LA COMÉDIE DES ACADÉMICIENS
COMÉDIE
Version du texte du 29/05/2011 à 18:34:26.
ACTEURS
LE CHANCELIER, protecteur de l'Académie française.
SERISAY, Directeur de l'Académie.
DESMARETS, Chancellier de l'Académie.
GODEAU, Évêque de Grasse et de Vence.
GOMBAUD.
GOMBERVILLE.
CHAPELAIN.
SAINT-AMANT.
HABERT.
COLOMBY.
FARET.
BAUDOIN.
BOIS-ROBERT.
L'ESTOILE
SILHON
PORCHERES d'ARBAUD
COLLETET.
Melle de GOURNAI.
La scène est à Paris, dans la maison où s'assemblait l'Académie.
ACTE I
SCÈNE I.
Saint-Amant, Faret.
SAINT-AMANT
Faret, qui ne rirait de notre Académie ?
A-t-on vu de nos jours une telle infamie ?
Passer huit à dix ans à reformer six mots !
Pardieu, mon cher Faret, nous sommes de grands sots !
FARET
| 5 | Tant sots qu'il vous plaira : mais les premiers de France |
Sont les admirateurs de notre suffisance.
Quoi ! Trouvez-vous mauvais que de pauvres auteurs
Devant les ignorants s'érigent en docteurs ?
S'ils peuvent se donner du crédit, de l'estime,
| 10 | L'erreur des abusés n'est pas pour eux un crime. |
Après tout, où trouver de ces rares savants,
Dont le nom immortel percera tous les ans ?
Si pour l'Académie il faut tant de science,
Vous et moi pourrions bien ailleurs prendre séance.
SAINT-AMANT
| 15 | Oui, mais je n'aime que monsieur de Godeau, |
Excepté ce qu'il fait, ne trouve rien de beau ;
Qu'un fat de chapelain aille en chaque ruelle,
D'un ridicule ton réciter sa PUCELLE ;
Ou, que dur et contraint en ses vers amoureux,
| 20 | Il fasse un sot portrait de l'objet des ses voeux ; |
Que son esprit stérile et sa veine forcée
Produisent de grands mots qui n'ont sens ni pensée.
Je voudrais que Gombaud, L'Estoile et Colletet,
En prose comme en vers eussent un peu mieux fait ;
| 25 | Que des "Amis rivaux" Bois-Robert ayant honte, |
Revint à son talent de faire bien un conte.
Enfin...
FARET
Vous avez tort de mépriser Godeau ;
Il a l'esprit fertile, et le tour assez beau :
Tout le défaut qu'il a, soit en vers, soit en prose,
| 30 | C'est qu'en trop de façons il dit la même chose. |
L'Estoile fait des vers avec le Cardinal :
Colletet est bon homme, et n'écrit pas trop mal ;
Bois-Robert est plaisant autant qu'on saurait l'être ;
Il s'est assez bien mis dans l'esprit de son maître ;
| 35 | A tous ses madrigaux il donne un joli tour, |
Et feraient des leçons aux Grecs de leur amour.
Baudoin fait des vers au-dessous des images,
Mais "Davila" traduit est un de ses ouvrages.
Gombault, pour un châtré, ne manque pas de feu...
| 40 | J'entends quelqu'un qui monte ; arrêtons nous un peu : |
Je commence à le voir ; l'est l'Évêque de Grasse.
SCÈNE II.
Godeau, Colletet.
GODEAU
Et quoi ! Chers nourrissons des filles de Mémoire,
Qui sur les temps futurs obtiendrez la victoire ;
Beau mignons de Pallas, vrais favoris des Dieux ;
| 45 | Vous n'êtes pas encore arrivés en ces lieux ! |
Seriez-vous bien si tard assis encore à table ?
Non, les plus grands festins n'ont pour vous rien d'aimable...
Mais voici Colletet qui hâte un peu le pas ;
Je l'ai toujours connu sobre dans ses repas.
| 50 | Bonjour, cher Colletet. |
COLLETET se jette à genoux.
| Grand Évêque de Grasse, |
Dites-moi, s'il vous plaît, comme il faut que je fasse.
Ne dois-je pas baiser votre sacré talon ?
GODEAU
Nous sommes tous égaux, étant fils d'Apollon.
Levez-vous Colletet.
COLLETET
Votre magnificence
| 55 | Me permet, Monseigneur, une telle licence. |
GODEAU
Rien de saurait changer le commerce entre nous :
Je suis évêque ailleurs, ici Godeau pour vous.
COLLETET
Très révérend Seigneur, je vais donc vous complaire.
GODEAU
Attendant nos Messieurs, que nous faudra-t-il faire ?
COLLETET
| 60 | Je suis prêt à obéir à votre volonté. |
GODEAU
Parlons comme autrefois, avecque liberté.
Vous savez, Colletet, à quel point je vous aime.
COLLETET
Seigneur, votre amitié m'est un honneur extrême.
GODEAU
Oh bien, seul avec vous ainsi que je me vois,
| 65 | Je vais prendre le temps de vous parler de moi. |
Avez-vous vu mes vers ?
COLLETET
Vos vers ! Je les adore.
Je les ai lus cent fois, et je les lis encore ;
Tout en est excellent, tout est beau, tout est net,
Exact et régulier, châtié tout-à-fait.
GODEAU
| 70 | Manquai-je en quelque endroit à garder la césure ? |
Hiature : il s'agit certainement de Hiatus qui rime pour l'occasion avec césure.
Y peut-on remarquer une seule hiature ?
Suis-je par scrupuleux à choisir les mots ?
Ne fais-je pas parler chacun fort à propos ?
Le decorum latin, en français bienséance,
| 75 | N'est si bien observé nulle part, que je pense. |
Colletet, je me loue, il le faut avouer ;
Mais c'est fort justement que je me puis louer.
COLLETET
Vous tes de ceux-là qui peuvent dans le vie
Mépriser tous les traits de la plus noire envie :
| 80 | Vous n'aviez pars besoin de votre dignité, |
Pour vous mettre à couvert de la malignité.
GODEAU
On se flatte souvent : mais, si je ne m'abuse,
S'attaquer à Godeau, c'est se prendre à la Muse :
Et le plus envieux se verrait transporté,
| 85 | S'il lisait une fois mon "Benedicite" |
Ô l'excellent ouvrage !
COLLETET
Ô la pièce admirable !
GODEAU
Chef d'oeuvre précieux !
COLLETET
Merveille incomparable.
GODEAU
Que ne peut-on désirer après un tel effort ?
COLLETET
Qui n'en sera content, aura, ma foi, grand tort.
| 90 | Mais, sans parler de moi trop à son avantage, |
Suis-je pas, Monseigneur, assez grand personnage ?
GODEAU
Colletet, mon ami, vous ne fait pas mal.
COLLETET
Moi, je prétends traiter tout le monde d'égal,
En matière d'écrits : le bien est autre choses ;
| 95 | De richesse et de rang la fortune dispose. |
Que pourriez-vous encore reprendre dans mes vers ?
GODEAU
Colletet, vos discours sont obscurs et couverts.
COLLETET
Il est certain que j'ai le style magnifique.
GODEAU
Colletet parle mieux qu'un homme de boutique.
COLLETET
| 100 | Ah ! Le respect m'échappa. Et mieux que vous ainsi. |
COLLETET
Ah ! Le respect m'échappe. Et mieux que vous aussi.
GODEAU
Parlez bas, Colletet, quand vous parlez ainsi.
COLLETET
C'est vous, Monsieur Godeau, qui me faites outrage.
GODEAU
Vous voulez me contrainte à louer votre ouvrage ?
COLLETET
| 105 | J'ai tant loué le vôtre ! |
GODEAU
| Il le méritait bien. |
COLLETET
Je le trouve fort plat, pour ne vous celer rien.
GODEAU
Mais vous en parlez mal, vous être en colère.
COLLETET
Si j'en ai dit du bien, c'était pour vous complaire.
GODEAU
Colletet, je vous trouve un gentil violon.
COLLETET
| 110 | Nous sommes tous égaux, état fils d'Apollon. |
GODEAU
Vous, enfant d'Apollon ? Vous n'êtes qu'une bête.
COLLETET
Et vous, Monsieur Godeau, vous me rompez la tête.
SCÈNE III.
Serisay, Godeau, Colletet.
SERISAY, à Godeau.
Qu'avez-vous, Monseigneur ? Je vous vois tout ému.
GODEAU
Colleter m'insulter ! Qui l'aurait jamais cru ?
COLLETET
| 115 | Traiter un vieil auteur avec cette infamie, |
C'est affronter en moi toute l'Académie.
SERISAY
Mais, quelle est cette injure, et d'où vient tant de mal ?
COLLETET
"Colletet, mon ami, vous ne faites pas mal ;
Vous parlez un peu mieux qu'un homme de boutique,"
| 120 | Et mieux que vous, Godeau ; car, enfin, je m'explique |
Et notre Directeur le saura comme vous.
SERISAY
Modérez, Colletet, modérez ce courroux.
Offenser un prélat à qui l'on doit hommage,
C'est d'un homme insensé faire le personnage.
COLLETET
| 125 | Je sais bien respecter Godeau comme prélat ; |
Mais Godeau comme auteur, je le trouve fort plat.
GODEAU
Ma colère se passe ; et je veux, sans murmure,
En prélat patient endurer cette injure.
COLLETET
Moi, je veux recevoir la satisfaction
| 130 | Du tort qu'a pu souffrir ma réputation. |
Ô, d'un humble prélat patience parfaite !
Il parle d'endurer l'injure qu'il a faite.
Pardonner à des gens que l'on a maltraités,
Ce sont du bon Godeau les générosités.
GODEAU
| 135 | Hé bien, cher Colletet, je ferai davantage ; |
Vous serez reconnu pour un grand personnage.
Soyons, je vous conjure, amis de bonne foi,
Et vous saurez écrire et parler mieux au moi.
COLLETET
Ordonnez, Monseigneur, ce qu'il faut que je fasse ;
| 140 | J'ai plus failli que vous, et je demande grâce. |
Que partout on exalte et partout soit chanté
De ce divin prélat le bénédicité.
Ô l'ouvrage excellent : Ô pièce admirable !
Chef d'oeuvre précieux ! Merveille incomparable !
| 145 | Que partout on exalte, et partout soit chanté |
De ce divin prélat le bénédicité.
GODEAU
Qu'en tous lieux on exalte, qu'en tous lieux on chante
De notre Colletet "la Cane barbotante" ;
Ces beaux vers que le temps ne saurait effacer,
| 150 | Et qu'un grand Cardinal voulut récompenser : |
C'est là que Colletet si vivement explique
Du canard amoureux la Vénus aquatique,
Qu'au sens de Richelieu le Roi ne pourrait pas
De tout l'or du royaume en payer les appas.
SERISAY
| 155 | Nous sommes tous contents ; la discorde est finie, |
Et la paix régnera dans notre compagnie :
Au reste, l'heure approche ou se doit terminer
La réforme des mots que nous allons donner,
Et par qui nous aurons la gloire sans seconde,
| 160 | D'établir le français en tous les lieux du monde. |
COLLETET
Monsieur le Chancelier ne doit venir que tard.
SERISAY
Donc, pour peu de temps, allons quelqu'autre part.
SCÈNE IV.
Porcheres d'Arbaud, Colomby.
PORCHÈRES
Illustre Colomby, vrai cousin de Malherbe,
De ton mérite seul, glorieux et superbe ;
| 165 | Parmi tous les auteurs, en voit-on aujourd'hui |
Qui puissent approcher ou de vous, ou de lui ?
COLOMBY
Malherbe ne vit plus, Bertaut n'est plus au monde ;
D'ignorance et d'erreur toute le terre abonde.
PORCHÈRES
Desportes a subi notre commun destin :
| 170 | Passerat a vécu ; j'ai vu mourir Rapin : |
Et c'étaient des auteurs dont l'illustre génie
Aurait pu faire honneur à notre compagnie.
COLOMBY
Vous savez que j'avais auprès du Potentat
La charge d'Orateur des affaires d'État.
PORCHÈRES
| 175 | Et vous n'ignorez pas que j'eus dans la régence |
Des "Nocturnes plaisirs" le suprême intendance.
COLOMBY
Or, n'étant point payé e mes appointements.
PORCHÈRES
Détrompé que je suis de tous amusements,
COLOMBY
Je fais faire leçon aux gens de nos provinces
| 180 | Du peu de gain qu'on fait au service des Princes. |
PORCHÈRES
J'abandonne le Cour, et vais dans chaque lieu
Louer la Reine et blâmer Richelieu.
COLOMBY
Aux auteurs assemblés prenez le soin de dire
Que, las de mes emplois, enfin je me retire.
PORCHÈRES
| 185 | C'est la forme ordinaire : et, quiconque a quitté, |
Leur a fait en quittant cette civilité.
COLOMBY
Vous dires de ma part, sans aucune autre forme,
Qu'au lieu de réformer les mots, je me reforme.
PORCHÈRES
Je traiterai la chose un peu moins durement,
| 190 | Et leur ferai pour moi le même compliment. |
ACTE II
SCÈNE I.
CHAPELAIN seul, composant des vers avec un soin ridicule et peu de génie.
Tandis que je suis seul, il faut que je compose
Quelqu'ouvrage excellent, soit en vers, soit en prose.
La prose est trop facile, et son bas naturel
N'a rien qui puisse rendre un auteur immortel ;
| 195 | Mais d'un sens figuré la noble allégorie |
Des sublimes esprits sera toujours chérie.
Par son divin pouvoir, nos esprits triomphants
Passent de siècle en siècle et bravent tous les ans.
Je quitte donc la prose et la simple nature
| 200 | Pour composer des vers où règne la figure. |
"Qui vit jamais rien de si beau,"
(Il me faudra choisir la rime "flambeau")
"Que les beaux yeux de la Comtesse ?"
(Je voudrais bien aussi mettre en rime déesse.)
| 205 | "Qui vit jamais rien de si beau |
Que les beaux yeux de la Comtesse ?
Je ne crois pas qu'une déesse
Nous éclairât d'un tel flambeau.
Aussi, peut-on trouver une âme
| 210 | Qui ne sente la vive flamme |
Qu'allume cet oeil radieux ?"
Radieux me plaît fort : un ciel plein de lumière,
Et qui fait sur nos coeurs l'impression première,
D'où se forment enfin les tendresse d'amour.
| 215 | Radieux ! J'en veux faire un terme de la Cour. |
"Sa clarté qu'on voit sans seconde;
Éclairant peu à peu le monde,
Luira même un jour pour les Dieux."
Je ne suis pas assez maître de mon génie ;
| 220 | J'ai fait sans y penser, une cacophonie : |
Qui me soupçonnerait d'avoir mis "peu à peu" ?
Ce désordre me vient pour avoir trop de feu.
"Qui ne vit jamais rien de si beau
Que les beaux yeux de la Comtesse?
| 225 | Je ne crois point qu'une déesse |
Nous éclairât d'un tel flambeau.
Ainsi peut-on trouver une âme,
Qui ne sente la vive flamme
Qu'allume cet oeil radieux ?
| 230 | Sa clarté qu'on voit dans seconde |
S'épand déjà sur tout le monde,
Et luira bientôt pour les dieux."
Voilà ce qui s'appelle écrire avec justesse !
Et ce qui m'en plaît pus, tout est fait sans rudesse ;
| 235 | Car tout ouvrage fort a de la dureté, |
Si par un art soigneux, il n'est pas ajusté.
"Chacun admire en ce visage
La lumière de deux soleils :
Si la nature eut été sage,
| 240 | Le ciel aurait dit deux pareils." |
Que voilà de beaux vers ! L'auguste poésie !
Phoebus éclaire encore un peu ma fantaisie :
"Divin père du jour, qui maintiens l'univers,
Donne-moi cette ardeur qui fait faire des vers ;
| 245 | Ranime mes esprits, et dans mon sang rappelle |
La féconde chaleur qui forma LA PUCELLE.
Par l'épithète alors je me rendis fameux :
Alors le mont Olympe a son pied sablonneux ;
Alors, hideux, terrible, affreux, épouvantable,
| 250 | Firent de mes écrits un effet admirable. |
Divin père du jour, qui maintiens l'univers,
Redonne-moi l'ardeur qui fit faire ces vers."
"Le teint qui paraît sur sa ace
Est plus uni que n'est la glace,
| 255 | Plus clair que le ciel cristallin : |
Où trouver un pinceau qui touche
Les charmes de sa nouvelle bouche,
Et l'honneur du nez aquilin ?"
Cette comparaison ma semble assez bien prise :
| 260 | Il n'est plus uni qu'un cristal de Venise ; |
Et les cieux qui ne sont formés d'aucun métal,
Pourraient, à mon avis, être faits de cristal.
"Aquilin" ne vient pas fort souvent en usage,
Mais il convient au nez du plus parfait visage ;
| 265 | Tous les peintres fameux veulent qu'un nez soit tel : |
Oublier "Aquilin" est un péché mortel.
"Chacun admire ce visage
La lumière de deux soleils :
Si la nature eut été sage
| 270 | Le Ciel en aurait deux pareils. |
Le teint qui me parait sur sa face
Est plus uni que n'est la glace,
Plus clair que le ciel cristallin :
Où trouver un pinceau qui touche
| 275 | Les charmes de sa nouvelle bouche |
Et l'honneur du nez aquilin ?"
Ainsi peignaient les Grecs des beautés achevées,
De l'injure des ans par leurs écrits sauvés.
Je n'ai fait que vingt vers, mais tous vers raisonnés,
| 280 | Magnifiques pompeux, justes et bien tournés. |
Par un secret de l'art d'une grande déesse,
J'oppose les appas à ceux de ma comtesse ;
Et des charmes divins dans opposition,
Je fais vois la confusion.
| 285 | Quand à l'autre couplet, j'y reprends la nature, |
Qui des corps azurés a formé la structure,
De n'avoir su placer à ce haut firmament
Qu'un soleil seulement.
La comtesse en a deux; c'est au ciel une honte
| 290 | Qu'un visage ici bas en soleils le surmonte. |
J'achève heureusement : il me fallait finir ;
Aussi bien nos auteurs commencent à venir.
SCÈNE II.
Serisay, Chapelain, Silhon, Boisrobert.
SERISAY, à Chapelain.
Vous attendiez ici cette heure fortunée
Où la réforme enfin doit être terminée.
CHAPELAIN
| 295 | Depuis plus de huit ans nous attendons ce jour |
Où doit être réglé tout langage de Cour.
Mais que les ignorants vont nous dire d'injures !
SERISAY
Nous saurons mépriser de sots et vains murmures.
BOISROBERT
Nous allons bientôt voir un de nos mécontents
| 300 | Résolu de se plaindre et de nous et du temps. |
CHAPELAIN
C'est Silhon irrité contre l'Académie,
Et prêt à la traiter de mortelle ennemie.
SERISAY
Et de sa haine encore quel est le fondement ?
CHAPELAIN
Nous réformons un nom propre au raisonnement,
| 305 | Il laissera sans "OR" tous discours politiques ; |
Et n'écrira jamais des affaires publiques.
Silhon est violent, s'il parle contre nous...
SERISAY
Monsieur le Chancellier calmera son courroux.
BOISROBERT
Faut-il un Chancellier pour calmer sa colère ?
| 310 | Godeau m'a répondu d'entreprendre l'affaire : |
Il doit attaquer "Or", qui Silhon aime tant,
Aussi bien que "Parfois", "Pour ce que" et "D'autant".
SILHON, entre.
A dire vrai, Messieurs, c'est une chose étrange ;
On a beau mériter honneur, gloire, louange,
| 315 | Affermir tant qu'on peut l'autorité des lois, |
Faire service à Dieu, travailler pour les rois,
Prescrire le devoir et du peuple et des princes,
Instruire un potentat à régler ses provinces,
Il faut avoir l'affront de vous des esprits doux
| 320 | Gagner chez nos auteurs plus de crédits que nous. |
SERISAY
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit cette injustice.
BOISROBERT
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a vu du caprice.
SILHON
Les siècle, Boisrobert, sont assez différents ;
On blâmait autrefois les hommes ignorants ;
| 325 | La science aujourd'hui donne fort peu d'estime. |
En savoir plus que vous, n'est pas un petit crime.
BOISROBERT
J'aime les ignorants d'avoir tant de bonheur.
SILHON
Vous n'avez pas manque d'acquérir cet honneur.
SERISAY
Eh ! Pour l'amour de moi, finissez la querelle :
| 330 | Soyons, soyons unis d'une amitié fidèle. |
Encore, Monsieur Silhon, de quoi vous plaignez-vous ?
BOISROBERT
Un mot qu'on veut changer lui donne le courroux.
SILHON
C'est un mot, il est vrai, mais de grande importance.
BOISROBERT
On pourrait s'en passer bien mieux que finance.
SILHON
| 335 | Il est pourtant utile et le sera toujours. |
On trouve bien sa place en de graves discours.
En affaire, au barreau, dans la théologie,
"Or" est fort positif et de grande énergie.
SERISAY
Je vois venir à nous la Sibylle Gournai !
| 340 | Quel supplice, bon Dieu, m'avez-vous ordonné ! |
SILHON
Elle mérite bien que vous fassiez cas d'elle.
BOISROBERT
À soixante dix ans, elle est encore pucelle.
SCÈNE III.
Melle de Gournai, Serisay, Boisrobert, Silhon.
MADEMOISELLE de GOURNAI
Je vous ai bien cherché, Monsieur le président.
SERISAY
Baissez-vous, Boisrobert, et ramassez sa dent.
BOISROBERT
| 345 | C'st une grosse dent qui vous était tombée |
Et qu'un autre que moi vous avait dérobée.
SILHON
Montagne en perdit une, âgé de soixante ans.
MADEMOISELLE de GOURNAI
J'aime à lui ressembler, même à perdre ses dents.
Mais apprenez de lui que par toute le Grèce,
| 350 | C'était comme un devoir d'honorer la vieillesse. |
Et le vieil âge en vous sera peu respecté,
Si vous en usez mal dans la virilité.
Montagne s'employait à corriger le vice,
Et bien connaître l'homme était son exercice :
| 355 | Il n'aurait pas "cuidé" pourvoir tirer grand "los" |
Du stérile "labeur" de réformer les mots.
BOISROBERT
Vous fûtes ennemie en tout temps du langage.
MADEMOISELLE de GOURNAI
Le "sens", à mon avis, vous eût rendu plus sage.
Avec tous mes vieux mots, encore ma raison,
| 360 | Parmi les gens sensés se trouve de saison. |
BOISROBERT
Je l'avoue aisément ; et votre expérience,
Nymphe des premiers ans, vaut mieux que la science.
MADEMOISELLE de GOURNAI
On méprisait un fourbe au temps que je vous dis ;
Boisrobert le plaisant eût été gueux "jadis" ;
| 365 | Et Montagne et Charron avaient l'âme trop forte |
Pour demeurer toujours en "recoin" d'une porte,
"Aucuper" jour et nuit leur plus grand ennemis,
Et es grands de la Cour être valets soumis.
BOISROBERT
Ce sont là raisons que le démon vous dicte.
| 370 | Comment, vieille Gournai ; vous aimez la "vindicte" ? |
Qui vous fait "détracter" ? Qui vous met en "courroux" ?
MADEMOISELLE de GOURNAI
Montagne haïssait les menteurs et les fous.
Poursuivez, "savanteaux", à réformer la langue.
SERISAY
Allez-vous-en ailleurs faire votre harangue.
MADEMOISELLE de GOURNAI
| 375 | Ôtez "moult" et "jaçait", bien que mal à propos, |
Mais laissez, pour le mois "blandice, "angoisse", et "los".
SERISAY
"Tout ainsi" que l'esprit est vague et "contournable".
De même le discours doit être variable.
Les termes ont le sort qu'on voit au genre humain ;
| 380 | Un mot vit aujourd'hui, qui périra demain. |
L'usage parmi nous est fort "ambulatoire".
MADEMOISELLE de GOURNAI
Vous raillez sottement la vérité "notoire".
Il mourra, "tout ainsi", que je vois méprisé :
Mais devant lui mourront les vers de Serisay.
ACTE III
SCÈNE I.
Monsieur le Chancellier, Godeau, Chapelain, Boisrobert, Serisay, Porchères, Desmarets.
Monsieur le CHANCELLIER
| 385 | C'est aujourd'hui, Messieurs, qu'on révèle la France |
Les mystères secrets de la vraie éloquence.
Les muses, qui du ciel ont descendu chez nous,
Vous rendent par ma bouche un oracle si doux.
C'est à tort, grands auteurs, que la Grèce se vante ;
| 390 | La Rome des Latins n'est plus la triomphante ; |
L'Italie aujourd'hui tombe dans le mépris,
Et les muses n'ont plus de séjour qu'à Paris.
GODEAU
Qui croirait, Monseigneur, que ces enchanteresses,
Que les neuf belles soeurs, nos divines maîtresses,
| 395 | Vinssent ici flatter nos esprits et nos sens, |
Si vous n'aviez aimé leurs charmes innocents ?
CHAPELAIN
Vous voyez les choses futures,
Malgré les nuits les plus obscures
Qui couvrent le bien de l'État,
| 400 | Vous voyez tout ce qu'il faut faire, |
Au rebours du sens populaire,
Pour maintenir le potentat.
BOISROBERT
Superbes filles de Mémoire,
Venez accroître mon ardeur ;
| 405 | Je vais travailler à la gloire |
D'une incomparable grandeur...
Que le style élevé me paraît incommode !
Je n'ai pas le talent qu'il faut pour faire une ode.
Monsieur le CHANCELLIER
Que chacun se réduise au mérite d'auteur.
| 410 | J'estime le savant et je hais le flatteur. |
Mes louanges, Messieurs, ne sont pas nécessaires,
Et vous avez ici de plus grandes affaires.
SERISAY
Porchères semble avoir dessein de nous parler.
PORCHÈRES
Quatre mots seulement, Messieurs ; puis m'en aller.
| 415 | Monsieur de Colomby m'a chargé de vous dire |
Que las de ses emplois enfin il se retire ;
Et cous saurez aussi, qu'ennuyé à la Cour,
Je vais chercher ailleurs un tranquille séjour.
SERISAY
Vous nous voyez pensifs, mornes et taciturnes,
| 420 | De perdre l'intendant, de nos "Plaisirs nocturnes" ; |
Et vous ferez savoir, au muet orateur
Des affaires d'État, le fond de notre coeur.
Nous regrettons beaucoup un si grand personnage,
Et ne suivrons pas moins notre important ouvrage.
DESMARETS
| 425 | Je ne vois point ici Saint-Amant ni Faret : |
Que sont-ils devenus ?
GODEAU
Ils sont au cabaret.
DESMARETS
Ils sont au cabaret ! Messieurs, quelle impudence !
Vous voyez parmi nous un chancelier de France,
Qui vient de son logis en ce méchant quartier,
| 430 | Sachant bien le respect que l'on doit à son métier ; |
Et ces vieux débauchés, au mépris de la gloire,
Lorsque nous travaillons, font leur plaisir de boire !
GODEAU
Je vois entre Faret suivi de Saint-Amant.
CHAPELAIN
Et, si je ne me trompe, ils ont bu largement.
SCÈNE II.
Saint-Amant, Faret, Chapelain, Gombaud, Serisay, M.
le Chancelier.
SAINT-AMANT
| 435 | Pour tout emploi chez vous, Seigneurs Académiques, |
Bacchique : Qui appartient à Bacchus. [F]
Nous serons vos buveurs et vos poètes bacchiques.
FARET
Nous perdons le respect, mais, ô grand chancelier !
Vous aurez la bonté de vouloir l'oublier.
CHAPELAIN
Il ne vous reste plus qu'à parler de la guerre,
| 440 | Qui, dans les cabarets, se fait à coups de verre. |
GOMBAUD
Qu'à dire des chansons qui vantent la liqueur
Dont le poète Bacchus réjouit votre coeur.
SAINT AMANT
Prenez soin de notre langage,
Auteurs polis et curieux,
| 445 | Et nous laisser le doux usage |
D'un vin frais et délicieux.
Que d'Apollon la docte troupe
Vieillisse à réformer les mots ;
Celle de Bacchus, dans la coupe,
| 450 | Ira cherche sa joie et trouver le repos. |
FARET
Si l'esprit de la suffisance,
Si l'avantage de raison
Ne paraissent pas dans l'enfance,
Et demeurent comme en prison,
| 455 | C'est qu'on suce le lait d'une pauvre nourrice : |
Et dieu qui conduit tout sagement à sa fin,
De nos divins talents réserve l'exercice
Pour le temps précieux que nous buvons du vin.
SERISAY
Nous sommes satisfaits de vos stances bacchiques,
| 460 | Et vous êtes reçus buveurs académiques. |
Mais de peur de vieillir à réformer les mots,
Nous allons travailler. Laissez-nous en repos ;
La chose qui se traite est assez d'importance.
FARET
Nous nous tairons.
Monsieur le CHANCELLIER
Sortez ; C'est le mieux, je pense.
FARET
| 465 | Si nous vous offensons, Monsieur le Chancelier, |
Vous aurez la bonté de vouloir l'oublier.
SCÈNE III.
M.
Le CHANCELIER, Serisay, Godeau, Desmarets, Silhon, Chapelain, Gombaud, Boisrobert, L'Estoile, Gomberville, Baudoin, etc.
SERISAY
Enfin, ils sont sortis. Sans tarder davantage,
Réformons les défauts que l'on trouve dans le langage,
Et d'un style trop vieux, faisons-en un nouveau.
| 470 | Vous, parlez le premier, docte et sage Godeau. |
GODEAU
C'est m'obliger beaucoup ; et cette déférence
Serait dûe ç quelqu'autre avec plus d'apparence.
SERISAY
Vous êtes trop modeste ; et votre dignité...
GODEAU
Je reçois cet honneur sans l'avoir mérité ;
| 475 | Je le dois purement à votre courtoisie. |
SERISAY
On ne saurait avoir aucune jalousie.
GODEAU
Je dirai donc, Messieurs, qu'il est très important.
D'ôter de notre Langue OR, POURCE QUE, D'AUTANT ;
C'est là mon sentiment. Vous me voyez attendre
| 480 | Que quelqu'Émulateur s'apprête à les défendre. |
DESMARETS
Silhon s'oppose enfin.
SERISAY
Parlez discrètement ;
Vous, Monsieur de Godeau.
GODEAU
Je dis premièrement,
Que ces mots sont usés, qu'ils tombent de vieillesse ;
Et d'ailleurs il s'y trouve une grande rudesse.
SILHON
| 485 | Inepte sentiment ! Absurde vision ! |
Ces mots mènent enfin à la Conclusion :
L'un sert à résumer, comme à la Conséquence ;
Les autres, à prouver des choses d'importance.
GODEAU
Le premier sent l'école et tient trop du pédant ;
| 490 | Et tous ont trop vécu. |
LA TROUPE
| Nous en disons autant. |
SILHON
Qu'ils soient bannis des vers et conservés en prose.
DESMARETS
Aujourd'hui prose et vers sont une même chose.
CHAPELAIN
Il est bien échauffé : qu'on lui tâte le pouls.
SERISAY
C'est assez disputé. Messieurs, asseyez-vous :
| 495 | Que quelqu'un succède à l'Évêque de Grasse ; |
Parlez, vous, Chapelain, sans user de préface.
CHAPELAIN
"Il conste", "il nous appert", sont termes de barreau,
Que leur antiquité doit porter au tombeau.
SILHON
J'estime en Chapelain la bonté de nature,
| 500 | Qui veut donner aux mots même la sépulture. |
CHAPELAIN
Horace les fait naître, et puis les fait mourir ;
Sans quelque métaphore, on ne peut discourir.
SILHON
Les mots peuvent mourir, mais jamais métaphore
N'avait dressé "tombeau" pour de tels mots encore.
LA TROUPE
| 505 | "Il conste", "Il nous appert", doivent être abolis, |
Mais on ne les voit pas encore ensevelis.
GOMBAUD
Je dis que la coutume assez souvent trop forte,
Fait dire improprement que l'on "ferme la porte".
L'usage tous les jours autorise des mots,
| 510 | Dont on se sert pourtant assez mal à propos. |
Pour avoir moins froid à la fin décembre,
On va "pousser la porte", et l'on "ferme sa chambre".
SERISAY
En matière d'État, vous savez que les rois
N'ôtent pas tout d'un coup les anciennes lois ;
| 515 | De même dans les mots, ce n'est pas être sage, |
Que d'ôter pleinement ce qu'approuve l'usage.
LA TROUPE
Digne raisonnement ! Noble comparaison !
Gombeau n'a pas de tort, mais vous avez raison.
BOISROBERT
Messieurs, je veux ôter un terme de coquette :
| 520 | C'est le mot d' "à ravir". |
L'ESTOILE
| Il est bon en fleurette. |
Cet et cent faux galants en leur fade entretien,
De ce mot d' "à ravir" se servent assez bien :
Et principalement dans les maours de ville,
"À ravir" se rendra chaque jour plus utile.
LA TROUPE
| 525 | Nous n'avons parmi nous que des auteurs de Cour, |
Et partant ennemis de ce dernier amour.
Les dames de Quartier auront leur "Cotterie"
À qui nous laisserons le droit de bourgeoisie.
GOMBERVILLE
Que ferons-nous, Messieurs, de "car" et de "pourquoi" ?
DESMARETS
| 530 | Que deviendrait sans "car" l'autorité du Roi ? |
GOMBERVILLE
Le Roi sera toujours ce que le Roi doit être,
Et ce n'est pas un mot qui le rend notre maître.
GOMBAUD
Beau titre que le "car", au suprême pouvoir,
Pour prescrire aux sujets la règle et le devoir !
DESMARETS
| 535 | Je vous connais Gombaud ; vous êtes hérétique, |
Et partisan secret de toute république.
GOMBAUD
Je suis fort bon sujet, et le serai toujours ;
Prêt de mourir pour "car", après un tel discours.
DESMARETS
Du "car" viennent des lois : sans "car", pour d'Ordonnance ;
| 540 | Et ce ne serait plus que désordre et licence. |
GOMBAUD
Je demande pardon, si trop mal à propos,
J'ai parlé contre un mot qui maintient le repos.
GOMBERVILLE, à Desmarets.
L'effort de votre esprit en chose imaginaire,
Vous rendra, Desmarets, un grand visionnaire.
| 545 | Le POÈTE, le VAILLANT, le RICHE, l'AMOUREUX, |
Feront de leur auteur un aussi grand fou qu'eux.
DESMARETS
Un faiseur de romans, père de Polexandre,
À corriger les fous n'a pas droit de prétendre.
Monsieur le CHANCELLIER
Ni vous autres, Messieurs, droit de vous quereller ;
| 550 | Laissera "car" en paix ; il n'en faut plus parler. |
GOMBERVILLE
Et le "pourquoi", Messieurs ?
LA TROUPE
Sans cesse il questionne.
Qu'il soit moins importun, ou bien on l'abandonne.
L'ESTOILE
Je ne saurais souffrir le vieux "auparavant"
Qui se trouve cent fois à la place d' "avant".
BAUDOIN
| 555 | Pour mes traductions c'est un mot nécessaire ; |
Et si l'on s'en sert mal, je n'y saurais que faire.
L'ESTOILE
Peut-être voudrez-vous garder encore "jadis" ?
BAUDOIN
Sans lui, comment rimer si bien à "paradis" ?
L'ESTOILE
"Paradis" est un mot ignoré du Parnasse,
| 560 | Et les "Cieux", dans nos vers, auront meilleure grâce. |
SERISAY
Que dira Colletet ?
COLLETET
Le plus grand de mes soins
Est d'ôter "Nonobstant", et casser "Néanmoins".
HABERT
Condamner "Néanmoins" ! D'où vient cette pensée ?
Colletet, avez-vous la cervelle blessée ?
| 565 | "Néanmoins" ! Qui remplit et coule doucement ; |
Qui met dans le discours un certain ornement...
Pour casser "Nonobstant", c'est un méchant office,
Que nous nous rendrions dans les cours de Justice.
DESMARETS
Puisque "Car" est sauvé laissons le reste en paix,
| 570 | Et faisons une loi qui demeure à jamais. |
"Les Auteurs assemblés pour régler le langage,
Ont enfin décidé dans leur aréopage :
Voici les mots soufferts, voici les mots cassés...
Monsieur de Serisay, c'est à vous : prononcez.
SERISAY
| 575 | Grâce à Dieu, Compagnons, la divine assemblée |
A si bien travaillé, que la langue est réglée.
Nous avons retouché ces durs et rudes mots,
Qui semblaient introduits par les barbares Goths ;
Et s'il n'en reste aucun en faveur de l'usage,
| 580 | Il sera désormais un méchant personnage. |
"Or", qui fit l'important, déchu de tous honneurs,
Ne pourra plus servir qu'à de vieux raisonneurs.
"Combien que", "Pour ce que", sont un son incommode,
Et "D'autant" et "Parfois" ne sont plus à la mode.
| 585 | "Il Conste", "Il nous appert", sont termes de barreau ; |
Mais le plaideur français aime un air plus nouveau.
"Il appert" était bon pour Cujas et Barthole ;
"Il Conste" ira trouver la parlement de Dôle,
Où, malgré sa vieillesse, il se rendra commun;
| 590 | Par les graves discours de l'Orateur Le Brun. |
Du pieux Chapelain la bonté paternelle
Peut garder son tombeau pour sa propre "Pucelle".
Aux stériles esprits, dans leur fade entretien,
On permet "à ravir", lequel n'exprime rien.
| 595 | "Jadis" est conservé par respect pour Malherbe. |
Dans l'Ode il a marché, "Jadis", grave et superbe ;
Scarron (Paul) : écrivain né à Paris en 1610, mort en 1660, était fils d'un conseiller au parlement. Il fut destiné à l'église et même obtint un canonicat au Mans. [...] À la suite d'une mascarade, il contracta une infirmité qui le priva de l'usage des jambes et le réduisit à l'état de cul-de-jatte. En 1652, il épousa par pur sentiment de générosité, Melle d'Aubigné (depuis Mme de Maintenon), qui alors était orpheline et sans fortune. Scarron réussit dans le genre burlesque. Auteur de pamphlets, du « Roman comique », de trois comédies et de poésies diverses. Quoique perclus, contrefait et à être, comme il le disait lui-même, un raccourci des misères humaines, Scarron, avait l'humeur la plus joviale, et il garda sa gaité jusqu'au moment de mourir.
Et de là s'abaissant aux saveurs de Scarron,
Il a pris l'air burlesque et le comique ton ;
Mais il demeure exclu du discours ordinaire :
| 600 | Vieux "Jadis", c'est pour tout ce que l'on peut faire. |
Il faudra modérer cet indiscret "Pourquoi",
Et révérer le "Car", pour l'intérêt du Roi.
En toutes nations la coutume est bien forte ;
On dire cependant que l'on "pousse la porte".
| 605 | Nous souffrons "Néanmoins"; et craignons le Palais, |
Nous laissons "Nonobstant" en repos pour jamais.
Qu'en milieu des cités, la vaine "Cotterie"
Au prodigue "Cadeau" soit toujours assortie :
Et que dans le repos, ainsi que dans l'amour,
| 610 | Ils demeurent bourgeois éloignés de la Cour. |
Auteurs, mes compagnons, qui réglez le langage,
Avons-nous assez fait ? En faut-il davantage ?
LA TROUPE
Voilà ce qu'à peu près nous pensons réformer :
Anathème sur ceux qui voudront le blâmer ;
| 615 | Et soit traiter chez nous plus mal qu'un hérétique, |
Qui ne reconnaîtra la Troupe Académique.
DESMARETS
À ce divin arrêt, des arrêts le plus beau,
Je m'en vais tout à l'heure apposer le grand sceau.
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