LA GUERRE COMIQUE

OU LA DFENSE DE L'COLE DES FEMMES

COMDIE

M. DC. LXIV. Avec Privilge du Roi.

PAR LE SIEUR LA CROIX

PARIS CHEZ PIERRE BIENFAIT, dans le grand'salle du Palais du ct de la Cour des Aides l'Image Saint-Pierre.


Texte saisi par David Chataignier partir de l'exemplaire 8-BL-12845 conserv la Bibliothque de l'Arsenal.

Publi par Paul Fivre © Thtre classique - Version du texte du 29/06/2017 20:39:45.


MONSIEUR L.P.C.B.D.N.Q.

MONSIEUR,

Si les nouveauts ont quelque chose d'agrable cette lettre ne vous dplaira pas. Vous vous disposez recevoir les loges ou plutt les flatteries dont on assaisonne les ptres ddicatoires, et je me prpare me plaindre du tort que vous me faites de me rendre auteur. Il est nouveau de quereller le patron d'un Livre, mais il est aussi extraordinaire de mettre les gens sous la presse malgr leurs dents. Rengainez votre compliment. Outre que ce prsent n'est pas digne de vous, je ne puis vous faire civilit quand vous m'engagez dans une querelle, et je veux seulement faire connatre au public la violence que vous me faites en m'obligeant de mettre au jour un Ouvrage que j'avais condamn aux tnbres. Oui aux tnbres, MONSIEUR. Je ne vous impose point, je ne suis pas de ces Auteurs qui chantent dans toutes les Prfaces de leurs Livres qu'ils accordent aux prires de leurs Amis, ce qu'un Libraire a imprim pour se dlivrer de leurs perscutions. Considrez donc, MONSIEUR, que c'est mon coup d'essai et qu'il parle d'une chose dont personne ne dit plus mot. Que ce rglement du Parnasse peut faire revivre les troubles Comiques et m'exposer la fureur des deux parties, pour avoir dfendu l'un avec trop de faiblesse, et pour avoir eu la tmrit d'attaquer l'autre. Aurait-il pas t plus propos de demeurer dans le silence ? L'cole des Femmes a-t-elle besoin qu'on la dfende ? Le succs qu'elle a eu est-il pas un bon garant de sa bont ? Ceux qui l'ont attaque sont ceux qui l'estiment davantage, et leur emportement est un tmoignage de son mrite. Ah ! Monsieur, la haine des Auteurs, et un dluge de satire contre vous qui me faites Auteur malgr moi et contre moi qui vous ai cru, sont invitables. Pensez-vous que ces Messieurs qui ont manqu de respect pour une Comdie approuve de toute la Cour, pargnent un misrable Livre qui la dfend et qu'on abandonne leur fureur. Ah ! Monsieur, encore une fois, quel orage ! Quelles perscutions ! Que d'injures ! Vous leur rpondrez, dites-vous ; Et vous Monsieur, aprs m'avoir engag dans ce mauvais pas vous demeurerez couvert, et j'essuierai toutes les disgrces ? Non parbleu j'en jure, vous y aurez part, et je ne fais cette Lettre que pour vous rendre responsable de tout ce qui arrivera. Prparez donc votre Courage, et ne doutez pas aprs ce que j'ai fait pour vous obir, que je ne sois,

MONSIEUR,

Votre plus obissant serviteur,

DE LA CROIX.


LA GUERRE COMIQUE, OU LA DFENSE DE L'COLE DES FEMMES.

Les Comdiens s'entretuaient coups de vers, les Impromptus et les Portraits taient en campagne, et une grle fort paisse de satire et de mdisance volait de part et d'autre, lorsque Mome, ce railleur ternel qui se donne la Comdie aux dpens des Dieux, et qui satirise impunment le Ciel et la Terre, aperut ce dsordre pouvantable. Il fit ce que tout le monde a fait aux reprsentations de ces Pices ; Il s'y divertit des uns et des autres, et pour profiter d'une occasion si rare et si plaisante, il rsolut de railler aussi le Dieu qui prside la Posie. Il commena donc avec un geste forcen et un ton de voix capable d'pouvanter Mars ce Dialogue Burlesque.


PERSONNAGES.

MOME.

APOLLON.

MLASIE.

CLONE.

PHILINTE.

ALCIPE.

ROSIMON.

ALCIDOR.

DE LA RANCUNE.

La scne est Paris.


DIALOGUE BURLESQUE DE MOME ET D'APOLLON.

MOME.

Au feu sur le Mont de Parnasse.

Apollon, ah ! Tout se fracasse :

Apollon au feu, ton secours

Peut seul en arrter le cours.

5   Apollon daigne donc paratre,

Mets donc la tte la fentre ;

Apollon.

APOLLON.

D'o viennent ces cris ?

MOME.

H jette les yeux sur Paris

Apollon, Apollon.

APOLLON.

Que diable

10   Veut ce crieur pouvantable ?

MOME.

Apollon.

APOLLON.

H bien double oison,

Crie incessamment Apollon.

Qu'a-t-il fait ?

MOME.

Apollon.

APOLLON.

Encore.

Le Diable emporte la pcore,   [ 1 Pcore : Se dit aussi figurmment pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine concevoir quelque chose. [F]]

15   Peste du fou.

MOME.

  Tout est perdu.

quoi diable t'amuses-tu ?

Fais-tu l'amour, fais-tu la guerre,

Dors-tu pendant que sur la terre

Potes et Comdiens

20   S''entrebattent comme des chiens ?

Ce ne sont qu'Impromptus, Critiques,   [ 2 Impromptu : Il se dit particulirement de quelque petite pice de posie faite sur le champ, madrigal, chanson et mme pice de thtre. [L] Voir "L'Impromptu de Versailles" de Molire.]

Portraits du Peintre Satiriques.

Au Palais-Royal, l'Htel.   [ 3 Palais-Royal : Thtre occup par la Troupe de Molire, cr l'instigation de Richelieu en 1637. Situ au nod-ouest de la Place du Palais-Royal.]

Vit-on jamais dsordre tel ?

25   Ils s'entremangent.

APOLLON.

  Que m'importe !

Faut-il m'tourdir de la sorte ?

Ah le beau dbut que voil !

Et n'ai-je penser qu' cela ?

MOME.

Dlivre-les de Molire.

30   Es-tu pas leur Dieu tutlaire ?

APOLLON.

On le dit. Mais je suis ravi

Qu'ils en aient le dmenti ;

Ils ont commenc la querelle.

MOME.

Vraiment tu nous la donnes belle.

35   S'ils ont droit, deviens leur support,

Et punis les s'ils ont le tort.

Prcipite-les du Parnasse,

Fais d'autres Bourgeois leur place,

Sois une fois matre chez toi.

APOLLON.

40   Pauvre idiot ! Est-ce de moi

Qu'on y prend droit de bourgeoisie ?

Chacun l'est sa fantaisie.

Tel pour deux sonnets assez plats

Se dit Pote tour de bras,

45   Tel autre pour une lgie,

L'autre pour une rapsodie,

Et mille pour une chanson,

Qui n'a ni rime ni raison.

J'en sais qui lisant leur ouvrage,

50   Et regardant comme un outrage

Qu'on les coute avec froideur,

Disent pour sauver leur honneur,

Il est vrai que c'est peu de chose ;

Aussi sans rgles je compose,

55   Ce n'est que pour me divertir ;

Et parce que c'est leur plaisir,

Ils estiment les grosses buses,

Qu'on doit applaudir leurs muses.

On est matre des plus experts,

60   Quand on fait bien des mchants vers,

Et quand on sait bien que grenouille

Rime richement quenouille.

MOME.

Laissons, laissons ces rimailleurs.

Je te parle des grands auteurs

65   Dont les pices pleines de charmes

Nous font pleurer chaudes larmes.

Auteurs d'esprit trs grand, trs fin,

Qu'on mesure la toile enfin ?

Dfends-les de bonne manire,

70   Ne souffre pas que Molire

Chasse par son Art de Maugis

Les vieils serviteurs du logis.

APOLLON.

Je t'ai dit et te dis encore,

Que je consens qu'il les dvore ;

75   Quiconque commence le tort.

MOME.

Fais donc par piti quelque effort,

Trouve l'art de les rendre sages.

S'ils ont tort, rogne de leurs gages,

Retranche leurs appointements.

APOLLON.

80   Ah ! le grand fou. Les Courtisans

Des belles filles de mmoire

N'y gagnent pas de l'eau pour boire.

Ils les servent pour leur beaux yeux ;

Et s'ils n'taient ingnieux

85   cueillir les fruits d'un parterre,

rapiner sur le Libraire,

chercher un bon Protecteur

Plus pour l'argent que pour l'honneur,

Au diable qui tirerait maille.

90   Ceux-l rgnent vaille que vaille :

Mais les Potes de Rondeau

Ont Lettres d'escroc au grand Sceau.

Joignent la cape et l'pe

Le beau droit de franche lippe,

95   Et celui d'aller bien ou mal,

Avec honneur l'Hpital.

MOME.

Tu jases en Jurisconsulte

Au lieu d'apaiser ce tumulte.

Parnasse est en feu.

APOLLON.

De l'argent

100   Calmerait tout ce diffrend,

C'est la meilleure eau pour l'teindre.

On ne les verrait plus se plaindre

Si Molire tait moins charmant,

Ou bien s'ils en gagnaient autant.

MOME.

105   S'ils en gagnaient autant ? Que diable !

Il faut bien tre insatiable

Quand les injures que l'on dit

Ne se donnent point crdit.

Au lieu de vider leur querelle,

110   Il vident plutt l'escarcelle.

Quoi qu'ils se battent ces Messieurs,

Ce n'est que sur les spectateurs

Qu'ils courent la picore,

Le Bourgeois leur sert de cure,

115   Et parmi tous leurs diffrends,

Les Juges paient les dpends.

A-t-on jamais vu momerie

Aussi digne de raillerie ;

Et voit-on ailleurs qu' Paris,

120   Que les combats des beaux esprits,

Que la plus piquante satire,

De bons cus puisse produire ?

Ma foi le secret en est beau

Autant du moins qu'il est nouveau.

125   S'il ne tient qu' de la satire

Pour s'enrichir et faire rire,

J'y veux travailler tout de bon ;

Jupiter avec Apollon

Satiriss ma manire

130   Vaudront bien mieux que Molire.

Quand j'aurai bien drap Jupin,

Je t'empaumerai beau blondin,

Et

APOLLON.

Laissons cette raillerie,

Mome doucement je te prie.

MOME.

135   Termine tous ces diffrends,

Autrement parbleu, je te prends,

Je te bourre, je t'estocade,

Et te mets en capilotade.

APOLLON.

Mais Mome

MOME.

Mome n'entend rien.

140   Il faut, dis-je, coute-moi bien.

touffer toute leur Cabale,

Ou passer pour un Dieu de balle.

APOLLON.

Que tu parles bien aisment !

MOME.

Que tu rponds bien lchement !

APOLLON.

145   Tu ne connais pas leur furie.

MOME.

Non pas, mais ta poltronnerie.

APOLLON.

S'ils se rebellent contre nous

MOME.

H bons Dieux, je les connais ;

Ils ne seront pas si terribles.

APOLLON.

150   Il sont de vrais incorrigibles ;

Quand on les choque en quelques lieux

Ils chanteraient pouilles aux Dieux.

Si tu te trouvais en ma place,

Si tu connaissais leur audace,

155   Et jusqu' quelle extrmit

Se porte leur tmrit,

Crainte d'attirer leur colre,

Ma foi tu les laisserais faire.

MOME.

Ah ! que de discours superflus,

160   Apollon, ne raisonnons plus ;

Pense terminer leur querelle,

Autrement, je vais de plus belle

Faire une satire sur toi.

APOLLON.

Mome du moins coute-moi.

MOME.

165   Point de quartier.

APOLLON.

  Quelle misre !

Hol, messager de mon pre,

Valet de pied de tous les Dieux,

Joueur de gobelets des Cieux

Mercure, prends ton Caduce,

170   Cherche la bande intresse,

Dans Paris la grande Cit

Assemble gens de qualit,

Comdiens, Marquis, Potes,

Cocus, Jaloux, Galants, Coquettes,

175   Conduis-les au Palais Royal,

Place-les au lieu Thtral,

Va, sors, cours de si belle sorte,

Qu'il semble qu'un Diable t'emporte.

Mercure ne se fit pas dire deux fois qu'il fallait aller Paris et assembler les intresss pour dcider cette affaire. Il partit avec sa vitesse accoutume, et fit le chemin en si peu de temps, que j'en emploierais davantage vous le dire. Apollon prit une route bien diffrente et se rendit sur le mont de Parnasse pour communiquer aux Muses le dessein qu'il avait pris d'apaiser ces troubles comiques. Melpomne, la patronne des Potes tragiques, fut assez hardie pour dire, qu'on leur ferait injure de les commettre avec Molire, qu'il serait prilleux de le mettre en concurrence avec eux ; et qu'elle estimait plus propos qu'il ressentt un peu des effets d'une satire qu'il exerce si souvent contre les autres : Mais Apollon ne lui permit pas d'invectiver plus longtemps, et lui rpondit avec assez de chaleur : Vraiment, on voit que vous tes intresse. Vous parlez de ce voyage comme si je ne l'entreprenais que dans le dessein de favoriser Molire, et vous craignez tellement que vos auteurs tragiques y perdent, que vous ne feignez point de vous opposer une action de Justice. Il tait en humeur d'en dire davantage, si Melpomne n'et fait paratre son obissance en se levant la premire. Les autres suivirent son exemple, et aussitt :

Le Troupeau scientifique

180   Partit sans plus de rplique.

Je ne sais si ce fut par terre, ou par eau,

En carrosse ou bien en bateau ;

Certains Auteurs glosant sur cette phrase,

Disent que le cheval Pgase

185   Le porta dans les airs d'un vol hautain et fort ;

Les autres que sur une Nue

Cette troupe quitta sa Montagne cornue,

Les Auteurs en ce point ne sont pas bien d'accord.

Elle vint toutefois cher Lecteur, je vous jure ;

190   Dans Paris elle se montra ;

N'en doutez pas, et quant sa voiture,

Vous en croirez tout ce qu'il vous plaira.

Ces filles savantes descendirent donc au Palais Royal dont le Thtre devait servir de champ de bataille ; et quoi que Melpomne ft quelque difficult d'y consentir parce qu'elle prenait pour mauvais augure qu'on dcidt ce diffrend en un lieu o Molire ne reoit que des applaudissements, Apollon ne voulut point l'couter, et dit qu'il n'y a rien de plus juste que de rcompenser la vertu o elle a clat, et de reprendre les fautes au lieu mme o elles ont t commises. Les neufs soeurs le suivirent et montrent avec lui sur le Thtre o elles prirent place sur des siges qu'on leur avait prpars. Mome qui s'tait mis de la partie malgr Apollon et contre le sentiment des Muses, ne leur fut pas inutile et leur fit passer le temps assez agrablement pendant que Mercure assemblait les intresss. Il fit cent singeries chacune de ces filles et dit fort plaisamment Apollon, que la Dame Mmoire s'tait bien oublie de les confier un godelureau comme lui. Il s'appliqua ensuite contrefaire ce Dieu versificateur, et le sut peindre si navement qu'il eut bien de la peine cacher le dpit qu'il en avait et modrer sa colre.

Mome incessamment dbitait

Ce que dans Paris on appelle

195   Douceur, fleurette, bagatelle,

chaque Muse il en contait ;

De mille petits mots qu'il disait l'oreille

Et que souvent ne disaient rien,

Il se parait comme d'une merveille,

200   Le Badinage enfin lui convenait fort bien.

Il se tenait en plaisante manire

Tantt devant, tantt derrire,

Courb, droit, genoux et jamais arrt ;

Et des badins d'honneur qui les postures virent,

205   Pour lui faire justice, dirent

Qu'il avait l'air de qualit.

Enfin ce singe fit sur ce Thtre ce qu'on dit que Molire y fait tous les jours, et il satirisa toute la Troupe d'une manire si bouffonne que Clio ne put s'empcher de dire que Mome tait le Molire du Ciel.

Cependant Mercure arriva

Crott comme un porteur de Billets funraires,

Et maint curieux s'empressa

210   Pour gagner les places premires :

Je sais mme qu'on s'y battit,

Mais avec son bton hol Mercure mit,

Je veux dire son caduce ;

Il rangea toute l'assemble,

215   Quand il eut bien cri paix-l.

Le blondin Apollon parla,

Et dit en vers la mme chose

Que je vais vous crire en prose.

Il parla donc en matre du logis, il dfendit aux spectateurs de se mler dans la dispute s'il ne leur en donnait la permission ; et ceux qu'il choisirait pour attaquer ou pour dfendre Molire, de tempter comme on fait au Barreau. Il tmoigna enfin qu'il avait plutt dessein d'entendre quelque chose de divertissant, que du bruit et des injures. Mercure appela d'abord des Potes et des Comdiens, mais personne ne parut, ce qui surprit tout le monde. Quelques spectateurs dirent qu'on les gardait pour la bonne bouche ; et Apollon crut qu'en attendant ces Messieurs il tait propos d'entendre des gens de qualit. Il fit monter sur le Thtre Mlasie et Clone les plus spirituelles filles du monde, et le Chevalier Philinte qui aimait passionnment la dernire. Mlasie se dclara contre l'cole des Femmes, Clone dit qu'elle y trouvait bien des fautes, et Philinte fut presque de mme sentiment.

Mais Apollon qui vit qu'il dsirait complaire

220   l'objet qui l'avait charm,

Lui dit : Ne craignez pas d'en tre moins aim

Pour prendre le parti contraire ;

Clone y consentit et dans le mme instant

On disputa fort plaisamment,

225   Ou pour mieux dire, on joua fortement.

Je pense pendant qu'ils parlrent

Que tous les spectateurs sans rien dire coutrent,

Que j'coutai comme eux aussi.

Pour leur laisser encor libert toute entire,

230   Pendant leur Dispute premire

Souffrez que je me taise ici.

DISPUTE PREMIRE.
Mlasie, Clone, Philinte.

MLASIE.

Que Molire dbute agrablement dans cette cole des Femmes par un personnage inutile ! Ce Chrisalde qui parat avec Arnolphe ne sert qu' dire des vers qui ne font rien au sujet.

PHILINTE.

Vous appelez un personnage inutile, un homme qui dit tant de bonnes choses l'avantage de la Confrrie ? Vraiment Madame, ces malheureux que tout le monde perscute vous voudront du mal si vous leur tez un protecteur si favorable. Mais Chrisalde sert encor autre chose ; son antipathie avec Arnolphe fait natre de beaux sentiments, et fonde bien le caractre de ce Jaloux.

CLONE.

Quelle antipathie remarquez-vous entre Chrisalde et ce Jaloux ? Arnolphe est tellement ravi d'entendre ce que lui dit ce railleur, qu'il le prie mme souper. Il le choisit entre tous ses amis pour lui faire voir Agns qu'il resserre avec tant de soin.

PHILINTE.

C'est pour le convaincre absolument du bon choix qu'il a fait et lui faire connatre que la simplicit de cette fille qu'il veut pouser le prservera du cocuage dont Chrisalde le menace.

CLONE.

Je pardonnerais cela Molire si vous pouviez vous parer de l'endroit des cent pistoles. Arnolphe est autant prodigue de son bien qu'il est avare de son honneur. Prter son argent sur une lettre d'un ami, avec qui on n'a eu aucun commerce depuis quatre ans ? Devait-il pas entrer en quelque dfiance, et craindre une surprise de la part d'Horace ?

PHILINTE.

Il est vrai Madame que Molire a tort de n'avoir pas fait Arnolphe un faquin accompli. Ce Jaloux satisferait les censeurs de cette comdie s'il montrait beaucoup de dfiance, et s'il jugeait mal du fils de son ami. H, si nous condamnons les maximes de sa jalousie, laissons-lui au moins la libert de disposer de son bien. Connat-il pas la main du pre de ce jeune homme ? Sait-il pas que son dbiteur est solvable ? Et Horace est-il pas assez bien fait pour mriter qu'on lui prte cent pistoles sur sa bonne mine, quand il n'aurait point cette recommandation de son pre ?

MLASIE.

Quoi, vous souffririez comme ce Jaloux que votre rival emportt votre argent pour s'en servir contre vous-mme ?

CLONE.

La fcheuse pilule !   [ 4 Voir l'Ecole des femmes de Molire, Acte I, sc. 6, v.332, ARNOLPHE, part.]

PHILINTE.

Non Madame, je ne le permettrais pas. Aprs lui avoir prt de si bonne grce, je le prendrais la gorge pour l'obliger de le rendre ; je perdrais l'occasion de profiter de la confidence qu'il me fait de sa passion, et de l'accs qu'il a auprs d'Agns ; et je ferais gloire de me dire ce galant homme qui renferme si bien sa fille, et ce Monsieur de la Souche dont il a fait le pangyrique.

CLONE.

Ce bel aveu qu'Arnolphe ferait d'tre ce Monsieur de la Souche, le ferait paratre aussi judicieux qu'Horace, qui lui dcouvre si librement toute cette intrigue. Avouez que ce jeune homme est un trange tourdi.

PHILINTE.

J'ai peine prendre son parti en cette rencontre, moi qui dfierait toutes les belles personnes d'avoir autant de bont pour moi, que j'aurais de secret pour elles : Mais ne pouvait-il point ouvrir son coeur un ami qui venait de lui ouvrir sa bourse avec une franchise entire ? Il dit lui-mme que

L'allgresse au coeur s'augmente la rpandre,   [ 5 Voir l'Ecole des Femmes, Acte IV, sc. 6. 1177-1179.]

Et gott-on cent fois un bonheur tout parfait,

235   On n'en est pas content si quelqu'un ne le sait.

Voudriez-vous que cet Amant ft plus circonspect ? La dmangeaison qu'Arnolphe tmoigne d'apprendre l'aventure de quelque infortun mari, mrite-t-elle pas bien qu'il mette celle-l sur ses tablettes ? Il n'en pouvait pas dsirer une plus rcente et qui lui ft mieux prter l'oreille. Est-il rien de plus naturel que cet endroit o son rival le traite de fou et de ridicule en parlant sa Seigneurie ?

MLASIE.

Le Rcit de l'aventure du grs et du billet me touche encore davantage. Notre Jaloux triomphe de ce qu'Agns a suivi son ordre, il s'imagine que le grs est toute la rponse que son rival a reue, et pour s'en divertir il lui demande si plaisamment,

H bien vos amourettes ?   [ 6 Voir l'Ecole des Femmes de Molire, Acte III, sc. 4, v.852-853]

Puis-je Seigneur Horace apprendre o vous tes ?

Que ce brutal mrite bien ce qui lui arrive ! Que son interdiction est agrable lorsqu'il apprend autre chose que ce qu'il attendait ! Que son ris forc est divertissant, et que je voudrais de mal Horace s'il ne lui faisait point ce rcit !

PHILINTE.

Arnolphe l'en priait de trop bonne grce pour tre refus. Mais si le revers qu'il reoit vous satisfait, la froideur avec laquelle il coute ce rcit m'a beaucoup plue, et quoi que l'on l'a condamn, je trouve qu'il la colore agrablement quand il rpond Horace qui lui en demande la cause.

Il m'est vers la pense   [ 7 Voir l'Ecole des Femmes de Molire, Acte III, sc. 4, v. 960-961 : Il m'est dans la pense / Venu tout maintenant une affaire presse.]

Venu prsentement une affaire presse.

CLONE.

Nous passons la plus sensible faute qui soit dans l'cole des Femmes. Peut-on souffrir que cette Agns qui dans les premires Scnes parat l'innocence mme, se dniaise si promptement ? L'esprit lui vient furieusement vite ! Elle crit le poulet et se sert du stratagme de son jaloux pour le faire tenir Horace ; Cela est galant, et il y en a beaucoup dans le monde qui seraient plus sottes qu'elle.   [ 8 Poulet : signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoie aux Dames galantes, ainsi nomm, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui representaient les ailes d'un poulet. [F]]

PHILINTE.

Lorsqu'Agns parat si innocente vous ne dcouvrez son esprit qu' travers un nuage qu'il faut que l'amour dissipe. Elle sort d'assez bon lieu pour avoir un fond d'me fort raisonnable, mais l'ducation en assoupit les plus belles parties, et elle ne produirait pas si tt ces effets qui vous surprennent si l'amour ne la rveillait. Elle ne parat niaise qu'au moment qu'Arnolphe ne fait rien contre ses inclinations : mais lorsqu'il lui parle mal d'Horace, elle prend son parti, et tmoigne ce Jaloux qu'elle n'en peut aimer d'autre. Elle va jusqu' la froideur quand il dit qu'il veut l'pouser, et elle rsiste trois fois au commandement qu'il lui fait de maltraiter son Amant. Cette rsistance fait-elle pas connatre qu'elle cherchera un moyen d'avertir Horace de la violence qu'on lui fait ? Dans quelque simplicit qu'on l'ait nourrie, lui a-t-on pas appris que l'art d'crire n'a t invent que pour dcouvrir ce qu'on pense ceux qui on ne peut parler ? Et ne la blmeriez-vous pas si elle n'avait point recours ce langage muet, lorsqu'Arnolphe lui ferme la bouche par sa prsence ?

MLASIE.

Elle apprend trop vite ces ruses d'amour.

PHILINTE.

Vous vous tonnez que l'amour dniaise Agns ! C'est un Matre extraordinaire. Il ne se contente pas d'ouvrir l'esprit, il en donne quelquefois. Avez-vous pas admir ces Vers qu'Horace a dit sur le sujet ?

240   Il le faut avouer l'amour est un grand matre,   [ 9 Voir l'Ecole des femmes, Acte III, sc. 4, v. 900-909.]

Ce qu'on ne fut jamais il nous enseigne l'tre,

Et souvent de nos moeurs l'absolu changement

Devient par ses leons l'ouvrage d'un moment.

De la nature en nous il force les obstacles,

245   Et ses effets soudains ont de l'air des miracles.

D'un avare l'instant il fait un libral,

Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal :

Il rend agile tout l'me la plus pesante,

Et donne de l'esprit la plus innocente.

Si l'Amour force les obstacles de la Nature, ceux que l'ducation lui oppose seront-ils capables de l'arrter ? La lettre d'Agns est-elle pas comme la ferait une fille qui aurait vcu comme elle sans voir le monde ? Est-ce pas un tableau d'une belle me pleine de simplicit ? Et peut-on dsirer quelque chose qui exprime plus parfaitement ce qu'elle pense ?

250   Mais en termes touchants et tous pleins de bont,   [ 10 Voir l'Ecole des femmes, Acte III, sc. 4, v. 942-945.]

De tendresse innocente et d'ingnuit ;

De la manire enfin, que la pure nature

Exprime de l'amour la premire blessure.

MLASIE.

Je ne croyais pas qu'on pt dfendre Molire sur ce chapitre.

CLONE.

Peut-tre que Philinte ne l'excutera pas si bien, si je lui propose que cette pice se passe toute en rcits.

PHILINTE.

Un auteur qui fait une pice de thtre doit examiner si les narrations peuvent faire un plus bel effet que le spectacle mme ; et quand il ne peut pas rendre un incident plus agrable aux yeux du spectateur qu' son imagination, il faut en faire le rcit. Les incidents de cette Comdie seraient ridicules sur le Thtre ; mais on est charm de les apprendre de la bouche d'Horace, et de voir l'inquitude o il met le Sieur de la Souche. Pourriez-vous souffrir qu'on ft paratre l'armoire ? Cette nouveaut produirait un plaisant effet ! Arnolphe se promnerait grands pas, il frapperait sur la table, on entendrait sans doute le dbris des vases d'Agns. L'escalade Nocturne serait encore une bonne chose : On rirait assurment lorsque Alain et Georgette assommeraient une chelle coups de bton. Peut-tre que Molire pour embellir ce spectacle mettrait adroitement la corde au col d'Horace, comme on faisait l'Htel dans le Don Pdre de Carcassone, o celui qui voulait reprsenter le pre d'une fille qu'on voulait enlever, parlait en Fausset pour contrefaire la Donzelle, et tranglait un des ravisseurs que ce beau semblant avait attir sur l'chelle.

Philinte dit cela d'un air assez plaisant.

255   Pour faire clater le Parterre :

Mais une voix perante et claire

Fit cesser l'clat promptement.

Derrire le thtre on out crier gare,

Place, gare donc, place, allons, qu'on se spare.

260   On vit paratre en mme temps.

Un homme grands canons et perruque bouffie ;

Bref, puisqu'il faut que je le die,

Un Turlupin des plus galants,   [ 11 Turlupin : Henri Legrand dit [1587-1637], comdien clbre de la troupe de Thtre de l'Htel de Bourgogne. Cit dans le Portrait du Peintre de Boursault v.327.]

Qui s'adressant au Dieu des rimes

265   Lui dit familirement,

Ah ! Vengeance ces tours ne sont pas lgitimes.

Quoi ? Prtendre sans nous vider ce diffrent ?

Quoi ? Sans Marquis morbleu, parler de Molire !

Ah parbleu je ne m'en puis taire

270   Un pareil procd Dieu me damne est choquant.

Puis sans autre crmonie

Il se mit de la compagnie,

Avecque Mome qui mieux mieux

Il fit des tours factieux,

275   Et le bruit aussitt courut dans le parterre

Que c'tait un Marquis qu'Alcipe on appelait

Sur qui Molire moulait

Ceux de ce galant caractre ;

Homme qui sur la mode enchrissait aussi

280   Et qui poussait bien loin les nouveauts sans peine ;

Lisez l'autre dispute ou scne,

Vous y verrez Alcipe en portrait raccourci.

DISPUTE DEUXIME.
Mlasie, Clone, Philinte, Alcipe.

ALCIPE.

On parle donc ici de Molire, qui est-ce qui en dit du mal ? Morbleu, c'est l'incomparable. Je lui suis oblig Dieu me sauve de la moiti de mon embonpoint depuis qu'il a peint cinq ou six de mes amis.

Mais je dis traits pour traits.   [ 12 Voir Le Portait du Peintre, Acte I, sc. 2, v.119 : Il vous dpeint, Morbleu, mais je dis traits pour traits ;.]

Dorante que j'ai quitt prsentement aux Tuileries est heureux passer son temps par son tamine ; il y a toujours refaire aprs lui ; c'est le meilleur original que Molire trouvera jamais ; Ils sont parsambleu faits l'un pour l'autre, et ce pauvre diable a tant de pente s'en faire jouer, qu'il ne l'a pas si tt bern sous un habit qu'il en prend un plus ridicule. Est-ce toi Philinte qui tiens contre Molire, est-ce toi ?

PHILINTE.

Au contraire je le dfends.

ALCIPE.

Morbleu, Philinte je t'en aime ; c'est le fait d'un galant homme de se dclarer pour lui. Les rieurs sont de son ct, et il n'y a que les Potes et les Comdiens qui l'attaquent. S'est-on jamais mieux diverti la Comdie que depuis qu'il est Paris ? Il m'a appris connatre les bouffons, je ne vois plus que des Mascarilles, des Sganarelles, et des Arnolphes.

CLONE.

Vous serez donc pour son cole des Femmes, puisque vous estimez tant cet Auteur.

ALCIPE.

Pour l'cole des Femmes ? Cosi, cosi, ce n'est pas la meilleure de ses pices, j'y trouve bien des fautes, mais cela prs le reste est bon. Parbleu son grs fait un effet fort plaisant ! Un grs dans une Comdie ! Ma foi cela est bon. Comment Diable comprendre qu'une fille jette un grs ? Car ce qu'on appelle un grs est un pav qu'une femme peut peine soulever. Arnolphe tait bien des amis du commissaire de faire pleuvoir impunment des grs par sa fentre en plein jour.

PHILINTE.

Il y a des grs de toutes tailles, et Horace dit qu'Agns avait jet d'une main celui dont tu parles.

ALCIPE.

Parbleu il a dit aussi que le grs tait de taille non petite et capable de l'assommer.

PHILINTE.

Aussi gros que le poing de cette marchandise assommerait un Gant.

CLONE.

Monsieur le Marquis qui fait tant le difficile en matire de grs se contenterait bien de la moiti. Mais n'avouerez-vous pas Philinte, qu'Horace perd le jugement de venir chercher une lettre autour de ce grs, ou plutt quelque bon coup de pav ? L'amour le rend bien tmraire ?

PHILINTE.

Horace ne doit rien craindre, il connat l'amour d'Agns, et cette lettre qu'il voit tomber avec ce grs l'assure assez des bons desseins de cette fille. Quand il vous plaira Madame, d'en laisser tomber autant pour moi et qui parle aussi bon Franais, vous exprimenterez qu'un amant passionn ne s'pouvante pas de si peu de chose.

ALCIPE.

Parbleu tu ne serais pas sot, tu ne serais pas dgot !

PHILINTE.

Je serais aussi sot qu'Horace, j'amasserais le billet.

ALCIPE.

La belle pice que cette cole des Femmes ! Elle se dnoue dans une rue.

PHILINTE.

Est-ce pas le lieu de la scne ?

ALCIPE.

H fadaises ! As-tu jamais vu huit personnes s'assembler dans une rue comme la fin de cette pice ?

PHILINTE.

Pourquoi non ? O veux-tu qu'ils s'assemblent plus propos qu'en ce lieu o se passe l'action thtrale ? Toutes les Comdies de Plaute et de Trence se passent et se dnouent au milieu des places publiques.

ALCIPE.

Morbleu, je gagerai qu'elles ne s'y passent pas toutes.

PHILINTE.

Comment le sais-tu ? Qui te l'a dit, Marquis ? Les as-tu lues ?

ALCIPE.

Moi ? Bon. Jamais. Je l'ai appris d'un pote fort homme d'honneur et qui ne voudrait pas mentir. Une Comdie au milieu des rues ! Dans un carrefour !

CLONE.

Comment voudriez-vous donc faire ?

ALCIPE.

Comment ? Comme on fait dans le Menteur. Que le premier acte se passt aux Tuileries, le second dans une maison particulire, et les autres en diffrents quartiers de la Ville.

MLASIE.

Est-ce tout ce que vous pouvez contre cette comdie ?

ALCIPE.

Ce n'est pas la quatrime partie des fautes. J'y trouve toutes celles que l'auteur du Portrait du Peintre y a remarques.

CLONE.

Ce Portrait du Peintre est joli.   [ 13 "Le Portrait du Peintre" est une comdie d'Edme Boursault acheve d'imprimer pour la premire fois le 17 Novembre 1663 par Charles de Sercy et reprsente l'Htel de Bourgogne.]

PHILINTE.

Il vient de fort bonne main, et je ne trouverais rien plus galant s'il y avait moins d'invectives contre Molire. Il n'y a rien de plus estimable qu'une critique qui n'attaque que l'ouvrage, et qui respecte l'auteur. Quand une personne met au jour quelque chose tout le monde a droit de le censurer ; on peut s'en railler impunment si l'on en trouve l'occasion : mais cette libert avec laquelle on peut dire son sentiment de l'ouvrage, peut servir de prtexte pour injurier l'auteur, et l'on peut en remarquer les dfauts sans se prendre sa personne.

ALCIPE.

Vraiment tu l'entends ! Molire raillera tout le monde et personne n'osera le railler ?

PHILINTE.

Sa comdie est instructive et divertissante, et il n'a point encore port l'aigreur de ses satires jusqu' faire connatre les personnes distinctement et par leur nom comme on l'a peint.

ALCIPE.

Ah ! Philinte, mon cher, j'ai piti de toi. J'ai vu de mes amis aussi bien tirs par Molire qu'on puisse l'tre. Je les ai reconnus morbleu, ds la premire dmarche, et j'en sais bon nombre qui il ressemblait si fort que les plus fins n'auraient bien pu s'y tromper. Tu n'appelles donc pas cela faire connatre les gens avec assez de nettet ?

MLASIE.

J'ai reconnu chez lui vingt personnes si bien tires que leurs portraits m'ont paru inimitables.

CLONE.

Je sais un homme que je ne puis voir sans qu'il me souvienne du Marquis de Mascarille.

MLASIE.

Ai-je le bien de le connatre ?

CLONE.

Tu ne vois autre ;

Bas.

c'est Alcippe que voil.

ALCIPE.

Je gage que vous parlez de mon homme des Tuileries, de Dorante.

MLASIE.

Nous avons parl au moins de quelqu'un qui lui ressemble.

ALCIPE.

C'est Dorante Dieu me sauve. Vous riez ? Ah Parbleu ! Je l'ai devin. Philinte tu es convaincu par ces Dames ; dis encore que Molire ne peint pas les gens au naturel.

PHILINTE.

Sais-tu pas qu'il ne fait que des portraits gnraux qui ne blessent personne en particulier, et que personne ne prend pour soi.

MLASIE.

Il est vrai. Mais tout le monde les applique ceux de sa connaissance.

PHILINTE.

Je ne crois pas Madame que cette application qu'on peut faire de ces portraits rende la cause de Molire plus mauvaise. Le portrait que vous ajustez un homme que vous connaissez, ressemble mille autres, et il n'est pas plus pour celui-l que pour le reste du monde. Un Peintre qui ne ferait voir dans un tableau qu'une main ne ferait pas le portrait de la mienne seulement ; on pourrait dire que cette main ressemblerait l'une des miennes, comme je pourrais prsumer qu'elle serait faite sur celles de tous ceux que je connatrais, et mme de tous les autres que je connatrais pas. On a fait quelque chose de plus blmable que ce qu'on impute Molire quand on a employ tous les artifices imaginables pour exciter les personnes de qualit le regarder comme un homme qui divertit le bourgeois leurs dpens ; et qu'on n'a condamn ses portraits gnraux que pour avoir l'occasion de le dchirer par un qui ne ressemble qu' lui.

CLONE.

Mais Philinte, ces portraits gnraux ont eu un original, et chaque personne qui ils ressemblent peut croire qu'il a servi de modle pour les faire.

PHILINTE.

Il n'est pas impossible que Molire ait travaill sur quelque original : mais comme ces portraits ressemblent mille personnes, il y a plus d'apparence qu'ils ont eu pour principes des observations gnrales. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas les accommoder une personne seulement, et si quelqu'un s'en offenait, il serait facile de lui faire voir que ce portrait ressemblerait mille autres. Molire a t jou en plein Thtre et dcouvert, au lieu qu'il n'a fait paratre personne que sous le masque et avec des habits emprunts.

ALCIPE.

d'autres.

MLASIE.

Je trouve le sentiment de Dorante fort raisonnable.

ALCIPE.

Bagatelle, Madame.   [ 14 Bagatelle : chose de peu d'importance, et qui ne mrite presque pas d'tre considre ; petite production de l'esprit. [F] ]

CLONE.

Mais bagatelle n'est pas une raison.

ALCIPE.

Philinte nous en ferait bien accroire si nous n'avions pas vu l'Impromptu de Versailles. Molire, dit-il, ne s'attache qu' faire des portraits gnraux, et cependant il y en a cinq ou six dans cet Impromptu qui sont des plus beaux qu'on puisse faire aprs Nature, et que les vritables originaux se sont galamment appliqus.

PHILINTE.

Je ne nie pas que ceux qui ces portraits ressemblent ne soient pas les vritables originaux ; lls seraient bien aveugles s'ils ne se voyaient dans une peinture si parlante et si nave. Molire ne les a peint qu'aprs qu'ils l'ont jou sur leur Thtre ; il leur a rendu le change, et quand il n'aurait point d'autre raison pour s'en dfendre, on ne pourrait pas le blmer : mais sais-tu pas qu'il y a travaill par l'ordre de sa Majest ?

MLASIE.

Que Molire les raille tant qu'il lui plaira, c'est la premire Troupe de France.

CLONE.

Il n'ignore pas qu'elle appartient un grand Monarque ; il sait qu'on ne vit jamais une troupe plus accomplie pour bien reprsenter un ouvrage srieux : mais il pourrait la surpasser dans le Comique.

PHILINTE.

Et dans le srieux aussi. Molire joue un rle tragique aussi bien qu'aucun Comdien qui soit au monde.

ALCIPE.

Le srieux n'est pas son grand talent.

PHILINTE.

Et moi je soutiens qu'il n'a point d'gal dans le tragique, parce qu'il joue le Comique le mieux du monde.

CLONE.

La consquence est mauvaise.

MLASIE.

Qui russit dans le bouffon n'excelle pas dans le srieux. Mais que voulez-vous donc nous dire ?

PHILINTE.

Que "le petit Chat est mort Madame", et que puis Molire joue la Tragdie de l'cole des Femmes d'une manire inimitable, qu'il n'y a personne qui l'gale pour le tragique.

MLASIE.

Cela est aussi galant comme il est nouveau que le trpas d'un petit chat fasse donner une pice le nom de tragdie, comme ferait la mort d'un grand Prince.

CLONE.

Tu ne sais donc pas cousine, qu'en matire de tragdie c'est une maxime dont on ne doute plus.

Que la pice est galement bonne,   [ 15 Voir le Portrait du Peintre de Boursault, sc. 7, v. 481-482.]

285   Lorsqu'un matou trpasse ou quelque autre personne.

Lorsqu'un bon gros bourgeois appel Rosimon,

Lass d'our leur confrence,

Cria du parterre, je pense

Que vous n'osez attaquer tout de bon

290   Cet ouvrage de Molire ?

Au lieu de le bourrer d'une forte manire

peine sent-il le bouton.

Sa hardiesse mut fort Apollon,

Il n'aurait pas retenu sa colre

295   S'il n'et t plus ncessaire

De laisser parler ce jaloux.

Mercure mme temps lui dit approchez-vous ;

Il monta donc, et lors dans le parterre

Courut un bruit l'ordinaire

300   Qu'il tait grand ami du pote Alcidor.

Un de ses voisins sans mdire

Daigna bien ajouter encor,

Que ce jaloux ferait bien rire.

Sitt qu'il ft mont le parterre couta,

305   Et le Marquis Alcippe dbuta ;

Aprs que ce monsieur aux dits grgeoises

Avec assez d'adresse et fait

Force rvrences bourgeoises,

Qui firent un fort bon effet.

DISPUTE TROISIME.
Mlasie, Clone, Rosimon, Philinte, Alcipe.

ALCIPE.

Paix-l morbleu, paix-l Monsieur a quelque chose de nouveau.

ROSIMON.

Je ne suis pas assez habile homme pour discerner de moi-mme les fautes d'un ouvrage, mais Monsieur Alcidor qui n'est pas un ignorant m'en a fait remarquer tout plein dans l'cole des Femmes. Horace est un amant bien importun de venir voir Agns cinq ou six fois en mme jour. Il joue aux barres avec Arnolphe.

PHILINTE.

La remarque est judicieuse, tous les amants ne rendent pas des visites si frquentes leurs matresses. J'ai pour Clone plus de tendresse qu'Horace n'en fait paratre pour Agns, et cependant, je ne vais chez elle qu'une fois chaque jour.

MLASIE.

Il est vrai, mais vos plus courtes visites durent six heures.

PHILINTE.

Celles qu'Horace rendait Agns pendant l'absence d'Arnolphe n'taient pas moins longues. Elle avoue ingnument qu'il tait toujours avec elle ; et je crois mme s'il trouvait l'occasion d'y passer ce jour comme les autres, qu'il ne ferait pas tant de tours inutilement. Vous blmez ces deux rivaux parce qu'ils ne s'loignent pas du logis dans lequel Agns demeure ? L'un est un amant passionn qui veut s'assurer de sa Matresse, et l'autre un jaloux qui veille pour la conserver, et qui n'ignore pas ce qu'on lui prpare.

ALCIPE, Rosimon.

310   Je m'en vais vous donner une comparaison   [ 16 Voir l'Ecole des Femmes, Acte II, sc. 3, v.430-431 : Je m'en vais te bailler une comparaison,/ Afin de concevoir la chose davantage. ]

Afin de concevoir la chose davantage.

Imaginez-vous que vous tes un jaloux dont la matresse ou la femme a de la beaut, et que je suis un galant qui la couche en joue. Sans doute

ROSIMON.

quoi bon des comparaisons Monsieur ? Nous ne parlons ni de vous ni de moi, mais d'Arnolphe.

ALCIPE.

Je le sais, et ce n'est que pour vous faire sentir la chose. Est-il pas vrai que vous jaloux, vous ne la perdriez pas de vue ?

ROSIMON.

Je ferais effort pour viter les surprises.

ALCIPE.

Et moi galant je n'pargnerais rien pour m'emparer de la donzelle. J'assigerais la place, vous la dfendriez ; je ne lverais pas le sige, vous ne dcamperiez pas.   [ 17 Donzelle : Terme burlesque qui se dit pour Demoiselle ; mais il est odieux et offensant ; et se prend ordinairement en mauvaise part. [F]]

PHILINTE.

C'est justement tout comme.

Est-ce tout ce qui vous dplat en cette pice ?

ROSIMON.

C'est la plus damnable comdie, la plus dtestable, la plus pernicieuse qu'on puisse voir. Il y a des choses qui blessent si fort les oreilles chastes   [ 18 Damnable : Mchant, abominable, qui mrite l'enfer. [F]]

CLONE.

Doucement Monsieur Rosimon. Ne vous dcouvrez point de mal dans cette pice, nous n'y en avons pas encor trouv.

ALCIPE.

Est-ce point ce "le..." Que Monsieur veut dire ? Vous ne rpondez pas. Est-ce ce "le..." Qui blesse vos oreilles chastes ?

ROSIMON.

Mon silence fait connatre assez que je n'ose le nommer.

ALCIPE.

Parbleu voil bien de quoi ! Un mot de deux lettres vous fait peur, que deviendriez-vous donc s'il y en avait davantage ?

ROSIMON.

Cela est infme, cela est pouvantable, on ne peut souffrir des choses si dshonntes.

PHILINTE.

Vous avez donn des mmoires pour faire le Portrait du Peintre.

ROSIMON.

Moi Monsieur ?

PHILINTE.

Ce que je dis n'est pas sans apparence, car ce "le..." y est expliqu en termes fort intelligibles, et en mme sens que vous faites.

ALCIPE.

Ma foi ces Vers du Portrait du Peintre me plaisent fort. Ils sont naturels au dernier point ; Et

Il est vrai que ce "le..." charme tous les galants.   [ 19 Voir le Portait du Peintre de Boursault, v. 243 = "Ma chre ; aussi ce Le charme tous les galants."]

CLONE.

Alcippe, je vous prie

ALCIPE.

315   Ce "le..." ne doit pas vous dplaire.

En effet j'en vois peu qui ne donnent dedans.  [ 20 Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 244.]

MLASIE.

Alcippe m'obligerait s'il voulait se taire.

ALCIPE.

Vous auriez grand tort Madame de vous offenser d'une chose si charmante.

La beaut de ce "le..." n'eut jamais de seconde.   [ 21 Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 245.]

CLONE.

Fi donc Alcipe, fi, voyez-vous pas que cela est infme ?

ALCIPE.

Ma foi quoi que vous puissiez dire contre lui.

Il est vrai que ce "le..." contente bien du monde.   [ 22 Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 246.]

MLASIE.

Vous tes insupportable Alcippe.

CLONE.

Mais Alcippe, taisez-vous donc.

ALCIPE.

Faites moins la sucre, il n'a que des appts,

320   C'est un "le..." fait exprs pour les gens dlicats.   [ 23 Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 247.]

CLONE.

Je vous conseille de dire toujours. Quelle infamie ! J'aimerais autant tre l'Htel.

MLASIE.

C'est reprendre les gens d'une faon fort nouvelle ; et faire une faute plus grande que celle qu'on veut corriger.

ROSIMON.

Les belles maximes du mariage qu'Arnolphe fait lire par Agns sont plus pernicieuses que ces Vers du Portrait du Peintre. J'ai horreur d'y penser.

PHILINTE.

En effet, j'ai toujours blm ces maximes, elles sont trs pernicieuses, et les maris doivent prendre garde soigneusement que leurs femmes ne les observent, je ne doute pas que vous n'en donniez la vtre d'entirement contraires celles que Molire dbite dans son cole. Vous lui enseignez assurment, au lieu de ces maximes pernicieuses et qui font horreur, que

Celle qu'un lien honnte   [ 24 Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, Maxime 1, v.747-751, Agns lit.]

Fait entrer au lit d'autrui

Doit se mettre dans la tte

Suivant le train d'aujourd'hui,

325   Que l'homme qui la prend ne la prend pas pour lui.

CLONE.

Le Jaloux en tient.

ROSIMON.

Ah ! Monsieur

CLONE.

Pratique-t-elle cette autre maxime. :

La femme se doit parer   [ 25 Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.754-759, Maxime 2, Agns lit.]

Plus que ne peut dsirer

Le mari qui la possde ;

Quels que soient son esprit, sa grce et sa beaut,

330   Pour rien doit tre compt

Si les autres la trouvent laide.

ROSIMON.

Ah Madame

ALCIPE.

Il faut des prsents des hommes   [ 26 Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.776-779, Maxime 6, Agns lit.]

Qu'elle s'accommode bien

Car dans le sicle o nous sommes

335   Un Galant donne tout pour rien.

ROSIMON.

Mais Monsieur vous me poussez.

MLASIE.

Ces douces tudes d'oeillades,   [ 27 Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.760-765, Maxime 3, Agns lit.]

Ces eaux, ces blancs, ces pommades,

Et mille ingrdients qui font des teints fleuris,

Ne peuvent l'honneur tre drogues mortelles,

340   Et le soin de paratre belles

Ne se prend que pour les maris.

ROSIMON.

Mais Madame

PHILINTE.

Des promenades du temps,   [ 28 Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.796-801, Maxime 10, Agns lit.]

Ou repas qu'on donne aux champs

Il est fort bon qu'elle essaie ;

345   Selon les prudents Cerveaux

Le Mari dans les cadeaux

N'est jamais celui qui paie.

ROSIMON.

Un mot, de grce

ALCIPE.

Encore celle-ci :

Hors de ceux dont au mari la visite se rend  [ 29 Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.770-775, Maxime 5, Agns lit.]

La bonne rgle dfend

350   De refuser aucune me.

Ceux qui de galante humeur

N'ont affaire qu' Madame,

Accommodent bien Monsieur !

ROSIMON indign qu'on le pousst bout

355   Fit une mine pouvantable,

Et sans rien rpondre du tout

Sauta le parterre et courut comme un diable.

Dieu sait si l'on rt jamais mieux

Que de ce faux capricieux.

360   Avant qu'il pt gagner la porte

Il fut daub de telle sorte,

Tant de coups lui furent donns

Et sur le dos, et sur le nez,

Qu'en sortant les laquais, les pages,

365   Au lieu de redoubler ces sensibles outrages

Par un rare effet de piti,

Ne purent foi d'Auteur le battre qu' moiti,

Tout le monde achevait de rire

Lorsque le Pote Alcidor

370   Sur le thtre vint encor

Plein d'une gravit qu'on ne saurait dcrire.

Se courbant il fit bien et beau

Au Dieu des Vers le pied de Veau ;

Puis chaque Muse eut son aubaine ;

375   Mais la tonnante Melpomne

Eut outre un gracieux regard,

Trois rvrences pour sa part.

On poursuivit la Comdie,

le bien couter chacun se prpara ;

380   Et la charmante Mlasie

Dit ce qu'aprs ces vers, l'Ami Lecteur lira.

DISPUTE QUATRIME.
Mlasie, Clone, Philinte, Alcippe, Alcidor.

MLASIE.

Remplissez la place d'un de vos intimes Monsieur Alcidor. Rosimon vient de sortir.

ALCIDOR.

Il me fait l'honneur de m'aimer et de me croire quelque fois.

CLONE.

Il profite bien de vos leons Monsieur Alcidor.

Le compre vous drape, et vous mord en riant ;   [ 30 voir le Portait du Peintre, de Boursault, v. 315-316.]

Et c'est pour Molire un dmon foudroyant.

ALCIPE.

Travaillez-vous Monsieur Alcidor ? Verra-t-on quelque chose de vous ce Carnaval ?

Apollon voulut l'interrompre,

385   Mais notre Marquis l'emporta,

Et si vivement tempta,

Qu'il poussa son discours que ce Dieu ne put rompre.

Il dit avec tmrit

Qu'il savait de quel air les gens de qualit

390   Reoivent souvent les potes ;

Et pour avoir des partisans,

Combien de questions ou plutt de sornettes  [ 31 Sornettes : Discours vain et vague qui ne persuade point, ou qui choque, et importune. [F]]

Ils souffrent tous les ans.

ALCIPE.

Avez-vous quelque chose de nouveau, Monsieur Alcidor ?

ALCIDOR.

Oui, Monsieur.

CLONE.

C'est du srieux.

ALCIDOR.

Oui Madame.

ALCIPE.

Il y a cinq actes.

ALCIDOR.

Oui, Monsieur.

MLASIE.

Vous avez achev.

ALCIDOR.

Oui, Madame.

ALCIPE.

Quel sujet Monsieur Alcidor ?

ALCIDOR.

Faut-il le demander, c'est une Histoire Romaine.

ALCIPE.

Morbleu il faut la choisir belle et la bien conduire, bien mnager ce qui est de l'Histoire, bien prparer les incidents, et surtout faire une belle catastrophe, car c'est la pierre de touche, et les mieux ferrs y sont assez empchs. Si vous avez quelque acteur que le spectateur dsire entendre la fin de votre pice, ne le faites pas tenir quatre de telle sorte qu'il ne puisse revenir.   [ 32 Ferrer : On dit qu'on homme est difficile ferrer ; pour dire, u'il ne se laise pas gouverner aisment. [F]]

PHILINTE, bas.

Ah ! Le grand Docteur. Je donne des leons qu'il n'entend pas.

ALCIDOR, Alcippe.

Ce que vous dites est fort judicieux et vous entendez le Thtre.

ALCIPE.

Vraiment je crois qu'un homme qui voit la Comdie depuis quinze ans, doit en savoir quelque chose. La pice que vous prparez aura grand succs.

ALCIDOR.

On est si bizarre prsent que je ne sais ce que j'en dois esprer.

ALCIPE.

Vous tes bien empch. Assemblez sept ou huit bonnes ttes de ces gens qui ont le got fin, et prenez leur avis. Les Vers sont-il beaux, sont-il tendres, sont-ils forts ?

ALCIDOR.

On les trouve raisonnables.

ALCIPE.

Bon ma foi. Vous y avez ml quelque chose de comique.

ALCIDOR.

Elle est toute srieuse.

ALCIPE.

H, le srieux plat encore quand il est bien mani ; mais ma foi le Comique accommode mieux les gens. Ne feignez point d'y en mettre.

ALCIDOR.

Du Comique bons Dieux dans une Pice srieuse ! Si j'tais assez imprudent pour faire une telle faute, Molire ne me la pardonnerait pas. J'aimerais autant avoir fait la scne du Notaire de l'cole des Femmes dans laquelle Arnolphe n'entend pas ce qu'on lui dit, et o le Notaire rpond ce qu'on ne lui dit pas.

PHILINTE.

Cette scne pche-t-elle contre la vraisemblance ?

ALCIDOR.

Pouvez-vous souffrir qu'Arnolphe rponde si propos ce Notaire qu'il n'coute pas ? Qu'il lui donne occasion de parler de toutes les clauses d'un contrat de mariage ? Et ce discours qu'Arnolphe fait en lui-mme doit-il tre entendu de ce notaire ?

PHILINTE.

Ce que dit Arnolphe convient mieux l'tat de ses affaires, qu'aux clauses d'un Contrat de mariage ; Et ce que vous appelez un discours qu'Arnolphe fait en lui-mme, ne doit pas tre considr comme un tableau de ses penses, mais comme de vritables paroles que la rage et le trouble de son esprit lui font profrer. Cela n'est pas sans exemple chez les Anciens, et vous savez mieux que moi que dans l'Andrienne de Trence, Phamphile que son pre veut marier contre sa volont, dit seul plus de trente vers de suite touchant l'embarras o le met cette proposition, et qu'une fille entend distinctement tout ce discours que sa douleur lui fait tenir.

ALCIDOR.

Dites ce qu'il vous plaira, Molire n'est pas ce qu'on s'imagine. Je veux crire contre lui, moi. Il y a tant de faute dans Vous aurez assez de sujet pour faire une comdie en deux tomes.

ALCIPE.

Avec une douzaine et demie de quatrains cinq vers, cela l'accommoderait fort bien.

ALCIDOR.

Je ne suis pas seul de mon sentiment ; Toutes les personnes qui se connaissent aux ouvrages de thtre disent de mme.

PHILINTE.

Vous pourriez ajouter la meilleure partie de ceux qui les reprsentent. Leur brigue est forte contre Molire ; mais ce qui est avantageux pour lui, personne ne les croit.

ALCIDOR.

Les Auteurs n'ont-ils pas intrt de l'touffer ? S'ils n'ont pas le talent de russir dans le comique comme lui, et s'il est cause qu'on mprise les Pices srieuses, que deviendront-ils ?

ALCIPE.

Ils le regarderont faire. Ma foi les grands hommes ne travaillent prsent que pour la gloire : il n'y a plus d'argent pour eux.

ALCIDOR.

Cela est sensible au dernier point, quitter les grandes pices pour des farces !

CLONE.

Mais si son comique a plus de charme que le srieux, pouvez-vous trouver mauvais qu'on s'en divertisse ?

ALCIDOR.

Vous ne verrez jamais cela Madame, les esprits raisonnables tiendront toujours pour le srieux.

CLONE.

Il faut donc que la raison soit bien touffe en France, car tout le monde dit comme moi.

ALCIDOR.

C'est aux auteurs en juger, il n'y a qu'eux qui s'y connaissent.

MLASIE.

Si l'on ne consultait que les auteurs touchant tous les ouvrages qui paraissent, il n'y en aurait point qui ne ft plein de fautes. On sait qu'ils ont tous le talent de mdire de leurs confrres.

PHILINTE.

Je m'tonne comment les pices de ces esprits si clairs russissent quelque fois si mal. Que n'appellent-ils du Jugement du public ? Puisqu'il ne s'y connat pas ? Notre argent leur est fort bon, mais ils ne peuvent goter nos raisons. Vous mme Monsieur Alcidor vous n'avez rpondu cet endroit de Trence.

ALCIDOR.

H Monsieur, vous dsabusera-t-on point ?

PHILINTE.

Rpondez donc cet endroit de Trence.

ALCIDOR.

C'est une faute qu'il a faite.

PHILINTE.

Vous aimez mieux condamner un auteur qui vaut mieux que vous, que de perdre l'occasion de mdire de Molire.

ALCIDOR.

Je pardonnerais cet aveuglement un bourgeois, mais

PHILINTE.

Vous tes trop charitable, Monsieur Alcidor, je me trouve bien de la faon. Je rendrai bien raison de ce que je dis. Nous sommes en un temps o les beaux sujets de Comdie sont un peu rares ; on ne les traite plus la faon des Anciens ; L'Amour est devenu sage chez nous ; nos valets n'ont point la hardiesse de ceux de l'Antiquit ; on ne dupe plus le bon homme pour favoriser les amourettes de son fils, et c'est une chose surprenante, qu'un auteur en ait fait paratre neuf comme Molire avec applaudissement. Jamais on ne fut si difficile et si content tout ensemble, et s'il a su nous rendre le got fin, il a bien trouv le moyen de nous satisfaire.

ALCIDOR.

Vraiment, c'est au dpens des autres que Molire vous plat tant. Il lit tous les Livres satiriques, il pille dans l'Italien, il pille dans l'Espagnol, et il n'y a point de bouquin qui se sauve de ses mains. Il prend dans Boccace, dans d'Ouville, et son cole des Femmes n'est qu'un pot-pourri de la Prcaution inutile, et d'une Histoire de Straparole.

PHILINTE.

Je crois que la Prcaution inutile et les Histoires de Straparole lui ont fourni quelque chose de son sujet, qu'il lit les Italiens et les Espagnols, qu'il en tire quelque ide dans l'occasion ; mais le bon usage qu'il fait de ces choses le rend encore plus louable. Je voudrais bien savoir par quelle raison un auteur comique n'a pas la libert de se servir des lectures qu'il fait, et pourquoi les potes tragiques prennent des sujets entiers, traduisent des centaines de vers dans une pice, et se parent des plus beaux endroits des anciens. Il faut tre bien draisonnable pour tablir une pareille ingalit.

ALCIDOR.

Il traduit des comdies entires, il ne tient ses Prcieuses que des Italiens.

PHILINTE.

Les Italiens les ont reues d'un Abb pour qui tout le beau monde a de l'estime. Plaute et Trence accommodaient au thtre les pices des grecs, et plusieurs de vos confrres ont fait beaucoup de voyages en Espagne.

ALCIDOR.

Ouvrons les yeux Monsieur, reconnaissons qu'on nous dupe, et que de faux brillants nous blouirent.

CLONE.

Que ces auteurs sont obstins !

ALCIPE.

Vous vous chauffez Monsieur Alcidor.

ALCIDOR.

Je me saisis quelquefois quand je considre le progrs d'un Molire, et qu'un homme qui n'est riche que des dpouilles des autres fait la loi toute la terre. La conduite de ses pices est drgle, ses incidents sont forcs, ses Vers son rampants et faibles, ses catastrophes dtestables, il pche contre les rgles d'Aristote et d'Horace, et contre tout ce que l'on a crit touchant le Pome dramatique

PHILINTE.

ce bel argument, ce discours profond,   [ 33 Voir L'Ecole des Femmmes de Molire, v. 117-122.]

395   Ce que Pantagruel Panurge rpond.

De pareilles raisons apportez une botte,

Prchez, patrocinez jusqu' la Pentecte,   [ 34 Patrociner : Vieux mot corch du Latin, qui signifiait autrefois, Plaider. [F]]

Vous serez tonn quand vous serez au bout

Que vous ne m'aurez rien persuad du tout.

ALCIDOR.

C'est--dire que vous ne vous rendrez point la raison ?

PHILINTE.

Si vous n'en avez point de plus forte.

MLASIE.

Monsieur Alcidor, voulez-vous dcrier Molire d'une plaisante faon ? Faites que tous les Auteurs et les Comdiens en disent du bien, car personne ne les croit sur ce chapitre.

400   Alors le Sieur de la Rancune

Ce Comdien dont Scarron   [ 35 Scarron, Paul (1610-1660) : pote et dramaturge auteur d'une onzes comdies et tragi-comdies.]

Peint si bien la malice et l'humeur importune,

Parut dans le dessein d'escrimer tout de bon.

On l'aurait pris pour homme assez traitable et franc,

405   Mais il suivait toujours son penchant mdire ;

Et pour mieux faire honneur la satire,

Il avait pris du linge blanc.

DISPUTE DERNIRE.
Mlasie, Clone, Alcipe, Philinte, Alcidor, De La Rancune.

ALCIPE.

Parbleu Monsieur de la Rancune, sans faon, mettez-vous l. Nous parlons de Molire et vous nous en direz votre sentiment.

DE LA RANCUNE.

Molire est bon Comdien ; mais il serait encore plus fort s'il ne se mlait que de son mtier ; il veut trancher de l'auteur.

CLONE.

Ce n'est pas son plus petit talent.

DE LA RANCUNE.

Ah Madame ! Il faut bien avoir plus de fonds. Molire Auteur ! Il n'y a que de la superficie et du jeu. Sa prsomption est insupportable, il se mconnat depuis qu'on court quatre ou cinq farces qu'il a drobes de tous cts. Il traite ses confrres d'ignorants quand il s'agit de juger d'une pice de thtre. Je voudrais bien savoir o il en a tant appris, si ce n'a t la Comdie.

CLONE.

Il est vrai que c'est un moyen infaillible pour devenir habile homme que de reprsenter la Comdie et je crois que Molire y a appris tout ce qu'il sait. Mais d'o vient que les autres ont perdu tout leur temps, et qu'il n'y en a point qui lui ressemble.

DE LA RANCUNE.

Il a rempli la place, Madame, on ne pourrait souffrir les autres quand ils seraient mieux que lui ; on ne trouve rien bon que ce qui vient de Molire, on appelle cela un gte-mtier en bon Franais, encore roulait-on auparavant.

ALCIDOR.

Cela est damnable qu'un homme seul ruine tous les auteurs et les comdiens.

PHILINTE.

Que vous importe Monsieur de la Rancune ? Vous tes la campagne, et Molire ne va pas vous y chercher. Si vous tiez Paris

DE LA RANCUNE.

Je puis y venir quelque jour. Mais savez-vous qu' la Campagne on ne parle que de Molire ? Un Campagnard Morbieu qui l'a vu jouer Paris gte toute une Ville, et quand on y reprsente du comique, on n'entend point autre chose, sinon Molire joue bien autrement. C'est le diable qui l'emporte, l'ignorant qu'il est, les potes et les comdiens ont t de grand sots de le laisser prendre racine Paris, au lieu de former une bonne cabale la premire fois qu'il montra son nez, au lieu de publier que sa troupe tait dtestable, et de le dcrier fortement

ALCIDOR.

On prenait Molire pour un oiseau passager.

DE LA RANCUNE.

Pendant que les auteurs taient disperss en Province le drle faisait son coup. Il fallait se ranger Paris, se fortifier sur le Parnasse, et tenir ferme d'abord.

MLASIE.

Monsieur de la Racune dit la vrit, Paris est le vritable Parnasse ; et l'eau d'hypocrne n'a point la douceur des fruits qui naissent au Parterre de l'Htel, ni le suc des ptres ddicatoires.

ALCIDOR.

Tous les auteurs sont maintenant bourgeois de Paris, et cependant on n'en est pas mieux.

DE LA RANCUNE.

Il est bien temps, aprs la mort le Mdecin. Que n'y venaient-ils il y a cinq ou six ans ? Que ne le frondaient-ils comme tous les diables ?

ALCIDOR.

Qui aurait pu s'imaginer que le Comique dt supplanter le srieux ? Molire est heureux et c'est tout.

DE LA RANCUNE.

Il peut bien se servir de l'occasion ; la fortune ne lui rira pas toujours. Son bonheur blouit mais

PHILINTE.

Mais il y a peut-tre un peu de mrite ml avec ce bonheur.

DE LA RANCUNE.

Quel mrite Monsieur ? J'enrage quand j'entends vanter un homme que j'ai vu le plus mchant Comdien de Campagne. Ses Pices sont-elles si belles ? C'est son jeu qui pipe et les fait paratre. Le Bourgeois se lassait de ne voir que les postures et les grimaces de Scaramouche et de Trivelin, et de ne pas entendre ce qu'ils disent. Molire est venu et les a copis Dieu sait comment ; et aussitt cause qu'il parle un peu Franais on a cri : Ah ! L'habile homme, il n'a jamais eu d'gal ! . Il est forc en tout ce qu'il fait ; ses grimaces sont ridicules, et on peut dire que c'est un fort mauvais copiste des Italiens.

ALCIPE.

Il n'imite pas seulement les Italiens, il copie aussi les Franais.

CLONE.

Il est vrai qu'il les copie, mais tout le monde en rit.

DE LA RANCUNE.

On l'a si bien copi lui-mme dans le Portrait du Peintre et dans l'Impromptu de l'Htel de Cond. Il y avait bien de quoi dire : ouf ! .

ALCIPE.

Parbleu, cet ouf de l'cole des Femmes en achve plaisamment la catastrophe ! Au lieu de tempter comme un dmon, il s'amuse dire ouf .

PHILINTE.

Il est vrai que Molire a paru en cette rencontre mauvais imitateur de Scaramouche. Au lieu de dire cet ouf , cinq ou six coups de ceintures a sa matresse et son rival auraient termin la Pice agrablement. Mais le spectateur savait tout ce qu'Arnolphe pouvait penser.

MLASIE.

Vous avez parl du Portrait du Peintre ; on accuse Boursault de n'en tre pas l'Auteur.

PHILINTE.

Je ne m'arrte pas tous ces bruits, je crois Boursault trs capable de cela.

DE LA RANCUNE.

Il est impossible que Boursault ne russisse. S'il a fait le Portrait du Peintre, manquera-t-il de beaux sujets, et d'art pour les conduire ? Et s'il n'en est pas l'auteur, ceux qu'on souponne d'avoir mis la main cette petite comdie, sont-ils pas engags d'honneur de le secourir en toutes les autres ?

ALCIDOR.

Non parbleu ils ne l'aideront pas s'ils sont sages. Quoi ? Vous voulez qu'ils mettent encore au monde un Pote comique ? Que serait-ce s'il y en avait deux ? Boursault se poussera bien sans eux ; Ma foi, Molire berne le bourgeois ; il joue les mmes choses toute l'anne, et personne ne s'en lasse.

PHILINTE.

C'est un tmoignage que ses pices sont mauvaises.

DE LA RANCUNE.

On aurait peine souffrir qu'on reprsentt le Cid deux fois par an, et l'on irait voir son Cocu Imaginaire s'il se jouait tous les jours. Il est heureux.

CLONE.

Il est vrai que les autres se tueraient plutt que d'en faire autant. Il n'y a plus que lui qui enrichisse les comdiens, et quand on a fait le Portrait du Peintre on n'avait pas dessein de diminuer sa rputation, elle est trop bien tablie, on cherchait seulement le moyen de gagner de l'argent la faveur de son nom.

APOLLON voyant qu'on ne faisait que chicaner se leva, et toutes les muses l'environnrent pour dlibrer avec lui. On dlibra aussi dans le Parterre, les uns prirent le parti de l'cole des Femmes et de son auteur, les autres embrassrent l'autre. Il y en eut qui considrrent toutes les singeries que Mome fit pendant qu'on reculait les opinions, et qui ne purent s'empcher de rire lorsqu'il pria Mercure de jouer des gobelets, et de faire quelque tour de gibecire pour divertir la Compagnie. Enfin Apollon prit l'avis de toutes les Muses, et en pronona le rsultat que voici.

APOLLON.

APOLLON grces aux destins

Du Parnasse Prince divin,

410   Et les trois fois trois soeurs pucelles,

Grandes d'esprit et de corps belles,

tous qui ces Lettres verront,

Ceux qui sauront lire liront.

Devant Nous querelle s'est mue

415   Pour une Pice assez connue

Et qui vient d'Auteur assez bon

Molire notre Mignon ;

Les uns en ont dit pis que pendre,

Les autres ont su la dfendre ;

420   Bien informs de leurs raisons,

Tout considr, Nous disons

Que cette Pice est belle et bonne,

Commandons toute personne

De bien soutenir son parti

425   Et donnons un beau dmenti

qui sera si tmraire

D'oser avancer le contraire.

L'cole des Femmes enfin

Doit passer pour ouvrage fin.

430   Permettons chacun d'en rire,

Dfendons Tous d'en mdire,

Et dclarons que son Auteur

Dans son style a de la douceur,

De la nettet, de la grce ;

435   Qu'avec tant de nature il trace

Les sujets et les passions,

Et dbite des mots si bons

Qu'un esprit bien fait quoi qu'on die,

Doit admirer sa Comdie,

440   Et le prendre tout bien cont,

Pour Trence ressuscit.

Commandons tous les Potes

D'tre fidles Interprtes,

De l'cole et de sa beaut,

445   D'en dire bien la vrit,

Et d'en parler en conscience.

Et quoi que quelqu'un s'en offense,

Voulons que cette Pice ait cours

Qu'en ce lieu l'on vienne toujours

450   Et sans craindre que Molire

Se lasse jamais de bien faire,

Sauf aux Comdiens Royaux

De faire Ouvrages plus loyaux ;

qui faisant justice entire,

455   Voulons ainsi qu' Molire

Qu'on applaudisse fortement.

Qu'on vive plus paisiblement,

Et suivant les volonts ntres.

Fut fait par Nous et non par d'autres.

460   Sur le Thtre o l'on viendra,

Tel jour, tel an qu'il vous plaira.

Cet Arrt fut reu diversement ; les uns en furent satisfaits, et les autres en grondrent ; Mais quoi ? On n'a pas tout ce qu'on dsire. Les Muses retournrent comme elles taient venues, et il y a bien de l'apparence que je n'y demeurai pas.

Telle fut la Guerre comique,

Et tel fut l'Arrt juridique

Qui calma la dissension ;

465   Si chaque Curieux qui voit la Comdie

En vient qurir une copie,

On y mettra bientt seconde dition.

 


Notes

[1] Pcore : Se dit aussi figurmment pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine concevoir quelque chose. [F]

[2] Impromptu : Il se dit particulirement de quelque petite pice de posie faite sur le champ, madrigal, chanson et mme pice de thtre. [L] Voir "L'Impromptu de Versailles" de Molire.

[3] Palais-Royal : Thtre occup par la Troupe de Molire, cr l'instigation de Richelieu en 1637. Situ au nod-ouest de la Place du Palais-Royal.

[4] Voir l'Ecole des femmes de Molire, Acte I, sc. 6, v.332, ARNOLPHE, part.

[5] Voir l'Ecole des Femmes, Acte IV, sc. 6. 1177-1179.

[6] Voir l'Ecole des Femmes de Molire, Acte III, sc. 4, v.852-853

[7] Voir l'Ecole des Femmes de Molire, Acte III, sc. 4, v. 960-961 : Il m'est dans la pense / Venu tout maintenant une affaire presse.

[8] Poulet : signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoie aux Dames galantes, ainsi nomm, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui representaient les ailes d'un poulet. [F]

[9] Voir l'Ecole des femmes, Acte III, sc. 4, v. 900-909.

[10] Voir l'Ecole des femmes, Acte III, sc. 4, v. 942-945.

[11] Turlupin : Henri Legrand dit [1587-1637], comdien clbre de la troupe de Thtre de l'Htel de Bourgogne. Cit dans le Portrait du Peintre de Boursault v.327.

[12] Voir Le Portait du Peintre, Acte I, sc. 2, v.119 : Il vous dpeint, Morbleu, mais je dis traits pour traits ;.

[13] "Le Portrait du Peintre" est une comdie d'Edme Boursault acheve d'imprimer pour la premire fois le 17 Novembre 1663 par Charles de Sercy et reprsente l'Htel de Bourgogne.

[14] Bagatelle : chose de peu d'importance, et qui ne mrite presque pas d'tre considre ; petite production de l'esprit. [F]

[15] Voir le Portrait du Peintre de Boursault, sc. 7, v. 481-482.

[16] Voir l'Ecole des Femmes, Acte II, sc. 3, v.430-431 : Je m'en vais te bailler une comparaison,/ Afin de concevoir la chose davantage.

[17] Donzelle : Terme burlesque qui se dit pour Demoiselle ; mais il est odieux et offensant ; et se prend ordinairement en mauvaise part. [F]

[18] Damnable : Mchant, abominable, qui mrite l'enfer. [F]

[19] Voir le Portait du Peintre de Boursault, v. 243 = "Ma chre ; aussi ce Le charme tous les galants."

[20] Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 244.

[21] Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 245.

[22] Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 246.

[23] Voir le Portrait du Peintre de Boursault, v. 247.

[24] Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, Maxime 1, v.747-751, Agns lit.

[25] Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.754-759, Maxime 2, Agns lit.

[26] Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.776-779, Maxime 6, Agns lit.

[27] Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.760-765, Maxime 3, Agns lit.

[28] Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.796-801, Maxime 10, Agns lit.

[29] Voir l'Ecole des femmes, acte III, sc. 2, v.770-775, Maxime 5, Agns lit.

[30] voir le Portait du Peintre, de Boursault, v. 315-316.

[31] Sornettes : Discours vain et vague qui ne persuade point, ou qui choque, et importune. [F]

[32] Ferrer : On dit qu'on homme est difficile ferrer ; pour dire, u'il ne se laise pas gouverner aisment. [F]

[33] Voir L'Ecole des Femmmes de Molire, v. 117-122.

[34] Patrociner : Vieux mot corch du Latin, qui signifiait autrefois, Plaider. [F]

[35] Scarron, Paul (1610-1660) : pote et dramaturge auteur d'une onzes comdies et tragi-comdies.

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