OU L'ÉLOGE DES GRANDS HOMMES DU THÉÂTRE, DE LA NATION, Y COMPRIS CELUI DE MIRABEAU.
SCÈNE LYRIQUE NOUVELLE.
1792.
PAR M, DE VALIGNY.
À PARIS, Chez l'auteur, rue Saint-Honoré, n°85, près Saint-Roch.
Texte établi par Paul FIÈVRE, janvier 2026
Publié par Paul FIEVRE, février 2026
© Théâtre classique - Version du texte du 27/03/2026 à 23:59:53.
ACTEUR.
DAMON, poète.
Le Théâtre représentée Foyer du Théâtre de la Nation, où sont rangés les Bustes des Grands Hommes.
LE POÈTE AU FOYER
PREMIÈRE STROPHE.
PREMIÈRE SYMPHONIE.
DAMON, seul, contemplant les Bustes des Grands Hommes.
Me voilà donc au milieu des Bustes des Grands Hommes ! Il n'est pas une de ces figures qui ne me fasse une impression qui ne me cause une émotion....... de tristesse, ne pouvant atteindre à leur supériorité ; et de plaisir à les admirer, à les contempler. Quel exemple pour ceux qui prétendent aux éloges de la postérité !
DEUXIÈME STROPHE.
DEUXIÈME SYMPHONIE, longue.
DAMON.
À Molière, avec chaleur.
Qui s'offre à mes yeux ? Le Divin Molière ! Que dire après lui ? Ah ! Il a pénétré jusques dans le coeur humain, et nous a représenté au vrai les vices des mortels, malgré leur opiniâtreté à ne pas se reconnaître : étourdis ; pères avares ; misanthropes ; intrigants ; abus de la médecine, de la science ; entichés de la noblesse, et les scélérats masqués sous le voile de la vertu : tous ces tableaux me sont à jamais gravés, et je ne saurais assez les admirer. [ 1 Molière, né à Paris en l620 ; mort à Paris en 1673 ; Auteur des Fourberies de Scapin ; du Malade imaginaire ; des Femmes savantes ; du Bourgeois gentilhomme ; de Georges Dandin et du Tartuffe, comédies.]
TROISIÈME STROPHE.
TROISIÈME SYMPHONIE, longue.
DAMON.
à Pierre Corneille , avec véhémence.
Et cette vénérable tête, qui est-elle ? Ah ! C'est le grand Corneille, qu'il est aisé de reconnaître dans ces traits la fermeté du vieil Horace, et la clémence d'Auguste : tous ces ouvrages sont beaux comme le Cid ; et les héros y sont peints d'une manière noble, éclatante, capable de produire le plus grand effet. Ô vieillard respectable ! Recevez mon hommage ; car l'on doit convenir que vos paroles sont plus brillantes que le diamant. [ 2 Pierre Corneille, né à Rouen , le 6 juin 1600 ; mort à Paris, le premier octobre 1684 ; auteur, de Cinna ; tragédie.]
QUATRIÈME STROPHE.
QUATRIÈME SYMPHONIE, courte.
DAMON.
À Racine, avec enthousiasme.
Que vois-je ? Racine rêvant profondément et cherchant une rime... Je ne puis vous aider, mon cher maître, la chose est décidée. Quelle douceur, quelle bonté, quelle sensibilité, quelle belle âme ! Il me semble voir le courage d'Achille, l'amour passionné d'une mère pour son beau-fils, Britannicus épié, par Néron, Mithridate, allant aux armées, et ne se reposant jamais , et la sainteté d'un Grand-Prêtre. Voilà ce que j'admire, et que ce buste me rappellera sans cesse... Vous êtes mort ! Non, vous ne l'êtes pas ; non, vous ne mourrez jamais ; non, vous serez immortel... [ 3 Racine, né à la Ferté-Milon , en 1639 ; mort à Paris, en 1699 ; auteur d'ïphigénie_en_Aulide , de Phèdre_et_Hypolite, et d'Athalie, tragédies.]
CINQUIÈME STROPHE.
CINQUIÈME SYMPHONIE, longue.
À Regnard, avec finesse.
DAMON.
Et vous qui me regardez d'un oeil fin, croyez-vous que je ne sois point amateur de vos oeuvres ? Ah ! Combien de fois ne m'ayez-vous pas fait rire ? Mais je ne joue jamais, et ne suis pas distrait. Je né puis vous- passer ; d'oublier jusqu'à votre femme. Vous amusez, vous intéressez même. Que vous avez d'esprit Ah ! Vous avez voulu faire pièce à Molière ! Ses succès vous ont enhardi ; et vous n'avez pas laissé, comme lui, de mériter l'admiration du public.
SIXIÈME STROPHE.
SIXIÈME SYMPHONIE, courte.
DAMON.
À Destouches, avec étonnement.
Quelle est cette Perruque longue, cette figure re[n]frognée qui paraît silencieuse ? Il me semble la voir rougir. Quoi ! Un marbre rougir ! Quelle folie ! Pour le coup je suis dans le délire. C'est Destouches, ce philosophe honteux du mariage, qui souffrait que l'on parlât d'amour à sa femme ! Quelle expression ! Quel regard majestueux ! Tout m'annonce, un homme qui se croit au-dessus des autres. Ah ! Que ne puis-je chanter votre gloire ! [ 4 Destouches, né à Tours, en 1680 ; mort à Paris, en 1754 ; auteur du Philosophe marié et du Glorieux.]
SEPTIÈME STROPHE.
SEPTIÈME SYMPHONIE, longue.
DAMON.
À Crébillon, avec tristesse.
Crébillon, né à Dijon, en 1674 ; mort à Paris, en I762, il fut nommé censeur.
Célèbre auteur, qui n'avez traité que des objets tristes, lugubres. qui n'aimiez que le sang, ah ! Que de peines, de tourments, n'avez-vous pas ressentis ? les amis : vous ont flattés, vous vous en êtes défié : les ennemis, vous les bravez même après votre mort. Vos sujets ont servi de matière à en éclairer d'autres. Une constance dans le travail, vous a acquis, autant qu'à vos adversaires, la qualité honorable d'homme de lettres, et qui a été confirmée par le sceau de de la Nation.
HUITIÈME STROPHE.
HUITIÈME SYMPHON1E, longue.
DAMON.
À Voltaire, avec un grand étonnement.
Et toi sublime, esprit, éloquent, et profond, je suis anéanti, immobile, saisi d'admiration, en me rappelant tes idées énergiques. Voltaire ! C'est bien, à juste titre que Melpomène t'a posé, la couronne : tu m'as gonflé d'amour-propre, tu m'as étonné, tu m'as ravi. Ah ! Quelle délicatesse dans le style ! Quelle noblesse dans l'expression ! Quelle malignité dans la pensée ! Tu as été universel : tu as fait plus que tous les autres ; tu les as surpassés ; tu as prédit les révolutions. Te serais-tu douté, qu'un jour, un un chef conduit par lé peuple, ramènerait tes cendres ensevelies dans l'ombre, au Temple de mémoire : tu as enrichi notre siècle. Eh ! Que serait-il sans toi ? Est-il un seul homme capable de t'approcher ? Non, de tels génies ne se trouvent pas : je le dis avec douleur. Tu peignais les Grands Hommes, et le Kain les rendait avec une vérité, une telle véhémence, une telle satisfaction, que le public admirait tout à la fois l'acteur et l'auteur. [ 6 Le Kain, né..... mort à Paris, en 1778, reçu à la Comédie en 1751. Le jour de sEBUT début au Théâtre de la Nation, Voltaire est parti de Paris pour Genève, et le jour de son retour à Paris, la mort s'est emparée de ce fameux acteur, à qui Voltaire doit son succès.. : de sorte que ce dernier n'a jamais eu l'avantage de le voir représenter à Paris. ]
NEUVIÈME STROPHE.
NEUVIÈME SYMPHONIE, longue.^
DAMON.
À Mirabeau, avec fermeté.
Citoyen actif, le soutien de la France, le plus grand dés héros, brave soldat, fameux négociant, bon patriote, génie rare et sublime, homme au-dessus des préjugés de noblesse, d'orgueil, d'insolence, d'impertinence ami de l'humanité ; de l'égalité, démocrate au milieu de l'aristocratie, ennemi dès grandeurs, Mirabeau ! Que de larmes, nous; versons, sur ta tombe ! La Nation est toute en pleurs : triste souvenir ! Moment désastreux ! Événement funeste ! Coup de foudre inattendu, capable de faire triompher nos ennemis ! Mais ton nom seul leur en impose : ils tremblent : et nos armes soutiendront ta mémoire.
DIXIÈME STROPHE.
DIXIÈME SYMPHONIE, longue.
DAMON.
À lui-même, avec réflexion et ironie.
J'ai la singulière prétentioN de devenir un philosophe, un poète. Qui ? Moi ? Je pourrais me flatter d'être ici ? Dans ce foyer ? Dépend-il de nous de composer et d'enrichir la scène de morceaux sublimes, faits pour captiver l'esprit du public ? Rendons-nous justice et renonçons au travail.
ONZIÈME STROPHE.
ONZIÈME SYMPHONIE, courte.
DAMON.
Avec précipitation.
Renoncer au travail ! À ce qui me fait passer les plus doux moments de ma vie ! Ne plus m'occuper ! Plutôt périr ! Que ce soit une chose faible et sans âme, que cela soit bon ou mauvais, que ce soit un ouvrage infructueux, je composerai, j'écrirai, et je mettrai au jour toutes mes idées : peut-être trouverai-je une pensée qui plaira, amusera, intéressera, et forcera le public à revenir dans nos foyers. Ah ! Si je pouvais avoir ses applaudissements une fois, un jour, un seul instant, mes vues seraient remplies, et je serais consolé.
DOUZIÈME STROPHE.
DOUZIÈME SYMPHONIE, longue.
DAMON.
À Piron, en regardant Destouches avec tendresse.
Destouches rougissait de prendre femme, et Piron les aimait. Quelle gaieté ! Que de saillies ! De bons mots ! Et quelle force inexprimable dans son Gustave ! Son Métromane ! Piron se délassait auprès de quelques belles. Sexe charmant, chef d 'oeuvre de la nature, que d'idées vous faites naître ! Que d'occasions pour un poète ! Que de vers délicieux ! Mon seul voeu, que j'adresse à Thalie, c'est de m'en choisir une. Oui, Déesse ! vous me rendrez le plus heureux des hommes, et la félicité dont vous me comblerez donnera Un nouvel essor à mon génie. [ 7 Piron, né à Dijon , le 9 juillet 1686 ; mort à Paris, le 21 janvier 1783 , enterré à Saint-Roch,]
TREIZIÈME STROPHE.
TREIZIÈME SYPHONIE, courte et agréable.
DAMON.
Honorez moi de votre indulgence ; et si cet ouvrage n'a pu vous plaire, pardonnez à l'auteur , en faveur des Grands Hommes.
Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /htdocs/pages/programmes/edition.php on line 606
Notes
[1] Molière, né à Paris en l620 ; mort à Paris en 1673 ; Auteur des Fourberies de Scapin ; du Malade imaginaire ; des Femmes savantes ; du Bourgeois gentilhomme ; de Georges Dandin et du Tartuffe, comédies.
[2] Pierre Corneille, né à Rouen , le 6 juin 1600 ; mort à Paris, le premier octobre 1684 ; auteur, de Cinna ; tragédie.
[3] Racine, né à la Ferté-Milon , en 1639 ; mort à Paris, en 1699 ; auteur d'ïphigénie_en_Aulide , de Phèdre_et_Hypolite, et d'Athalie, tragédies.
[4] Destouches, né à Tours, en 1680 ; mort à Paris, en 1754 ; auteur du Philosophe marié et du Glorieux.
[5] Voltaire, né à Paris, en 1694 ; mort à Paris, en 1778 ; il y a été couronné par Brisard, et Madame Vestris, actrice du Théâtre de la Nation, à une représentation d'Yrène, la dernière de ses pièces, qu'il a composée à 83 ans, à laquelle il assistait.
[6] Le Kain, né..... mort à Paris, en 1778, reçu à la Comédie en 1751. Le jour de sEBUT début au Théâtre de la Nation, Voltaire est parti de Paris pour Genève, et le jour de son retour à Paris, la mort s'est emparée de ce fameux acteur, à qui Voltaire doit son succès.. : de sorte que ce dernier n'a jamais eu l'avantage de le voir représenter à Paris.
[7] Piron, né à Dijon , le 9 juillet 1686 ; mort à Paris, le 21 janvier 1783 , enterré à Saint-Roch,

