PROVERBE LXVII.
1822
de CARMONTELLE.
À Paris, Chez DELONGCHAMPS, libraire, rue de la Feuillade, n°2, près de la Place des Victoire.
De l'IMPRIMERIE DE PLASSAN, rue de Vaugirard, n°15, derrière l'Odéon.
Texte établi par Paul FIEVRE avril 2025
Publié par Paul FIEVRE mai 2025.
© Théâtre classique - Version du texte du 29/05/2025 à 23:50:02.
PERSONNAGES
MONSIEUR VICTORIN, commissaire des guerres. En petit uniforme, sans chapeau ni épée.
MADAME VICTORIN. En robe de taffetas, petit manteau de gaze blanche à fleurs.
LE CHEVALIER DU PARC, officier d'Infanterie en uniforme.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD, officier d'Infanterie en uniforme.
MONSIEUR DE LAVIROUX, officier d'Infanterie en uniforme.
La scène est dans une ville de garnison, à la porte de M. Victorin, la nuit.
Extrait de PROVERBES DRAMATIQUES (...), Tome Quatrième, Paris, chez Sébastien Jorry, Le Jay Libraires, 1822. pp. 201-218.
LA SONNETTE.
SCÈNE PREMIÈRE.
Monsieur Victorin, Madame Victorin.
MONSIEUR VICTORIN.
Quelle fantaisie de vouloir vous promener à l'heure qu'il est ! Il ne fait point chaud du tout : en vérité, les femmes sont bien extraordinaires !
MADAME VICTORIN.
Et les maris ne sont guère complaisants. Cependant vous dites que vous m'aimez.
MONSIEUR VICTORIN.
Sûrement je vous aime.
MADAME VICTORIN.
Vous allez peut-être croire que je ne vous aime pas, moi ?
MONSIEUR VICTORIN.
Je ne dis pas cela.
MADAME VICTORIN.
Pourquoi donc me trouver ridicule ?
MONSIEUR VICTORIN.
Eh bien, je vous demande pardon.
MADAME VICTORIN.
Vous ne m'auriez pas dit cela avant d'être mon mari. Convenez qu'il y a deux ans....
MONSIEUR VICTORIN.
Je vous dis que j'ai tort.
MADAME VICTORIN.
Hélas, pourquoi ne peut-on pas rester amants après le mariage !
MONSIEUR VICTORIN.
Croyez-vous que je ne le suis pas ?
MADAME VICTORIN.
Mais pourquoi ce ton brusque, indifférent et froid, que vous avez tous ? Est-ce qu'il y a une espèce de honte à traiter aussi bien sa femme que celle d'un autre ?
MONSIEUR VICTORIN.
Vous traitai-je moins bien pour cela ?
MADAME VICTORIN.
Je ne vous reproche que le ton : pourquoi faut-il avoir toujours l'air excédé de ce que l'on aime, prendre un ton ironique, qui en vérité ne saurait plaire ?
MONSIEUR VICTORIN.
Le préjugé peut en être cause ; et les exemples des nouveaux mariés, qui dans les premiers moments sont bien ennuyeux, font craindre sans doute de leur ressembler.
MADAME VICTORIN.
Toutes ces raisons sont peu satisfaisantes. Quant à la promenade que vous croyez que je veux vous faire faire, vous vous trompez.
MONSIEUR VICTORIN.
Pourquoi donc sortir ?
MADAME VICTORIN.
Nous n'irons pas plus loin.
MONSIEUR VICTORIN.
Vous conviendrez que vous avez des idées bien extraordinaires , et qu'il n'est pas étonnant que....
MADAME VICTORIN.
Point du tout.
MONSIEUR VICTORIN.
Point du tout est fort bon. Et le chien de basse- cour, que vous avez emprunté à votre frère, par exemple, pour une nuit, qu'en voulez-vous faire ?
MADAME VICTORIN.
C'est ce que je veux vous expliquer.
MONSIEUR VICTORIN.
Et il faut que ce soit ici ?
MONSIEUR VICTORIN.
Oui.
MONSIEUR VICTORIN.
À la bonne heure; puisque vous le voulez, il faut bien que cela soit.
MADAME VICTORIN.
Écoutez-moi.
MONSIEUR VICTORIN.
Voyons.
MADAME VICTORIN.
Vous connaissez le ton avantageux du chevalier du Parc ? C'est un de ces enfants gâtés de Paris....
MONSIEUR VICTORIN.
A peu près, qui ne servent que pour pouvoir porter une plume à leur chapeau.
MADAME VICTORIN.
Vous savez que plusieurs officiers du même régiment m'ont rendu des soins assez publiquement et inutilement. Ils en sont convaincus ; ils l'ont même dit au Chevalier du Parc. Le Chevalier du Parc venait d'arriver ; il ne les entretenait que des femmes de Paris, des rigueurs qu'elles avaient essuyées de sa part, parce qu'il ne pouvait pas y suffire. Lorsqu'il m'aperçut à l'assemblée, il se récria, fit l'étonné de trouver en province quelqu'un d'aussi bien. Il le dit à tout le monde, et se fit détester des autres femmes.
MONSIEUR VICTORIN.
C'est débuter à merveilles.
MADAME VICTORIN.
On lui dit que je vengerais les femmes de Paris de ses rigueurs.
MONSIEUR VICTORIN.
Vous ?
MADAME VICTORIN.
Oui : il répondit que sûrement je ne lui résisterais pas, et il eut l'impertinence de le parier le même soir avec ses camarades, en soupant à l'auberge. Cela me revint.
MONSIEUR VICTORIN.
Il commence à faire froid : vous me conterez cela tout aussi bien dans la maison.
MADAME VICTORIN.
Un moment ; vous allez savoir pourquoi je vous ai amené ici. Le chevalier du Parc entreprit de gagner son pari ; je le reçus très bien ; il me donna de mauvais vers, de plates chansons ; je trouvai tout cela charmant. On me rendait compte des progrès qu'il disait avoir faits. Il eut la hardiesse de me demander un rendez-vous la nuit ; je lui répondis que j'y songerais, et hier je lui ai envoyé la clef de la porte, en lui mandant qu'il pourrait venir ce soir, de bonne heure même, parce que vous iriez à la campagne.
MONSIEUR VICTORIN.
Êtes-vous folle donc ?
MADAME VICTORIN.
Non, non. Il est vrai qu'il y aura peut-être de quoi rire.
MONSIEUR VICTORIN.
C'est donc pour cela que vous m'avez tant pressé aujourd'hui d'aller à Morinval ? Vous croyiez que j'y coucherais ?
MADAME VICTORIN.
Justement, c'est à cause de cela que je vous ai prié de revenir ! Voyez comme cela est conséquent ; et puis je vous dirais tout ce que je viens de vous dire, et ce que vous allez savoir !
MONSIEUR VICTORIN.
Mais pourquoi lui donner la clef de la porte ? Je parie qu'il l'a déjà montrée à tous les officiers de son régiment.
MADAME VICTORIN.
Tant mieux ; c'est ce que je veux.
MONSIEUR VICTORIN.
Je ne sais pas à quoi vous en voulez venir ; mais en garnison, il faut toujours qu'une femme évite les histoires où elle peut avoir part.
MADAME VICTORIN.
Je vous réponds que celle- ci ne me fera point de tort. Je lui ai recommandé surtout de ne point faire de bruit en entrant, de peur de réveiller les domestiques, que j'enverrai coucher de bonne heure.
MONSIEUR VICTORIN.
Voyons comment vous sortirez de là.
MADAME VICTORIN.
Il faut que vous m'aidiez.
MONSIEUR VICTORIN.
Moi ?
MADAME VICTORIN.
Oui, je n'ai voulu me confier qu'à vous.
MONSIEUR VICTORIN.
Que faut-il que je fasse ?
MADAME VICTORIN.
Que vous attachiez la corde de la sonnette qui est auprès de la porte, de manière qu'on ne puisse pas l'ouvrir sans qu'elle sonne.
MONSIEUR VICTORIN.
Cela est bien aisé.
MADAME VICTORIN.
Elle fera du bruit, elle éveillera le chien, qui sera lâché, et qui viendra auprès de la porte. Je ne crois pas pour lorsque le chevalier du Parc ose entrer. Il passera peut-être la nuit comme cela, et tout le monde se moquera de lui.
MONSIEUR VICTORIN.
Vous êtes bien folle ! Allons, je m'en vais attacher la sonnette. Il était bien nécessaire d'être dans la rue pour me conter tout cela ! Je n'ai jamais vu de nuit d'été aussi froide. Allons, allons, passez.
Ils rentrent tous les deux.
SCÈNE II.
Monsieur de Saint-Vignard, Monsieur de Laviroux, avec des fusils.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD, appelant bas.
Laviroux !
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Me voilà.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Il vient d'entrer quelqu'un chez Madame Victorin ; si c'était le Chevalier ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Comment veux-tu que ce soit lui, puisque nous l'avons laissé à table ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Il pourrait avoir couru.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Et par où ? Nous l'aurions rencontré ; il n'aurait pas pris le plus long, apparemment.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
N'aurait-il pas pu passer à droite, au lieu de passer à gauche ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Bon, bon ! Plaçons-nous, j'entends quelqu'un.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Restes-tu là ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Oui.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Je m'en vais de l'autre côté.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ne parle donc pas.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Non, non.
MONSIEUR DE LAVIROUX, revenant.
Je me suis trompé ; il ne vient personne.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Tu crois donc que Madame Victorin veut se moquer de du Parc ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
J'en suis persuadé.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Et moi aussi ; mais ce que nous faisons ici en ce cas-là ne servira à rien pour notre pari ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Pour le pari, non ; mais nous nous amuserons toujours à l'impatienter.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Je ne saurais croire que ce soit réellement la clef de la porte qu'il nous a montrée.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Nous verrons. Allons, je crois que le voilà. Je l'entends chanter.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD, allant se replacer.
Cela est bon.
SCÈNE III.
Le Chevalier du Parc, Monsieur de Saint-Vignard, Monsieur de Laviroux.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Qui va là ?
LE CHEVALIER DU PARC.
Officier.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
On ne passe pas.
LE CHEVALIER DU PARC.
Pourquoi cela?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
C'est la consigne.
LE CHEVALIER DU PARC.
Que diable est-ce que cela veut dire ! N'est-ce pas ici la rue de la place au Charbon ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Oui, mon officier.
LE CHEVALIER DU PARC.
Il ne doit pas y avoir de sentinelle ici.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Pardonnez- moi, toujours.
LE CHEVALIER DU PARC.
Ah ! Je m'en vais par l'autre côté. (Il s'en va, et reparaît.)
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Songe à toi.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ne t'embarrasse pas.
LE CHEVALIER DU PARC.
Je passerai sûrement par ici.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Qui va là ?
LE CHEVALIER DU PARC.
Officier.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Où est votre feu ?
LE CHEVALIER DU PARC.
Je n'ai point de feu.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
On ne passe pas.
LE CHEVALIER DU PARC.
C'est un tour qu'on me joue. Sentinelle ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Mon officier ?
LE CHEVALIER DU PARC.
De quelle compagnie êtes-vous ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
De la compagnie de Laviroux.
LE CHEVALIER DU PARC.
Je veux voir un peu.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ne m'approchez pas.
LE CHEVALIER DU PARC.
Bon ! C'est Saint-Vignard. Je savais bien qu'il n'y avait pas de sentinelle ici. Qui est l'autre là-bas ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
C'est Laviroux.
LE CHEVALIER DU PARC.
Vous vouliez donc me faire perdre le pari tous les deux ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Tu le perdras bien sans cela.
LE CHEVALIER DU PARC.
Laviroux ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Eh bien ?
LE CHEVALIER DU PARC.
Allons, allez-vous en tous les deux.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Non, nous voulons voir si tu entreras dans la maison de Madame Victorin.
LE CHEVALIER DU PARC.
Je te dis que j'ai la clef.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Mais on a peut-être changé la serrure.
LE CHEVALIER DU PARC.
Ne faites pas de bruit, et venez tous deux auprès de la porte : car on m'a recommandé d'entrer bien doucement, de peur d'éveiller les domestiques.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ne crains rien.
LE CHEVALIER DU PARC, mettant la clef dans la serrure.
Tiens, vois si la porte ne s'ouvrira pas.
Elle s'ouvre ; mais lorsqu'il la pousse, la sonnette sonne, et un gros chien vient en dedans contre la porte, et aboie. Ils s'éloignent bien vite tous les trois, Messieurs de Saint-Vignard et Laviroux en riant.
MESSIEURS DE SAINT-VIGNARD et DE LAVIROUX.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
LE CHEVALIER DU PARC.
Mais voulez-vous bien ne pas faire tant de bruit ?
MESSIEURS DE SAINT-VIGNARD et DE LAVIROUX.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
LE CHEVALIER DU PARC.
Paix donc.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Il n'y a jamais eu de sonnette à la porte de Madame Victorin.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ni de chien dans sa maison, à ce qu'il me semble.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
De chien ? Mais cela me rappelle qu'hier elle demanda à son frère de lui prêter celui-là.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
C'était pour recevoir du Parc.
LE CHEVALIER DU PARC.
J'espère qu'ayant entendu ce bruit-là, elle aura fait attacher le chien, et qu'elle aura ôté la sonnette, pour l'empêcher d'aboyer.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ma foi, je le crois aussi ; elle est peut-être à présent dans la crainte que tu ne reviennes pas.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Je la plains bien sincèrement. Il n'y a pas deux hommes comme du Parc dans le monde ; et quand une femme a eu le bonheur de lui plaire, elle ne doit plus être malheureuse.
LE CHEVALIER DU PARC.
Messieurs, vous plaisantez.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Non, vraiment.
LE CHEVALIER DU PARC.
Vous voudriez bien être à ma place.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ah ! Pas encore.
LE CHEVALIER DU PARC.
Il me semble que je n'entends rien.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Non : allons.
LE CHEVALIER DU PARC.
Que diable ! Restez là.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ah ! Comme tu voudras.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Oui, mais il ne faut pas qu'il fasse semblant d'entrer, et qu'il s'en aille.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Oui, oui, approchons-nous.
LE CHEVALIER DU PARC.
Ne faites donc pas de bruit.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Non, non.
Ils approchent tous les trois. Le chevalier du Parc ouvre, le bruit de la sonnette recommence, et le chien aboie encore plus fort. MM. de Saint-Vignard et de Laviroux rient encore en s'éloignant de la porte.
LE CHEVALIER DU PARC.
En vérité, je ne sais pas ce qu'il y a de si plaisant à cela.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Comment, d'avoir la clef, et de ne pas entrer ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
C'est une bien bonne clef que celle-là !
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Il n'a pas d'attention non plus ; on lui recommande de ne pas faire de bruit, et il fait un tintamarre de tous les diables.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ah ! Oui ; cela n'est pas honnête.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Sans doute. Quand on a le bonheur d'être aimé d'une femme, il faut la ménager.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Cependant c'est sa faute à elle : que n'empêche-t-elle la sonnette ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Cela est vrai ; à sa place, j'entrerais toujours.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Oui, mais il y a le chien.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Est-ce que tu craindrais le chien ?
LE CHEVALIER DU PARC.
Le chien ? Mais....
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Je le connais, moi ; il est bien fort.
LE CHEVALIER DU PARC.
Mais, messieurs, si vous étiez à ma place, qu'est-ce que vous feriez ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Moi, j'entrerais sûrement.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Et moi aussi ; je n'en voudrais pas avoir le démenti.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Oui; mais nous perdrons le pari, en le conseillant comme cela.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Il faudra bien tôt ou tard qu'il y renonce.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Non pas, si le chien s'endort.
LE CHEVALIER DU PARC.
Messieurs, vous êtes de mauvais plaisants. Allons, laissez-moi, par grâce.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Cela ne se peut pas, tu le sais bien.
Le Chevalier du Parc va encore pour entrer ; même bruit de la sonnette et du chien.
LE CHEVALIER DU PARC.
Le diable emporte et la sonnette et le chien !
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ce que je trouve d'étonnant, c'est que personne ne remue dans la maison.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ne parle donc pas si haut. J'entends quelqu'un.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
On ouvre une fenêtre, je crois.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Oui ; paix, paix.
SCÈNE IV.
Le Chevalier du Parc, Monsieur de Saint-Vignard, Monsieur de Laviroux, Monsieur Victorin.
MONSIEUR VICTORIN, à la fenêtre.
Monsieur le chevalier du Parc ?
LE CHEVALIER DU PARC.
Réponds pour moi, Saint-Vignard.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ah, ah ! Vous n'êtes pas encore couché, monsieur le commissaire ?
MONSIEUR VICTORIN.
C'est vous, monsieur de Saint-Vignard?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Oui, vraiment, je passe par ici.
MONSIEUR VICTORIN,
Oui ; mais vous avez avec vous Monsieur le Chevalier du Parc, n'est-ce pas ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Pourquoi me demandez-vous cela ?
MONSIEUR VICTORIN.
Je ne vous le demande pas, car j'en suis sûr. Madame Victorin vient de me dire qu'il avait parié qu'il entrerait chez elle la nuit.
MONSIEUR DE LAVIROUX, au Chevalier du Parc.
On se moque de toi.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Paix donc.
MONSIEUR VICTORIN.
Elle le prie de renoncer à ce projet, parce qu'elle a grande envie de dormir.
LE CHEVALIER DU PARC, bas.
Dis qu'elle m'a donné la clef, pour la confondre vis-à-vis de son mari.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Mais.....
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Dis, dis ; nous saurons plus complètement comme elle le joue.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
On dit qu'il n'a pas tort, puisque Madame Victorin lui avait donné une clef pour entrer.
MONSIEUR VICTORIN.
Cela est vrai, elle lui a donné une clef ; mais elle le prie d'être persuadé qu'avec cette clef on reste à la porte.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Fort bien.
MONSIEUR VICTORIN.
Qu'en province, celui qui fait le plus de bruit, ne réussit pas toujours auprès des femmes ; et qu'on ne fait souvent qu'éveiller les voisins, sans alarmer personne.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Cela arrive quelquefois, monsieur le commissaire.
MONSIEUR VICTORIN.
Vous chargez-vous de dire tout cela à Monsieur le Chevalier du Parc ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Ne vous inquiétez pas ; il le sait déjà.
MONSIEUR VICTORIN.
Ah ! Je vous entends. En ce cas-là, je vous souhaite à tous le bonsoir.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Et la clef, ne la voulez-vous pas ?
MONSIEUR VICTORIN.
Non, non ; laissez-la dans la serrure, cela est égal.
Il se retire.
SCÈNE V.
Monsieur de Saint-Vignard, Le Chevalier du Parc, Monsieur de Laviroux.
LE CHEVALIER DU PARC, jetant la clef avec dépit.
Tiens, la voilà ta chienne de clef.
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Ah ! Tu devrais la garder pour une autre fois.
LE CHEVALIER DU PARC.
Allons, allons nous coucher.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Tu conviendras bien, avant, que tu as perdu le pari ?
MONSIEUR DE LAVIROUX.
Et que tu as été berné en plein ?
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Dis que les femmes de ce pays-ci ne se connaissent pas en vrai mérite.
MONSIEUR DE LAVIROUX, suivant le Chevalier du Parc.
Où vas-tu donc ? Tu es bien pressé.
MONSIEUR DE SAINT-VIGNARD.
Attends, attends-nous.
Ils s'en vont.
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