DE LA ROTURE

CONVERSATION

XCIV.

XCVIII.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR REN BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le salle Dauphine, la Bonne-Foi couronne.


© Thtre classique - Version du texte du 31/01/2024 17:22:12.


ACTEUR.

ARISTIDE.

MESSENE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes , divises en cent dialogues, ddies au Roi.", Ren Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 167-171.


DE LA ROTURE

CONVERSATION.

Aristide flatte Messene qui est noble, sur ce qu'elle aime un homme qui n'est pas gentilhomme.

MESSENE.

Quelle faiblesse ! La plupart des personnes s'imaginent que la vertu n'est pas noble dans un sujet roturier !

ARISTIDE.

Si la Noblesse tait un vritable bien, elle perfectionnerait toujours ceux qui la possdent ; mais elle ne sert souvent qu' rendre leurs sottises plus remarquables.

MESSENE.

J'ai fait les mmes observations, et je ne feins point de dire les mmes choses.

ARISTIDE.

Atagene ne paye point de pancarte, il paye de vertu.

MESSENE.

L'une vaut mieux que l'autre.

ARISTIDE.

Il ne faut pas plucher un homme en son origine , il se faut plucher en ses moeurs, je ne connais que de rputation celui dont vous approuvez la recherche : mais si la voix publique n'est point menteuse, l'on peut dire qu'il est plein d'esprit, qu'il est plein de coeur, et que s'il n'est n gentilhomme, il fait ce que les gentilshommes doivent faire.

MESSENE.

Les Hommes de cette vole obissent quelquefois ceux auxquels ils devraient commander ; s'ils ont beaucoup de semblables en naissance, ils ont peu de pareils en mrite ; et leurs actions sont d'autant plus considrable , qu'ils ne doivent point leurs anctres la noblesse de leurs aiguillons.

ARISTIDE.

Ceux qui sont heureusement ns n'ont pas besoin d'tre excits par le dehors, ils le font assez par le dedans ; ils ne regardent, point le pass, ils regardent l'avenir ; ils ne se proposent point d'tre imitateurs, ils se proposent d'tre imits.

MESSENE.

Lorsque vous parlez des hommes qui ont une heureuse naissance, vous parlez de vous-mme ; et lorsque vous parlez de vous-mme, vous m'entretenez d'une personne dont les vertus entretiennent toute l'Europe.

ARISTIDE.

Vous croiriez tre ingrate, si ayant donn des louanges Atagene, vous n'en donniez Aristide : mais vous me permettrez de vous dire, Madame, que quelque juste que vous soyez, vous vous cartez de la mdiocrit, et qu'en pensant viter la mconnaissance, vous tombez dans l'hyperbole.

MESSENE.

Je ne puis accorder les louanges que vous me donnez avecque les louanges que vous ne voulez pas recevoir. Si je juge bien des choses, pourquoi rejetez vous mes loges ? Et j'en juge mal, pourquoi faites-vous mon pangyrique ?

ARISTIDE.

Vous jugez solidement de toutes choses ; mais toutes vos paroles ne correspondent pas toujours votre jugement.

MESSENE.

Vous voulez dire peut-tre que les sentiments qu'on n'exprime point, diffrent quelquefois de ceux qu'on exprime.

ARISTIDE.

Je veux dire la mme chose.

MESSENE.

Il est vrai que ce que vous dites arrive quelquefois ; mais je vous jure sur ma foi que je vous regarde comme un homme extraordinaire, et qu' votre respect mes paroles font mes vritables penses.

ARISTIDE.

Aprs cela, Madame, j'aurais mauvaise grce de douter du mrite de ma personne aussi vous priai-je de croire que j'ajoute foi prsentement tout ce que vous avez dit son avantage ; et que quand mme j'aurais des dfauts extrmement visibles, mon jugement respecterait le vtre.

 


PRIVILGE DU ROI.

Louis par le Grce de Dieu, Roi de France et de Navarre : nos ms et Faux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requtes de notre Htel et du Palais, Baillifs, snchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, salut. Notre cher et bine aim le sieur REN BARY, nous a fait expos qu'il a fait un livre intitul, L'Esprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il dsirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce ncessaires. CEs CAUsEs, Nous lui avons permis et permettons par ces prsentes, de faire imprimer, vendre et dbiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractres que bon lui semble, pendant sept annes, commencer du jours que chaque volume sera achev d'imprimer pour le premire fois, et condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothque publique, un ne celle de notre chteau du Louvre, vulgairement appel le Cabinet des Livres, et un en celle de notre trs cher et fal le sieur sguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et faute de rapporter s mains de notre m et fal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un rcpiss de notre Bibliothque, et du sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la dlivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons ds prsent dclar ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront t imprims sans avoir satisfait les clauses portes par ces prsentes. Dfendons trs expressment toutes personnes, de quelque condition et qualit qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni dbiter le susdit livre en aucun lieu de notre dsobissance durant ledit temps, sous quelque prtexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dpends, dommages et intrts. Voulons qu'aux copies des prsentes collationnes par l'un de nos ms et faux conseillers et secrtaires du Roi, foi soit ajoute comme l'original. Commandons au premier notre Huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l'excution des prsentes tous exploits ncessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres ce contraires. Donn Paris le quinzime jour de dcembre, l'an de grce mille six cent soixante et un, et de Notre rgne le dix-neuvime. sign, par le Roi en son conseil, MOUsTIER, et scell du grand sceau de cire jaune.

Registr sur le livre de la Communaut le 10 , mars 1662, suivant l'arrt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. sign DEBRAY, syndic.

Ledit sieur BARY a cd et transport son droit de privilge Charles de Sercy Marchand Libraire Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achev d'imprimer pour la premire foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont t fournis


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