PROVERBE LXI.
1822.
de CARMONTELLE.
À PARIS, CHEZ DELONGCHAMPS, LIBRAIRE, RUE DE LA FEUILLADE, N° 2, PRÈS LA PLACE DES VICTOIRES.
DE L'IMPRIMERIE DE PLASSAN, RUE DE VAUGIRARD, n°15, derrière l'Odéon.
Texte établi par Paul FIEVRE avril 2024
Publié par Paul FIEVRE mai 2025.
© Théâtre classique - Version du texte du 29/05/2025 à 23:50:02.
PERSONNAGES.
MONSIEUR DE SAINT-AURELE. Robe-de-chambre brune à grandes fleurs, bonnet de nuit, pantoufles, et mouchoir de cou.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURELE, fille de M. de Saint Aurèle. En robe-de-chambre, tablier vert, et coiffe en petit bonnet.
MONSIEUR DE VALBERT. Habit rouge galonné, épée et chapeau uni.
FLAMAND, laquais de M. de SAINT-AURÈLE. Redingote croisée à boutons plats, et petite perruque ronde.
La scène est chez M. de Saint-Aurèle, dans un salon.
Extrait de PROVERBES DRAMATIQUES DE CARMONTELLE (...), chez Longchamps libraire, Troisième Tome, Paris, 1822. pp. 81-96.
LE CHIEN JUPITER.
SCÈNE PREMIÈRE.
Monsieur de Saint-Aurèle, Monsieur de Valbert.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Comprenez-vous bien ce que je vous dis ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Oh, sûrement ; je vous écoute avec attention.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
C'est que quelquefois vous êtes si distrait en écoutant....
MONSIEUR DE VALBERT.
Je vous jure que je ne pense qu'à vous, que je ne parle que de vous, et que je ne suis jamais occupé d'autre chose.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Oui, quand il ne le faut pas ; et je suis sûre que ce sont vos distractions qui auront appris à mon père que nous nous aimons.
MONSIEUR DE VALBERT.
Oh, je ne suis plus distrait.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous ne l'êtes plus ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Non, non, je me suis bien corrigé.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Oui, très bien. En sortant hier de la maison où nous avons soupé, vous avez fait à Madame de Berly toutes les questions que vous me faites ordinairement, et toujours en l'appelant mademoiselle.
MONSIEUR DE VALBERT.
Moi ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Je vous ai entendu lui parler de son père, qui est mort il y a dix ans. Vous lui demandiez s'il sortirait aujourd'hui.
MONSIEUR DE VALBERT.
Cela n'est pas possible.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Cela ne devrait pas être ; mais, avec vous, cela n'est pas étonnant. Songez donc à tout ce que vous devez faire pour déterminer madame votre mère à faire parler à mon père ; car, comme je vous le répète, je suis persuadée qu'il songe très sérieusement à me marier : et s'il s'entête une fois de quelque projet, vous pouvez compter que rien ne le fera changer de système.
MONSIEUR DE VALBERT.
Vous croyez donc qu'il n'aura pas de répugnance à vous marier avec moi ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Non, à présent. Il y a huit jours cela aurait été différent ; votre procès n'était pas gagné, et votre fortune n'était pas assurée comme elle l'est actuellement...
MONSIEUR DE VALBERT.
Je ne vous en aimais pas moins, et ce ne serait pas votre fortune qui me ferait changer de sentiment.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Je le crois ; mais ce n'est pas de ma fortune qu'il était question, c'était de la vôtre.
MONSIEUR DE VALBERT.
Ai-je dit autre chose ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Voilà ce que j'avais de pressé à vous dire, et c'est ce qui m'a fait désirer de vous voir ce soir, avant que mon père fût rentré.
MONSIEUR DE VALBERT.
Quoi ! Vous n'avez pas autre chose à me dire ? Ah, vous ne m'aimez plus !
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Mais je crois que vous êtes fou ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Oui, je le suis, d'aimer une ingrate....
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Sûrement vous plaisantez : où est l'ingratitude de vous presser de faire tout ce qu'il est possible pour déterminer mon père en votre faveur ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Ah, je vous demande pardon.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous voyez bien que j'avais raison de vous reprocher vos distractions, puisque même dans ce moment-ci vous......... Mais qu'entends-je ? Je crois que c'est mon père qui rentre déjà.
MONSIEUR DE VALBERT.
Je vais m'en aller.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Et par où ? Vous le rencontreriez sûrement. Écoutez, je vais vous cacher dans ce cabinet...
MONSIEUR DE VALBERT.
C'est bien dit.
Il va pour y entrer.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Attendez donc ; il ne viendra peut-être pas ici tout de suite : il se déshabille toujours de l'autre côté.
MONSIEUR DE VALBERT.
Eh bien, que faut-il que je fasse ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Quand il sera endormi, vous sortirez du cabinet.
MONSIEUR DE VALBERT.
Pour aller vous trouver dans votre chambre ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Non pas, s'il vous plaît ; pour vous en aller chez vous.
MONSIEUR DE VALBERT.
Rien n'est plus aisé.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Oui, pour un autre ; mais pour vous......
MONSIEUR DE VALBERT.
Ne craignez rien.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
S'il éteint sa lumière, vous ne trouverez jamais la porte, et vous ferez du bruit.
MONSIEUR DE VALBERT.
Oh, la porte ! Elle est à gauche.
Il montre à droite.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Oui, à gauche, de ce côté là ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Qu'est-ce que cela fait, pourvu que je vous réponde de la trouver ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Mais je crains que vous ne fassiez du bruit, et que mon père ne se réveille.
MONSIEUR DE VALBERT.
Eh bien, il croira que c'est son chien.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Et pourquoi voulez-vous qu'il le croie ?
MONSIEUR DE VALBERT.
C'est que je le contrefais à merveille.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Oui ; vous ne vous souvenez pas qu'avec mon mouchoir je contrefaisais le bruit qu'il fait quand il se gratte la teigne qu'il a à l'oreille ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
C'est de Jupiter que vous voulez parler ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Oui ; voulez-vous que je vous montre ?
Il secoue son mouchoir.
Écoutez, écoutez.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Eh non, non.
MONSIEUR DE VALBERT.
Vous ne voulez pas entendre ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Eh ! Jupiter est mort il y a six mois.
MONSIEUR DE VALBERT.
Mais il en a un autre, c'est la même chose.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Point du tout, Sultan ne se gratte pas. En vérité, vous me faites trembler !
MONSIEUR DE VALBERT.
Soyez tranquille.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Je ne saurais l'être, et si mon père vient à découvrir que vous êtes ici, cela l'irritera contre nous deux, et détruira tous nos projets.
MONSIEUR DE VALBERT.
Ne craignez rien, je vous réponds de tout.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Ne sortez pas qu'il ne soit bien endormi....
MONSIEUR DE VALBERT.
Oui, oui.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Que lorsque vous l'entendrez ronfler. Je crois que le voilà qui vient. Entrez dans le cabinet.
Monsieur de Valbert entre dans le cabinet.
SCÈNE II.
Mademoiselle de Saint-Aurèle, Monsieur de Saint-Aurèle, en robe-de-chambre et en bonnet de nuit ; Flamand.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE, toussant.
Flamand, vous n'oublierez donc pas demain matin d'aller partout où je vous ai dit ?
FLAMAND.
Non, monsieur.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Papa, vous êtes rentré de bonne heure.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
C'est que ce soir je ne me porte pas bien ; mon asthme me tourmente.
Il tousse.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Couchez-vous, au lieu de vous amuser à lire, comme vous faites toujours.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je me garderai bien de me coucher ce soir. Pourquoi donc ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Pourquoi donc ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
À cause de mon oppression, qui augmenterait encore. Je vais me mettre sur ma chaise longue.
Il tousse.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
C'est bien cruel de souffrir comme cela.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Que veux- tu, mon enfant ? Il faut bien vouloir ce qu'on ne peut pas empêcher.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
C'est que vous serez mal à votre aise, et que vous ne pourrez pas dormir.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je lirai.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Oui, mais cela vous échauffe. Ah ! Papa, ne lisez pas ce soir.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Mais c'est que je m'ennuierai.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous dormirez.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je le voudrais bien. Flamand, vous irez chez mon notaire, savoir s'il sera chez lui à midi demain. Oui, monsieur.
FLAMAND.
Oui, Monsieur.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Ma fille, j'ai bien des choses à te dire.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Qu'est-ce que c'est donc, papa ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Ah ! Tu n'en seras pas fâchée.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Mais encore ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Va, va te coucher : tu ne te réveilleras pas toujours fille.
Il tousse.
Tu dois m'entendre ; je t'expliquerai cela.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Mais, papa, tant que je serai avec vous, je ne m'ennuierai point d'être fille.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oh, oui, elles disent toujours cela, mais elles sont bien aises quand on les marie.
Il tousse.
N'est-ce pas, Flamand ?
FLAMAND.
Dame, Monsieur, écoutez-donc, Mademoiselle est du bois dont on fait les femmes.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Demain, demain, nous parlerons de tout cela.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous ne voulez me rien dire aujourd'hui, papa ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Non, non : allons, bonsoir.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Que je vous voie assis, pour savoir si vous serez bien.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Flamand m'arrangera ; va te coucher.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous me promettez de ne pas lire ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Si j'ai envie de dormir.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Bonsoir, papa.
Elle l'embrasse.
Flamand, ne laissez pas lire papa.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Adieu, adieu.
SCÈNE III.
Monsieur de Saint-Aurèle, Flamand.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Flamand, je crois que ma fille ne sera pas fâchée d'être mariée ?
FLAMAND.
Elle aura raison, surtout si vous lui donnez un bon mari. Mais, monsieur, sera-ce bientôt ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Vous êtes curieux, Monsieur Flamand.
FLAMAND.
Oh ! Moi, cela ne me fait rien du tout. Allons, Monsieur, voulez-vous vous coucher ? Car j'ai encore bien des choses à faire ce soir.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Eh bien, allons.
Il se met sur la chaise longue.
Ai-je tout ce qu'il me faut ?
FLAMAND.
Assurément. Ne semble-t-il pas que je vous laisse jamais manquer de quelque chose ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Si tu te fâches...
FLAMAND.
Je ne me fâche pas. Allons, êtes-vous bien?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oui, oui.
FLAMAND.
Je m'en vais mettre le couvre-pied.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Il n'y aura pas de mal.
FLAMAND.
Vous avez là votre table....
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oui ; mais ici, où est l'autre ?
FLAMAND.
Vous n'en avez que faire.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Et si, pour mettre la lumière.
FLAMAND.
La lumière ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oui, mon livre, mes lunettes.
FLAMAND.
Vous n'avez que faire de lunettes ni de livre, parce que vous n'aurez point de lumière.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je n'aurai point de lumière ?
FLAMAND.
Non, non, mademoiselle ne veut pas que vous lisiez.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Mais si je le veux, moi ?
FLAMAND.
Ce qu'il faut que vous vouliez, c'est dormir.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Mais si je ne peux pas ?
FLAMAND.
Bon ! Quand on n'a rien de mieux à faire, il faut bien qu'on dorme.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oui, vous autres, qui dormez quand vous voulez.
FLAMAND.
Vous verrez que nous avons tort. À quelle heure faut-il entrer demain ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
De bonne heure ; quand tu seras levé.
FLAMAND.
C'est bon.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Flamand !
FLAMAND.
Monsieur ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Mets toujours là une table, pour ma tabatière et la sonnette.
FLAMAND.
Ah, mon dieu ! On ne finit jamais.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Veux-tu bien faire ce que je te dis ?
FLAMAND.
Eh bien, est-ce que je ne le fais pas ?
Il apporte la table.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
La sonnette y est-elle ?
FLAMAND.
Oui, oui.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
N'oublie pas ce que je t'ai dit pour demain.
FLAMAND.
Oh ! Demain il fera jour. Dormez, dormez.
SCÈNE IV.
Monsieur de Saint-Aurèle, Monsieur de Valbert.
MONSIEUR DE VALBERT, ouvrant la porte du cabinet.
Écoutons quand il sera endormi.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Qu'est-ce que tu dis, Flamand ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Oh ! Rien, rien.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Ce drôle-là fait le maître.
Moment de silence.
On est bien à plaindre de dépendre de ses gens.
Moment de silence.
Heureusement qu'il me semble que je dormirai bientôt.
MONSIEUR DE VALBERT.
Tant mieux, tant mieux.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Ce coquin de Flamand parle toujours tout seul. Veux-tu bien te taire ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Je ne dirai plus rien.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je suis fâché de ne m'être pas couché dans mon lit.
Moment de silence.
Oui, mon oppression ne vient pas.
Moment de silence.
Je crois que je m'endors.
Qui.
Il ronfle.
MONSIEUR DE VALBERT.
Écoutons ; il commence à ronfler.
Il entre en reculant pour fermer la porte du cabinet.
Voyons ; tantôt je disais, la porte est à droite.
Il marche, et touche une chaise qu'il renverse.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE, se réveillant.
Qui est-ce qui est là ?
Monsieur de Valbert tire son mouchoir, et fait le chien qui se gratte l'oreille.
J'entends, je crois, quelque chose, ou je rêvais. Je suis bien fâché de m'être réveillé.
Monsieur de Valbert marche encore, et touche une autre chaise.
Mais qu'est-ce donc que cela ?
Monsieur de Valbert secoue son mouchoir.
Je n'y comprends rien.
Monsieur de Valbert renverse la table qui est auprès de lui.
Répondez donc, qui est-ce qui est là ?
Monsieur de Valbert secoue son mouchoir.
Je ne trouve point ma sonnette ; elle est tombée.
Monsieur de Valbert secoue toujours son mouchoir en cherchant la porte.
Voulez-vous bien parler ? Qui est-ce qui est là ?
MONSIEUR DE VALBERT.
Eh bien, monsieur, c'est votre chien Jupiter qui se gratte l'oreille.
Il secoue son mouchoir.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Mon chien Jupiter ? Il est mort il y a longtemps.
MONSIEUR DE VALBERT.
Je veux dire Sultan.
Il secoue son mouchoir.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Sultan n'a point de mal à l'oreille.
MONSIEUR DE VALBERT.
Ah ! Cela est vrai.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
Il appelle.
Flamand ! Flamand !
SCÈNE V.
Mademoiselle de Saint-Aurèle, Monsieur de Saint-Aurèle, Monsieur de Valbert.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE, ouvrant la porte de sa chambre, une lumière à la main.
Eh, mon Dieu, papa, qu'avez-vous donc ? Est-ce que vous vous trouvez mal ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Non, non ; mais c'est qu'il y a ici quelqu'un qui fait un bruit du diable, qui a tout renversé, et qui m'a réveillé.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE, regardant Monsieur de Valbert qui se cache derrière elle.
Comment donc ? Cela n'est pas possible.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je te dis que si, puisqu'il m'a parlé.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE, regardant Monsieur de Valbert qui est embarrassé.
Il vous a parlé ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Qui ; il m'a dit qu'il était mon chien Jupiter, et puis Sultan.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE, regardant Monsieur de Valbert.
Bon ! C'est un rêve que vous avez fait.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je te dis que non ; et ce qu'il y a de singulier, c'est que j'ai trouvé que c'était la voix de Monsieur de Valbert.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
De Monsieur de Valbert ?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oui, de Monsieur de Valbert. Si c'est lui, il a tort de venir si matin ; et sa mère aurait bien dû l'en empêcher.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Comment sa mère ? Vous croyez que c'est elle...
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Elle doit le savoir toujours. Apparemment qu'elle lui aura dit ce que nous avions conclu ensemble.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Je ne vous comprends pas bien, papa.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Je voulais te dire tout cela demain. J'ai su que tu aimais Monsieur de Valbert ; j'ai été trouver sa mère pour savoir si elle en savait queLque chose ; elle m'a tout avoué, et qu'il dépendait de moi de faire le bonheur de son fils.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Est-il possible ? Et qu'avez-vous répondu?
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Que si le parti te convenait, ce serait une affaire bientôt faite ; et je voulais raisonner de tout cela avec toi.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Ah, cher papa, que je vous aurai d'obligation !
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Apparemment que cet étourdi de Valbert est venu dès le matin pour me remercier.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
C'est cela même.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Il pouvait bien attendre un peu plus tard. Mais où est-il donc ?
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Tenez, le voilà.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Ah ! Monsieur le drôle, vous m'avez fait grand tort de me réveiller, mais je vous le pardonne.
MONSIEUR DE VALBERT.
Monsieur, je ne saurais vous exprimer ma joie. Ah, Mademoiselle !
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Mon père !...
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Oui, oui, vous direz tout cela demain. J'ai envie de m'aller coucher dans mon lit. Appelez-moi Flamand, car je ne sais où est ma sonnette.
MADEMOISELLE DE SAINT-AURÈLE.
Vous n'aurez pas besoin de lui, papa.
MONSIEUR DE VALBERT.
Oui, oui, nous allons vous aider à vous coucher. Donnez moi la main.
Monsieur de Saint-Aurèle se lève.
MONSIEUR DE SAINT-AURÈLE.
Passons dans ma chambre ; mais allez-vous en tout de suite après, car je veux dormir.
Ils s'en vont.
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