| 450 | Largement je viens de boire. |
Que je vais faire d'éclat !
À table je suis Grégoire,
Et le diable en un combat.
LISON.
AIR. Courez, vìte éprenez, le Patron.
C'est par trop garder l'incognito,
| 455 | Quand, tu fais là le fat à gogo. |
Mais pour contenter ton vertigo,
Je t'attaque ici subito.
ARLEQUIN.
Ho !
LISON.
AIR. Ta, ton, tu, Taine.
Allons, montrez votre savoir.
ARLEQUIN.
| 460 | Oh ! C'est ce que vous allez voir ; |
Mais contre vous, c'est vain espoir :
Vous plaisantez, ma reine.
LISON.
Et, tu, tu , tu
Quel garçon es-tu ?
| 465 | Et, ton, ton, ton, |
Est-ce là le ton ?
Pour qui me prend-on ?
Pour un hanneton,
Tutaine, tuton ,
| 470 | Tuton, tuton, tutaine. |
ARLEQUIN.
AIR. Fous avez, bien de la bonté.
Le prix que je viens disputer
Ne peut être le vôtre.
LISON.
Et moi je prétends remporter,
L'un, aussi bien que l'autre.
| 475 | Je ne veux point d'honnêteté, |
ARLEQUIN.
Belle, n'employez que vos charmes,
Pour toutes armes.
LISON.
Monsieur, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.
ARLEQUIN.
AIR. Fanfare de Saint Cloud.
| 480 | Que mon pareil fasse rage, |
Aussitôt j'aurai mon tour ;
Mais d'une beauté m'engage,
À la combattre en ce jour ;
L'un anime mon courage,
| 485 | L'autre excite mon amour. |
LISON.
AIR. Menuet d'exaudet.
Sur ceci,
Point ici
De faiblesse.
Voyons donc votre début :
| 490 | Recevez le salut. |
Elle fait le salut.
En garde, avec vitesse.
Le nigaud ?
Quel assaut !
Il hésite.
| 495 | S'il ne fait mieux, sur ma foi, |
La victoire est pour moi.
Petite...
Elle tire une quarte, il pare en rompant la mesure.
Une quarte sous les armes,
Déjà le met en alarmes.
| 500 | Soutenez, |
Prévenez,
Votre perte....
Ils féraillent.
Mais, il prend mieux son essor.
Voyons s'il est encor
| 505 | Alerte. |
ARLEQUIN.
Grâce, hélas 1
Je suis las ;
Faisons trêve.
LISON.
Votre espoir est une erreur.
ARLEQUIN.
| 510 | Ce n'est point par terreur ; |
Mais, ventrebleu je crève.
LISON.
Redoublez.
ARLEQUIN.
Vous troublez ma cervelle.
LISON.
Voulez-vous finir, hé bien ?
ARLEQUIN.
| 515 | Oh ! cette femme est bien |
Cruelle !
ARLEQUIN.
AIR. Si c'est un honneur de boire.
C'est aussi trop de faiblesse ;
Songeons à lui résister.
LISON.
Mettons toute notre adresse
| 520 | À pouvoir le surmonter : |
Il se rit d'une cornette ;
Mais agissons tout de bon.
Elle lui porte me botte.
Bon !
Apprenons à cet athlète,
| 525 | Qu'à tort il fait le pimpant... |
Pan.
Elle le désarme.
ARLEQUIN.
AIR. Et non, non , non.
C'est assez, plions bagage ;
Cette femme est un démon.
Je suis vaincu, j'en enrage.
| 530 | Avoir le sort d'un poltron ? |
LISON.
Est-ce qu'à votre courage,
Il faut encore une leçon ?
ARLEQUIN.
Et non, non, non,
Je n'en veux pas davantage.
Il sort.
SCÈNE XII.
Le Seigneur, les Précédents.
LE SEIGNEUR.
AIR. II faut l'envoyer à l'école.
| 535 | Ah ! Quel espoir pour mon amour ! |
Chacun ici vous rend les armes,
À vos charmes ;
Je vois que tout cède en ce jour.
LE BAILLI.
Alle sait bian
| 540 | Jouer son rôle. |
Qui lui dispute son talent :
à l'instant,
Alle vous envoie à l'école.
SCÈNE XIII et dernière.
Une Danseuse, Les précédents.
LA DANSEUSE.
AIR. Grandeur -brillante ,oà fai tout vu.
La danseuse enchante?
| 545 | Anime les désirs, |
Les transports, les plaisirs.
Quelle est brillante !
Quelle reçoit d'encens !
Par ses charmes puissants
| 550 | Qui séduisent les sens. |
Fille novice,
Lorsque le pied vous glisse,
Ne vous troublez pas ;
La plus savante, hélas !
| 555 | Fait bien d'autres pas. |
Charme suprême,
Par tes vives ardeurs,
Tu séduis tous les coeurs.
L'amour lui-même,
| 560 | Se plaît dans nos ébats, |
Et fait voir dans nos bras,
Ses grâces, ses appas.
LE BAILLI.
AIR. J'ai pris bien du plaisir.
Quelle petite éveillée !
Alle ne manque point d'art.
| 565 | Pour danser sous la feuillée, |
Que j'aimons cet air gaillard !
Alle est vive, alle est légère ;
Aile est taillée à ravir :
Danse, gentille bergère,
| 570 | Nous aurons bien du plaisir. |
LA DANSEUSE.
AIR. Dieu de la tendresse.
Lise, avec aisance,
Danse,
Toujours en cadence :
J'entreprends,
| 575 | Des pas brillants. |
Je pars avec pétulance :
L'activité,
Nous peint la gaieté ;
L'agilité,
| 580 | Dont on est enchanté. |
Il faut sans attendre,
Tendre,
Au prix le plus tendre,
Que l'amour,
| 585 | Donne en ce jour, |
Par une danse légère,
Toujours on est sûr de plaire.
Le sérieux est ennuyeux :
Je me ris d'un terre-à-terre,
| 590 | Quand je puis m'élever aux cieux. |
Elle danse au tambourin.
LISON.
AIR. Sous un ormeau.
Sur un air lent,
Tendre et galant,
Dans ce talent,
On touche, on surprend ;
| 595 | Tout ce que l'on entreprend : |
Prend.
Au prix il faut tenter ;
Je veux sans m'emporter,
L'emporter.
| 600 | Je prends des airs, mignards, |
J'adoucis mes regards,
Et je pars,
Voyez mes pas,
Mes ports de bras,
| 605 | Sans ce fracas, |
De vos entrechats ;
Ceci mettra nos débats
Bas.
Elles forment un pas de deux et sur le même air, l'une danse légèrement, et l'autre majestueusement.
LE BAILLI.
AIR. Ton joli belle Meunière.
Stelle-ci, qu'alle est jolie ;
| 610 | C'est un vrai bijou ; |
Mais cette autre dégourdie
Nous rend presque fou :
Aille, nous baille l'envie
De danser itou.
LE SEIGNEUR.
AIR. Ah ! qu'il est gentil mon mari.
| 615 | L'une a des charmes sémillants, |
Et pour les grâces, l'autre est faite.
À la danseuse.
L'art vous donne mille talents.
À Lison.
La nature vous rend parfaite :
Vous méritez tous nos égards ;
| 620 | Et voici votre arrêt, Mesdames. |
À la danseuse.
Vous, vous étonnez nos regards ;
À Lison.
Mais, vous, vous enlevez nos âmes.
LA DANSEUSE.
AIR. Je m'éloigne vainement.
Un jour viendra que j'aurai
Le prix en partage.
| 625 | En m'exerçant, je pourrai |
Faire davantage.
bis.
LE SEIGNEUR, à Lìson.
AIR. Noté N°6.
Tant de talents en ta personne,
Rendent tous mes sens interdits.
L'amour croit te donner un prix,
| 630 | Et c'est à moi seul qu'il le donne. |
LISON.
AIR. Charmant Amour:
En ce beau jour, nous allons nous unir :
Pour toi, mon ardeur est extrême.
Que je m'engage avec plaisir !
Je t'aimerai toujours de même.
| 635 | Quand on aime, et qu'on aime bien, |
On ne désire plus rien.
VAUDEVILLE.
[TOUS].
N°7.
Dans ses talents, trop d'espérance,
Indispose le Spectateur ;
Mais aussi trop peu d'assurance,
| 640 | Peut être nuisible à l'acteur. |
Qu'importe ! Le sort qu'on nous garde ;
Tentons toujours d'aller au bien..
Qui ne hasarde,
N'a jamais rien.
II.
| 645 | Si Lycas ne peint son martyre, |
Il est triste, il est languissant ;
Il me regarde, et puis soupire.
Est-ce là le fait d'un amant ?
Quand la vertu n'est plus en garde,
| 650 | L'Amour doit presser l'entretien. |
Qui ne hasarde
N'a jamais rien.
III.
Un vieux caissier par son usure,
Trafique en argent confié ;
| 655 | Il sait qu'il met à l'aventure. |
Qu'on pourrait lui faire haut le pied ;
Mais toujours à payer il tarde,
De s'enrichir, c'est le moyen.
Qui ne hasarde
| 660 | N'a jamais rien. |
IV.
Vous risquez, disait Araminte,
Ma fille, d'aller seule aux bois :
La Belle y retourne sans crainte ;
Elle attrape un nid cette fois,
| 665 | Elle arrive l'humeur gaillarde, |
Et dit, voyez ce que je tiens.
Qui ne hasarde
N'a jamais rien.
V.
Eglé, jeune solliciteuse,
| 670 | Chez Damis poursuit un Procès : |
Damis d'une jeune plaideuse
Toujours assura le succès.
L'Amour pourrait bien par mégarde,
Se mêler dans leur entretien.
| 675 | Qui ne hasarde |
N'a jamais rien.
VI.
Messieurs, daignez à la Jeunesse,
Prouver aujourd'hui vos bontés :
Nos auteurs sentent leur faiblesse ;
| 680 | Mais de vous plaire, ils sont tentés. |
Aux défauts ne prenez point garde ;
Quelquefois risquer est un bien,
Qui ne hasarde,
N'a jamais rien.
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Notes
[1] Poupin : Qui a une toilette affectée. [L]
[2] Drille : Fantassin, soldat à pied. Il ne se disait guère que par raillerie. Inusité en ce sens. [F]
[3] Bergerertte : Jeune bergère. On a dit aussi bergeronnette. [L]

