MELICERTE

COMDIE PASTORALE HROQUE

1666

Molire

Reprsent pour la premire fois le 2 dcembre 1666 au Chteau de Saint-Germain-en-Laye.

Version du texte du 23/02/2012 20:30:25.

ACTEURS

ACANTE, amant de Daphn.

TYRNE, amant d'roxne.

DAPHN, bergre.

ROXNE, bergre.

LYCARSYS, ptre, cru pre de Myrtil.

MYRTIL, amant de Mlicerte.

MLICERTE, nymphe ou bergre, amante de Myrtil.

CORINNE, confidente de Mlicerte.

NICANDRE, berger.

MOPSE, berger, cru oncle de Mlicerte.

La scne est en Thessalie, dans la valle de Temp.

ACTE I

SCNE PREMIRE.
Tyrne, Daphn, Acante, roxne.

ACANTE.

Ah ! Charmante Daphn !

TYRNE.

Trop aimable roxne.

DAPHN.

Acante, laisse-moi.

EROXNE.

Ne me suis point, Tyrne.

ACANTE.

Pourquoi me chasses-tu ?

TYRNE.

Pourquoi fuis-tu mes pas ?

DAPHN.

Tu me plais loin de moi.

EROXNE.

Je m'aime o tu n'es pas.

ACANTE.

5   Ne cesseras-tu point cette rigueur mortelle ?

TYRNE.

Ne cesseras-tu point de m'tre si cruelle ?

DAPHN.

Ne cesseras-tu point tes inutiles voeux ?

EROXNE.

Ne cesseras-tu point de m'tre si fcheux ?

ACANTE.

Si tu n'en prends piti, je succombe ma peine.

TYRNE.

10   Si tu ne me secours, ma mort est trop certaine.

DAPHN.

Si tu ne veux partir, je vais quitter ce lieu.

EROXNE.

Si tu veux demeurer, je te vais dire adieu.

ACANTE.

H bien ! En m'loignant je te vais satisfaire.

TYRNE.

Mon dpart va t'ter ce qui peut te dplaire.

ACANTE.

15   Gnreuse roxne, en faveur de mes feux

Daigne au moins, par piti, lui dire un mot ou deux.

TYRNE.

Obligeante Daphn, parle cette inhumaine,

Et sache d'o pour moi procde tant de haine.

SCNE II.
Daphn, roxne.

EROXNE.

Acante a du mrite, et t'aime tendrement :

20   D'o vient que tu lui fais un si dur traitement ?

DAPHN.

Tyrne vaut beaucoup, et languit pour tes charmes :

D'o vient que sans piti tu vois couler ses larmes ?

EROXNE.

Puisque j'ai fait ici la demande avant toi,

La raison te condamne rpondre avant moi.

DAPHN.

25   Pour tous les soins d'Acante on me voit inflexible,

Parce qu' d'autres voeux je me trouve sensible.

EROXNE.

Je ne fais pour Tyrne clater que rigueur,

Parce qu'un autre choix est matre de mon coeur.

DAPHN.

Puis-je savoir de toi ce choix qu'on te voit taire ?

EROXNE.

30   Oui, si tu veux du tien m'apprendre le mystre.

DAPHN.

Sans te nommer celui qu'amour m'a fait choisir,

Je puis facilement contenter ton dsir,

Et de la main d'Atys, ce peintre inimitable,

J'en garde dans ma poche un portrait admirable,

35   Qui jusqu'au moindre trait lui ressemble si fort,

Qu'il est sr que tes yeux le connatront d'abord.

EROXNE.

Je puis te contenter par une mme voie,

Et payer ton secret en pareille monnaie :

J'ai de la main aussi de ce peintre fameux,

40   En aimable portrait de l'objet de mes voeux,

Si plein de tous ses traits et de sa grce extrme,

Que tu pourras d'abord te le nommer toi-mme.

DAPHN.

La bote que le peintre a fait faire pour moi

Est tout fait semblable celle que je vois.

EROXNE.

45   Il est vrai, l'une l'autre entirement ressemble,

Et certes il faut qu'Atys les ait fait faire ensemble.

DAPHN.

Faisons en mme temps, par un peu de couleurs,

Confidence nos yeux du secret de nos coeurs.

EROXNE.

Voyons qui plus vite entendra ce langage,

50   Et qui parle le mieux, de l'un ou l'autre ouvrage.

DAPHN.

La mprise est plaisante, et tu te brouilles bien :

Au lieu de ton portrait, tu m'as rendu le mien.

EROXNE.

Il est vrai, je ne sais comme j'ai fait la chose.

DAPHN.

Donne. De cette erreur ta rverie est cause.

EROXNE.

55   Que veut dire ceci ? Nous nous jouons, je crois :

Tu fais de ces portraits mme chose que moi.

DAPHN.

Certes, c'est pour en rire, et tu peux me le rendre.

EROXNE.

Voici le vrai moyen de ne se point mprendre.

DAPHN.

De mes sens prvenus est-ce une illusion ?

EROXNE.

60   Mon me sur mes yeux fait-elle impression ?

DAPHN.

Myrtil mes regards s'offre dans cet ouvrage.

EROXNE.

De Myrtil dans ces traits je rencontre l'image.

DAPHN.

C'est le jeune Myrtil qui fait natre mes feux.

EROXNE.

C'est au jeune Myrtil que tendent tous mes voeux.

DAPHN.

65   Je venais aujourd'hui te prier de lui dire

Les soins que pour son sort son mrite m'inspire.

EROXNE.

Je venais te chercher pour servir mon ardeur,

Dans le dessein que j'ai de m'assurer son coeur.

DAPHN.

Cette ardeur qu'il t'inspire est-elle si puissante ?

EROXNE.

70   L'aimes-tu d'une amour qui soit si violente ?

DAPHN.

Il n'est point de froideur qu'il ne puisse enflammer,

Et sa grce naissante a de quoi tout charmer.

EROXNE.

Il n'est nymphe en l'aimant qui ne se tnt heureuse,

Et Diane, sans honte, en serait amoureuse.

DAPHN.

75   Rien que son air charmant ne me touche aujourd'hui,

Et si j'avais cent coeurs, ils seraient tous pour lui.

EROXNE.

Il efface mes yeux tout ce qu'on voit paratre ;

Et si j'avais un sceptre, il en serait le matre.

DAPHN.

Ce serait donc en vain qu' chacune, en ce jour,

80   On nous voudrait du sein arracher cet amour :

Nos mes dans leurs voeux sont trop bien affermies.

Ne tchons, s'il se peut, qu' demeurer amies ;

Et puisque, en mme temps, pour le mme sujet,

Nous avons toutes deux form mme projet,

85   Mettons dans ce dbat la franchise en usage,

Ne prenons l'une et l'autre aucun lche avantage,

Et courons nous ouvrir ensemble Lycarsis

Des tendres sentiments o nous jette son fils.

EROXNE.

J'ai peine concevoir, tant la surprise est forte,

90   Comme un tel fils est n d'un pre de la sorte ;

Et sa taille, son air, sa parole et ses yeux

Feraient croire qu'il est issu du sang des dieux ;

Mais enfin j'y souscris, courons trouver ce pre,

Allons lui de nos coeurs dcouvrir le mystre,

95   Et consentons qu'aprs Myrtil entre nous deux

Dcide par son choix ce combat de nos voeux.

DAPHN.

Soit. Je vois Lycarsis avec Mopse et Nicandre ;

Ils pourront le quitter : cachons-nous pour attendre.

SCNE III.
Lycarsis, Mopse, Nicandre.

NICANDRE.

Dis-nous donc ta nouvelle.

LYCARSIS.

Ah ! Que vous me pressez !

100   Cela ne se dit pas comme vous le pensez.

MOPSE.

Que de sottes faons, et que de badinage !

Mnalque pour chanter n'en fait pas davantage.

LYCARSIS.

Parmi les curieux des affaires d'tat,

Une nouvelle dire est d'un puissant clat.

105   Je me veux mettre un peu sur l'homme d'importance,

Et jouir quelque temps de votre impatience.

NICANDRE.

Veux-tu par tes dlais nous fatiguer tous deux ?

MOPSE.

Prends-tu quelque plaisir te rendre fcheux ?

NICANDRE.

De grce, parle, et mets ces mines en arrire.

LYCARSIS.

110   Priez-moi donc tous deux de la bonne manire,

Et me dites chacun quel don vous me ferez,

Pour obtenir de moi ce que vous dsirez.

MOPSE.

La peste soit du fat ! Laissons-le l, Nicandre.

Il brle de parler, bien plus que nous d'entendre ;

115   Sa nouvelle lui pse, il veut s'en dcharger ;

Et ne l'couter pas est le faire enrager.

LYCARSIS.

Eh !

NICANDRE.

Te voil puni de tes faons de faire.

LYCARSIS.

Je m'en vais vous le dire, coutez.

MOPSE.

Point d'affaire.

LYCARSIS.

Quoi ? Vous ne voulez pas m'entendre ?

NICANDRE.

Non.

LYCARSIS.

Eh bien !

120   Je ne dirai donc mot, et vous ne saurez rien.

MOPSE.

Soit.

LYCARSIS.

Vous ne saurez pas qu'avec magnificence

Le roi vient d'honorer Temp de sa prsence ;

Qu'il entra dans Larisse hier sur le haut du jour ;

Qu' l'aise je l'y vis avec toute sa cour ;

125   Que ces bois vont jouir aujourd'hui de sa vue,

Et qu'on raisonne fort touchant cette venue.

NICANDRE.

Nous n'avons pas envie aussi de rien savoir.

LYCARSIS.

Je vis cent choses l ravissantes voir.

Ce ne sont que seigneurs, qui, des pieds la tte,

130   Sont brillants et pars comme au jour d'une fte ;

Ils surprennent la vue ; et nos prs au printemps,

Avec toutes leurs fleurs, sont bien moins clatants.

Pour le prince, entre tous sans peine on le remarque ;

Et d'une stade loin il sent son grand monarque ;

135   Dans toute sa personne il a je ne sais quoi

Qui d'abord fait juger que c'est un matre roi ;

Il le fait d'une grce nulle autre seconde,

Et cela, sans mentir, lui sied le mieux du monde.

On ne croirait jamais comme de toutes parts

140   Toute sa cour s'empresse chercher ses regards :

Ce sont autour de lui confusions plaisantes ;

Et l'on dirait d'un tas de mouches reluisantes

Qui suivent en tous lieux un doux rayon de miel.

Enfin l'on ne voit rien de si beau sous le ciel ;

145   Et la fte de Pan, parmi nous si chrie,

Auprs de ce spectacle est une gueuserie.

Mais puisque sur le fier vous vous tenez si bien,

Je garde ma nouvelle, et ne veux dire rien.

MOPSE.

Et nous ne te voulons aucunement entendre.

LYCARSIS.

150   Allez vous promener.

MOPSE.

  Va-t'en te faire pendre.

SCNE IV.
roxne, Daphn, Lycarsis.

LYCARSIS.

C'est de cette faon que l'on punit les gens,

Quand ils font les bents et les impertinents.

DAPHN.

Le ciel tienne, pasteur, vos brebis toujours saines !

EROXNE.

Crs tienne de grains vos granges toujours pleines !

LYCARSIS.

155   Et le grand Pan vous donne chacune un poux

Qui vous aime beaucoup, et soit digne de vous !

DAPHN.

Ah ! Lycarsis, nos voeux mme but aspirent.

EROXNE.

C'est pour le mme objet que nos deux coeurs soupirent.

DAPHN.

Et l'amour, cet enfant qui cause nos langueurs,

160   A pris chez vous le trait dont il blesse nos coeurs.

EROXNE.

Et nous venons ici chercher votre alliance,

Et voir qui de nous deux aura la prfrence.

LYCARSIS.

Nymphes...

DAPHN.

Pour ce bien seul nous poussons des soupirs.

LYCARSIS.

Je suis...

EROXNE.

ce bonheur tendent tous nos dsirs.

DAPHN.

165   C'est un peu librement expliquer sa pense.

LYCARSIS.

Pourquoi ?

EROXNE.

La biensance y semble un peu blesse.

LYCARSIS.

Ah ! Point.

DAPHN.

Mais quand le coeur brle d'un noble feu,

On peut sans nulle honte en faire un libre aveu.

LYCARSIS.

Je...

EROXNE.

Cette libert nous peut tre permise,

170   Et du choix de nos coeurs la beaut l'autorise.

LYCARSIS.

C'est blesser ma pudeur que me flatter ainsi.

EROXNE.

Non, non, n'affectez point de modestie ici.

DAPHN.

Enfin tout notre bien est en votre puissance.

EROXNE.

C'est de vous que dpend notre unique esprance.

DAPHN.

175   Trouverons-nous en vous quelques difficults ?

LYCARSIS.

Ah !

EROXNE.

Nos voeux, dites-moi, seront-ils rejets ?

LYCARSIS.

Non : j'ai reu du ciel une me peu cruelle ;

Je tiens de feu ma femme, et je me sens comme elle

Pour les dsirs d'autrui beaucoup d'humanit,

180   Et je ne suis point homme garder de fiert.

DAPHN.

Accordez donc Myrtil notre amoureux zle.

EROXNE.

Et souffrez que son choix rgle notre querelle.

LYCARSIS.

Myrtil ?

DAPHN.

Oui, c'est Myrtil que de vous nous voulons.

EROXNE.

De qui pensez-vous donc qu'ici nous vous parlons ?

LYCARSIS.

185   Je ne sais ; mais Myrtil n'est gure dans un ge

Qui soit propre ranger au joug du mariage.

DAPHN.

Son mrite naissant peut frapper d'autres yeux ;

Et l'on veut s'engager un bien si prcieux,

Prvenir d'autres coeurs, et braver la fortune

190   Sous les fermes liens d'une chane commune.

EROXNE.

Comme par son esprit et ses autres brillants

Il rompt l'ordre commun et devance le temps,

Notre flamme pour lui veut en faire de mme,

Et rgler tous ses voeux sur son mrite extrme.

LYCARSIS.

195   Il est vrai qu' son ge il surprend quelquefois ;

Et cet Athnien qui fut chez moi vingt mois,

Qui, le trouvant joli, se mit en fantaisie

De lui remplir l'esprit de sa philosophie,

Sur de certains discours l'a rendu si profond,

200   Que, tout grand que je suis, souvent il me confond.

Mais, avec tout cela, ce n'est encor qu'enfance,

Et son fait est ml de beaucoup d'innocence.

DAPHN.

Il n'est point tant enfant, qu' le voir chaque jour,

Je ne le croie atteint dj d'un peu d'amour ;

205   Et plus d'une aventure mes yeux s'est offerte

O j'ai connu qu'il suit la jeune Mlicerte.

EROXNE.

Ils pourraient bien s'aimer ; et je vois...

LYCARSIS.

Franc abus.

Pour elle, passe encore : elle a deux ans de plus ;

Et deux ans, dans son sexe, est une grande avance.

210   Mais pour lui, le jeu seul l'occupe tout, je pense,

Et les petits dsirs de se voir ajust

Ainsi que les bergers de haute qualit.

DAPHN.

Enfin nous dsirons par le noeud d'hymne

Attacher sa fortune notre destine.

EROXNE.

215   Nous voulons, l'une et l'autre, avec pareille ardeur,

Nous assurer de loin l'empire de son coeur.

LYCARSIS.

Je m'en tiens honor autant qu'on saurait croire.

Je suis un pauvre ptre ; et ce m'est trop de gloire

Que deux nymphes d'un rang le plus haut du pays

220   Disputent se faire un poux de mon fils.

Puisqu'il vous plat qu'ainsi la chose s'excute,

Je consens que son choix rgle votre dispute ;

Et celle qu' l'cart laissera cet arrt,

Pourra, pour son recours, m'pouser, s'il lui plat.

225   C'est toujours mme sang, et presque mme chose.

Mais le voici. Souffrez qu'un peu je le dispose.

Il tient quelque moineau qu'il a pris frachement,

Et voil ses amours et son attachement.

SCNE V.
Myrtil, Lycarsis, roxne, Daphn.

MYRTIL.

Innocente petite bte,

230   Qui contre ce qui vous arrte

Vous dbattez tant mes yeux,

De votre libert ne plaignez point la perte :

Votre destin est glorieux,

Je vous ai pris pour Mlicerte.

235   Elle vous baisera, vous prenant dans sa main,

Et de vous mettre en son sein

Elle vous fera la grce.

Est-il un sort au monde et plus doux et plus beau ?

Et qui des rois, hlas ! Heureux petit moineau,

240   Ne voudrait tre en votre place ?

LYCARSIS.

Myrtil, Myrtil, un mot. Laissons l ces joyaux :

Il s'agit d'autre chose ici que de moineaux.

Ces deux nymphes, Myrtil, la fois te prtendent,

Et, tout jeune, dj pour poux te demandent.

245   Je dois, par un hymen, t'engager leurs voeux,

Et c'est toi que l'on veut qui choisisse des deux.

MYRTIL.

Ces nymphes...

LYCARSIS.

Oui. Des deux tu peux en choisir une :

Vois quel est ton bonheur, et bnis la fortune.

MYRTIL.

Ce choix qui m'est offert peut-il m'tre un bonheur,

250   S'il n'est aucunement souhait de mon coeur ?

LYCARSIS.

Enfin qu'on le reoive, et que, sans le confondre,

l'honneur qu'elles font on songe bien rpondre.

EROXNE.

Malgr cette fiert qui rgne parmi nous,

Deux nymphes, Myrtil, viennent s'offrir vous ;

255   Et de vos qualits les merveilles closes

Font que nous renversons ici l'ordre des choses.

DAPHN.

Nous vous laissons, Myrtil, pour l'avis le meilleur,

Consulter sur ce choix vos yeux et votre coeur ;

Et nous n'en voulons point prvenir les suffrages

260   Par un rcit par de tous nos avantages.

MYRTIL.

C'est me faire un honneur dont l'clat me surprend ;

Mais cet honneur, pour moi, je l'avoue, est trop grand.

vos rares bonts il faut que je m'oppose ;

Pour mriter ce sort, je suis trop peu de chose ;

265   Et je serais fch, quels qu'en soient les appas,

Qu'on vous blmt pour moi de faire un choix trop bas.

EROXNE.

Contentez nos dsirs, quoi qu'on en puisse croire,

Et ne vous chargez point du soin de notre gloire.

DAPHN.

Non, ne descendez point dans ces humilits,

270   Et laissez-nous juger ce que vous mritez.

MYRTIL.

Le choix qui m'est offert s'oppose votre attente,

Et peut seul empcher que mon coeur vous contente.

Le moyen de choisir de deux grandes beauts,

gales en naissance et rares qualits ?

275   Rejeter l'une ou l'autre est un crime effroyable,

Et n'en choisir aucune est bien plus raisonnable.

EROXNE.

Mais en faisant refus de rpondre nos voeux,

Au lieu d'une, Myrtil, vous en outragez deux.

DAPHN.

Puisque nous consentons l'arrt qu'on peut rendre,

280   Ces raisons ne font rien vouloir s'en dfendre.

MYRTIL.

Eh bien ! Si ces raisons ne vous satisfont pas,

Celle-ci le fera : j'aime d'autres appas ;

Et je sens bien qu'un coeur qu'un bel objet engage

Est insensible et sourd tout autre avantage.

LYCARSIS.

285   Comment donc ? Qu'est-ce ci ? Qui l'et pu prsumer ?

Et savez-vous, morveux, ce que c'est que d'aimer ?

MYRTIL.

Sans savoir ce que c'est, mon coeur a su le faire.

LYCARSIS.

Mais cet amour me choque, et n'est pas ncessaire.

MYRTIL.

Vous ne deviez donc pas, si cela vous dplat,

290   Me faire un coeur sensible et tendre comme il est.

LYCARSIS.

Mais ce coeur que j'ai fait me doit obissance.

MYRTIL.

Oui, lorsque d'obir il est en sa puissance.

LYCARSIS.

Mais enfin, sans mon ordre il ne doit point aimer.

MYRTIL.

Que n'empchiez-vous donc que l'on pt le charmer ?

LYCARSIS.

295   Eh bien ! Je vous dfends que cela continue.

MYRTIL.

La dfense, j'ai peur, sera trop tard venue.

LYCARSIS.

Quoi ? Les pres n'ont pas des droits suprieurs ?

MYRTIL.

Les dieux, qui sont bien plus, ne forcent point les coeurs.

LYCARSIS.

Les dieux... Paix, petit sot ! Cette philosophie

300   Me...

DAPHN.

  Ne vous mettez point en courroux, je vous prie.

LYCARSIS.

Non : je veux qu'il se donne l'une pour poux,

Ou je vais lui donner le fouet tout devant vous :

Ah ! Ah ! Je vous ferai sentir que je suis pre.

DAPHN.

Traitons, de grce, ici les choses sans colre.

EROXNE.

305   Peut-on savoir de vous cet objet si charmant

Dont la beaut, Myrtil, vous a fait son amant ?

MYRTIL.

Mlicerte, madame. Elle en peut faire d'autres.

EROXNE.

Vous comparez, Myrtil, ses qualits aux ntres ?

DAPHN.

Le choix d'elle et de nous est assez ingal.

MYRTIL.

310   Nymphes, au nom des dieux, n'en dites point de mal :

Daignez considrer, de grce, que je l'aime,

Et ne me jetez point dans un dsordre extrme.

Si j'outrage en l'aimant vos clestes attraits,

Elle n'a point de part au crime que je fais :

315   C'est de moi, s'il vous plat, que vient toute l'offense.

Il est vrai, d'elle vous je sais la diffrence ;

Mais par sa destine on se trouve enchan ;

Et je sens bien enfin que le ciel m'a donn

Pour vous tout le respect, nymphes, imaginable,

320   Pour elle tout l'amour dont une me est capable.

Je vois, la rougeur qui vient de vous saisir,

Que ce que je vous dis ne vous fait pas plaisir.

Si vous parlez, mon coeur apprhende d'entendre

Ce qui peut le blesser par l'endroit le plus tendre ;

325   Et pour me drober de semblables coups,

Nymphes, j'aime bien mieux prendre cong de vous.

LYCARSIS.

Myrtil, hol ! Myrtil ! Veux-tu revenir, tratre ?

Il fuit ; mais on verra qui de nous est le matre.

Ne vous effrayez point de tous ces vains transports :

330   Vous l'aurez pour poux ; j'en rponds corps pour corps.

ACTE II

SCNE PREMIRE.
Mlicerte, Corinne.

MLICERTE.

Ah ! Corinne, tu viens de l'apprendre de Stelle,

Et c'est de Lycarsis qu'elle tient la nouvelle.

CORINNE.

Oui.

MLICERTE.

Que les qualits dont Myrtil est orn

Ont su toucher d'amour roxne et Daphn ?

CORINNE.

335   Oui.

MLICERTE.

  Que pour l'obtenir leur ardeur est si grande,

Qu'ensemble elles en ont dj fait la demande ?

Et que, dans ce dbat, elles ont fait dessein

De passer, ds cette heure, recevoir sa main ?

Ah ! Que tes mots ont peine sortir de ta bouche !

340   Et que c'est faiblement que mon souci te touche !

CORINNE.

Mais quoi ? Que voulez-vous ? C'est l la vrit,

Et vous redites tout comme je l'ai cont.

MLICERTE.

Mais comment Lycarsis reoit-il cette affaire ?

CORINNE.

Comme un honneur, je crois, qui doit beaucoup lui plaire.

MLICERTE.

345   Et ne vois-tu pas bien, toi qui sais mon ardeur,

Qu'avec ce mot, hlas ! Tu me perces le coeur ?

CORINNE.

Comment ?

MLICERTE.

Me mettre aux yeux que le sort implacable

Auprs d'elles me rend trop peu considrable,

Et qu' moi, par leur rang, on les va prfrer,

350   N'est-ce pas une ide me dsesprer ?

CORINNE.

Mais quoi ? Je vous rponds, et dis ce que je pense.

MLICERTE.

Ah ! Tu me fais mourir par ton indiffrence.

Mais dis, quels sentiments Myrtil a-t-il fait voir ?

CORINNE.

Je ne sais.

MLICERTE.

Et c'est l ce qu'il fallait savoir,

355   Cruelle !

CORINNE.

  En vrit, je ne sais comment faire,

Et de tous les cts je trouve vous dplaire.

MLICERTE.

C'est que tu n'entres point dans tous les mouvements

D'un coeur, hlas ! Rempli de tendres sentiments.

Va-t'en : laisse-moi seule en cette solitude

360   Passer quelques moments de mon inquitude.

SCNE II.

MLICERTE.

Vous le voyez, mon coeur, ce que c'est que d'aimer,

Et Blise avait su trop bien m'en informer.

Cette charmante mre, avant sa destine,

Me disait une fois, sur le bord du Pne :

365   Ma fille, songe toi : l'amour aux jeunes coeurs

Se prsente toujours entour de douceurs ;

D'abord il n'offre aux yeux que choses agrables ;

Mais il trane aprs lui des troubles effroyables ;

Et si tu veux passer tes jours dans quelque paix,

370   Toujours, comme d'un mal, dfends-toi de ses traits.

De ces leons, mon coeur, je m'tais souvenue ;

Et quand Myrtil venait s'offrir ma vue,

Qu'il jouait avec moi, qu'il me rendait des soins,

Je vous disais toujours de vous y plaire moins.

375   Vous ne me crtes point ; et votre complaisance

Se vit bientt change en trop de bienveillance ;

Dans ce naissant amour qui flattait vos dsirs,

Vous ne vous figuriez que joie et que plaisirs :

Cependant vous voyez la cruelle disgrce

380   Dont, en ce triste jour, le destin vous menace,

Et la peine mortelle o vous voil rduit !

Ah, mon coeur ! Ah, mon coeur ! Je vous l'avais bien dit.

Mais tenons, s'il se peut, notre douleur couverte :

Voici...

SCNE III.
Myrtil, Mlicerte.

MYRTIL.

J'ai fait tantt, charmante Mlicerte,

385   Un petit prisonnier que je garde pour vous,

Et dont peut-tre un jour je deviendrai jaloux :

C'est un jeune moineau, qu'avec un soin extrme

Je veux, pour vous l'offrir, apprivoiser moi-mme.

Le prsent n'est pas grand ; mais les divinits

390   Ne jettent leurs regards que sur les volonts :

C'est le coeur qui fait tout ; et jamais la richesse

Des prsents que... Mais, ciel ! D'o vient cette tristesse ?

Qu'avez-vous, Mlicerte, et quel sombre chagrin

Serait dans vos beaux yeux rpandu ce matin !

395   Vous ne rpondez point ? Et ce morne silence

Redouble encor ma peine et mon impatience.

Parlez : de quel ennui ressentez-vous les coups ?

Qu'est-ce donc ?

MLICERTE.

Ce n'est rien.

MYRTIL.

Ce n'est rien, dites-vous ?

Et je vois cependant vos yeux couverts de larmes :

400   Cela s'accorde-t-il, beaut pleine de charmes ?

Ah ! Ne me faites point un secret dont je meurs,

Et m'expliquez, hlas ! Ce que disent ces pleurs.

MLICERTE.

Rien ne me servirait de vous le faire entendre.

MYRTIL.

Devez-vous rien avoir que je ne doive apprendre ?

405   Et ne blessez-vous pas notre amour aujourd'hui,

De vouloir me voler ma part de votre ennui ?

Ah ! Ne le cachez point l'ardeur qui m'inspire.

MLICERTE.

H bien, Myrtil, h bien ! Il faut donc vous le dire :

J'ai su que, par un choix plein de gloire pour vous,

410   roxne et Daphn vous veulent pour poux ;

Et je vous avouerai que j'ai cette faiblesse

De n'avoir pu, Myrtil, le savoir sans tristesse,

Sans accuser du sort la rigoureuse loi,

Qui les rend dans leurs voeux prfrables moi.

MYRTIL.

415   Et vous pouvez l'avoir, cette injuste tristesse !

Vous pouvez souponner mon amour de faiblesse,

Et croire qu'engag par des charmes si doux,

Je puisse tre jamais quelque autre qu' vous ?

Que je puisse accepter une autre main offerte ?

420   H ! Que vous ai-je fait, cruelle Mlicerte,

Pour traiter ma tendresse avec tant de rigueur,

Et faire un jugement si mauvais de mon coeur ?

Quoi ? Faut-il que de lui vous ayez quelque crainte ?

Je suis bien malheureux de souffrir cette atteinte ;

425   Et que me sert d'aimer comme je fais, hlas !

Si vous tes si prte ne le croire pas ?

MLICERTE.

Je pourrais moins, Myrtil, redouter ces rivales,

Si les choses taient de part et d'autre gales,

Et dans un rang pareil j'oserais esprer

430   Que peut-tre l'amour me ferait prfrer ;

Mais l'ingalit de bien et de naissance,

Qui peut d'elles moi faire la diffrence...

MYRTIL.

Ah ! Leur rang de mon coeur ne viendra point bout,

Et vos divins appas vous tiennent lieu de tout.

435   Je vous aime, il suffit ; et dans votre personne

Je vois rang, biens, trsors, tats, sceptres, couronne ;

Et des rois les plus grands m'offrt-on le pouvoir,

Je n'y changerais pas le bien de vous avoir.

C'est une vrit toute sincre et pure,

440   Et pouvoir en douter est me faire une injure.

MLICERTE.

H bien ! Je crois, Myrtil, puisque vous le voulez,

Que vos voeux par leur rang ne sont point branls ;

Et que, bien qu'elles soient nobles, riches et belles,

Votre coeur m'aime assez pour me mieux aimer qu'elles.

445   Mais ce n'est pas l'amour dont vous suivez la voix :

Votre pre, Myrtil, rglera votre choix ;

Et de mme qu' vous je ne lui suis pas chre,

Pour prfrer tout une simple bergre.

MYRTIL.

Non, chre Mlicerte, il n'est pre ni dieux

450   Qui me puissent forcer quitter vos beaux yeux ;

Et toujours de mes voeux reine comme vous tes...

MLICERTE.

Ah ! Myrtil, prenez garde ce qu'ici vous faites :

N'allez point prsenter un espoir mon coeur,

Qu'il recevrait peut-tre avec trop de douceur,

455   Et qui, tombant aprs comme un clair qui passe,

Me rendrait plus cruel le coup de ma disgrce.

MYRTIL.

Quoi ? Faut-il des serments appeler le secours,

Lorsque l'on vous promet de vous aimer toujours ?

Que vous vous faites tort par de telles alarmes,

460   Et connaissez bien peu le pouvoir de vos charmes !

H bien ! Puisqu'il le faut, je jure par les dieux,

Et si ce n'est assez, je jure par vos yeux,

Qu'on me tuera plutt que je vous abandonne.

Recevez-en ici la foi que je vous donne,

465   Et souffrez que ma bouche avec ravissement

Sur cette belle main en signe le serment.

MLICERTE.

Ah ! Myrtil, levez-vous, de peur qu'on ne vous voie.

MYRTIL.

Est-il rien... ? Mais, ciel ! On vient troubler ma joie.

SCNE IV.
Lycarsis, Myrtil, Mlicerte.

LYCARSIS.

Ne vous contraignez pas pour moi.

MLICERTE.

Quel sort fcheux !

LYCARSIS.

470   Cela ne va pas mal : continuez tous deux.

Peste ! Mon petit fils, que vous avez l'air tendre,

Et qu'en matre dj vous savez vous y prendre !

Vous a-t-il, ce savant qu'Athnes exila,

Dans sa philosophie appris ces choses-l ?

475   Et vous, qui lui donnez de si douce manire

Votre main baiser, la gentille bergre,

L'honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs,

Par qui vous dbauchez ainsi les jeunes coeurs ?

MYRTIL.

Ah ! Quittez de ces mots l'outrageante bassesse,

480   Et ne m'accablez point d'un discours qui la blesse.

LYCARSIS.

Je veux lui parler, moi. Toutes ces amitis...

MYRTIL.

Je ne souffrirai point que vous la maltraitiez.

du respect pour vous la naissance m'engage ;

Mais je saurai sur moi pour punir de l'outrage.

485   Oui, j'atteste le ciel que si, contre mes voeux,

Vous lui dites encor le moindre mot fcheux,

Je vais avec ce fer, qui m'en fera justice,

Au milieu de mon sein vous chercher un supplice,

Et par mon sang vers lui marquer promptement

490   L'clatant dsaveu de votre emportement.

MLICERTE.

Non, non, ne croyez pas qu'avec art je l'enflamme,

Et que mon dessein soit de sduire son me.

S'il s'attache me voir, et me veut quelque bien,

C'est de son mouvement : je ne l'y force en rien.

495   Ce n'est pas que mon coeur veuille ici se dfendre

De rpondre ses voeux d'une ardeur assez tendre :

Je l'aime, je l'avoue, autant qu'on puisse aimer ;

Mais cet amour n'a rien qui vous doive alarmer ;

Et pour vous arracher toute injuste crance,

500   Je vous promets ici d'viter sa prsence,

De faire place au choix o vous vous rsoudrez,

Et ne souffrir ses voeux que quand vous le voudrez.

SCNE V.
Lycarsis, Myrtil.

MYRTIL.

Eh bien ! Vous triomphez avec cette retraite,

Et dans ces mots votre me a ce qu'elle souhaite ;

505   Mais apprenez qu'en vain vous vous rjouissez,

Que vous serez tromp dans ce que vous pensez,

Et qu'avec tous vos soins, toute votre puissance,

Vous ne gagnerez rien sur ma persvrance.

LYCARSIS.

Comment ? quel orgueil, fripon, vous vois-je aller ?

510   Est-ce de la faon que l'on me doit parler ?

MYRTIL.

Oui, j'ai tort, il est vrai, mon transport n'est pas sage :

Pour rentrer au devoir, je change de langage,

Et je vous prie ici, mon pre, au nom des dieux,

Et par tout ce qui peut vous tre prcieux,

515   De ne vous point servir, dans cette conjoncture,

Des fiers droits que sur moi vous donne la nature :

Ne m'empoisonnez point vos bienfaits les plus doux.

Le jour est un prsent que j'ai reu de vous ;

Mais de quoi vous serai-je aujourd'hui redevable,

520   Si vous me l'allez rendre, hlas ! Insupportable ?

Il est, sans Mlicerte, un supplice mes yeux :

Sans ses divins appas rien ne m'est prcieux ;

Ils font tout mon bonheur et toute mon envie ;

Et si vous me l'tez, vous m'arrachez la vie.

LYCARSIS.

525   Aux douleurs de son me il me fait prendre part.

Qui l'aurait jamais cru de ce petit pendart ?

Quel amour ! Quels transports ! Quels discours pour son ge !

J'en suis confus, et sens que cet amour m'engage.

MYRTIL.

Voyez, me voulez-vous ordonner de mourir ?

530   Vous n'avez qu' parler, je suis prt d'obir.

LYCARSIS.

Je ne puis plus tenir : il m'arrache des larmes,

Et ces tendres propos me font rendre les armes.

MYRTIL.

Que si dans votre coeur un reste d'amiti

Vous peut de mon destin donner quelque piti,

535   Accordez Mlicerte mon ardente envie,

Et vous ferez bien plus que me donner la vie.

LYCARSIS.

Lve-toi.

MYRTIL.

Serez-vous sensible mes soupirs ?

LYCARSIS.

Oui.

MYRTIL.

J'obtiendrai de vous l'objet de mes dsirs ?

LYCARSIS.

Oui.

MYRTIL.

Vous ferez pour moi que son oncle l'oblige

540   me donner sa main ?

LYCARSIS.

  Oui. Lve-toi, te dis-je.

MYRTIL.

pre, le meilleur qui jamais ait t,

Que je baise vos mains aprs tant de bont !

LYCARSIS.

Ah ! Que pour ses enfants un pre a de faiblesse !

Peut-on rien refuser leurs mots de tendresse ?

545   Et ne se sent-on pas certains mouvements doux,

Quand on vient songer que cela sort de vous ?

MYRTIL.

Me tiendrez-vous au moins la parole avance ?

Ne changerez-vous point, dites-moi, de pense ?

LYCARSIS.

Non.

MYRTIL.

Me permettez-vous de vous dsobir,

550   Si de ces sentiments on vous fait revenir ?

Prononcez le mot.

LYCARSIS.

Oui. Ha, nature, nature !

Je m'en vais trouver Mopse, et lui faire ouverture

De l'amour que sa nice et toi vous vous portez.

MYRTIL.

Ah ! Que ne dois-je point vos rares bonts !

555   Quelle heureuse nouvelle dire Mlicerte !

Je n'accepterais pas une couronne offerte,

Pour le plaisir que j'ai de courir lui porter

Ce merveilleux succs qui la doit contenter.

SCNE VI.
Acante, Tyrne, Myrtil

ACANTE.

Ah ! Myrtil, vous avez du ciel reu des charmes

560   Qui nous ont prpar des matires de larmes,

Et leur naissant clat, fatal nos ardeurs,

De ce que nous aimons nous enlve les coeurs.

TYRNE.

Peut-on savoir, Myrtil, vers qui de ces deux belles

Vous tournerez ce choix dont courent les nouvelles,

565   Et sur qui doit de nous tomber ce coup affreux

Dont se voit foudroy tout l'espoir de nos voeux ?

ACANTE.

Ne faites point languir deux amants davantage,

Et nous dites quel sort votre coeur nous partage.

TYRNE.

Il vaut mieux, quand on craint ces malheurs clatants,

570   En mourir tout d'un coup, que traner si longtemps.

MYRTIL.

Rendez, nobles bergers, le calme votre flamme :

La belle Mlicerte a captiv mon me ;

Auprs de cet objet mon sort est assez doux,

Pour ne pas consentir rien prendre sur vous ;

575   Et si vos voeux enfin n'ont que les miens craindre,

Vous n'aurez, l'un ni l'autre, aucun lieu de vous plaindre.

ACANTE.

Ah ! Myrtil, se peut-il que deux tristes amants... ?

TYRNE.

Est-il vrai que le ciel, sensible nos tourments... ?

MYRTIL.

Oui, content de mes fers comme d'une victoire,

580   Je me suis excus de ce choix plein de gloire ;

J'ai de mon pre encor chang les volonts,

Et l'ai fait consentir mes flicits.

ACANTE.

Ah ! Que cette aventure est un charmant miracle,

Et qu' notre poursuite elle te un grand obstacle !

TYRNE.

585   Elle peut renvoyer ces nymphes nos voeux,

Et nous donner moyen d'tre contents tous deux.

SCNE VII.
Nicandre, Myrtil, Acante, Tyrne.

NICANDRE.

Savez-vous en quel lieu Mlicerte est cache ?

MYRTIL.

Comment ?

NICANDRE.

En diligence elle est partout cherche.

MYRTIL.

Et pourquoi ?

NICANDRE.

Nous allons perdre cette beaut.

590   C'est pour elle qu'ici le roi s'est transport :

Avec un grand seigneur on dit qu'il la marie.

MYRTIL.

ciel ! Expliquez-moi ce discours, je vous prie.

NICANDRE.

Ce sont des incidents grands et mystrieux.

Oui, le roi vient chercher Mlicerte en ces lieux ;

595   Et l'on dit qu'autrefois feu Blise, sa mre,

Dont tout Temp croyait que Mopse tait le frre...

Mais je me suis charg de la chercher partout :

Vous saurez tout cela tantt, de bout en bout.

MYRTIL.

Ah, dieux ! Quelle rigueur ! H ! Nicandre, Nicandre !

ACANTE.

600   Suivons aussi ses pas, afin de tout apprendre.

 

 

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Dbut
1.11.21.31.41.5
2.12.22.32.42.5
2.62.7
Fin du texte