COMÉDIE EN UN ACTE
1882. Tous droits réservés.
PAR M. JULES TRUFFIER
PARIS, TRESSE Éditeur, 8,9,10,11. GALERIE DU THÉÂTRE-FRANÇAIS, PALAIS ROYAL.
Imprimerie générale de Chatillon-sur-Seine. - Jeanne Robert.
Texte établi par Paul FIEVRE, mars 2025.
Publié par Paul FIEVRE, avril 2025.
© Théâtre classique - Version du texte du 30/04/2025 à 20:37:29.
Ces vers ont été dits par Mademoiselle ROSAMOND, de la Comédie-Française.
PERSONNAGE
LA NARRATRICE
Salon chez Madame de Vauvray.
Tiré de "Théâtre de Campagne. Huitième série". 1882. pp 123-131.
LES STATUES
À Mlle Laure Fonta.
La calèche que décore
Maint héraldique fleuron,
Dans son roulement sonore
S'arrête au bas du perron ;
| 5 | Le marquis et la marquise |
Gagnent leur appartement
Où, d'ordinaire, à sa guise,
Chacun vit séparément.
Or, ce n'est pas sans surprise
| 10 | Qu'on voit, ensemble, ce soir, |
Le marquis et la marquise
Tourner le même couloir.
Étrange ! - Bien qu'il soit l'heure
Où l'amour gaîment requis
| 15 | Peut bercer en leur demeure |
La marquise et le marquis ;
À ce spectacle, le suisse
En perd quasiment la voix,
Et son gros oeil en esquisse
| 20 | Un regard... presque grivois. |
Voici d'où naît la surprise
- Un hymen officiel
A transi marquis, marquise,
En pleine lune de miel ;
| 25 | Contrits de cette froidure |
Ils regrettent, tour à tour,
Depuis un mois qu'elle dure,
Leur union sans amour.
Loin de la fière marquise,
| 30 | Le marquis porte en tous lieux |
Un sombre ennui qu'il déguise
Sous un air de fou joyeux ;
Et la marquise, inquiète,
Porte, loin du fier marquis,
| 35 | Un faux-semblant de coquette |
Près des mondaines acquis.
Ce soir, comme d'habitude,
Ils ont essayé, fort tard,
D'oublier leur solitude
| 40 | En quelque cercle bavard. |
Ils ont fui le tête-à-tête
Dans le tumulte d'un bal
Chez la duchesse, où l'on fête
Noblement le carnaval.
| 45 | C'est dans une serre immense, |
Tiède au plus fort des hivers,
Qu'au milieu des fleurs, on danse,
Parmi les feuillages verts.
- Après une sarabande
| 50 | Dansée avec les moins fous, |
La marquise se demande
Qu'est devenu son époux ;
En vain elle s'évertue
À le chercher du regard .
| 55 | Rien ! - Au pied d'une statue |
Elle s'assied à l'écart.
Rêvant à toute autre chose
Qu'à la danse, le marquis
Sous un marbre blanc et rose
| 60 | Loin de l'orchestre est assis. |
Une entente passagère
Les a fait se diriger
L'un, tout près d'une bergère ;
L'autre, tout près d'un berger.
| 65 | La bergère en marbre rose |
Semble, les yeux alanguis,
En quittant sa raide pose,
Se baisser vers le marquis ;
Et, plein d'une grâce exquise,
| 70 | Le marbre blanc du berger |
Vers le front de la marquise
Semble vouloir se pencher.
Bientôt, sur chaque pelouse,
Les deux marbres, tour à tour,
| 75 | À l'époux comme à l'épouse |
Murmurent des mots d'amour.
« Tu n'as donc pas d'amoureuse ? »
Dit la bergère au marquis;
« Sans couleurs, ta joue est creuse...
| 80 | Pourquoi froncer les sourcils? |
Jamais dans la solitude
Ne se confine un grand coeur :
Il n'est pas de belle prude
Qui ne trouve son vainqueur.
| 85 | Hélas ! L'amour prêt à naître |
Meurt dans un coeur écolier
Par la faute de son maître...
Tu m'as l'air de l'oublier.
N'est-il donc plus d'étincelle
| 90 | En ton sein, glacé déjà, |
Que tu te plais loin de celle
Qui sur ta foi s'engagea ?
Le bonheur - dois-tu l'apprendre ? -
Il est là, qui t'attend vers
| 95 | L'épouse dont l'amour tendre |
Réchauffera tes hivers. »
Au même temps, la marquise
Écoute aussi voltiger,
Comme un doux souffle de brise,
| 100 | La voix basse du berger : |
« Pensive ainsi qu'une aïeule,
Belle nymphe au front charmant,
Pourquoi rêver toute seule ;
Vous n'avez donc point d'amant ?
| 105 | Oh ! Par quelle maladresse |
Votre coupable destin
Ravit-il à !a caresse
Ces épaules de satin ?
Certes, il n'est point d'épousée
| 110 | Jeune et faite comme vous, |
Qui n'ait droit d'être offensée
De la froideur d'un époux...
Loin de cet époux rebelle,
Bouder ne vous sert de rien :
| 115 | Pour se faire aimer, la belle, |
Il faut mettre un peu du sien !
Souvent, l'amour prêt à naître
Meurt dans un coeur écolier
Par la faute de son maître...
| 120 | Vous paraissez l'oublier. |
Prenez garde ! Le temps presse ;
Le bonheur vous attend vers
L'ami sûr dont la tendresse
Consolera vos hivers. »
| 125 | À l'avis de la bergère |
L'un promet de se ranger ;
Et l'autre jure de faire
Ce qu'ordonne le berger.
Le marquis et la marquise
| 130 | En leur coeur qu'ils croyaient mort |
Sentent vibrer, ô surprise !
Un délicieux accord.
L'un à gauche, l'autre à droite,
Se lève, et, dans le jardin,
| 135 | Un tournant d'allée étroite |
Les fait rencontrer soudain.
D'un double regard, qu'attise
Leur tout nouvel abandon,
Bientôt marquis et marquise
| 140 | Se sont demandé pardon. |
Un mot efface leur peine ;
N-i-ni, tout est fini ;
Puis, la calèche ramène
Les tourtereaux à leur nid.
| 145 | Le marquis et la marquise, |
Afin de rédiger mieux
Une amoureuse devise,
S'enferment alors tous deux ;
Et voilà pourquoi le suisse,
| 150 | Ce soir, ne s'est pas mépris |
Quand il lorgnait en coulisse
La marquise et le marquis.
Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /htdocs/pages/programmes/edition.php on line 606

