LE FILS SUPPOSÉ

COMÉDIE

M. DC. XXXVI. avec privilège du Roi.

par Monsieur de SCUDERY.

À PARIS, Chez AUGUSTIN COURBÉ, Libraire et Imprimeur de Monseigneur frère du Roi, à la petite galerie au Palais, à la Palme.

Représenté pour le première fois en 1645.

Version du texte du 23/12/2012 à 19:22:24.

À MONSIEUR LE CHEVALIER DE SAINT GEORGE.

Mon cher et parfait Ami,

Je donne à votre mérite ce que les autres écrivains présentent à la Fortune ; et je vous dédie ce Livre, parce que n'étant pas grand Seigneur, je vous juge digne de l'être. Mon objet est bien plus noble que le leur, puis que je regarde la Vertu toute nue: et qu'eux s'arrêtent aux ornements, dont cette Aveugle pare et déguise le plus souvent la difformité du vice. Comme c'est de cette sorte, qu'il faut estimer les hommes, Le choix que je fais de vous, ne peut être que fort juste; et par conséquent approuvé de tous ceux qui vous connaissent: Car si l'on vous regarde par les qualités de l'âme, et par celles de l'esprit, il faut avouer que les unes étonnent, et que les autres ravissent. La vivacité de ce bel esprit dont je parle, la solidité de ce jugement qui l'accompagne, et la force de cette mémoire, qui conserve si fidèlement tout ce que les deux autres lui confient, renverse l'opinion Philosophique, qui tient que des effets si différents ne peuvent procéder d'un seul tempérament. Et de vrai, vous êtes un Protée de belles choses, qui vous changez en autant de formes qu'il vous plait; et de toutes les connaissances que doit avoir un honnête homme, il ne vous en manque pas une. Que si je croyais qu'un Cavalier pût recevoir sans rougir les louanges que nous donnons aux Dames, je vous montrerais dans un miroir, que quelque adresse qui soit en vous, sous les Armes que vous portez, et par cet aimable visage que la Nature vous a donné, on vous prendra plutôt pour Minerve que pour Mars. Je vous en dirais davantage, si je ne m'imaginais voir cette belle couleur que la modestie vous met si souvent au front: mais craignant que la colère n'y monte avec elle, et que l'une et l'autre ne me fassent tomber la plume de la main, je me haste de vous dire encore, que je suis, et veux être toute ma vie,

Mon cher et parfait ami, Votre très humble et très fidèle serviteur,

DE SCUDERY.

AU LECTEUR.

Je ne saurais à cette fois, couvrir mes fautes de celles de l'imprimeur : Et si dans ce Livre, tu ne remarques non plus des miennes, que de celles qu'il a faites, j'en aurai de la gloire, et toi du plaisir.

Tout mon soin n'en a pût voir qu'une fort légère, dont je te donne avis ; c'est en la page cinquante-quatre, vers dernier, où pour le mot de, qui, tu dois lire, que, Adieu.

LES ACTEURS

ALMEDOR, gentilhomme Parisien.

ROSANDRE, gentilhomme Parisien.

PHILANTE, fils d'Almedor.

LUCIANE, fille de Rosandre.

ORONTE, gentilhomme parisien.

BRASIDE, gentilhomme parisien.

CLORIAN, gentilhomme breton.

BÉLISE, soeur de Clorian.

DORISTE, domestique d'Almedor.

POLIDON, page d'Almedor.

ACTE I

Rosandre, Luciane, Oronte, Almedor, Philante, Bélise, Clorian, Doriste.

SCÈNE PREMIERE.
Rosandre, Luciane.

ROSANDRE.

Ha ! Ne contestez plus ; laissez vous enflammer ;

Et sachez obéir, si vous savez aimer.

LUCIANE.

Et quoi, vous lassez-vous de souffrir mes services ?

Craignez-vous que mon coeur ne s'abandonne aux vices ?

5   Croyez-vous qu'un esprit que vous avez formé,

Puisse rien concevoir qui doive être blâmé ?

Suis-je un fardeau pesant, à vos faibles années ?

Les larmes que j'épands, sont-elles condamnées ?

Et devenant cruel par excès d'amitié,

10   Me ferez vous un mal, dont vous avez pitié ?

Faites que ce torrent ait la course plus lente ;

N'aimez point sans connaître, au moins voyez Philante ;

Peut-être les portraits qu'on vous en a tracé,

Flattent l'original dont vous me menacez.

15   Qui sait si son humeur pourra plaire à la vôtre ?

Nous ne devons jamais voir par les yeux d'un autre ;

Monsieur, étant bon père, il faut me le prouver ;

Il s'agit de me perdre, ou de me conserver.

ROSANDRE.

Votre bonté paraît dedans cette aventure ;

20   Et nous suivons tous deux la Loi de la Nature :

Vous m'aimez, je vous aime ; et joints par ce lien,

Vous cherchez mon repos, je cherche votre bien,

Mais ma fille, sachez que je serais barbare,

Si j'osais abuser d'une amitié si rare ;

25   Et si loin de rester aux termes du devoir,

Je bornais votre joie à celle de me voir.

Non, non, résolvez vous de finir mon attente ;

Je serai trop content, si vous êtes contente ;

Et pourvu que le Ciel conserve vos plaisirs,

30   Je mourrai sans douleur, et vivrai sans désirs.

La raison nous attaque, et nous devons nous rendre ;

Je vous dois un mari, vous me devez un gendre,

Et bien que l'amitié tâche de nous trahir,

Je vous dois commander, vous devez m'obéir.

35   Mais dedans cet état, plein d'heur et d'innocence,

Nous ne souffrirons point de la rigueur d'une absence ;

Le père de Philante étant bien résolu,

De demeurer ici, comme je l'ai voulu ;

Sa volonté sans fard s'est peinte en son langage ;

40   Il mourra dans Paris, j'en ai sa foi pour gage.

LUCIANE.

Mais après tout, Monsieur, son fils m'est inconnu :

ROSANDRE.

Ne le condamnez pas avant qu'il soit venu ;

Les bonnes qualités que je remarque au père,

Nous le feront voit tel que mon esprit l'espère.

LUCIANE.

45   Ces discours par l'effet, souvent sont combattus ;

Je suis bien votre fille, et n'ai pas vos vertus.

ROSANDRE.

Toujours l'humilité suit les filles bien nées ;

Mais si j'eus des vertus, je vous les ai données.

LUCIANE.

Ici l'obéissance excède mon pouvoir ;

50   Le croyez vous un Dieu, pour l'aimer sans le voir ?

ROSANDRE.

Finissez un propos qui vous rendrait blâmable ;

Si Philante a du bien, il est assez aimable ;

Toutes les qualités de l'esprit et du corps ;

Ce que les amoureux appellent des trésors ;

55   Avoir le poil frisé, la taille avantageuse ;

L'entretien agréable, et l'âme courageuse ;

Le visage charmant tout ainsi que l'esprit ;

Faire gémir un luth, mettre bien par écrit ;

Être bien à cheval, et faire bien des armes,

60   Ne sont plus désormais que trop faibles charmes ;

Et quiconque s'y prend, reconnaît à la fin,

Qu'en matière d'amour il n'est pas le plus fin.

Ma fille, l'hyménée est d'une longue suite ;

Et l'on n'y peut entrer avec trop de conduite ;

65   Dans ces divers sentiers je dois guider vos pas ;

Car l'âge m'a donné ce que vous n'avez pas.

LUCIANE.

Supposons que mon âme en soit fort enflammée ;

Êtes vous assuré que j'en puisse être aimée ?

Ou, serez vous cruel jusqu'en un si haut point,

70   Que de m'abandonner à qui ne m'aime point ?

Si comme vous, son père, a contraint ses pensées,

Que peut-on espérer de deux âmes forcées ?

ROSANDRE.

S'il a du jugement, il vous adorera.

LUCIANE.

Prenez le soin d'apprendre, au moins s'il en aura.

ROSANDRE.

75   J'espère mieux de lui, que de l'ingratitude :

LUCIANE.

Toujours ce mot d'espoir est dans l'incertitude :

ROSANDRE.

Ce long raisonnement me doit être suspect ;

Il commence à sortir des bornes du respect.

LUCIANE.

C'est que dans mon esprit la douleur est plus forte.

ROSANDRE.

80   Voyons-le cet esprit ; plaignez vous, il n'importe ;

Confessez librement qu'Oronte en est vainqueur :

LUCIANE.

Je ne puis plus parler, vous me blessez au coeur.

ROSANDRE.

Et c'est en vous taisant que parlent vos pensées ;

Mais vous les enfermez, comme des insensées.

LUCIANE.

85   Je ne l'ai jamais vu, que par votre pouvoir :

ROSANDRE.

Et le même aujourd'hui vous défend de le voir.

Ô dangereux esprit ! Serpent couvert de roses ;

Qui cache son venin dans les plus belles choses,

Et qui d'un masque feint de l'Amour paternel,

90   Tâche de déguiser un Amour criminel :

Mais en vain l'artifice, a pensé me surprendre ;

J'ai bien vu qu'on aimait Oronte, et non Rosandre ;

Et que pour obliger mon coeur à la pitié,

Vous soupiriez d'amour, et non pas d'amitié.

95   Mais si vous n'éteignez cette illicite flamme,

Qu'un injuste tyran allume dans votre âme ;

Si dans votre repos vous ne cherchez le mien ;

Si vous le traversez en fuyant votre bien ;

Si vous vous obstinez contre ce que j'ordonne ;

100   Vous verrez le pouvoir que Nature me donne.

LUCIANE.

On me verra mourir avant que vous fâcher.

ROSANDRE.

Voici ton assassin, fuis-le ; va te cacher.

Oronte, excusez moi, si mon devoir m'oblige,

À vous faire un discours, dont la fin vous afflige ;

105   Mais comme les plus francs sont toujours les meilleurs,

Prenez d'autres desseins cherchez fortune ailleurs :

Luciane est promise, et bientôt l'hyménée,

Fera voir clairement à qui je l'ai donnée :

C'est à vous maintenant, mal-gré la passion,

110   D'user de cet avis avec discrétion ;

Et de n'aspirer plus après une conquête,

Dont un autre a déjà le laurier sur la tête.

SCÈNE II.
Oronte, Rosandre.

ORONTE.

Ha ! Monsieur écoutez, au moins auparavant.

ROSANDRE.

Finissez vos regrets, ou les donnez au vent :

115   Me voyant résolu, vous devez vous résoudre.

ORONTE.

Enfin sur mon espoir, j'ai vu tomber la foudre ;

J'en ai reçu le coup, de la rigueur du sort ;

Et l'on m'a prononcé ma sentence de mort.

Que le mal qui surprend à bien plus d'amertume,

120   Que ces lentes douleurs, qu'on souffre par coutume !

Quand aux coeurs généreux la fortune défaut,

Que leur chute est mortelle, et qu'ils tombent de haut !

La volage qu'elle est, cessant d'être propice,

Il n'est point de milieu, du fête, au précipice ;

125   Et quelque rang qu'on tienne en l'Empire amoureux,

Il ne faut qu'un moment pour être malheureux.

Ô comme on est déçu par la belle apparence !

Ô qu'on est mal fondé sur la vaine espérance !

Songe d'homme éveillé ; faux espoir si trompeur ;

130   Chimère qu'on adore ; agréable vapeur ;

J'éprouve dans les maux, où le destin me plonge,

Que qui n'a que l'espoir, n'est bien heureux qu'en songe :

Où sont tant de grandeurs que j'espérais avoir ?

Vous qui les promettiez, faites les moi revoir ;

135   Mais non, retirez-les, ma fortune est changée,

Et le plaisir s'enfuit de mon âme affligée ;

Je n'ai connu le bien, que pour le regretter.

Espoir, avec que vous, le jour me va quitter

Je sens que la douleur va suivre mon envie ;

140   Reine de mon esprit, Maîtresse de ma vie,

Luciane, mon coeur, étant abandonné,

Viens reprendre celui que tu m'avais donné.

Mais non, souffre plutôt, qu'au milieu du martyre,

Je meure avec un bien, qui vaut mieux qu'un Empire ;

145   Ainsi dans ce trépas j'aurai de la douceur :

Rival, contente toi d'être mon successeur :

La fortune t'acquiert, et sans peine, et sans guerre,

Plus que n'eut Alexandre, en conquérant la terre :

Et tu te peux vanter de tenir un trésor,

150   Qui vaut mille fois mieux, que les perles, et l'or.

Mais quoi ! lâche, timide, à l'honneur peu sensible.

Veux-tu comme un démon, le garder invisible ?

Montre toi pour le moins ; que je sache en mourant,

Qui fut de ce trésor le brave conquérant ;

155   Emporte-le de force, et non pas d'industrie ;

Dis moi quel est ton nom ; apprends moi ta patrie ;

Et puis que le bonheur accompagne tes pas,

Illustre encore ta gloire, avecques mon trépas :

Mais devant triompher de mon âme trompée,

160   Souviens toi pour le moins que je porte une épée :

Et me volant un bien n'est point limité,

Viens t'en me témoigner que tu l'as mérité.

Que la seule valeur emporte la balance ;

Et ne te cache plus sous un honteux silence.

165   Hélas ! en ce discours, j'ai perdu la raison ;

Le traître qui m'attaque est ainsi qu'un poison,

Qui sans se faire voir m'ouvre la sépulture,

Et par des maux secrets, m'applique à La torture :

Ô ! rage, Ô désespoir ! Ou dois-je recourir ?

170   Si je meurs, sans savoir, ce qui me fait mourir.

Ha ! père sans pitié, qu'une sale avarice,

Éloigne des vertus, et porte dans le vice,

Apprends moi quels défauts tu me peux reprocher ?

Sinon que je n'ai point de lingots à cacher ;

175   Que je foule à mes pieds celui qui te maîtrise :

Et que tu fais ton Dieu de ce que je méprise :

Hélas ! dans quelle erreur vit cet homme brutal,

De qui le coeur de bronze, aime un autre métal.

Mais vous, chère maîtresse, au milieu de l'orage,

180   Pour nous perdre tous deux, perdrez vous le courage ?

C'est ici, mon amour, qu'il est fort important,

D'avoir un coeur sans crainte, aussi bien que constant ;

Afin de l'opposer à cette tyrannie,

Et m'accorder un bien qu'un père me dénie.

185   Lorsque la volonté veut agir sans cesser,

Il n'est point de tyran qui la puisse forcer.

Non vous me trahirez, ou vous servirez d'elle ;

Et je ne puis vous perdre, à moins qu'être infidèle :

Mais bien, que sur sa foi, je me puisse fier,

190   Essayons de la voir, pour la fortifier ;

Et découvrons encore le nom de l'adversaire :

Ô remède sanglant, que tu m'es nécessaire ?

SCÈNE III.
Almedor, Rosandre.

ALMEDOR.

Cher Rosandre, aussitôt qu'on nous eut séparés,

Je tombai dans les maux qui m'étaient préparés :

195   Vous retâtes à Rome ; et je revins en France,

Où commença le cours de ma longue souffrance :

J'épousai Crisolite ; et dans neuf mois préfixe,

Les faveurs de Junon me donnèrent un fils :

Fils, obtenu par voeux, de la bonté céleste ;

200   Seul plaisir que j'eus lors, et seul bien qui me reste :

La charge que j'avais m'emporta sur la mer ;

J'entre dans ma Galère, et je la fais ramer

Du côté du Levant, où l'amiral m'envoie,

Pour trouver un Corsaire, et recoure sa proie ;

205   C'était un vaisseau rond, qu'avec fort peu d'effort,

Ce pirate avait pris à mille pas du port :

Le vent qui me trompait, au lever des Étoiles,

S'enferma dans sa grotte, et n'enfla plus nos voiles ;

De sorte que la chiourme agissant à son tour,

210   Me le fit voir fort prés, dès la pointe du jour,

Et lors que le soleil eut ouvert ses barrières,

Ma galère doubla le cap des îles d'Hyères ;    [1]

Mais pensant l'investir, je me trouve investi,

Par deux autres vaisseaux de son même parti :

215   Ils me somment tous trois d'amener bas ; semonce,

Ou mon canon tout seul daigna faire réponse ;

Car je me résolus au combat inégal,

Trouvant que le trépas était un moindre mal.

Chacun dans ma Galère à l'instant prend sa place ;

220   Je range mes soldats ; je mets la chiourme basse ;

Le Comité sifflant, le coutelas au poing,

J'aborde l'ennemi, qui me tirait de loin.

Aussitôt de leurs gens, la foule est éclaircie ;

Car je les saluai, d'un canon de courcie,    [2]

225   Qui leur donnant en proue, et presque à fleur d'eau,

Envoya le boulet tout le long du vaisseau,

Et porta la frayeur, et la mort avec elle,

Dans le barbare sein de la troupe infidèle.

L'air tout gros de fumée obscurcit leurs croissants,     [3]

230   Et la fuite était peinte en leurs fronts pâlissants :

Quand un coup de canon qu'un des trois me décharge,

Fait au château de poupe une ouverture large,

L'onde nous engloutit ; mais dans cet accident,

D'une force invincible, et d'un courage ardent,

235   Suivi de vingt des miens, qu'anime ma constance,

Je saute dans leur bord, malgré leur résistance ;

Nous combattons serrés ; et leur faisons bien voir,

Ce que peut la vertu, réduite au désespoir.

Mais enfin la valeur, succomba sous le nombre ;

240   Sous la grêle des traits nous combattions à l'ombre ;

Et ces braves soldats percés de part en part,

Mourants tous à mes pieds me firent un rempart.

Je disputais encore les restes de ma vie ;

Mon âme allait sortir, sans se voir asservie ;

245   Lorsqu'un Turc par derrière (à ce que l'on me dit)

D'un coup de cimeterre à ses pieds m'étendit :

On me prend, on me lie, et respirant encore,

Un rayon de pitié toucha le coeur d'un More ;

Il pensa ma blessure ; et puis hors de danger,

250   Il me vendit Esclave au Royaume d'Alger.

(Car craignant les prisons qui sont en la mer noire,

Objet plein de terreur, qui toucha ma mémoire)

Je cachai ma naissance, et fus pris aisément,

Pour un simple soldat, à mon habillement.

255   Mais espérant la paix, je rencontrai la guerre :

Étant mené captif si loin dedans la terre,

Qu'il ne me fut permis en aucune façon,

D'espérer ma franchise, en payant ma rançon.

Ainsi fus-je traité des noires destinées,

260   Pendant le fâcheux cours de plus de vingt années :

Mais enfin la fortune abrège a mon ennui ;

La peste prit mon Maître, et tout mourut chez lui.

Si bien que resté seul en ce climat sauvage,

Sous l'aile de la nuit, je gagnai le rivage ;

265   Où trouvant par bonheur, un Navire Français,

Il me fit voir les lieux où je me souhaitais.

(A ce ressouvenir ma douleur se réveiller)

Je trouvai que ma femme était morte à Marseille,

Et que mon fils absent bien loin de mon chemin,

270   Demeurait en Bretagne avec son Oncle Osmin.

Je reviens à Paris, toujours dans la tristesse,

Où vous avez banni cette importune hôtesse,

Renouvelant les voeux, d'une antique amitié :

Voilà quel est mon sort, dont vous avez pitié,

275   Trouvant bon que mon fils, épouse votre fille,

Pour unir d'autant mieux, l'une et l'autre famille,

ROSANDRE.

Certes, cher Almedor, ce récit m'a touché :

Pour n'irriter vos maux, le mien parait caché :

Chacun a ses plaisirs ; chacun a ses traverses ;

280   Qui plus, qui moins, selon les fortunes diverses :

Mais aujourd'hui nos maux se verront adoucis ;

Et vous et moi trouvons la fin de nos soucis.

Mais ce fils inconnu d'un si généreux père,

Doit-il bientôt venir ?

ALMEDOR.

Rosandre je l'espère ;

285   Doriste l'un des miens me le dois amener :

ROSANDRE.

Adieu, puisse le Ciel, nos travaux couronner.

SCÈNE IV.
Philante, Bélise.

La scène change de face.

PHILANTE.

Et quoi chère Bélise, en augmentant mes peines,

Vous croyez que Paris est moins plaisant que Rennes ?

Mais si vous respiriez le doux air de la Cour,

290   Vous changeriez d'avis, ainsi que de séjour.

Aux grands et forts esprits toutes villes sont bonnes ;

Nous n'aimons pas les lieux, nous aimons les personnes ;

Le plus affreux désert nous doit paraître doux,

Si ce que nous aimons, y vit avecques nous.

295   Pour moi (si j'y voyais le bel oeil qui me pique)

Je me croirais en France, au milieu de l'Afrique :

Car je trouve partout, dedans votre entretien,

Mes solides plaisirs, et mon souverain bien :

Comme loin d'un objet, qui me semble si rare,

300   Tout séjour m'est funeste, et tout climat barbare :

Ces justes sentiments doivent être suivis ;

Et quiconque aime bien sera mon avis.

BÉLISE.

Que vous avez de tort, injurieux Philante,

De croire que ma foi, soit jamais chancelante :

305   Et de douter encore, après tant de serments,

Que vous puissiez tout dessus mes sentiments.

Non, non, guérissez vous d'une erreur mal fondée ;

Vous régnez dans mon coeur ; je n'ai point d'autre idée ;

Et quelque preuve enfin, que vous veuillez avoir,

310   Si je vous la refuse, elle est hors de pouvoir.

Quand la fortune aveugle, en m'offrant un Royaume,

Me couvrirait d'un Dais, et vous d'un toit de chaume,

À quelque point d'honneur qu'elle pût m'élever,

Je descendrais du Trône, et vous irais trouver.

315   Jugez après cela, combien je vous estime ;

Et si votre soupçon n'est pas illégitime.

PHILANTE.

Si vous m'aimez autant comme je vous chéris,

Vous me le ferez voir, en venant voir Paris.

BÉLISE.

Mais vous, si vous m'aimez, aimez encore ma gloire.

PHILANTE.

320   Il faut que mon vainqueur me cède la victoire :

Sous le nom de mari, votre honneur à couvert,

Craindrez vous le naufrage, ayant ce port ouvert ?

BÉLISE.

Je crains avec raison la fureur de mon frère.

PHILANTE.

C'est n'oser s'embarquer, de peur d'un vent contraire ;

325   Faible timidité, qui fait tort à ma main :

Vous le traitez en père, et non pas en germain ;

Sous un frère cruel vous êtes bien à plaindre ;

Il se doit faire aimer, et se veut faire craindre.

BÉLISE.

Vous même avez un père.

PHILANTE.

Ô Dieu ! N'achevez pas :

330   Que vous connaissez mal de si charmants appas

Que les faveurs du Ciel ont mis en ce visage,

Si vous en ignorez, et la force, et l'usage.

Quand je serais sorti d'un Tigre sans pitié,

Un seul de vos regards aurait son amitié :

335   Peut-on voir dans mon choix un défaut qui le blesse ?

Manquez vous de vertu ? Manquez vous de noblesse ?

Et quand la soif de l'or aurait pût le tenter,

Trouve-t-il pas en vous de quoi la contenter ?

SCÈNE V.
Clorian, Philante, Bélise.

CLORIAN.

Une affaire pressée, au logis vous demande.

PHILANTE.

340   Voyez l'impérieux, de quel air il commande !

Si vous endurez plus de sa sévérité,

Je vous crois sans amour, sans générosité :

BÉLISE.

Philante, son orgueil, fait pencher la balance ;

Je n'en puis plus souffrir ; je hais trop l'insolence ;

345   Fais mon unique espoir tout ce qu'il te plaira ;

Celle qui te commande en fin t'obéira.

PHILANTE.

Un habillement d'homme assurera ma prise :

BÉLISE.

Je vaincrai le péril comme je le méprise :

Adieu ; prends soin de tout ; et t'assure en ma foi :

350   Cet importun encor, a les yeux dessus moi.

PHILANTE.

Jamais chasseur d'amour ne fit si belle proie :

Approche toi Doriste, et prends part à ma joie ;

La belle que je sers, est flexible à mes voeux ;

Je suis Dieu ; c'en est fait ; elle a dit je le veux.

355   Partons, partons Doriste, allons trouver mon père ;

Qu'il reçoive un plaisir, plus grand qu'il ne l'espère ;

Sa lettre est fort pressante ; et moi plein de désir ;

Viens savoir mes desseins ; viens savoir mon plaisir ;

Je veux que ton esprit soit de ma confidence.

SCÈNE VI.
Doriste, Philante.

DORISTE.

360   Gouvernez tous les deux avecques la prudence :

Doriste ne saurait, ni flatter, ni trahir ;

Mais si vous commandez, c'est à lui d'obéir.

SCÈNE VII.
Clorian, Bélise.

CLORIAN.

Ma soeur, je suis fâché que votre retenue,

Se perd, et n'agit plus ; qu'est-elle devenue ?

365   À quoi bon ces discours, avec un Étranger,

Une plume à tous vents, un oiseau passager ?

Qu'espérez vous de lui pour cette complaisance ?

Plus sensible à l'honneur, craignez la médisance ;

Ou je vous ferai voir que vous êtes ma soeur.

BÉLISE.

370   Je vous reçois pour frère, et non pas pour censeur :

Et dans ma pureté, je dépite l'envie,

Avec ses dents de fer, de mordre sur ma vie :

Au reste je suis libre, on ne me peut forcer.

CLORIAN.

Votre honneur est le mien ; c'est à moi d'y penser :

375   Ici mon intérêt, s'engage dans le votre :

Rejetant mon Conseil, le prendrez vous d'un autre ?

Je vois bien que la force, est enfin de saison :

BÉLISE.

Je reçois le conseil de la seule raison ;

Et la sais discerner, d'avecques le caprice.

CLORIAN.

380   Vous perdrez le respect, en défendant le vice :

Mais je vous traiterai (voulant vous secourir)

Comme un esprit blessé qui ne veut pas guérir.

BÉLISE.

En vain mauvais Démon, tu souffles ta manie ;

Je me verrai bientôt hors de ta tyrannie ;

385   Tes menaces en l'air, ne m'épouvantent point :

Partons, puis qu'à l'amour, le courage s'est joint ;

Il en est temps mon coeur ; il nous y faut résoudre ;

L'éclair assez souvent est suivi de la foudre :

Mais toujours le bonheur, sauve de ces hasards,

390   Les myrtes de l'Amour, et les lauriers de Mars.     [4]

ACTE II

Luciane, Oronte, Bélise, Doriste, Clorian, Philante.

SCÈNE PREMIÈRE.

LUCIANE.

Stances.

La scène rechange encore.

À quelle injuste loi me trouvai-je asservie,

Que tout me nuit également ?

J'ai commander un père, et prier un Amant ;

De l'un je tiens l'esprit ; et de l'autre la vie.

395   J'ai parler à mon coeur, l'Amour et la Nature,

Le devoir, et la volonté ;

Et mon malheur enfin à tel point est monté,

Qu'il faut que je me rende, ou rebelle, ou parjure,

Dures extrémités, qui partagent mon âme !

400   Lequel dois-je désobliger ?

De tous les deux côtés je trouve à m'affliger ;

De l'un je tiens le jour ; et de l'autre la flamme.

L'un fait agir pour lui, le respect, et la crainte ;

Et l'autre l'inclination ;

405   J'ai de l'obéissance, et de la passion ;

Craintive à la menace, et sensible à la plainte.

L'un me dit ce qu'il peut, l'autre ce qu'il désire ;

Et quand j'en fais comparaison ;

Dedans chaque parti, mon oeil voit la raison ;

410   Et bien qu'il n'en soit qu'une, il ne la peut élire.

Quoi, manquer de respect ! quoi, manquer de promesse !

Ha non, non, il vaut mieux mourir ;

Mon Oronte l'emporte ; et j'ai beau discourir,

Le nom de fille cède à celui de Maîtresse.

415   Arrière ce propos, dont mon âme insensée :

A pensé choquer mon amour :

Avant que perdre Oronte, il faut perdre le jour ;

Et mourir de douleur, pour vivre en sa pensée.

Tyran de nos désirs, respect trop rigoureux,

420   Ennemi capital de l'Empire amoureux,

Je n'ai que trop gémi sous tes lois inhumaines ;

Il est temps de borner, ton pouvoir, et mes peines :

Oui, bien que mon esprit en puisse être blâmé,

Témoignons en mourant que nous avons aimé :

425   Brûlant d'un feu si pur, découvrons-le sans honte ;

On lira notre excuse, au visage d'Oronte ;

Et ses yeux tous puissants pourront même exprimer,

Que puisque je les vis, je les devais aimer.

Ô rencontre funeste ! Et jadis opportune ;

430   Sa tristesse me dit qu'il sait notre infortune.

SCÈNE II.
Oronte, Luciane.

ORONTE.

Et bien mon coeur ? Souffrez, pour charmer mon souci,

Quoi qu'il ne soit plus mien, que je le nomme ainsi,

Enfin l'arrêt d'un père, ennemi de ma flamme,

Condamne un misérable à sortir de votre âme ?

435   Il veut que l'intérêt m'ôte de votre esprit,

Comme on effacerait ce qu'on aurait écrit ?

Et qu'un heureux rival me dérobe une gloire,

Qui ne me fasse plus qu'affliger la mémoire ?

Soit ; mourons ; j'y consens ; et ma témérité,

440   Souffre en cet accident ce qu'elle a mérité :

Mon vol fut téméraire ; il est vrai ; je l'avoue ;

Le blâme qui voudra, mais pour moi je le loue :

Lorsqu'en un grand dessein l'on oses élever,

La gloire est d'entreprendre, et non pas d'achever.

445   La fortune est volage, aussi bien qu'insolente ;

Elle méprise Oronte, et caresse Philante ;

Car j'ai su que c'est lui qui s'en va me ravir,

Avec tout mon espoir, l'honneur de vous servir :

Il vous doit posséder ? ô cruelle ordonnance ?

450   Fatale à mes plaisirs, dure à ma souvenance,

Que tu me vas coûter, et de sang, et de pleurs :

Hé puissai-je tout seul, en souffrir les malheurs ;

Oui, chère Luciane, en mon ardeur extrême,

(Après cela jugez, à quel point je vous aime)

455   Je souhaite entre vous un amour mutuel,

Et le sort aussi doux, comme je l'ai cruel :

Mais lors que votre bien m'aura coûté la vie ;

Au milieu des douceurs, où l'hymen vous convie,

Mêlez pour un amant, si ferme, et si discret,

460   À vos soupirs d'amour, un soupir de regret :

Ainsi puisse le Ciel bénir votre aventure,

Enfermant tous vos maux dedans ma sépulture :

Et puisse mon rival, pour vos félicités,

Connaître comme moi, ce que vous méritez.

LUCIANE.

465   Amoureux assassin dont la seule parole,

Me fait vivre et mourir, m'afflige, et me console,

Et gouverne à son gré les mouvements d'un coeur,

Qui jadis invincible, adore son Vainqueur :

Cessez, hélas ! Cessez, cruel, autant qu'aimable,

470   De nourrir un soupçon qui vous rendrait blâmable ;

J'aime ; c'est tout vous dire ; après cela, voyez,

Si Philante me plaît comme vous le croyez ;

Et si souffrant pour vous une ardeur continue,

Je puis jamais brûler d'une flamme inconnue.

475   Non, non, guérissez vous de cette opinion ;

La parque seulement rompra notre union ;

Et malgré les rigueurs des parents et de l'âge,

Vous serez inconstant, si je deviens volage :

M'ayant juré que non, d'un serment solennel ;

480   N'est-ce pas vous promettre un amour éternel ?

ORONTE.

C'est me remplir d'honneur ; c'est me combler de joie ;

Mon pauvre esprit y nage, et mon âme s'y noie ;

Et l'Univers entier ne peut avoir de Roi,

Qui dedans ce moment soit plus heureux que moi.

485   Toutes les vanités, la grandeur, et la pompe ;

Et ce faste éclatant, par qui l'âme se trompe ;

Le sceptre, la couronne, et le trône doré

Valent moins que le bien dont je suis honoré :

Posséder votre coeur, est avoir un Empire ;

490   J'en sais bien la valeur, c'est pourquoi je soupire,

Connaissant que le sort, a dessein de m'ôter,

Ce que tout le Pérou ne saurait acheter.

Mais cet Astre malin qui persécute Oronte,

Peut l'obliger au mal, et non pas à la honte ;

495   Il mourra dans la gloire où vos beaux yeux l'ont mis ;

Et ne suivra jamais le char des ennemis :

C'est assez m'affliger, sans vouloir que je vive ;

Puis qu'on voit leur triomphe, et ma Reine captive.

LUCIANE.

Celle qui d'un aspic, sut guérir sa douleur,

500   M'enseigne que la mort empêche ce malheur.

ORONTE.

Ce remède est certain ; mais j'en connais un autre,

Qui peut sauver ma vie, en conservant la votre.

LUCIANE.

Proposez seulement ; et si je ne le fais,

Appelez moi perfide, et ne m'aimez jamais.

ORONTE.

505   Il faut dans ce péril mettre tout en usage :

Faites que le mépris paroisse en ce visage ;

Que Philante à l'abord y trouve des froideurs,

Capables d'amortir ses plus vives ardeurs ;

Que tout ce qu'il dira semble ne vous pas plaire ;

510   Feignez que son respect émeut votre colère ;

Ne lui répondez point quand il vous parlera :

S'il est né généreux, il se dépitera ;

Son esprit rebuté de ce nouveau servage,

Sans aller plus avant gagnera le rivage :

515   Comme les Matelots, qui tous prêts de ramer,

Évitent dans le port le courroux de la Mer :

L'amour ne saurais vivre, étant sans espérance.

LUCIANE.

Je ouïs que ce conseil a beaucoup d'apparence :

ORONTE.

Mais si cela le pique, et ne l'arrête pas ;

520   (Comme on peut tout souffrir pour avoir vos appas)

Il faut que je lui dise, en ce danger extrême,

Qu'il ne peut être aimé d'une fille que j'aime ;

Mais où ce téméraire, encore l'entreprendrait,

Permettez à ce bras de conserver mon droit.

LUCIANE.

525   Si du premier espoir je me trouve trompée,

Je mettrai mon salut au bout de votre épée,

ORONTE.

Secondé de vos voeux, au milieu des combats,

Il n'est point d'ennemis que je ne mette à bas.

LUCIANE.

Il nous faut séparer craignant qu'on ne nous voie.

ORONTE.

530   Un rayon d'espérance a ranimé ma joie ;

Et puisqu'il m'est permis de défendre mon bien,

Je me moque de tout, et je ne crains plus rien.

SCÈNE III.
Bélise, Doriste.

La scène change.

BÉLISE.

Doriste, à quel malheur me trouvai je réduite ?

Philante disparu, qui prendra ma conduite ?

535   Que dois-je devenir ? hélas ! conseille moi,

Toi de qui le service a signalé la foi :

Trois jours se sont passés, depuis qu'abandonnée,

Je pleure en ce désert un fugitif Énée,     [5]

Qui devait emprunter les ailes de l'amour,

540   Pour voler en allant, aussi bien qu'au retour.

Qui me laissant ici dans cette solitude,

Devrait par sa douleur voir mon inquiétude ;

Sentir ce que je sens ; partager mes ennuis ;

Et nous guérir tous deux, revenant où je suis.

545   S'il était allé loin, j'excuserais sa faute ;

Mais si cette montagne était un peu plus haute,

Et ces champs d'alentour, moins couronnés de bois,

Notre oeil découvrirait les murailles de Blois.    [6]

Cependant ce cruel me laisse à la torture ;

550   Et peut-être qu'il rit des peines que j'endure ;

Peut-être ce volage, au milieu des plaisirs,

Aussi bien que de lieux, a changé de désirs.

Mais si tu fais ce crime, infidèle Thésée ;

D'amante bien heureuse, amante méprisée ;

555   Je conjure le Ciel, dans cette trahison,

Sil n'est de ton parti, de m'en faire raison.

DORISTE.

Madame, jugez mieux de l'esprit de mon maître

Il est homme d'honneur, et vous l'appelez traître.

BÉLISE.

Pardonne à ma douleur ; j'en blâme le transport ;

560   Et je l'aimerais mieux, infidèle que mort.

DORISTE.

Par mon ressentiment je puis juger du votre :

Mais j'espère pourtant qu'il n'est ni l'un ni l'autre.

BÉLISE.

Confesse à tout le moins qu'il est bien négligent.

DORISTE.

Madame, vous savez qu'il cherche de l'argent :

565   Peut-être son Ami n'est pas dedans la ville :

BÉLISE.

Ô qu'ici ton conseil m'est un remède utile.

Quel chemin prendrons nous en cette extrémité,

N'osant pas retourner chez un frère irrité ?

Ni songer seulement d'être dans ma patrie,

570   L'objet des médisants pour ma gloire flétrie.

DORISTE.

La fortune a des traits qu'on ne peut éviter :

Mon esprit en suspends ne sait où s'arrêter ;

L'argent nous va faillir ; le danger nous talonne ;

Et pour notre secours je ne trouve personne.

575   Mais puisqu'en ce péril ma main tient le timon,

Oyez ce que m'inspire un bien heureux Démon.

Ce seul moyen nous reste ; il est plein de courage ;

Mais on doit tout oser au milieu de l'orage.

Le père de mon Maître, absent depuis vingt ans,

580   N'ayant point vu son fils depuis un si longtemps,

Ne le saurait connaître ; et c'est sur quoi je fonde,

Le projet d'un dessein le plus hardi du monde.

Il faut que vous passiez sous cet habillement,

Pour ce fils désiré qu'il aime uniquement :

585   Votre âge assez égal fera croire la chose ;

Et tout réussira comme je le propose.

Moi seul qui le connais aurai plus de crédit,

Lorsque j'attesterai ce que vous aurez dit :

J'ai la lettre d'Osmin, qui nous est d'importance ;

590   Vous savez bien qu'il est bien de votre connaissance,

Vous l'en entretiendrez ; et cela suffira,

Pour lui persuader tout ce qu'il nous plaira.

S'il parle de la mère, afin de vous conduire,

Avant qu'être à Paris, je vous en veux instruire ;

595   Mais de telle façon qu'un homme plus rusé,

Donnerait dans le piège, et serait abusé.

Ainsi nous coulerons cette absence importune ;

Ainsi facilement nous vaincrons la fortune ;

Et mon Maître échappé, sans doute d'un malheur,

600   Viendra finir sa peine avec votre douleur.

BÉLISE.

Quelque difficulté que l'esprit me présente,

De retenir mes pas, elle est insuffisante ;

Bien qu'il soit dangereux je suivrai ton conseil ;

Partons pour n'être vus au coucher du Soleil ;

605   Et fasse le destin, que ton Maître revienne,

Pour terminer sa crainte, en terminant la mienne.

SCÈNE IV.

La scène change encore.

CLORIAN.

Que ne peut-on forcer avecques la douceur !

Philante me ravit, aussi bien que ma soeur ;

Malgré moi son respect désarme ma colère ;

610   Et mon dessein se change en celui de lui plaire.

Bien que mon coeur résiste aux traits de la pitié,

Je commence à sentir qu'il a de l'amitié :

Enfin il se faut rendre aux pleurs d'un misérable,

Et par là faire voir ma défaite honorable.

615   Finissons un procès, qui n'est plus de saison ;

Puis qu'il ouvre mon âme, ouvrons lui la prison ;

Que l'outrage enduré s'efface en ma mémoire ;

C'est l'unique moyen de réparer ma gloire :

Oui, ses voeux sont les miens ; ma haine va cesser ;

620   Allons rompre ses fers afin de l'embrasser.

SCÈNE V.

PHILANTE.

Séjour des malheureux ; effroyable demeure ;

Où le destin cruel veut Philante meure ;

Apprenez qu'en ce mal, qui cause mon trépas,

Si je le souffrais seul, je ne m'en plaindrais pas.

625   C'est faiblesse aux mortels d'appréhender les parques,

Voyant que notre sort est celui des Monarques :

Que tout meurt, que tout passe ; et qu'une même loi,

Traite avecques rigueur, le sujet, et le Roi.

Mais de quelque vertu que j'emprunte les armes,

630   Je fais voir ma douleur, en faisant voir mes larmes ;

Et venant à songer que Bélise m'attend,

Je cède, je me rends, et ne suis plus constant.

Abandonner Bélise en un lieu solitaire !

Mais voici le cruel qui me force à me taire.

SCÈNE VI.
Clorian, Philante.

CLORIAN.

635   Persistez vous toujours, en ce mauvais dessein ?

Et me voulez vous mettre un poignard dans le sein ?

Puisqu'en vous rencontrant je romps votre entreprise,

Ne me direz vous point où se trouve Bélise ?

Pourquoi la cachez vous, étant dans la prison ?

640   Jugez que la rigueur m'en peut faire raison ;

Et que me refusant cette juste allégeance,

J'ai droit de la chercher avecques la vengeance.

Que j'en suis en pouvoir ; et qu'un frère irrité,

Doit porter la justice à la sévérité,

645   Et réparer sa gloire, et la faute arrivée,

Par la crédulité d'une soeur enlevée.

PHILANTE.

En vain votre discours me va sollicitant,

De trahir un secret qui m'est trop important :

Un esprit résolu ne craint point la torture ;

650   La force de l'amour en donne à la nature :

Et quelque cruauté que l'on puisse exercer,

Mon coeur est un rempart, qu'on ne saurait forcer.

Mais vous, qu'à si bon droit la Bretagne renomme,

Songez que comme vous je suis né Gentil homme.

CLORIAN.

655   Je me rends, cher Philante ; et le masque est levé,

Ne parlons plus jamais d'un malheur arrivé ;

Loin de m'en souvenir, vous verrez au contraire,

Par mes humbles devoirs que je vous tiens pour frère.

PHILANTE.

Mon oreille me trompe aussi bien que mes yeux !

CLORIAN.

660   Ha ! Tirons la vertu de ces infâmes lieux.

ACTE III

Philante, Clorian, Almedor, Bélise, Doriste, Oronte, Rosandre, Luciane.

SCÈNE PREMIÈRE.
Philante.

PHILANTE.

La scène rechange encore.

VILLANELLE

Hélas ! bien qu'en ces Bois ma plainte continue,     [7]

Je ne peux découvrir, ce qu'elle est devenue.

En quelle extrémité me trouvai-je réduit ?

La douleur m'accompagne, et le plaisir me fuit ;

665   Le désespoir, l'horreur, la colère, et la rage,

Règnent en mon courage :

Je cherche vainement l'objet de mon amour ;

Ce Soleil, pour mes yeux, est couvert d'une nue,

Je demande Bélise aux rochers d'alentour ;

670   Mais ils ne disent point ce qu'elle est devenue.

Témoins de son départ, comme de ma douleur ;

Qui vîtes son dessein ; qui voyez mon malheur ;

Par la voix des Échos, répondez à la mienne ;

Il faut que je l'obtienne :

675   Auriez vous remarqué son esprit inconstant ?

Vous a-t-elle fait voir son âme toute nue ?

Dépeignez moi l'humeur qu'elle avait en partant ;

Ou me dites au moins ce qu'elle est devenue.

Aurait-elle trahi mon amour, et sa foi ?

680   Est-elle dans les bras d'un autre Amant que moi ?

Ne flattez point mon mal ; la croirai-je infidèle ?

Répondez moi pour elle ?

Quand j'ai perdu ma Dame, en m'éloignant d'ici,

Quelque nouveau rival l'a-t-il entretenue ?

685   Non, non, je suis coupable, en vous parlant ainsi ;

Dites moi seulement ce qu'elle est devenue,

Hélas ! en quel endroit me la faut-il chercher ? [D]

Quel antre reculé me la peut bien cacher ?

Quoique tu sois sans yeux, compagnon de sa fuite,

690   Amour, prends ma conduite :

Je n'ai que trop souffert en ne la voyant pas ;

Et déjà le destin me l'a trop retenue ;

Mais ce cruel tyran, ce qui rit de mon trépas,

Ne me découvre point ce qu'elle est devenue.

695   Ô toi, qui romps les noeuds d'une sainte amitié ;

Vois les maux que je sens, pour en avoir pitié ;

Et si tu n'es un Tigre, après l'avoir ravie,

Viens t'en m'ôter la vie :

Je n'en veux point sans elle ; et mon coeur est content,

700   De sentir que dans lui la force diminue ;

Mais avant qu'être pris du trépas qui m'attend,

Je voudrais bien savoir ce qu'elle est devenue.

Bélise ; ha ! ce beau nom qui me soulait guérir,

Ne sert plus maintenant qu'à me faire mourir :

705   Il augmente ma peine, et reste sans réponse ;

Et c'est dans ce malheur pourquoi je le prononce ;

Afin que ma douleur, en s'accroissant toujours,

Puisse trouver son terme en celui de mes jours.

Bélise ; impitoyable ; encore un coup ; Bélise ;

710   Hé ! réponds à ma voix ; dis moi ton entreprise ;

S'il est vrai que ton coeur, m'aimât jadis si bien ;

Que je sache ton sort, en finissant le mien.

Es tu sourde à mes cris ? Et toi lâche Doriste,

Peux-tu bien me savoir en un état si triste ;

715   Peux-tu bien t'éloigner ; peut-tu suivre ses pas,

Ainsi que ses desseins, et ne m'avertir pas ?

Ha traître ! après le mal où mon âme est réduite,

Rien ne te peut sauver, que ma mort, et ta fuite.

Ma perte est ton salut, infidèle, pervers ;

720   Car je t'irai punir au bout de l'Univers.

Destin, Maîtresse, Amis, enfin tout m'abandonne :

Belle ingrate, va-t'en ; mon coeur te le pardonne ;

Adorable parjure ; aimable esprit léger ;

Juge après mon trépas, si tu devais changer.

725   Ô crainte criminelle, autant comme importune ;

Bélise est innocente ; et non pas la fortune ;

Elle n'a point de tort ; je le vois clairement ;

L'excès du déplaisir m'ôte le jugement :

Si le Ciel oit les voeux, poussez pour l'amour d'elle,

730   Elle vivra constante, et je mourrai fidèle ;

Et je l'ose espérer ; son extrême vertu

Relève avant ma mort, mon courage abattu.

SCÈNE II.
Clorian, Philante.

CLORIAN.

Mon frère, tout va bien ; mes gens viennent d'apprendre,

Le chemin qu'elle a pris, et que nous devons prendre.

PHILANTE.

735   Ô Dieu ! Puis-je espérer l'honneur de la revoir ?

Mais de quelles façon l'avez vous pu savoir ?

CLORIAN.

Sur les courages bas l'argent peut tout sans doute :

Et l'Hôte en recevant a découvert sa route ;

Lui même l'a conduite au chemin de Paris ?

740   C'est à nous de la suivre ayant eu cet avis.

PHILANTE.

Vous me ressuscitez avec mon espérance :

Tout ce qu'il vous a dit a beaucoup d'apparence ;

Retenu prisonnier vous ayant rencontré ;

L'ami que je cherchais ne s'étant pas montré ;

745   Absent depuis longtemps de sa ville natale ;

Moi privé de secours en cette heure fatale ;

Ne pus pas avertir en ce bois inconnu,

Bélise, du malheur qui m'était advenu.

De sorte que restée, et seule, et sans nouvelles,

750   Doriste conseillant cette Reine des belles,

Aura porté ses pas où nous devons aller ;

Ce discours nous amuse, et j'y voudrais voler.

SCÈNE III.
Almedor, Doriste, Bélise.

La scène rechange.

ALMEDOR.

Plus je te vois, mon fils, et plus en ma pensée,

Je retrace en portrait ma jeunesse passée.

755   J'avais ainsi les yeux, le front, l'air, et le port ;

Et certes j'y remarque un merveilleux rapport.

DORISTE.

Ce bon commencement nous promet bonne issue.

ALMEDOR.

Et si d'un faux espoir mon âme n'est déçue,

Nous aurons en commun, et dedans, et dehors,

760   Les qualités de l'âme avec celles du corps.

BÉLISE.

Ce serait vanité que d'y vouloir prétendre ;

Il ne faut que vous voir pour n'oser l'entreprendre ;

Mais toujours dans l'esprit j'aurais assez d'appas,

Si je suivais de loin la trace de vos pas.

765   Exact imitateur d'une si belle vie,

Je pourrais librement me moquer de l'envie ;

Mais en la gloire acquise en ce noble métier,

Vous laisserez un fils, et non un héritier.

ALMEDOR.

Plus votre âme se ferme, et tant plus elle s'ouvre :

770   Mais mon fils, il est temps qu'un père vous découvre,

Le dessein qu'il a pris pour votre avancement ;

Sans doute votre esprit louera mon jugement ;

Dans le choix qu'il a fait d'une fille bien née,

Qui s'en va vous donner un heureux hyménée.

BÉLISE.

775   En mon âge, l'hymen ne fut jamais bonheur :

Il se faut retirer étant chargé d'honneur ;

Mais sans avoir rien vu, se mettre au mariage,

C'est manquer de raison ainsi que de courage.

Monsieur, permettez moi de chercher aux combats,

780   Ce que la peine donne, et non point les ébats.

ALMEDOR.

La générosité vous veut faire rebelle :

Mais vous me combattrez secondé d'une Belle,

Capable de ranger un coeur à la raison :

Doriste qui vous suit en sait bien la maison ;

785   C'est là que nous verrons si l'on s'en peut défendre ;

Enseigne lui dans peu le logis de Rosandre ;

Afin qu'il vienne voir s'il pourra se parer,

Des coups d'un ennemi qui se fait adorer.

BÉLISE.

Fâcheux déguisement ; invention fatale ;

790   Qui pensant m'en tirer m'engage en un dédale,

D'où je ne puis sortir qu'à ma confusion :

Le mauvais conseiller qu'est notre passion !

Que pour nous décevoir elle est toujours subtile !

Par elle nous croyons l'impossible facile !

795   Elle est (quand on la suit, et quand on la croit mieux)

Un verre coloré qui nous trompe les yeux :

Toutes sortes d'objets en prennent la teinture ;

Et nous ne voyons rien en sa propre nature.

À travers ce cristal, si plaisant, et si faux,

800   On prend pour des beautés des insignes défauts ;

Miroir flatteur, Amour, passion déréglée,

Me regardant en toi je me suis aveuglée ;

Mais quelque excès de mal que j'en puisse sentir,

Mon esprit amoureux ne peut s'en repentir :

805   Doriste, pour ce mal, n'as tu point de remède ?

DORISTE.

Rien qui vous soit utile, et rien du tout qui m'aide.

Plus je tache à sortir, et plus mon jugement,

S'embarrasse confus dans cet empêchement.

Marier une fille avec une autre encore,

810   J'aurais plutôt blanchi le visage d'un More,

Que je n'aurais trouvé dans mon invention,

Le moyen de sortir de notre affliction.

BÉLISE.

Si faut-il se résoudre ; et quoi qu'il en advienne ;

Je suivrai ma prudence à faute de la tienne :

815   Allons chez ce Rosandre afin d'exécuter,

Ce qu'en cet accident je viens de projeter.

SCÈNE IV.

ORONTE.

Qu'importe à mon esprit si Rosandre s'offense,

De me revoir chez lui nonobstant sa défense !

Bannissons le respect, je n'en dois point avoir ;

820   Philante est à Paris ; il faut que j'aille voir.

Pour me pâmer de joie, avec combien d'adresse

Sauront le mal traiter les yeux de ma Maîtresse.

Je verrai ces beaux yeux aider à mon dessein ;

Et porter à Philante un glaçon dans le sein.

825   Je verrai ce rival me céder une palme ;

Et quand il se perdra je serai dans le calme.

Je verrai le dépit lutter contre l'Amour ;

Certes de tous les miens voici le plus beau jour ;

Mais sans perdre le temps, allons voir notre gloire ;

830   Et recueillir les fruits d'une belle victoire.

SCÈNE V.
Almedor, Rosandre, Luciane.

ALMEDOR.

Enfin ce serviteur si longtemps attendu,

A dessein de se rendre, à Paris s'est rendu.

Et le voici venir ; que cet oeil se prépare,

À darder contre lui ce qu'il a de plus rare ;

835   Qu'il agisse en éclair ; et qu'au premier moment,

D'un esprit libertin il se fasse un amant.

ROSANDRE.

Philante est arrivé ?

ALMEDOR.

Doriste vous l'amène.

ROSANDRE.

Je vais le recevoir.

ALMEDOR.

N'en prenez pas la peine.

ROSANDRE.

Est-ce lui que je vois ?

ALMEDOR.

Lui même.

ROSANDRE.

Bienvenu,

840   Soit dans les bras d'un père, un enfant inconnu.

Ma fille...

SCÈNE VI.
Bélise, Almedor, Rosandre, Luciane.

BÉLISE.

Sans user de puissance absolue ;

Souffrez que je m'avance, et que je la salue.

ALMEDOR.

Je crois que cet accord ne veut pas de témoins ;

On les oblige plus en leur en donnant moins ;

845   Allons faire trois tours dans votre galerie :

ROSANDRE.

Allons.

BÉLISE.

Connaissez vous l'amoureuse furie ?

Madame, votre coeur n'a-t-il jamais souffert,

L'excessive douleur du tourment qui me perd ?

N'a-t-il jamais aimé ? Oui ; ce morne silence,

850   Me dit qu'il en ressent l'extrême violence ;

Et je lis dans vos yeux à travers leur appas,

(Sans déplaisir pourtant) que vous ne m'aimez pas.

Sans doute ce propos vous doit sembler étrange ;

Mais, Madame, apprenez où le destin me range,

855   Ce secret comme à moi vous doit être important ;

Conservez-le donc bien, et m'allez écoutant.

Je suis fille.

LUCIANE.

Bon Dieu !

BÉLISE.

Que cette main d'ivoire,

Apprenne sur mon sein ce qu'on a peine à croire ;

Mais ne pouvant ici vous faire un long discours,

860   Qui dépeigne ma vie, et toutes mes amours ;

Ni vous dire pourquoi mon ardeur violente,

Me fait prendre le nom, et l'habit de Philante.

Il suffit de vous dire en l'état où je suis.

Que ce même Philante a causé mes ennuis :

865   Que c'est lui que j'adore ; et que sa foi promise,

Déjà depuis longtemps engage ma franchise ;

De sorte que vivant sous une même loi,

Mon coeur est à Philante, et le sien est à moi.

Mais si vous le voulez ; et que je sois trompée ;

870   Que cette belle main reçoive mon épée ;

Et d'un coup pitoyable autant que généreux ;

Qu'elle en frappe un rival en ce coeur amoureux.

LUCIANE.

Non, non, belle Étrangère, une plus juste envie,

Me fera consentir à l'heur de votre vie ;

875   Possédez ce Philante, ou je ne prétends rien ;

Fonder votre repos est établir le mien :

Mon coeur est engagé sous une autre puissance ;

Et je ne le voyais que par obéissance.

Voici le seul Amant que je puis estimer ;

880   Jugez par ses vertus si j'ai tort de l'aimer :

Mais un plaisant dessein m'entre en la fantaisie ;

Souffrez que je lui donne un peu de jalousie.

SCÈNE VII.
Oronte, Luciane, Bélise.

ORONTE.

Rompant votre entretien, je crains d'être indiscret.

LUCIANE.

L'amour illégitime a besoin de secret :

885   Mais quand d'un feu tout pur se consomment deux âmes,

Il leur est glorieux d'en faire voir les flammes :

Et devant tout le monde elles peuvent parler.

BÉLISE.

Le moyen de se taire, et se sentir brûler ?

ORONTE.

Il me semble pourtant que par la modestie,

890   On tâche d'en cacher la meilleure partie.

LUCIANE.

Chacun vit à sa mode ; et fort mal à propos,

Vous venez sans raison troubler notre repos.

BÉLISE.

Mon bonheur est si haut, et si loin de la terre,

Qu'en ma tranquillité je n'ois pas le tonnerre.

ORONTE.

895   Troubler votre repos ! Ce n'est pas mon dessein :

Et ce penser jamais ne m'entra dans le sein.

Mais changeons de discours ; trouver vous vos Provinces,

Plus belles que Paris, le séjour de nos Princes ?

BÉLISE.

Je serais mauvais juge en un pareil sujet ;

900   N'ayant d'yeux à Paris que pour un seul objet.

ORONTE.

Et quoi ! n'aller point voir, n'en prendre par la peine,

Et le cheval de bronze, et la Samaritaine !

Ma foi vous m'étonnez ; c'est là qu'avec plaisir,

Le Noble de campagne assouvit son désir.

LUCIANE.

905   Quand nouveau Courtisan vous prîtes cette route,

Vous ne vîtes le Roi, qu'en ce lieu-là sans doute.

SCÈNE VIII.
Rosandre, Luciane, Almedor, Oronte, Philante, Bélise.

ROSANDRE.

Luciane,

LUCIANE.

Monsieur.

ROSANDRE.

On vous demande ici.

ALMEDOR.

Philante, suivez-la, je vous demande aussi.

ORONTE.

N'est-ce point un Démon qui forme en ma pensée,

910   Le tragique portrait de l'histoire passée ?

Suis-je point endormi ? peut-être ai-je songé,

L'abîme des malheurs où je me crois plongé !

Infidèles témoins par qui l'âme s'abuse,

Dans ce procès d'amour la mienne vous récuse :

915   Vous vous êtes trompé ; et pour me décevoir,

Vous ne vîtes jamais ce que vous crûtes voir.

Funeste illusion qui détruisez ma joie,

Retournez dans l'enfer, c'est lui qui vous envoie :

Et ce que j'ai cru voir, fut sans doute inventé,

920   Par le plus noir Démon qui sorte à la clarté,

Luciane volage ! ha cela ne peut être ;

Mon oeil, elle est fidèle, et vous êtes un traître ;

Votre rapport est faux ; elle ne peut faillir ;

Quelque soit l'ennemi qui la veuille assaillir.

925   Mais las ! Penser flatteurs, qui par de si doux charmes,

Tâchez de retenir le torrent de mes larmes,

Vous me trompez comme elle ; et je vois clairement,

Qu'elle manque d'amour, et moi de jugement :

Oui, oui, je connais bien que mon âme est trompée ;

930   Et que tout mon espoir dépend de mon épée.

Employons-là mon bras ; ne sois plus endormi ;

Je veux m'ensevelir avec mon ennemi ;

Et lui manger ce coeur qui porte à mon dommage,

De l'objet de mes voeux l'incomparable image.

935   Que nos lâches respects soient désormais bannis ;

Dans les bras de Vénus, poignardons Adonis :

Mais non, suivons plutôt au lieu de cette rage,

Le conseil de l'honneur, et celui du courage ;

Qu'il meure ; mais qu'il meure, en défendant un bien,

940   Que m'ôte la fortune, et que l'Amour fit mien.

ACTE IV

Bélise, Luciane, Oronte, Braside, Doriste, Philante, Clorian, Almedor, Rosandre.

SCÈNE PREMIERE.
Bélise, Luciane.

BÉLISE.

Que votre esprit adroit, sait habillement feindre !

Et que le pauvre Oronte, a sujet de s'en plaindre !

Mauvaise, vous deviez d'un clin d'oeil au partir,

Redonner le courage à ce pauvre Martyr :

945   Quoi qu'il dise de vous sa plainte est légitime ;

Son innocence a droit d'accuser votre crime ;

Et si l'excès du mal causait sa guérison,

Vous seule auriez le tort et lui seul la raison.

Sa conservation vous étant d'importance,

950   Pourquoi voulez vous voir jusqu'où va sa constance ?

À quoi bon cette épreuve, enfin repentez vous,

Et faites qu'il reçoive un traitement plus doux.

Pour moi sans plus servir ni suivre vos malices,

Qui parmi les douleurs font naître vos délices ;

955   Si je le vois jamais je saurai bien guérir,

Un mal imaginaire et qui le fait mourir.

LUCIANE.

Non, quittez ce dessein, veuillez vous en distraire ;

Toute chose (ma soeur) paraît par son contraire ;

Et le contentement qui suit les déplaisirs,

960   Qui passe l'espérance et qui vient sans désirs ;

Touche plus vivement que la gloire certaine,

Qu'on acquiert sans travail, et qu'on garde sans peine.

BÉLISE.

Mais si votre secours tarde trop à venir,

Est-il un châtiment qui vous puisse punir ?

LUCIANE.

965   Quelque accident qu'éprouve un homme de courage

La force de l'esprit le sauve de l'orage :

Et l'Amant que le Ciel regarde de travers,

Ne meurt point de douleur si ce n'est dans ses vers.

Ils disent assez, leur plainte est assez ample ;

970   Mais de ces morts d'amour nous n'avons point d'exemple :

Et même si quand Oronte enfin expirerait,

En se voyant aimer, il ressusciterait.

BÉLISE.

Vous dites là (ma soeur) une fort belle chose ;

Votre esprit à ce coup a fait des vers en prose ;

975   Mais de quelque pouvoir qu'on vous puisse flatter,

Vous le ferez mourir sans le ressusciter :

On va sans revenir dedans la sépulture ;

Et rien ne peut forcer la loi de la Nature.

Mais bien que votre coeur se plaise en son tourment,

980   Ici mon intérêt sauvera cet Amant ;

Me croyant son rival, peut-être son épée,

Suivra les mouvements de son âme trompée ;

Je ne suis point vaillante, et me fâcherait fort

Que notre belle amour fut cause de ma mort ;

985   J'estime vos faveurs ; mais s'il m'en porte envie,

Je les y quitterai pour conserver ma vie ;

Ce jeu ne me plaît point, il est trop hasardeux ;

De grâce, s'il revient soyez entre nous deux,

Et me donnez le temps de lui faire connaître,

990   Que fille comme vous le destin m'a fait naître ;

Et qu'en l'égalité qui se voit entre nous,

Tout ce que je puis faire est de faire un jaloux.

LUCIANE.

Poltronne, j'y consens, et mon âme touchée

Ne saurait plus tenir sa passion cachée ;

995   Sensible à la pitié plus que vous ne pensez,

Des traits que je tirais, deux coeurs furent blessés,

Je souffrais comme Oronte, et dans cet artifice,

L'Amour ne laissait pas de faire son office ;

En le chassant des yeux, il s'en allait au coeur ;

1000   Place dont ce Monarque est dés long-temps vainqueur :

Mais il faut avouer que dedans cette épreuve,

(Quoi que vous en disiez) quelque douceur se trouve ;

Ne fût-ce que par elle, en connaît aisément

Le pouvoir d'une Amante, et l'humeur d'un Amant.

BÉLISE.

1005   Contentez vous au moins de cette expérience,

Et voyez son humeur, voyant sa patience :

Aussi bien d'autres soins beaucoup plus importants,

Nous défendent assez d'y perdre plus de temps,

Jamais de tant d'ennuis je ne fus accablée ;

1010   J'en cherche le remède en ma raison troublée ;

Mais mon esprit lassé de s'en entretenir,

Si Philante ne vient, ne sait que devenir.

LUCIANE.

J'espère que le Ciel touché de notre peine ;

Montrera son amour en suite de sa haine ;

1015   Et que nos coeurs auront un destin plus heureux ;

Mais il faut éviter cet écueil dangereux,

Et feindre à cet effet de me sentir atteinte,

D'un mal qui sera grand, si l'on en croit ma plainte ;

Et par là gagner temps en attendant secours,

BÉLISE.

1020   Un Ange tutélaire inspire ce discours.

SCÈNE II.
Oronte, Braside.

ORONTE.

Braside, cher ami, mon amour vous conjure,

De lui prêter la main pour venger son injure,

L'ingrate que je sers adore un étranger ;

Son esprit inconstant fait gloire de changer :

1025   Et du premier regard qu'un Adonis envoie,

Il détruit mon espoir, ma fortune et ma joie.

Ce Narcisse a des yeux qui charment ses esprits ;

Je ne suis pour les siens qu'un objet de mépris ;

Et j'ai vu la perfide (ô funeste mémoire !)

1030   Prendre ses intérêts ; combattre pour sa gloire ;

Repartir sans raison ; et bien plus, m'offenser :

Qui l'aurait cru jamais ? qui l'aurait pu penser ?

Il est vrai, cependant, la volage me quitte ;

La beauté d'un rival efface mon mérite ;

1035   Il ne lui souvient point des services rendus,

L'ingrate les oublie, et je les tiens perdus.

Ô Misérable état, où mon âme est rangée !

Ô Maîtresse changeante ! ô fortune changée !

Ô rival trop heureux, qui lui donne des lois :

1040   Mais étant mon second je les vaincrai tous trois,

Si ce bras généreux preste son assistance ;

Si contre l'infidèle il défend ma constance ;

J'ose encor espérer au milieu du malheur :

Et je n'en doute point, sachant votre valeur.

BRASIDE.

1045   Votre âme en le croyant ne sera point trompée ;

Contre qui que ce soit employez mon épée ;

Allons sans s'amuser en discours superflus ;

À qui dois-je parler ? Ne me le celez plus.

ORONTE.

Philante est le rival qu'aime la déloyale ;

1050   Et son père demeure à la place Royale.

BRASIDE.

Je ne le connais point ; mais au nom seulement,

Et sachant son quartier je le trouve aisément :

Où nous irons nous battre ?

ORONTE.

À cent pas de la porte ;

Pourvu que ce soit prés la place, ne m'importe.

BRASIDE.

1055   Sortez par Saint Antoine, et vous mettez en lieu

Où je vous puisse voir, n'y manquez pas, adieu.

ORONTE.

Ô de tous les amis, l'ami le plus fidèle !

L'inconstante verra si j'étais digne d'elle ;

Et je verrai bientôt si cet ambitieux,

1060   Sait blesser de la main aussi bien que des yeux.

SCÈNE III.

DORISTE.

Misérable Doriste, en quelle solitude,

Dois-tu cacher ton crime, et ton inquiétude ?

Quel désert éloigné, te peut bien garantir,

De la fureur d'un Maître et de ton repentir ?

1065   Lorsqu'Almedor verra ta fourbe découverte,

Pourra-t-on empêcher sa vengeance et ta perte ?

Ha ! Bon Dieu nullement, ton mal n'est point douteux,

Tu ne peux éviter un supplice honteux ;

Le Ciel impitoyable, est sourd à ta requête ;

1070   Déjà sa foudre gronde et menace ta tête ;

Et si devant trois jours Philante ne revient,

L'espérance t'échappe et la parque te tient.

Puissais-je voir ma fin avant cette journée,

Où l'on doit achever ce fantasque hyménée,

1075   Ô Ciel sourd à mes voeux, écoute mon transport,

Tout ce qu'il te demande est une prompte mort.

SCÈNE IV.
Philante, Clorian, Braside.

PHILANTE.

N'aurai-je point bientôt le bonheur que j'espère ?

Quelle de ces maisons est celle de mon père ?

CLORIAN.

Philante, à ce portail, je crois que la voici.

BRASIDE.

1080   Philante ? Ô quel bonheur de le trouver ici !

N'êtes vous pas Philante ?

PHILANTE.

Ainsi chacun me nomme :

BRASIDE.

Fils d'Almedor ?

PHILANTE.

Lui-même.

BRASIDE.

Un brave gentilhomme,

De vous faire appeler, a cru de son devoir ;

Si vous le désirez, je vous le ferai voir.

PHILANTE.

1085   Son nom ?

BRASIDE.

  Son nom fameux ne peut faire de honte ;

Tous les honnêtes gens connaissent trop Oronte.

PHILANTE.

Quelque soit cet Oronte, il faut le contenter ;

J'irai sur votre foi.

BRASIDE.

Non, sans plus contester,

(Je sais bien mon métier) avant notre sortie,

1090   Choisissez un ami qui soit de la partie.

CLORIAN.

Allons à cela près, vos désirs sont contents ;

Nous en ferons nous deux.

BRASIDE.

J'ai ce que je prétends.

SCÈNE V.
Almedor, Rosandre.

ALMEDOR.

Ne remarquez vous pas comme ce beau visage,

A fait en vers mon fils réussir mon présage ?

1095   Il meurt quand il le quitte, et ne vit qu'en ses yeux.

ROSANDRE.

Et vous, et moi devons des victimes aux Cieux ;

L'amour de nos enfants en prend son origine ;

Leur flamme est éternelle aussi bien que divine ;

Et le même destin qui leur fit voir le jour,

1100   Écrivit en airain qu'ils auraient de l'amour.

Jamais chose ici bas ne parut moins possible ;

Jamais coeur de rocher ne fut plus insensible

Que celui de ma fille, et je dois confesser,

Qu'à moins que d'un miracle il fallait la forcer.

1105   Et pour moi (je le dis, et le jure sans feinte)

Je pense faire un songe en la voyant atteinte ;

Et puisque le mépris de son coeur est banni,

Philante a dans les yeux un pouvoir infini.

ALMEDOR.

Philante a mille fois plus d'heur que de mérite.

ROSANDRE.

1110   S'il est considéré, sa fortune est petite ;

Mais si l'Univers je devenais vainqueur,

Je le lui donnerais aussi bien que mon coeur.

ALMEDOR.

Luciane vaut mieux que l'Empire du monde ;

Et ce riche présent n'a rien qui le second :

1115   Les beautés, les vertus, font l'aise et le bonheur ;

Et seules peuvent plaire aux personnes d'honneur ;

Mais ne différons plus notre bonne fortune ;

Confondons nos maisons, et n'en faisons plus qu'une.

ROSANDRE.

Demain sans différer avec mille plaisirs,

1120   Nos voeux s'accompliront ainsi que leurs désirs,

SCÈNE VI.

ORONTE.

Stances.

Tyran, cesse de me poursuivre ;

Fâcheux Amour, retire toi ;

Mais non ! péris avecques moi ;

Pour te faire mourir je veux cesser de vivre :

1125   Viens donc éteindre ton flambeau,

Dans les cendres de mon tombeau.

Luciane est une infidèle ;

Amour est un enfant trompeur ;

Mais puisque je n'y point de peur,

1130   Je veux rire de lui, je me veux moquer d'elle :

Et dans un généreux effort,

Rompre leurs prisons par ma mort.

Esprit changeant, âme perfide ;

Coeur volage, fille sans foi,

1135   Ton oeil qui me donnait la loi,

Ne sera plus mon maître étant mon homicide :

Et d'Esclave accablé d'ennui,

Je veux mourir libre aujourd'hui.

Mais, belle et trompeuse Maîtresse,

1140   Ce plaisir te sera fatal ;

Le triomphe de mon rival,

Ne t'obligera point à des chants d'allégresse :

Car sache que s'il a du coeur,

Nous mourrons tous deux sans vainqueur ;

1145   Mire toi dans ce beau visage,

Qui met ta constance aux abois ;

Ce sera la dernière fois

Que mon bras irrité, t'en permettra l'usage ;

S'il ose venir en ce lieu,

1150   Prends et donne un derniers adieu.

Son sang marquera ton offense ;

Et le mien ma fidélité ;

Nous serons (perdant la clarté)

Sacrifice d'amour, victime de vengeance :

1155   Pour te consoler aisément,

Tu n'as qu'à faire un autre Amant.

Oui, sans doute l'ingrate, et la volage Dame,

Rallumera bientôt une nouvelle flamme ;

Un tiers de nos travaux recueillera les fruits ;

1160   Un tiers viendra bâtir sur nos desseins détruits ;

Après dans peu de jours il verra l'inconstante,

Aussi bien que la notre abuser son attente ;

Brûler de nouveaux feux et se moquer du sien ;

Changer et rechanger, aimer tout, n'aimer rien ;

1165   Et dans ses passions véritable Protée,

Être une île flottante en la mer agitée ;

Roseau frêle, débile, et qui tourne à tout vent ;

Montre plein d'inconstance, et vrai sable mouvant :

Mais courage mon coeur, quittons cette perfide,

1170   Voici nos ennemis, et j'aperçois Braside.

SCÈNE VII.
Braside, Oronte, Clorian Philante.

BRASIDE.

Oronte est en état de fort homme de bien ;

Faites votre devoir, et je ferai le mien.

ORONTE.

Tenez, visitez moi ; voyez par ma franchise,

Si je crains le péril ou si je le méprise.

CLORIAN.

1175   J'agis par la coutume en des soins superflus :

PHILANTE.

Allez rejoindre Oronte, et ne différons plus.

BRASIDE.

Courage ils sont à nous.

CLORIAN.

Ô quel excès de gloire

Avant que de combattre ils chantent la victoire.

ORONTE.

Dans quel étonnement me vois-je retenu ?

1180   Pourquoi m'amenez vous ce visage inconnu ?

Mon extrême douleur toujours plus violente,

M'aurait-elle fait dire un autre pour Philante ?

Répondez moi Braside.

BRASIDE.

Oronte, ouvrez les yeux.

PHILANTE.

Philante parle à vous, et regardez le mieux ;

1185   Mais vous qui l'attaquez avant que le connaître,

Dites lui d'où la haine entre nous a pu naître ?

ORONTE.

Philante que je cherche est le fils d'Almedor.

PHILANTE.

Je ne vous connais point, et suis le même encor.

ORONTE.

Vous Philante !

PHILANTE.

Lui-même.

ORONTE.

Arrivé de Bretagne ?

PHILANTE.

1190   On le voit en voyant mon habit de campagne :

ORONTE.

Fils d'Almedor ?

PHILANTE.

Son fils.

ORONTE.

D'Almedor de Renier ?

PHILANTE.

D'Almedor que les Turcs ont tenu prisonnier.

ORONTE.

Vous avez donc changé de taille et de figure.

PHILANTE.

Tel que vous me voyez, tel me fit la Nature.

ORONTE.

1195   Pourquoi prendre ce nom est-il assez fameux ?

PHILANTE.

Mes pères l'ont porté, je le porte comme eux.

ORONTE.

Je l'ai vu ce Philante auprès de sa maîtresse.

PHILANTE.

Ha ! Qu'il est donc bien loin du malheur qui m'oppresse.

ORONTE.

Il veut ma Luciane, et je veux son trépas.

PHILANTE.

1200   Je me battrais cent fois pour ne l'épouser pas.

ORONTE.

Plus je veux m'éclaircir, plus je me sens confondre ;

Et je ne saurais plus demander ni répondre.

CLORIAN.

Je commence à voir clair dans cette obscurité ;

Quelque imposteur aura votre nom emprunté ;

1205   Et devenant rival d'Oronte qui s'abuse ;

Une fille infidèle a secondé sa ruse.

Après ce Gentil-homme en vous oyant nommer,

Aura fait une erreur qu'on ne saurait blâmer ;

Mais bien que nous soyons en état de nous battre ;

1210   Le coeur ne manquant point à pas un de nous quatre ;

Si vous me voulez croire, allons voir ce trompeur,

Avant que votre nom le sauve par la peur.

ORONTE.

Le front des braves gens visiblement exprime,

Quelque chose de grand qui ne sent point le crime ;

1215   Je crois votre discours et commence à sentir,

De ma faute commise un juste repentir.

PHILANTE.

Vous n'avez point failli, c'est plutôt la fortune :

Qu'Oronte chasse donc cette crainte importune ;

Loin d'être son rival je suis son serviteur ;

1220   Mais sans perdre le temps voyons cet imposteur.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

BÉLISE.

Stances.

Enfin malheureuse Bélise,

Tu perdras l'honneur et le jour ;

On verra ton crime d'amour,

Quelque soit le chemin que ta prudence élise ;

1225   On verra ton trépas,

Philante ne vient pas.

Charmante et trompeuse espérance,

Ne venez plus m'entretenir,

D'un mal qui ne saurait finir ;

1230   Et de qui le remède est si hors d'apparence :

On verra mon trépas,

Philante ne vient pas

En quel état suis-je réduite,

Que rien ne me peut secourir !

1235   Si je demeure il faut mourir ;

Et je n'avance rien en reprenant la fuite :

On verra mon trépas,

Philante ne vient pas.

Mes peines seront éternelles,

1240   Si l'esprit a le même sort ;

Ingrat viens empêcher ma mort ;

Mais pour le pouvoir faire il lui faudrait des ailes :

On verra mon trépas,

Philante ne vient pas.

1245   La force de la destinée,

Règne si souverainement,

Que c'est perdre le jugement,

Que de croire empêcher une chose ordonnée :

On verra mon trépas,

1250   Philante ne vient pas.

Ô Dieu ! Quel accident, retarde ta venue ?

La douleur que je sens, ne t'est pas inconnue ;

Tu la sais inhumain, ou tu la dois savoir ;

Fais donc qu'elle t'oblige à faire ton devoir.

1255   Viens sauver ta Bélise avec ta renommée,

Viens t'en lui témoigner que tu l'as bien aimée ;

Mais las ! Encor un coup on verra mon trépas ;

Mes cris sont superflus, Philante ne vient pas.

Cruel quand le destin par un excès d'envie,

1260   Pour me faire mourir t'aurait ôté la vie ;

En m'oyant soupirer, en me voyant finir ;

Malgré ses dures lois tu devrais revenir.

Compagnons du malheur qu'éprouve mon courage ;

Vous que le même sort expose au même orage ;

1265   N'avez vous point trouvé pour notre affliction,

Ce que je cherche en vain dans mon invention ?

SCÈNE II.
Luciane, Bélise, Doriste.

LUCIANE.

Hélas chère Bélise ! Il ne m'est pas possible,

De fléchir la rigueur de ce père insensible ;

La douleur que j'ai feinte au lieu de l'émouvoir,

1270   Irrite sa colère et pique son pouvoir ;

Il vient de me jurer qu'il ne veut plus attendre.

BÉLISE.

Le dessein d'Almedor est celui de Rosandre ;

Si bien que notre perte est un point arrêté.

LUCIANE.

Il faut mourir ma soeur ; l'espoir nous est ôté.

BÉLISE.

1275   Mais toi de qui l'esprit plus libre que le nôtre.

DORISTE.

Loin d'être Conseiller j'en ai besoin d'un autre.

Vous serez en ce mal si long-temps attendu,

Tristes (il est certain) mais je serai perdu.

Pour moi seul la fureur d'un maître que j'abuse,

1280   Fera voir ses efforts en punissant ma ruse.

Toutefois quelque espoir luit encore à mes yeux,

Si l'on suit un avis que m'inspirent les Cieux.

BÉLISE.

Propose-le Doriste.

DORISTE.

Achevez l'hyménée ;

Laissons nous emporter à cette destinée ;

1285   Il faut vaincre en cédant le courroux de la mer :

Aucun ne le sachant qui nous pourra blâmer ?

De nous persécuter la fortune lassée,

Peut-être fera voir la tempête passée,

Ramenant en ces lieux le juste possesseur :

1290   Voila ce que je sais.

BÉLISE.

  Qu'en dites vous ma soeur ?

LUCIANE.

Il nous faut bien résoudre à des maux nécessaires :

BÉLISE.

Retirons nous, fuyons, j'entends nos adversaires ;

Veuille après tant de maux le destin par pitié,

Favoriser en nous l'amour et l'amitié.

SCÈNE III.
Rosandre, Almedor.

ROSANDRE.

1295   Ha monsieur on nous trompe, et cette belle flamme,

Éclate en leur discours sans échauffer leur âme :

Le visage et le coeur se trouvent différents,

Au mépris du respect qu'on doit rendre aux parents.

Quelque mauvais dessein occupe leur pensée ;

1300   De quelques traits cachés ils ont l'âme blessée ;

Et malgré l'artifice on voit paraître au jour,

Au lieu d'un légitime un illicite amour.

Ô siècle malheureux ! où les enfants rebelles,

Rompent de justes lois pour des lois criminelles ;

1305   Adorent leur caprice et d'un coeur abattu,

S'éloignent du sentier où guide la vertu.

Mais si faut-il rebelle et peu discrète fille,

Dont le crime ternit l'éclat de ma famille ;

Si faut-il obéir, il est temps désormais ;

1310   Et ployer (en un mot) ou rompre sous le faix.

ALMEDOR.

Saisi d'étonnement, l'âme toute confuse ;

Considérant le bien que Philante refuse ;

(Bien qui sans le flatter est sans comparaison)

Je vois que cet infâme a perdu la raison.

ROSANDRE.

1315   Il a plutôt perdu sa franchise et son âme ;

Sans doute que son coeur brûle d'une autre flamme.

ALMEDOR.

Il la devait éteindre et brûler aujourd'hui

D'un feu qui contentât vous et moi comme lui.

ROSANDRE.

Il aime un autre objet qu'il trouve plus aimable.

ALMEDOR.

1320   Ce choix fait sans le mien ne peut qu'être blâmable ;

Et de quelque côté qu'il se puisse ranger,

Sans perdre infiniment, il ne saurait changer.

ROSANDRE.

Votre seule bonté fait naître votre estime.

ALMEDOR.

En voyant votre fille on la voit légitime.

ROSANDRE.

1325   Elle n'est qu'une souche, et sa témérité,

Recevra de ma part ce qu'elle a mérité.

ALMEDOR.

Philante est seul coupable.

ROSANDRE.

Elle est seule insolente ;

De me désobéir et refuser Philante.

ALMEDOR.

Une juste colère y porte ses esprits ;

1330   Cet aveugle insensible a causé son mépris ;

Mais bien qu'il soit sans yeux, mais bien qu'il me trahisse ;

Puis que je l'ai promis il faut qu'il obéisse ;

Ainsi que l'art d'aimer, je sais l'art de punir.

Mais que veulent ces gens que j'aperçois venir ?

SCÈNE IV.
Philante, Oronte, Braside, Clorian, Rosandre, Almedor, Polidon.

PHILANTE.

1335   Voyons ce beau Philante.

ORONTE.

  Amour veut que j'espère.

BRASIDE.

Le plus haut de ces deux est Monsieur votre père.

CLORIAN.

Ha ! que nous allons voir un trompeur bien trompé ;

Il ne voit pas le trait dont il sera frappé.

ROSANDRE.

Ce cavalier n'est point de notre connaissance.

PHILANTE.

1340   Puisque c'est de vous seul que je tiens la naissance,

Mon père souffrez moi d'embrasser vos genoux ;

Je possède l'honneur d'être sorti de vous.

ALMEDOR.

Monsieur, que la raison reprenne son usage ;

Vous vous laissez tromper aux traits de mon visage ;

1345   Je ne vous connais point.

PHILANTE.

  Et ce fils inconnu,

Par vos commandements est ici revenu.

ALMEDOR.

On m'appelle Almedor.

PHILANTE.

On me nomme Philante.

ROSANDRE.

Ha quelle effronterie !

ALMEDOR.

Ô la fourbe excellente !

Certes, je manque d'yeux, et j'ai les sens troublés.

1350   Bien loin d'être mon fils, si vous lui ressemblez.

PHILANTE.

Cet instinct que Nature aux animaux octroie,

A fait qu'à votre abord j'ai tressailli de joie.

ALMEDOR.

La raison qui me guide en ce dangereux pas,

Fait en vous écoutant que je ne tressauts pas.    [8]

PHILANTE.

1355   Si devriez vous sentir dedans cette aventure,

Ces puissants mouvements que donne la nature.

ALMEDOR.

Ayant l'esprit tranquille et le jugement sain ;

Je ris sans m'étonner de ce plaisant dessein.

PHILANTE.

Quoi ! Vous me soupçonnez d'inventer ce langage ?

ALMEDOR.

1360   Quoi, vous croyez duper un homme de mon âge ?

PHILANTE.

Si dedans ce discours je vous ose mentir,

Puisse en ce même instant la terre m'engloutir.

ALMEDOR.

Si je crois aux serments dont je sais la malice,

Que ma simplicité cède à votre artifice.

1365   Cherchant à me tromper votre esprit cherche un point.

Qu'indubitablement il ne trouvera point.

PHILANTE.

Ha ! Que vous me donnez une douleur amère ;

Voyez en mon visage un portrait de ma mère.

ALMEDOR.

Ma femme et ce portrait ne tenaient rien d'égal ;

1370   Et s'il est fait pour elle, il lui ressemble mal.

PHILANTE.

Que je suis malheureux !

ALMEDOR.

Que vous êtes coupable !

PHILANTE.

D'un si lâche projet me croyez vous capable ?

ALMEDOR.

Oui de le commencer ; mais non de le finir.

PHILANTE.

Quelque soit l'imposteur que ce bras doit punir,

1375   Si faut-il que sa fourbe à la fin soit connue ;

Et que la vérité paroisse toute nue :

Voyons-le ce Philante, auteur de mon souci.

ALMEDOR.

Avertissez mon fils ; et qu'il descende ici.

ROSANDRE.

Faites venir encor Luciane.

ORONTE.

Ha ! Braside,

1380   Verrai-je sans mourir cette belle homicide ?

Verrai-je ce méchant ? verrai-je ce voleur ?

Dont l'injuste plaisir a causé ma douleur ?

Qui prend le nom d'un autre, et l'innocence opprime

Sans lui faire sentir la peine de son crime ?

1385   Chacun excusera mon amoureuse erreur ;

Respect, retire toi ; laisse agir ma fureur.

BRASIDE.

Faites que la raison soit toujours la plus forte ;

Soyez Maître de vous au mal qui vous transporte ;

Domptez vos sentiments et voyons terminer,

1390   Le combat de ces deux qui vous doit couronner.

CLORIAN.

Chassez de votre esprit le soin qui l'importune ;

Offrez plutôt des voeux à la bonne fortune ;

Car si Philante seul vous fait craindre aujourd'hui,

Oronte encor un coup, je vous réponds de lui.

ROSANDRE.

1395   Quelque soit le dessein que vous ayez en l'âme,

Vous n'en pouvez tirer que du mal et du blâme.

Celui qui vous abuse et qui me fait ce tort,

N'a point assez de front pour souffrir mon abord :

Un coup d'oeil seulement le remplira de glace.

ALMEDOR.

1400   Philante ; un inconnu veut occuper ta place ;

Il dit être toi même ; et le veut soutenir ;

Viens défendre ton droit, et le faire punir.

SCÈNE V.
Bélise, Philante, Oronte, Rosandre, Almedor, Clorian, Doriste, Philante, Braside.

BÉLISE.

Ô Dieu !

PHILANTE.

C'est elle !

CLORIAN.

Ô Ciel ! Quelle aventure étrange ?

ORONTE.

Est-ce ainsi qu'on punit ? est-ce ainsi qu'on se venge ?

1405   Ils se trouvent amis par un sort hasardeux ;

Mais Braside, n'importe, ils sont trois et nous deux :

ROSANDRE.

Monsieur, à dire vrai, leur amitié m'étonne :

ALMEDOR.

Je ne puis exprimer le mal qu'elle me donne.

PHILANTE.

Il est temps d'éclaircir un mystère caché

1410   Et d'obtenir pardon si nous avons pêché.

BÉLISE.

La belle que j'amène, étant de notre ligue,

Son intérêt m'oblige à démêler l'intrigue :

Laissez moi donc parler, m'ayant donné sa foi,

Dessous votre congé ; n'est-elle pas à moi.

1415   En puis-je disposer ?

ROSANDRE.

  Elle est à vous Philante ;

BÉLISE.

Usant comme je dois, d'une chose excellente ;

Je vous la donne Oronte : ou plutôt par mes mains, [H]

Vous la donne celui qui commande aux humains.

ROSANDRE.

Hélas ! Qu'ai-je entendu ?

ALMEDOR.

Bon Dieu, quelle insolence.

CLORIAN.

1420   Que votre étonnement soit suivi du silence :

Prêtez moi donc l'oreille, et me veuillez ouïr ;

Peut-être mon discours vous pourra réjouir.

Ce Philante est ma soeur ; qu'un feu qui la consomme,

Fait paraître en ce lieu dessous l'habit d'un homme ;

1425   Aimant le vrai Philante, et quittant ma maison ;

Mais cette histoire est longue, et n'est pas de saison :

Il suffit de savoir que celui qu'elle estime,

Est du brave Almedor l'héritier légitime ;

Oui, celui qui lui parle est votre unique enfant ;

1430   Désormais d'en douter la raison vous défend.

DORISTE.

Il est vrai, Monseigneur, c'est votre fils unique :

Et si vous m'accusez je reste sans réplique ;

J'ai failli, je l'avoue ; avec affliction ;

Mais ce ne fut pourtant qu'a bonne intention.

ALMEDOR.

1435   Pardonne mon cher fils ce que je viens de dire :

J'en ai du repentir, et ma bouche en soupire ;

Celle qui m'a trompé me peut bien excuser ;

Car à tant de vertus que peut-on refuser ?

PHILANTE.

Je ne saurais parler dans ce plaisir extrême ;

1440   Vous n'êtes point trompé, car Bélise est moi-même ;

Et si votre vouloir s'accorde à mon amour,

Une seconde fois, je vous devrai le jour.

CLORIAN.

Que si vous redoutez quelque désavantage ;

Et la naissance illustre, et le riche partage,

1445   D'agréer leurs désirs, pour ma soeur vous semond ;     [9]

Puisqu'elle est comme moi de la Maison d'Armont :

Maison assez connue, et qui dans la Province,

Ne voir rien dessus soi que le pouvoir du Prince.

ALMEDOR.

Rosandre, vous voyez que les fatalités,

1450   Ne tombent point d'accord avec nos volontés ;

Que le Ciel tout puissant autrement en dispose ;

Et que le destin rit de ce que je propose.

Si bien que c'est à nous de ployer sagement ;

Mais ne soyez point triste en mon contentement ;

1455   Vous recouvrez un fils en recevant Oronte :

ORONTE.

Qui frappé dans le coeur du bel oeil qui le dompte,

N'aura jamais de soin en s'en laissant ravir,

Que celui de vous plaire, honorer et servir.

ROSANDRE.

Levez vous ; j'y consens ; enfin ma résistance,

1460   Cessera de lutter contre votre constance :

Si vous êtes contents, je le suis désormais.

ORONTE.

Souvenir de mes maux ne revenez jamais.

LUCIANE.

Mon père, pardonnez à mes fautes passées.

ROSANDRE.

Ma fille, assurez vous qu'elles sont effacées.

ALMEDOR.

1465   Vivez tous quatre heureux, et que Doriste aussi,

S'assure du pardon que je lui donne ici.

PHILANTE.

Auteur de mes plaisirs, ainsi que de ma vie,

Pourrai-je vous servir comme j'en ai l'envie ?

BÉLISE.

Et fille, comme fils, oserai-je espérer,

1470   Que votre affection puisse encore durer ?

ALMEDOR.

Sachez que fils, et fille, et Philante, et Bélise,

Vous avez sur mon coeur toute puissance acquise.

ROSANDRE.

Allons, il se fait tard ; le souper nous attend.

BRASIDE.

Satisfaisons le corps si l'esprit est content.

BÉLISE.

1475   Plus à loisir mon frère, il faut...

CLORIAN.

  Fermes la bouche :

Votre choix était juste, et mon jugement louche ;

Ne mêlons rien d'amer avec cette douceur ;

Oublions l'un et l'autre, et nous aimons, ma soeur.

LUCIANE.

Et bien jaloux Oronte, étiez vous raisonnable ?

1480   Votre faute commise est elle pardonnable ?

Ce soupçon mal fondé n'est-il pas criminel ?

Et n'en aurez vous point un remords éternel ?

Méritai-je du blâme ou bien de la louange ?

Suis-je inconstante enfin ? Reprochez moi mon change ;

1485   Voyez si ce rival n'avait pas bien de quoi,

Troubler votre repos en ébranlant ma foi !

Mais demandant pardon ma bonté vous l'accorde ;

Et ma justice cède à ma miséricorde :

Oui, je veux oublier ces soupçons superflus ;

1490   Si vous me promettez de n'y retomber plus.

ORONTE.

Rare et divin esprit, savant en l'art de feindre,

Vous vous plaignez premier pour m'empêcher de plaindre ;

Vous avez fait la faute, et vous m'en accusez ;

Elle m'a pensé perdre, et vous l'autorisez ;

1495   Vous demandez raison, et je vous la demande :

Mais il faut obéir puisqu'on me le commande ;

Soit ; donnez le pardon, que vous avez promis,

À ce crime d'amour que vous avez commis.

Mais non ; refuser moi cette juste allégeance ;

1500   Afin que cent baisers m'en fassent la vengeance.

LUCIANE.

Vous êtes en colère, et vous me menacez ?

ORONTE.

Le champ nous est ouvert, allons-y ; c'est assez.

 


Extrait du Privilège du Roi.

Par grâce et Privilège du Roi: Donné à Paris le deuxième jour d'avril mil six cens trente-six. Il est permis à AUGUSTIN COURBE, Marchand Libraire à Paris, d'imprimer, vendre et distribuer un Livre intitulé, Le Fils Supposé, Comédie, Composée par Monsieur DE SCUDERY : et défenses sont faites à tous Imprimeurs et autres personnes, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'imprimer, vendre ni distribuer dudit Livre, d'autre impression que celle qu'aura fait ou fait faire ledit Courbé, ou autres ayant droit de lui, et ce pendant le temps de sept ans, à peine aux contrevenants de quinze cens livres d'amende, et confiscation de tous lesdits exemplaires imprimés, ainsi qu'il est plus amplement porté par lesdites Lettres de Privilège.

Par le Roi en son Conseil, Signé, CONRAR.

Achevé d'imprimer le vingtième Avril mil six cens trente-six.

Notes

[1] Iles d'Hyères : actuellement Port-Cros et Porquerolles au large de la presqu'île de Gien.

[2] Courcier : Place à l'avant et au milieu d'une chaloupe où l'on pointe une pièce de canon. Cela ne se dit proprement que des galères. [F]

[3] Croissant : Symbole de l'islam décorant les drapeaux.

[4] Myrte : Arbrisseau toujours vert et odorant, dont il y a plusieurs espèces, se prend figurément et poétiquement pour le symbole de l'amour.

[5] Enée : Prince troyen, fils de Vénus, épous d'une des fille de Piram, rescapé de la destruction de sa ville. On le représente souvent portant son père Anchise et guidant son fils Ascagne et suivi de sa femme Créuse.

[6] Blois : ville située sur la Loire entre Orléans et Tours.

[7] Villanelle : Sorte de poésie pastorale, qui se chante, et dont tous les couplets finissent par un même refrain. Il y a plusieurs exemples de villanelle dans l'Astrée de Mr. d'Urfé.

[8] Trésaillir : être surpris, et agité par quelque mouvement violent qui vient d'un coup. Richelet conjugue je tressauts, tu tressauts, il tressaut au présent de l'indictif. [F]

[9] Semondre : vieux mot qui signifie, avertir, inviter. [F]

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Nb Répliques par scène

Nb Vers par scène