L'HOMME PROPRE

MONOLOGUE

Dit par COQUELIN CADET, de la Comédie Française

Illustration par Cabriol

PRIX : 1 FRANC

1883. Tous droits réservés

CHARLES CROS

À PARIS, PAUL OLLENDORF, éditeur, 28 bis rue de Richelieu, 28bis.


Texte établi par Paul FIEVRE, févier 2025.

Publié par Paul FIEVRE, mars 2025.

© Théâtre classique - Version du texte du 30/09/2025 à 10:32:50.


PERSONNAGES

LE RÉCITANT, M. COQUELIN-CADET.


L'HOMME PROPRE

Il entre en chiquenaudant les manches et les parements de son habit.

Je n'ai pas dîné, parce que j'ai eu la bêtise d'accepter à dîner cher Oscar.

Oh ! Je ne dîne jamais en ville : je souffre trop ; mais la Marquise de Platesbandes et sa fille devraient dîner chez Oscar. L'autre jour j'avais conquis les bonnes grâce de la marquise en lui donnant la recette d'une eau antipelliculaire qui est de tradition dans ma famille.

Je dis donc à Oscar : - Elle est charmante, Mademoiselle des Platesbandes. Alors la voilà qui organise ce fameux dîner de ce soir. C'est un garçon intelligent, paraît-il, Oscar, mais il n'est pas... Il n'a pas l'habitude... Le culte ! De la propreté. Moi, je n'ai pas une imagination extraordinaires ; mais au moins je suis propre.

Ce matin, je m'éveille. Je prends mon bain. Comme tous les jours j'ai mon heure de pédicure, mon heure de manucure, ma demi-heure de coiffure du matin. Et je déjeune. Quatre oeufs à la coque ; j'aime ça parce que personne ne touche les oeufs en dedans.

Je mange du pain fait à la mécanique... personne ne touche à la pâte ; au sortir du four on le met dans une serviette et on me l'apporte. Je bois de l'eau filtrée sur ma table ; un petit filtre, un excellent système... (Je vous donnerai l'adresse du fabricant.)

Après déjeuner, je me lave les mains, je me débarbouille, je change de linge, je mets des bottines fraîches, je me relave les mains et je sors. Je vais chez Auguste me faire brosser la tête : - vous savez ?... le shampooing.

Je vais au shampooing tous les jours, de trois à quatre.

ça creuse l'estomac, le shampooing, quand on n'a pris que des oeufs à la coque. Je rentre donc ; je me lave les mains, et me débarbouille... (La poussière, en route...) Je change de linge, de costume, je mets des bottines fraîches, je me relave les mains et je sors. Chez Auguste, je me fais donner un dernier coup de peigne, e en route ! Chez Oscar ! Puisque le dîner était pour six heures...

- Bonsoir Madame, bonsoir Oscar, bonsoir Madame la Marquise, bonsoir Mademoiselle, bonsoir toute le monde Je demande à me laver les mains. (La poussière...)

Dans le potage, je trouve une petite carotte nouvelle... (J'aime assez les carottes... ) Épluchez à la mains ! La main de la cuisinière !)

Chez moi on épluche les légumes à la machine, en tournant comme ça... (Je vous donnera le nom du fabricant.)

Convaincu.

Je ne touche pas au potage !... On fait passer du pain, coupé à la main, sur une assiette. Je ne dis rien. J'en prends un morceau ; je le fais tomber dans ma serviette, qui était propre, c'est vrai. (C'est la seule chose propre qu'il y avait à table. Ah si ! Il y avait encore la nappe et les couteaux qui paraissent propres.) Je coupe une petite tranche en dessus de mon pain, une petite tranche en dessus de mon pain, une petite tranche en dessous, et je pèle la croûte tout autour. J'avais, comme ça, un petit noyau de mis assez propre. (C'était du pain coupé à la mécanique ; j'avais averti.)

Oscar a eu l'air de remarquer mon petit travail et il a commencé à me faire un nez.

Eh bien ! Je n'ai mangé que ce bout de mie de pain. Tout ce qu'on a servi me faisait penser à la cuisinière qui avait ficelé l'aloyau, troussé le dinde, écossé les flageolets !

Ça me donnait mal au coeur, rien que de voir manger tout ça aux autres.

Je n'ai bu qu'on peu de bordeaux, parce qu'on le fabrique assez proprement. À Bordeaux, il ne foulent plus le vin comme ça...

Geste des pieds.

Ils font ça à la machine...

À chaque assiette qu'on emportait pleine de devant moi, Oscar devenait de plus en plus sombre : il sentait que tout ça n'était pas propre.

Oh ! J'ai eu de la patience ! Mais quand j'ai vu la marquise et de fille. (Sa fille !) Manger des fraises des bois dans les laver, des fraises cueillies dans les bois ! (Ce n'est pas propre, les bois...) Et cueillies avec les mains, (Ce n'est pas propre, les mains...) Quand j'ai vu ça, je me suis levé de table, j'ai éclaté, j'ai dit à Oscar : - Non ! Tu n'es pas propre, rien n'est propre chez toi, pas même les incités !

Oscar a pâli, s'est levé, ma montré la porte, pendant que la marquise faisait respirer un flacon à sa file en lui disant : - Tu avais raison ! Ce monsieur est décidément très mal élevé.

J'ai haussé les épaules, j'ai quitté la salle, j'ai demandé de quoi ma laver les mains, mais Oscar me suivait ; il m'a mis mon pardessus sur la tête et a lancé mon chapeau sur la palier.

La porte s'est fermée et ...

Un temps, plusieurs grimaces.

... Mais qu'est ce que j'ai fait ? Ah ! C'est mon estomac... Je m'en vais. Il faut que je rentre changer de bottines, me laver les mains, et manger...

Manger quoi, à cette heure-ci ? Ah ! Bah ! Encore quatre oeufs à la coque. Au moins personne n'y touche en dedans. Oh ! Vous savez, si je pars, ce n'est pas tant la faim, que...

Il chiquenaude son habit.

Enfin ce n'est pas propre ici ! Bonsoir.

 



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