1886. Droits de reproduction et de traduction réservés.
OCTAVE PRADELS
PARIS, PAUL OLLENDORFF, 28, RUE DE RICHELIEU, 26
La Fère. - Imp. BAYEN, Rue de la République, 32.
Publié par Paul FIEVRE, octobre 2024
Texte établi par Paul FIEVRE, septembre 2024
© Théâtre classique - Version du texte du 30/04/2025 à 20:37:28.
PERSONNAGES.
UN HOMME
Texte extrait de "CHANSONS : Monologues, Chansons à dire, fantaisies", Paris : Ollendorf, 1886. pp. 44-47
LA POÉSIE DE BRIDOUILLES
Cré mille noms d'une giberne !
Que me voilà collé z'au bloc
Pour un mois, jusqu'à la Saint-Roch !
Et ça... pour une baliverne !
| 5 | Voilà : Je m'appelle Justin, |
François, Onésime Bridouilles,
Né natif près de Saint-Quentin,
Du bourg de Torchy les Andouilles.
Que j'ai laissé dans le pays
| 10 | Une jeunesse vaporeuse |
Qu'elle est follement amoureuse
De mes attraits z'épanouis !
C'est Euphrasie ! Elle a des charmes
Que le diable en prendrait les armes,
| 15 | Tant ils sont volupétueux ! |
Pour lors donc, que ses jolis yeux
M'avaient mis tout en marmelade
Le coeur... que j'en étais malade !
Et le souvenir abusif
| 20 | De ses appas... sans subterfuge, |
Me causait des rêves d'un vif
Incandescent et fébrifuge !
Hier, le sergent Mal fendu
M'appela z'et me dit - : « Bridouilles,
| 25 | Voilà z'une lettre... port dû... |
Ça vient de Torchy les Andouilles !.. »
Je crus d'abord m'évanouier,
À cette annonce délectable !
Je reconnaissais son papier
| 30 | Tout plein du parfum de l'étable ! |
Je reniflais de tout mon nez !...
Je l'ouvre et je vois... devinez ?...
Sa superbe potographie !
J'étais fou !... Non, je vous défie
| 35 | De vous figurer mon état ! |
J'aurais pincé z'un entrechat,
Sans la crainte d'un camarade,
Puis la dignité de mon grade :
Je suis déjà... premier soldat !
| 40 | « Ô séductionneuse Euphrasie! » |
M'écriai-je, plein d'émotion,
« Je vas t'accuser réception,
« Mais pas une lettre... fi donc !
« Je vas t'écrire... en poièsie ! »
| 45 | Sur le banc, je vois un pinceau, |
Avec un pot de couleur rose,
Près d'une planche... je suppose
Qu'on allait faire un écriteau.
« Cré nom ! que voilà mon affaire !
| 50 | « C'est le brouillon que je vas faire |
« Là-dessus... » Alors, sans retard,
Devant les charmes d'Euphrasie,
En moins d'une heure... une heure et quart,
S'échappa cette poièsie
| 55 | De mon cerveau, comme un pétard : |
« Plus belle que la Commandante,
Je te place ainsi sur mon coeur...
Tu mérites bien cet honneur !... »
Tout à coup ! Quelqu'un se présente
| 60 | Au pas de la porte... tableau ! |
C'était le Commandant lui-même.
Alors, dans ma frayeur extrême,
Perdant la boule, subito,
Je m'assois sur mon écriteau !
| 65 | « Que fait donc là cet imbécile ? » |
Dit le Commandant : « Allons ! File !
Et va me chercher l'adjudant ! »
Je fais, sans demander mon reste,
Un demi-tour ; mais, à l'instant,
| 70 | Je reçois, plus bas que ma veste, |
Un coup de pied z'épastrouillant,
Dont j'ai le souvenir... cuisant.
Et le Commandant, en colère,
Me criait : « Mille d 'un tonnerre !
| 75 | Que de ce pas, tu vas me faire |
Trente jours de clou, mon farceur !
Pour avoir, sans nulle pudeur,
Outragé, de cette manière,
La femme de ton supérieur ! »
| 80 | Avez-vous deviné la chose ? |
Dans ma frayeur, en m'assoyant,
Ma poièsie, en couleur rose,
S'était z'imprimée à l'instant
Au fond de mon pantalon blanc !
| 85 | Et, par malheur, pour ma figure, |
Les premiers mots de l'écriture :
« Plus belle que » s'étaient séchés,
Et ceux-là n'étaient point marqués...
Mais, sort fatal ! De tout le reste
| 90 | Il ne s'en manquait point d'un zeste, |
Et, quoique imprimés z'à l'envers,
On lisait clairement ces vers,
En rose vif : « La Commandante,
Je te place ainsi sur mon coeur...
| 95 | Tu mérites bien cet honneur !... » |
D'où la fureur ébouriffante
De ce brutal de Commandant
Et son geste z'humiliant.
Je renonce à la poièsie !
| 100 | Car il faut trop, mon Euphrasie, |
Se méfier des pantalons blancs
Quand les vers se mettent dedans !
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