DE LIBRE ABORD

CONVERSATION

II

M DC LXII.

AVEC PRIVILÈGE DU ROI.

PAR RENÉ BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

À PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le Salle Dauphine, à la Bonne-Foi couronnée.


Texte établi par Paul FIÈVRE, octobre 2023

Publié par Paul FIEVRE, novembre 2023

© Théâtre classique - Version du texte du 31/03/2024 à 09:09:54.


ACTEUR.

TYRENE.

ROSELYE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divisées en cent dialogues, dédiées au Roi.", René Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 12-17.


DU LIBRE ABORD.

Tyrène aborde une très belle fille, à laquelle il n'a jamais parlé.

TYRENE.

Vous vous offenserez peut-être, Mademoiselle, des circonstances de mon abord : mais si vous considérez qu'il est naturel aux belles personnes d'attirer les honnêtes gens, ou vous aurez mauvaise opinion de votre mérite, ou vous ne traiterez pas incivilement ma civilité.

ROSELYE.

Il n'y a pas grande apparence, Monsieur, que la manière dont vous usez en mon endroit soit un effet de ma beauté, puisque je suis assez visible, et que je n'ai jamais essuyé un si étrange abord. Il est bien plus croyable que la liberté que vous prenez est un effet de votre habitude, puisque ceux qui font ordinairement ce que vous faites, sont comme esclaves de leur accoutumance, et que pour peu que les objets soient supportables, ils s'empressent de les affronter.

TYRENE.

Quoi que mon action semble effrontée ; j'oserai vous dire, Mademoiselle, qu'elle tient plus du contraint que du libre.

ROSELYE.

Si cela est, comme je vous ai déjà dit, d'où vient que j'ai déjà quelques années, et que ce qui m'arrive aujourd'hui ne m'est point encore arrivé ?

TYRENE.

Ceux qui vous ont considéré de près, et qui ne vous ont point fait de compliment, ont été combattus par la crainte de vous déplaire ; j'ai été attaqué de la même crainte, mais j'ai pensé enfin qu'on devait des offres et des services aux personnes qui vous ressemblent, et que ce serait être lâche que de préférer une crainte ingrate à un mouvement zélé.

ROSELYE.

Les honnêtes filles ne reçoivent les approches que de ceux qui approchent leurs parents.

TYRENE.

Un Homme de mauvaise vie, ne recherche point une fille de bonnes moeurs.

ROSELYE.

Je ne sais qui vous êtes, et vous ne savez qui je suis.

TYRENE.

Encore que je n'aie pas l'honneur, Mademoiselle, de vous connaître de longue main, je sais néanmoins que vous vous piquez de cette vertu qui ravit les dévots, et qui désespère les sensuels, et qu'il faudrait avoir un horrible secret pour avoir le secret de vous faire faire une indécence.

ROSELYE.

Si vous êtes fi savant, je m'étonne de ce que vous êtes si hardi.

TYRENE.

Je présume tout de votre sagesse, et je ne présume rien de mon mérite ; et si je souhaite que vous ayez la bonté de me souffrir, ce n'est que pour être le glorieux témoin de votre belle vie.

ROSELYE.

Mon esprit est fort simple, et ma conduite est fort vulgaire.

TYRENE.

J'admire ce que vous n'admirez point.

ROSELYE.

Vous admirez peu de chose.

TYRENE.

Votre modestie est injurieuse ; la Nature qui vous a fait des dons, a sujet de vous faire des reproches.

ROSELYE.

Comme vous m'avez abordé, Monsieur, sans ma permission ; vous souffrirez bien que je vous quitte sans votre congé.

TYRENE.

Quoi, il sera dit que la civilité même s'est démentie ?

ROSELYE.

Je fais ce que je dois.

TYRENE.

Ha ! Mademoiselle, encore deux mots ; ne déshonorez point la modération de votre esprit par la précipitation de votre retraite.

 


PRIVILÈGE DU ROI.

Louis par le Grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre : À nos âmés et Féaux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requêtes de notre Hôtel et du Palais, Baillifs, sénéchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, Salut. Notre cher et bine aimé le Sieur RENÉ BARY, nous a fait exposé qu'il a fait un livre intitulé, L'ESprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il désirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce nécessaires. À CES CAUSES, Nous lui avons permis et permettons par ces présentes, de faire imprimer, vendre et débiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractères que bon lui semble, pendant sept années, à commencer du jours que chaque volume sera achevé d'imprimer pour le première fois, et à condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothèque publique, un ne celle de notre château du Louvre, vulgairement appelé le Cabinet des Livres, et un en celle de notre très cher et féal le Sieur Séguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et à faute de rapporter ès mains de notre âmé et féal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un récépissé de notre Bibliothèque, et du Sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la délivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons dès à présent déclaré ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au Syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront été imprimés sans avoir satisfait les clauses portées par ces présentes. Défendons très expressément à toutes personnes, de quelque condition et qualité qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni débiter le susdit livre en aucun lieu de notre désobéissance durant ledit temps, sous quelque prétexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, à peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dépends, dommages et intérêts. Voulons qu'aux copies des présentes collationnées par l'un de nos âmés et féaux conseillers et secrétaires du Roi, foi soit ajoutée comme à l'original. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution des présentes tous exploits nécessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres à ce contraires. Donné à Paris le quinzième jour de décembre, l'an de grâce mille six cent soixante et un, et de Notre règne le dix-neuvième. Signé, par le Roi en son conseil, MOUSTIER, et scellé du grand sceau de cire jaune.

Registré sur le livre de la Communauté le 10 , mars 1662, suivant l'arrêt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. Signé DEBRAY, Syndic.

Ledit Sieur BARY a cédé et transporté son droit de privilège à Charles de Sercy Marchand Libraire à Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achevé d'imprimer pour la première foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont été fournis


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