Poésie dit par Mme Daniele Davyle de la Comédie-Française
1886.
Jules RENARD.
PARIS, PAUL SÉVIN, ÉDITEUR, 8 Boulevard des Italiens, 8.
PARIS, IMPRIMERIE E. BARNARD et Cie, rue Lacondamine, 71
Texte établi par Paul FIEVRE, décembre 2025.
Publié par Paul FIEVRE, janvier 2026
© Théâtre classique - Version du texte du 01/02/2026 à 10:17:30.
PERSONNAGES
NARRATRICE
Tiré de "Les Roses, Les bulles de sang, poésies dites par Mme Danièle Davyle", Jules Renard, Paris : Paul Sévin éditeur.
LES ROSES
Si deux coeurs me donnaient à faire un paradis
Pour abriter leurs amours closes,
Égrenant le printemps au-dessus de ses murs,
Comme on secoue un arbre où pendent des fruits mûrs,
| 5 | Je ne l'emplirais que de Roses, |
De Roses pêle-mêle, en folle floraison,
Toujours fraîches, jamais cueillies,
De Roses qu'on dirait des reines en langueur,
Vibrantes d'incarnat, des parfums plein le coeur,
| 10 | Belles Roses enorgueillies, |
De Roses au profil coquettement brodé,
La taille dentelée et fine,
Toujours propres comme au sortir d'un bain vermeil,
Avec mignarderie effilant au soleil
| 15 | Leurs plis légers de mousseline, |
De Roses dont la tige enveloppe humblement
Sa nudité d'un peu de mousse,
De ces Roses qui n'ont jamais l'air de poser,
Si bien qu'on n'ose pas, de peur de les briser,
| 20 | En respirer l'haleine douce, |
De Roses rouges comme un astre à son lever,
Rouges comme une grappe mûre,
Ou comme une pudeur, un visage empourpré
De vierge sur le seuil d'un amour préparé,
| 25 | Ou rouges comme une blessure, |
De Roses blanches comme une coupe de lait,
Comme des houppes à la neige,
De Roses pâles comme un linceul d'enfant mort,
Ou comme un front de soeur où le passé s'endort
| 30 | Parmi les regrets en cortège, |
De Roses sans couleur, sans reflet captivant,
Très indolentes dans leurs poses,
Ayant perdu leur teinte à force d'embaumer,
Comme une femme perd jusqu'au désir d'aimer,
| 35 | Et de Roses simplement roses) |
Toutes versant l'odeur de leur gorge à plein flot,
Une odeur profonde où voltige
Le parfum maladif multiplié dans l'air,
Ou le parfum subtil qui pénètre la chair,
| 40 | Comme prise dans un vertige, |
Et toutes à l'envi, grisant le paradis,
Abri touffu des amours closes,
Où les amants mêlés et lassés de souffrir,
Viendraient paisiblement se coucher, pour mourir
| 45 | Au souffle de toutes les Roses! |
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