UN CIRON ET UNE FOURMI

DIALOGUE II.

1830.

PAR UN PYTHGORICIEN

À PARIS, Chez FIRMIN DIDOT FRÈRES, LIBRAIRES, rue Jacob n°24.


Texte établi par Paul Fièvre octobre 2025

Publié par Paul FIEVRE novembre 2025

© Théâtre classique - Version du texte du 30/11/2025 à 15:04:58.


PERSONNAGES.

UN CIRON.

UNE FOURMI.

Texte extrait de "La Métempsychose ou le dialogue des bêtes par un pythagoricien", Paris, Firmin Didot, 1830. pp 13-16


UN CIRON ET LE FOURMI

Dans un parc, sur un brin d'herbe.

LA FOURMI.

JE suis rendue de fatigue. Quel diable de métier que celui d'insecte ! Toujours travailler, toujours porter quelque chose à la fourmilière !

LE CIRON.

Puisque vous vivez en république, il faut bien que chacune de vous contribue...

LA FOURMI.

Voilà justement ce qui me déplaît : je n'ai jamais aimé les républiques. Quand j'étais homme, je défendais le pouvoir absolu de toutes mes forces.

LE CIRON.

Tu as donc fait beaucoup de bruit dans ton pays ? en république, il faut bien que chacune de vous contribue...

LA FOURMI.

Je t'en réponds. C'était moi qui étais chargé de poursuivre toutes les doctrines qui, de près ou de loin, avaient quelque odeur de liberté ; et je m'en acquittais avec un zèle qui m'a valu l'estime de mes protecteurs.

LE CIRON.

Rien que leur estime ?

LA FOURMI.

Assaisonnée d'une forte pension annuelle qui était bonne à prendre et à conserver ; car il serait par trop niais d'avoir une opinion pour rien.

LE CIRON.

Comment ! On te payait pour penser ce que tu pensais ? Je ne te comprends pas.

LA FOURMI.

Eh ! D'où viens-tu donc ?

LE CIRON.

De mon village où j'étais bedeau, et même bedeau un peu orgueilleux de l'être. Celui qui dispose de tout a probablement voulu m'apprendre, en m'envoyant après ma mort dans le corps d'un ciron, que je n'étais qu'un imbécile de me croire quelque chose.

LA FOURMI.

La métempsycose ne t'a pas donné plus d'esprit que tu n'en avais. Ne pas sentir qu'il faut vivre de ses opinions, et par conséquent en être payé ! C'est trop fort.

LE CIRON.

Allons, allons, laisse là tes exclamations, car l'esprit me vient. Je commence à comprendre que tu n'étais qu'un fripon que l'on payait pour lui faire dire ce qu'il ne pensait pas peut-être. Ai-je mis la patte dessus ?

LA FOURMI.

Moi, un fripon ! Moi qui jouissais de l'estime de la haute société aristocratique, où l'on se pâmait de plaisir à la lecture de mes articles !

LE CIRON.

De tes articles ? Qu'est-ce que cela veut dire ?

LA FOURMI.

Dieu ! Que tu es bête !

LE CIRON.

Tu es bien plus bête, toi, d'exiger que je sache des choses dont je n'ai jamais entendu parler.

LA FOURMI.

Eh bien, puisqu'il faut te le dire, j'étais journaliste, plaidant pour Rome, pour l'intolérance, pour les doctrines anti-philosophiques, et pour les douceurs de l'ancien régime. Comprends-tu ?

LE CIRON.

Oui.

LA FOURMI.

Je remuais la France avec ma plume.

LE CIRON.

Cela n'est pas vrai, car mon village est en France et je ne l'ai jamais vu remuer.

LA FOURMI.

Voilà qui est impayable ! Tu prends au propre ce que je dis au figuré.

LE CIRON.

Écoute, fourmi. Quoique je n'aie écrit aucun article, je ne suis pas plus bête que toi ; et je comprends très bien ce que tu entends par remuer la France, que tu ne remuais ni dans un sens ni dans l'autre.

LA FOURMI.

Tais-toi : tu ne sais ce que tu dis.

LE CIRON.

Je sais ce que je dis. Tu te croyais un personnage important, et à peine te connaissait-on peut-être. Mais ton sot orgueil a reçu, comme le mien, sa juste punition : insecte tu étais, insecte tu es. Je suis enchanté que tu vives malgré toi dans une république : ce châtiment te va à merveille. Adieu, Madame la fourmi.

 



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