L'ÉTRANGER

COMÉDIE.

CINQUANTIÈME PROVERBE.

M. DCC. LXVIII. Avec Approbation et Privilège du Roi.

de CARMONTELLE.

À Paris, chez Sébastien JORRY, vis à vis le Comédie Française, chez Le JAY, rue Saint Jacques, près celle des Mathurins.

Représenté pour la première fois en public le 29 septembre 1780 à Valenciennes.

Version du texte du 26/04/2013 à 19:26:33.

PERSONNAGES

MONSIEUR TROTBERG, Banquier Allemand..

MONSIEUR DUBREUIL, Banquier Français.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

LAPIERRE, Laquais de M. Dubreuil.

La Scène est chez Monsieur Dubreuil.

SCÈNE PREMIÈRE.
Monsieur Trotberg, Monsieur Dubreuil père.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Monsieur, voilà votre appartement.

MONSIEUR TROTBERG.

Appartement ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, votre logement.

MONSIEUR TROTBERG.

Ah, logement, c'est appartement ; je comprends fort bon. Il est fort joli.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Monsieur, je voudrais que vous vous trouvassiez bien chez moi, je vous ai tant d'obligation d'avoir bien voulu recevoir mon fils à Nuremberg, que je ne puis assez vous en marquer ma reconnaissance.

MONSIEUR TROTBERG, écrivant sur des tablettes.

Monsieur, vons dites logement ; c'est appartement ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est que j'écris à mesure que je entend poux garder dans le mémoire.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est une très bonne façon d'apprendre le français.

MONSIEUR TROTBERG.

Oui, c'est que comme cela on apprend meilleur, et j'ai commandé de même à Monsieur votre fils dans sa voyage d'Allemagne.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est un bon avis que vous lui avez donné.

MONSIEUR TROTBERG.

Avis ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Je n'ai rien donné qui soit avis.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Je vous demande pardon ; avis, c'est conseil, avertissement.

MONSIEUR TROTBERG.

Ah, permettez que j'écrive avertissement, conseil, c'est avis.

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Tiaple, je croyois à Nuremberg savoir bien la langue du français, je vois à présent que c'est bien autrement encore que je disais.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Vous parlez bien cependant.

MONSIEUR TROTBERG.

Ah, comme cela, pas trop autrement, et je suis impatientement que Monsieur votre fils, il soit ici, pour me expliquer mieux.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Il arrivera bientôt, il n'est qu'à trois lieues d'ici, il sait que vous devez venir, et je l'ai envoyé quérir.

MONSIEUR TROTBERG.

Quérir ? Est-ce courir ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Non, quérir, c'est chercher.

MONSIEUR TROTBERG.

Chercher, c'est quérir ? Il faut que je écrive aussi quérir, chercher, quérir.

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Monsieur, je vous prie de vous regarder ici comme le maître de la maison, ordonnez, et l'on vous donnera tout ce que vous voudrez.

MONSIEUR TROTBERG.

À moi ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

À vous.

MONSIEUR TROTBERG.

Pour mon besoin ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Tout ce qui vous sera nécessaire.

MONSIEUR TROTBERG.

Nécessaire, cela veut dire ?...

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Besoin.

MONSIEUR TROTBERG.

Tiaple, vous avez toujours deux mots pour un, je comprends pas cela, vous dites besoin ; c'est nécessaire ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, nécessaire.

MONSIEUR TROTBERG.

Je écris aussi.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est très bien fait.

MONSIEUR TROTBERG.

Allons, je ne veux parler que français quand je reste dans cette pays, même quand je suis avec moi tout seul, cela il me apprendra.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est un bon moyen ?

MONSIEUR TROTBERG.

Un bon moyen ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, une méthode très bonne.

MONSIEUR TROTBERG.

Encore moyen ; c'est méthode.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui dans ce cas-là ; mais il vaut mieux dire méthode.

MONSIEUR TROTBERG.

Je écris donc méthode, puisqu'il est le meilleur.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, oui, mettez méthode.

MONSIEUR TROTBERG.

Je suis fort obligé, je demande bien pardon.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Vous vous moquez de moi.

MONSIEUR TROTBERG.

Moi non, je ne moque pas de vous ; moquer c'est comme rire, n'est-ce pas ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui.

MONSIEUR TROTBERG.

Oui ? J'ai écrit déja plusieurs fois, et vous voyez bien que je ne ris pas.

SCÈNE II.
Monsieur Dubrueil, Monsieur Trotberg, Lapierre.

LAPIERRE.

Monsieur, il y a un Monsieur dans votre cabinet qui vous attend.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est bon ; je vais y aller.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est un affaire peut-être, il faut aller, marcher. Je suis fort bon ici.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Voilà du papier, de l'encre ; je reviendrai vous tenir compagnie bientôt.

MONSIEUR TROTBERG.

Je suis ici avec ma portefeuille, je lis tout cela.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Si vous avez besoin de quelque chose, appellez Lapierre.

MONSIEUR TROTBERG.

Besoin, c'est nécessaire, je me souviens. Et Lapierre ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est cet homme-là.

MONSIEUR TROTBERG.

Cet homme-là, on l'appelle une pierre ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui ; c'est son nom.

MONSIEUR TROTBERG.

Je entend bien ; c'est comme nous disons un arbre de noix, arbre d'olive.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, du noyer, olivier.

MONSIEUR TROTBERG.

Du noyer, noix; olivier, olive. Je écris, permettez.

Il écrit.

Je finis.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Vous aurez tout ce que vous voudrez. Si vous voulez envoyer quelque part, dites où.

MONSIEUR TROTBERG.

Où ?

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui. Si vous voulez manger, dites quoi.

MONSIEUR TROTBERG.

Quoi ?

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui. Si vous voulez boire, dites-le.

MONSIEUR TROTBERG.

Le ?

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Si vous voulez sortir, dites quand.

MONSIEUR TROTBERG.

Quand ?

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est pour sortir ? soif bon.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.

MONSIEUR TROTBERG.

Pour coucher ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Pour lever, de même.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est fort singulier. Voilà un pour deux à présent.

Il écrit.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

J'espère que mon fils va arriver, et il vous tiendra compagnie.

MONSIEUR TROTBERG.

Oh, j'ai pas besoin, j'ai ici ma occupation.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Lapierre va rester dans votre antichambbre. Tu entends bien, Lapierre ?

LAPIERRE.

Oui, Monsieur.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Et tu feras ce que Monsieur te dira.

LAPIERRE.

Oui, oui, Monsieur.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Ah ça, Monsieur, je vous laisse, je suis bien votre serviteur.

MONSIEUR TROTBERG.

Serviteur, Monsieur, Serviteur.

SCÈNE III.

MONSIEUR TROTBERG, rêvant.

Je vous laisse. Laisse. Je comprends pas laisse. Pourquoi j'ai pas demandé. Laisse ? Laisse ! Il faut que je sache à ce moment pour écrire. Lapierre ?

SCÈNE IV.
Monsieur Trotberg, Lapierre.

LAPIERRE, de la porte.

Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Entre ici.

LAPIERRE.

Me voilà, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Qu'est-ce que c'est que laisse il veut dire |

LAPIERRE.

Laisse ?

MONSIEUR TROTBERG.

Oui, laisse ?

LAPIERRE.

Lesse ? Je ne sais pas, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Monsieur Dubreuil, il a dit, lesse.

LAPIERRE.

Lesse ? Ah, Monsieur, c'est à votre chapeau.

MONSIEUR TROTBERG.

À mon chapeau, laisse ?

LAPIERRE.

Oui, Monsieur, je vais vous montrer.

Il prend le chapeau de Monsieur Trotberg.

Tenez voilà ce que c'est qu'une lesse.

MONSIEUR TROTBERG.

Cela il est une lesse.

LAPIERRE.

Oui, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Monsieur Dubreuil, il ne m'a point parlé de chapeau.

LAPIERRE.

C'est pourtant cela.

MONSIEUR TROTBERG.

Allons, va-t-en ; je demande à lui-même quand il viendra.

SCÈNE V.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est un langue de tous les tiables. La fils de M. Dubreuil, il sera fort bon pour moi ici.

Il regarde toutes ses lettres de recommandation.

Ah, je trouve ici un lettre qu'il faut que j'envoye tout présentement. Lapierre.

SCÈNE VI.
Monsieur Trotberg, Lapierre.

LAPIERRE.

Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Tiens, où.

Donnant une lettre.

LAPIERRE.

Qu'est-ce que vous voulez, Monsieur ?

MONSIEUR TROTBERG.

Où.

LAPIERRE.

Où ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?

MONSIEUR TROTBERG.

Je te dis, où.

LAPIERRE.

Où ; mais je n'entends point l'Allemand.

MONSIEUR TROTBERG.

Mais, c'est français, où. Il est sur mon tablette.

Il regarde.

Oui, où.

LAPIERRE.

Non, Monsieur, où ne veut rien dire.

MONSIEUR TROTBERG.

Ce tiaple de français, ils ne savent point la langage de leur pays. Monsieur Dubreuil, il m'a dit, où, quand on veut envoyer quelque part.

LAPIERRE.

Pour envoyer, on ne dit point, où, on dit allez là.

MONSIEUR TROTBERG.

Allez là ?

LAPIERRE.

Oui, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

Il faut donc que j'écrive allez là, aussi ; mais je demanderai. Attends à cette moment.

Il écrit.

Allez là.

LAPIERRE.

Là, c'est sur la lettre.

MONSIEUR TROTBERG.

Sur la lettre là ? Non, c'est l'adresse.

LAPIERRE.

Eh bien, oui.

MONSIEUR TROTBERG.

Là ; c'est l'adresse ?

LAPIERRE.

L'adresse est là-dessus, dessus la lettre.

MONSIEUR TROTBERG.

Oui. Je comprends pas jamais. Revenez sur la moment.

LAPIERRE.

Je vais l'envoyer par quelqu'un ; parce que je ne dois pas vous quitter.

MONSIEUR TROTBERG.

Fort bien, fort bien.

SCÈNE VII.

MONSIEUR TROTBERG.

Il faut un bon patience avec cette domestique ; je ne sais pas pouiquoi il m'a donné comme cela un bête pour mon service. Je suis tout en échauffement de cette garçon qu'il ne m'entend pas. J'ai envie de faire porter un glas de bier, non, non, un verre de bierre qu'il faut dire en français. Je veux parler autrement jamais à présent. Lapierre. Lapierre.

SCÈNE VIII.
Monsieur Trotberg, Lapierre.

LAPIERRE.

Monsieur, qu'est-ce que vous voulez ? Votre lettre est partie.

MONSIEUR TROTBERG.

Je veux, le.

LAPIERRE.

Le ?

MONSIEUR TROTBERG.

Oui, je dis, le.

LAPIERRE.

Le quoi ?

MONSIEUR TROTBERG.

Je veux pas quoi, je veux, le.

LAPIERRE.

Le ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire, dites quoi.

MONSIEUR TROTBERG.

Je veux pas dire quoi, je veux dire, le.

LAPIERRE.

Je ne peux pas vous deviner.

MONSIEUR TROTBERG.

Que tiaple ! Est ce que je ferais un faute ?

Il dans ses tablettes.

Non, c'est, le.

LAPIERRE.

Le quoi.

MONSIEUR TROTBERG.

Eh bien, donne moi quoi ? Tu donneras après le ; puisque tu veux donner quoi.

LAPIERRE.

Je ne vous entends pas, Monsieur.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est pourtant Monsieur Dubreuil, qui m'a dit de dire, le.

LAPIERRE.

Le quoi ?

MONSIEUR TROTBERG.

Quand je dis le, je dis pas quoi : quand je dis quoi, je dis pas le.

LAPIERRE.

Je ne puis vous donner que ce que vous de dites.

MONSIEUR TROTBERG.

Je dis le ; mais faites marcher ici Monsieur Dubreuil, il dira si je dis pas bien.

LAPIERRE.

Il vient de sortir.

MONSIEUR TROTBERG.

Sortir. C'est quand.

LAPIERRE.

Quand ? Tout à l'heure.

MONSIEUR TROTBERG.

L'heure, c'est coucher, il m'a dit.

LAPIERRE.

Je ne dis pas qu'il est couché, je dis qu'il vient de sortir.

MONSIEUR TROTBERG.

Eh bien, sortir, quand.

LAPIERRE.

Quand ? Je vous dis tout à l'heure.

MONSIEUR TROTBERG.

L'heure c'est coucher, je sais fort bon ; mais on ne peut pas être couché et être sorti, je puis pas souffrir le mensonge.

LAPIERRE.

Mais je ne dis pas qu'il est couché non plus.

MONSIEUR TROTBERG.

Que tiable dis-tu donc ?

LAPIERRE.

Je dis qu'il vient de sortir.

MONSIEUR TROTBERG.

Quand ?

LAPIERRE.

Tout à l'heure.

MONSIEUR TROTBERG.

Je tiens plus, je vais quand, aussi moi de cette logis.

LAPIERRE.

Tenez, j'entends Monsieur Dubreuil le fils, il sait l'allemand, il vous entendra.

MONSIEUR TROTBERG.

Je parle Français encore, c'est un grand impatientement que cette garçon-là.

SCÈNE IX.
Monsieur Trotberg, Monsieur Dubreuil fils, Lapierre.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Ah, Monsieur Trotberg, je suis charmé de vous voir à Paris.

Il l'embrasse.

MONSIEUR TROTBERG.

Je suis bien content aussi, véritablement.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Je comptais que vous n'arriveriez que demain, je vous demande bien pardon de n'avoir pas été ici à votre arrivée.

MONSIEUR TROTBERG.

J'ai vu Monsieur votre père; mais il m'a mis de l'embarras avec cette garçon ; parce que les miens ils sont tous malades de la poste, et puis ils savent pas la langage de cette pays, et je puis pas expliquer à cette Pierre, qu'il n'entend pas.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Cette Pierre ?

LAPIERRE.

Oui, c'est moi, Lapierre ; qu'il veut dire;

MONSIEUR TROTBERG.

Est-ce qu'il n'est pas français Lapierre ?

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Pardonnez-moi.

MONSIEUR TROTBERG.

Il ne sait donc pas les mots de son pays !

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Comment ?

LAPIERRE.

Monsieur, il me dit le, quoi, quand, l'heure ; je ne sais pas si c'est allemand ou français.

MONSIEUR TROTBERG.

Vous voyez bien qu'il dit lui-même.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Je n'entends pas non plus. Mais si vous voulez quelque chose, dites-moi, et vous l'aurez.

MONSIEUR TROTBERG.

Eh bien, je veux le.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Le quoi ?

MONSIEUR TROTBERG.

Eh, il dit aussi lui Lapierre, quoi, pour lois que je dis, le.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

C'est singulier cela. Dites-moi en allemand ce que vous voulez.

MONSIEUR TROTBERG.

Non, j'ai juré de parler toujours Français dans cette pays. Et Monsieur votre père il m'a dit de dire, le.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Le quoi ?

MONSIEUR TROTBERG.

Non, ce n'est pas quoi, c'est le.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Lapierre, dis à mon père que je le prie de monter.

MONSIEUR TROTBERG.

Monsieur votre père, il est quand et l'heure, à ce qu'il dit.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Quand et l'heure ?

LAPIERRE.

Oui. Je ne sais pas ce qu'il veut dire.

MONSIEUR TROTBERG.

Ni moi non plus, je croyais savoir mieux le Français, il m'a pourtant dit de dire comme cela, Monsieur Dubieuil.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Le voilà, nous allons savoir ce que cela veut dire.

MONSIEUR TROTBERG.

Vous verrez que j'ai dit raisonnablement.

SCÈNE X.
Monsieur Trotberg, Monsieur Dubreuil Père, Monsieur DUBREUIL fils, Lapierre.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Monsieur, je vous demande bien pardon ; mais j'ai été obligé de sortir...

MONSIEUR TROTBERG.

Oui, je sais quand, vous voyez bien.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui, mais ne vous a-t-il rien manqué ?

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Voilà l'embarras, Monsieur Trotberg a demandé tout plein de choses, que Lapierre n'a pu lui donner.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Parce que je n'ai pu rien comprendre.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Ni moi non plus.

MONSIEUR TROTBERG.

Et cependant, Monsieur, vous m'avez dit de dire le, et je demande le, il veut me donner quoi. Et puis je voulais parler à vous, il m'a dit quand, et l'heure ; c'est un tiable d'homme, qui me serait être un fou, cette Lapierre.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Je suis aussi embarrassé que vous.

MONSIEUR TROTBERG.

Mais, Monsieur, je puis bien vous dire ; j'ai écrit ici.

Il prend ses tablettes.

Ne m'avez-vous pas dit si vous voulez envoyer quelque part, dites, où.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Oui.

MONSIEUR TROTBERG.

J'ai dit où, aussi, il ne voulait pas entendre ; mais après il a envoyé.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Lapierre, as-tu envové ?

LAPIERRE.

Oui, Monsieur, c'était une lettre, et l'adresse était dessus.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

C'est bon.

MONSIEUR TROTBERG.

Oui, mais j'ai eu un grand peine.

LAPIERRE.

Il disait toujours, où, où, où. Je ne savais pas ce qu'il voulait dire.

MONSIEUR TROTBERG.

Mais j'ai dit bien, n'est-ce pas Monsieur Dubreuil ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Je crois que oui.

MONSIEUR TROTBERG.

Après j'ai veux boire, je dis le, il veut me donner quoi. Moi, je veux pas quoi je veux le.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Le ?

MONSIEUR TROTBERG.

Oui. Je puis pas expliquer, je demander à parler à vous, il dit que vous êtes quand et l'heure. Je puis pas entendre.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Ma foi ni moi non plus.

MONSIEUR TROTBERG.

J'ai pourtant dit comme vous m'aviez dit de dire.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Moi ?

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

C'est-il vrai, mon père ?

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Je n'ai pas dit cela.

MONSIEUR TROTBERG.

Vous n'avez pas dit, Monsieur, j'ai pourtant écrit sur mon tablette.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Eh bien, lisez-nous ce qu'il y a.

MONSIEUR TROTBERG.

Quand vous voulez envoyer quelque part, dites où. J'ai dit où.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Où ; mais il faut dire où il faut aller.

MONSIEUR TROTBERG.

Où il faut aller ? Ah tiable, je savais pas. Je écrirai après. Je lis encore. Si vous voulez boire, dites-le. Je dis le, il dit quoi, je veux pas quoi moi, je veux le.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Cela veut dire, si vous voulez boire, dites-le, dites que vous voulez boire.

MONSIEUR TROTBERG.

Ah, je comprends. Après j'ai écrit, si vous voulez manger, dites quoi.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Quoi, c'est ce que vous voulez manger.

MONSIEUR TROTBERG.

C'est cela sûrement.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Sans doute.

MONSIEUR TROTBERG.

Je pensais pas.

Il lit.

Si vous voulez sortir, dites quand.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Quand vous voudrez sortir.

MONSIEUR TROTBERG.

Ah, je croyais que quand, vouloir dire sortir, je entend présentement. Et puis...

Il lit.

Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

C'est l'heure que vous voulez vous coucher.

MONSIEUR TROTBERG.

Coucher, ou vous lever ; voilà pourquoi je comprenais pas. C'est mon faute de n'être pas plus savant du langue français.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Ce n'est rien que cela.

MONSIEUR TROTBERG.

Ah, je demande pardon, je dirai le chose dont je veux à présent.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Venez, venez souper, vous devez en avoir besoin.

MONSIEUR TROTBERG.

Je ferai avec plaisir, je suis embarrassé avec vous de mon colère.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

En buvant tout cela se passera.

MONSIEUR DUBREUIL Père.

Allons, allons, venez.

MONSIEUR TROTBERG.

Je marche avec vous, Messieurs.

Explication du proverbe : L'entente est au diseur.

 


Fin du texte

 


 


 

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Début
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1.61.71.81.91.10
Fin du texte